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Verdun. Ce nom, murmuré dès 1916 comme une malédiction, évoque un gouffre où la Grande Guerre a révélé son vrai visage. Plus de charges héroïques ou de manœuvres brillantes, mais une industrie de la mort, une attrition méthodique où des centaines de milliers d’hommes furent broyés pour quelques mètres de boue.
Au début de l’année 1916, la Première Guerre mondiale était entrée dans une phase nouvelle. Depuis l’échec de la guerre de mouvement à l’automne 1914, le front occidental s’était progressivement figé dans un immense système défensif continu. Des centaines de kilomètres de tranchées, de réseaux de barbelés, d’abris enterrés et de batteries d’artillerie traversaient désormais l’Europe occidentale de la mer du Nord jusqu’à la Suisse. Les offensives de 1915 avaient confirmé une réalité brutale : les armées modernes disposaient désormais d’une puissance de feu supérieure à leurs capacités de mouvement. Les attaques frontales provoquaient des pertes immenses sans permettre de percée durable. À Neuve-Chapelle, en Artois, en Champagne ou en Lorraine, des dizaines de milliers d’hommes ont été tués pour des gains territoriaux minimes. Dans les états-majors européens, une question dominait désormais toutes les réflexions stratégiques : comment sortir de l’impasse ?

La nécropole de Douaumont abrite les tombes de 16142 soldats français.
La
nécropole contient 130000 corps de soldats français et allemands non identifiés.
Du côté allemand, le chef d’état-major général, Erich von Falkenhayn, estima qu’il est devenu impossible d’obtenir une victoire décisive par une offensive classique. Selon lui, la guerre devait être gagnée par l’épuisement progressif de l’adversaire. Il ne s’agissait plus de détruire une ligne, mais de détruire la capacité humaine, matérielle et morale de l’armée française. Verdun apparut alors comme le lieu idéal pour appliquer cette stratégie. La place forte de Verdun constituait depuis des siècles un verrou défensif majeur sur la Meuse. Après la guerre de 1870, la France y a construit une puissante ceinture de forts destinée à empêcher toute invasion vers Paris. Dans le secteur de Verdun se trouvait une double ceinture de 34 forts et ouvrages fortifiés, dont ceux de Douaumont et de Vaux. Mais depuis la destruction des fortifications de Liège, de Namur et de Maubeuge par les obusiers allemands, le commandement français ne croyait plus aux places fortes, vouées à la perte de leur armement et à la capture de leurs garnisons en raison des progrès de l'artillerie. Les canons des forts de Verdun avaient été retirés par décret du 5 août 1915, diminuant ainsi très fortement leur capacité opérationnelle. De même, les garnisons occupant les forts furent bien souvent réduites à quelques dizaines de combattants, voire moins. Pour Erich von Falkenhayn, Verdun possédait surtout une valeur psychologique immense. Il était convaincu que les Français ne pourraient jamais accepter la perte de cette place symbolique. En frappant Verdun, l’armée allemande espérait obliger la France à engager continuellement ses réserves dans une bataille d’usure où elle se viderait de son sang.

Pendant l’hiver 1915-1916, la préparation allemande atteint une ampleur gigantesque. La 5. Armee du Kronprinz Wilhelm concentra progressivement des moyens considérables dans les forêts du nord de Verdun. Plus de 1225 pièces d’artillerie de tous calibres dont 542 obusiers lourds, 2,5 millions d’obus, plusieurs divisions d’assaut, des unités spécialisées de pionniers, des mortiers de tranchée, des lance-flammes, etc. furent discrètement acheminés vers le front. En moyenne, on pouvait compter une batterie de 4 pièces tous les 150 m. Parmi ces canons se trouvaient 13 obusiers Krupp de 420 mm, 17 obusiers Škoda de 305 mm et 2 pièces de marine de 380 mm. Les Allemands alignaient également 270 aéroplanes dont 40 chasseurs Fokker E et Pfalz E. Une quinzaine de ballons captifs "Drachen" étaient chargés de la surveillance du secteur et quelques dirigeables Zeppelin eurent pour mission de bombarder Verdun. Les principales unités engagées dans la phase initiale de l’offensive furent l'Armee-Korps III (Infanterie Division 5 et ID 6), l'Armee-Korps XVIII (ID 21 et ID 25), l'Armee-Korps XV (ID 30 et ID 39°, le Reserve-Armee-Korps V (RID 9 et RID 10), le Reserve-Armee-Korps VII (RID 13 et RID 14), plusieurs divisions bavaroises, des divisions de réserve prussienne et des unités du génie spécialisées dans les assauts de forteresse. Les effectifs étaient d'environ 150 000 hommes sur un front de 20 km. Face à elles, les Français disposaient d’effectifs plus réduits dans le secteur immédiatement menacé. Les premières unités en ligne comprenaient notamment les 56e et 59e bataillons de chasseurs à pied (BCP), la 72e division d'infanterie (DI) constituée du 351e régiment d'infanterie (RI) et du 362e RI, la 51e DI (réserve) constitué du 239e RI du 241e RI et 295e RI, des unités territoriales, des batteries d’artillerie de campagne et les garnisons dispersées des forts, soit un effectif d'environ 30 000 hommes avec 131 canons de campagne, dont 89 canons de 75, et 140 canons lourds. L'attaque initiale était prévue pour le 12 février 1916. Le Reserve-Armee-Korps VII, commandé par le général Johann von Zwehl, à droite, devait s'emparer du bois d'Haumont. L'Armee-Korps XVIII, commandé par le général Dedo von Schenck, au centre, devait avancer à travers le bois des Caures vers Samogneux et attaquer la côte de Froideterre. L'Armee-Korps III, commandé par le général Ewald von Lochow, à gauche, devait prendre le bois d'Herbebois et attaquer le fort de Douaumont. Le front d'attaque situé sur la rive droite de la Meuse allait de Brabant-sur-Meuse au village d'Ornes soit une douzaine de kilomètres. Mais le mauvais temps (pluie et neige intenses) fit que l'ordre d'attaquer fut repoussé de 24 h en 24 h jusqu'au 20 février 1916 où réapparaît un rayon de soleil. Le 21 février 1916, à 4 h du matin un obus de 380 explosa non loin du palais épiscopal de Verdun. Ce tir de réglage marqua le début de l'offensive.

Blockhaus allemand près de Verdun

Blockhaus allemand près de Verdun
Minenwerfer allemand
Mitrailleuse allemande MG08
Le 21 février 1916, à 7 h 15, Verdun entra dans l’histoire. L'offensive allemande (opération Gericht) débuta par un déluge de feu sans précédent qui s’abattit brutalement sur les positions françaises du Bois des Caures, du bois d'Haumont, de Brabant-sur-Meuse et d'Ornes. Pendant près de neuf heures, l’artillerie allemande tira sans interruption. Les obus explosifs, incendiaires et à gaz retournèrent littéralement le terrain. À 13 h 30, dans le secteur des trois corps attaquant, 150 minenwerfer supplémentaires entrèrent en action. Sur la partie centrale, longue de 15 km, les Allemands avaient installé 40 batteries de 800 canons qui pilonnèrent les tranchées françaises, sur un front d'environ 30 kilomètres, jusqu'à 16 h. Au bois des Caures, 80 000 obus tombèrent durant cette journée. Le bombardement fut perçu jusque dans les Vosges, à 150 km. Deux millions d’obus furent tirés ce jour-là. Les bois des Caures, de Haumont et d’Herbebois disparurent progressivement sous les explosions. Les obus de gros calibre, parfois de 420 mm, retournaient littéralement le terrain. Les arbres furent arrachés, les tranchées effacées, les abris enterrés sous des tonnes de terre. Les lignes téléphoniques enterrées furent coupées presque immédiatement. Les observatoires furent détruits. Les postes de commandement cessèrent progressivement de fonctionner. Dans les Journaux de Marche et d'Opération (JMO) du 56e BCP est noté : "Dès 8 heures, les positions sont battues sans interruption par des obus de tous calibres. Les liaisons téléphoniques sont rompues. Toute communication devient impossible" et "Bombardement ininterrompu de très forte intensité. Communications téléphoniques coupées dès les premières heures". Dans celui du 59e BCP est noté : "Les tranchées sont écrasées. Les abris ne résistent pas". Un survivant du 59e BCP écrira : "On ne voyait plus le bois. Seulement des troncs cassés et des hommes qui couraient sans savoir où aller". Un survivant du 362e RI écrira plus tard : "Ce n’était plus un bombardement, c’était la fin du monde. La terre tremblait comme une mer en tempête". Un chasseur du 56e BCP nota dans son carnet : "Nous sommes enterrés vivants. On creuse avec les mains pour sortir les camarades. On ne sait plus où est la ligne". À midi, les pertes dépassèrent déjà les 50 %. À 17 h, le feu allemand cessa sauf pour les canons à longue portée qui cherchaient des objectifs au loin. Des patrouilles d'éclaireurs s'infiltrent alors dans les positions françaises suivies par des groupes de fantassins équipés de lance-flammes pour neutraliser les groupes de combattants français survivants. Au bois des Caures, le lieutenant-colonel Émile Driant, ancien parlementaire redevenu officier de terrain, tenta d’organiser la résistance avec les 56e et 59e BCP. Les chasseurs résistèrent dans des conditions effroyables. Par petits groupes, ils tenaient des trous d’obus, des débris de tranchées, des positions improvisées. Ils tirèrent jusqu’à épuisement des munitions, puis reculèrent de quelques mètres, puis se battaient encore. Après quelques combats, les patrouilles retournèrent dans leurs tranchées au cours de la nuit.

Tir de barrage allemand à Verdun

Explosion d'un obus à Verdun
Le 22 février 1916, le bombardement reprit dès 5 h en se concentrant sur le Bois des Caures, Samogneux et Brabant. Le JMO du 56e BCP nota : "Le bois n’existe plus. Les éléments tiennent dans des trous isolés". Celui du 72e RI nota : "Entrée en ligne dans un terrain déjà pulvérisé" puis "Repli progressif des éléments avancés". À 12 h 30, 60 000 soldats allemands passèrent à l'attaque. L’infanterie allemande avançait derrière un barrage roulant, progressant dans un paysage déjà anéanti. Les unités allemandes utilisèrent des méthodes nouvelles : infiltration par petits groupes, progression derrière l’écran d’artillerie, occupation rapide des positions détruites, utilisation intensive des mitrailleuses légères et des grenades et pour les sections d’assaut (Stosstruppen) des lance-flammes. Les 56e et 59e RI du lieutenant-colonel Driant défendirent le bois des Caures contre les Infanterie-Division (ID) 21 et 25. L'Infanterie-Division 72 prit Haumont, le Bayerische-Armee-Korps 15 avança sur Ornes. L'Armee-Korps XVIII poussa vers Beaumont. Les divisions bavaroises avancèrent vers les bois détruits du secteur nord. Dans le secteur est, le 37e RI du colonel de Bonnefoy défendit Samogneux contre la Niederrheinischen-Reserve-Infanterie-Regiment 57. Les Armee-Korps III et VII progressèrent de 2 km. Dans le bois des Caures, il ne restait que quelques centaines de chasseurs. Vers 10 h, le lieutenant-colonel Émile Driant fut mortellement touché en couvrant le repli de ses hommes. Un chasseur racontera : "Quand on a su qu’il était tombé, on a compris que tout était fini. Mais personne n’a reculé". Un survivant décrira plus tard : "On ne voyait plus le ciel. Tout était noir, rouge et gris. La terre sautait en permanence autour de nous". Un soldat du 72e RI indiqua : "On marchait dans des trous d’obus comme dans des chambres". À partir de 11 h, les lignes françaises cédèrent au Bois des Caures et à Haumont. Les régiments français de la 72e DI reculèrent, disloqués. Dans certains secteurs, les compagnies ne comptaient plus que 50 hommes, les officiers manquaient et les ordres n’arrivaient plus. Un soldat du 351e RI écrira : "Nous ne sommes plus un régiment. Nous sommes des hommes qui fuient et qui se retournent pour tirer". Entre 16 h et 20 h, les Français tentèrent de reformer une ligne sur Samogneux et Beaumont-en-Verdunois. Les défenseurs français, même désorganisés, opposaient une résistance acharnée. Des sections isolées combattaient jusqu’à leur destruction complète. Certains bataillons allemands subissaient eux aussi des pertes terribles dans les zones battues par l’artillerie française survivante. Les combats au corps à corps se poursuivirent durant la nuit glaciale. Les pertes françaises du jour dépassèrent 5 000 hommes. Le 56e BCP perdit, en deux jours, une part énorme de ses effectifs. Le 59e BCP cessa pratiquement d’exister comme unité cohérente. Les Allemands perdirent environ 3000 hommes.

Le PC du lieutenant-colonel Driant

Le PC du lieutenant-colonel Driant

La tombe provisoire du lieutenant-colonel Driant

Monument au Bois des Caures

Le monument du Bois des Caures

Le monument du Bois des Caures
Le 23 février, le front français cessa pratiquement d’exister en tant que ligne continue. Le bombardement reprit à l’aube, concentré sur Beaumont où les Allemands engagèrent à plein les ID 12 et 26. Les régiments français combattaient désormais en noyaux isolés, groupes de survivants, compagnies sans liaison, batteries réduites à quelques pièces et unités mélangées appartenant à plusieurs régiments différents. Le 241e RI, le 295e RI et des éléments du 72e RI tentèrent de ralentir la progression allemande autour de Beaumont et de Samogneux. À 9 h, Beaumont tomba. Brabant tomba aux mains des Allemands malgré la farouche résistance des hommes du 351e RI. Les 239e, 241e et 295e RI étaient disloqués. Un survivant écrira : "Notre compagnie est partie à 250. Le soir, nous étions 32". Le JMO du 295e RI décrit une situation de fragmentation totale : "Les compagnies ne peuvent plus être réunies. Les ordres n’arrivent plus. Chaque groupe combat isolément". Le JMO du 59e BCP nota : "Résistance maintenue par groupes isolés sans liaison", puis "Commandement local désorganisé". Un soldat du 241e RI nota : "Nous ne recevons plus d’ordres. Nous ne savons même plus où sont nos voisins". Les pertes françaises devinrent immenses, elles dépassèrent les 15 000 hommes en trois jours. Dans certains régiments, 40 à 60 % des effectifs engagés furent perdus, des compagnies entières disparaissaient. Certains officiers commandaient des groupes improvisés de survivants sans connaître précisément leur unité d’origine. Les pertes allemandes augmentèrent également rapidement, plusieurs milliers d’hommes étaient déjà hors de combat, certaines unités d’assaut devaient être relevées et l’artillerie française infligea encore des pertes sévères aux colonnes d’infanterie. À Paris et au Grand Quartier Général, la situation fut perçue comme critique. Le commandement français, dirigé par le général Joseph Joffre, comprit que Verdun ne pouvait plus être géré comme un secteur ordinaire. Le front devait être réorganisé immédiatement. C’est dans ce contexte que le général Philippe Pétain fut progressivement placé à la tête du secteur.

Artilleurs allemands

Réserve de matériel allemand pris par les français au Bois des Cames
Le 24 février 1916, les Allemands avancèrent encore et prirent Louvemont et Bezonvaux. Verdun était désormais directement menacé. Ils enlevèrent également la Côte 344 à l'est de Samogneux, le bois des Fosses, le bois de Chaume et le village d'Ornes. Des renforts français arrivèrent en urgence avec la 37e DI (4e, 5e, 6e RI) et des éléments du 133e et du 165e RI. Ces unités furent engagées immédiatement, souvent sans préparation. Un soldat du 5e RI témoigna : "On nous a dit : vous montez. On n’a rien demandé. On a compris en arrivant". En début d'après-midi, les combats devinrent désespérés. Les Français manquaient d’artillerie, de munitions et de cohésion, mais ils ralentirent l’avance allemande. Les JMO indiquent : "Désorganisation complète du dispositif avancé" et "Communications inexistantes. Ordres non transmis". Le JMO du 133e RI indique : "Repli sur positions secondaires sous pression constante". À 18 h, les Allemands étaient à quelques kilomètres des forts de Douaumont et de Vaux, menaçant directement Verdun. Au soir, le général Philippe Pétain arriva et prit le commandement sur place. Son analyse était simple, il ne s’agissait plus de défendre une ligne, mais d’empêcher l’effondrement total en organisant la rotation des forces et la continuité logistique. Les pertes françaises étaient d'environ 4000 hommes, celles des Allemands étaient d'environ 3000 hommes.

Soldats français sortant d'une tranchée

L'ouvrage de Froideterre en 1916
La prise du fort de Douaumont, le 25 février 1916, marqua un tournant symbolique majeur. À 9 h, le brouillard qui recouvrait le champ de bataille généra dans la défense française déjà bien désorganisée la confusion. À 11 h 30, le fort, presque vide et insuffisamment défendu par les 56 artilleurs du 75e régiment d'artillerie à pied (RAP) sous les ordres du gardien de batterie Hippolyte Chenot et quelques hommes du 164e RI, fut infiltré par une patrouille de 80 hommes du Brandenburgischen-Infanterie-Regiment 24 et du Westpreußischen-Pionier-Bataillon 12. La garnison française, désorganisée et peu nombreuse, ne put empêcher la capture de l’ouvrage vers 16 h. La perte de Douaumont fut un choc moral énorme en France et donna aux Allemands un point d’appui dominant. Douaumont était considéré comme le pilier du système défensif de Verdun. Sa chute sembla annoncer l’effondrement complet du secteur. Un officier écrira : "Quand nous avons appris pour Douaumont, nous avons cru que tout était perdu". Mais sur le terrain, les combats continuèrent. Un fantassin français nota : "On ne savait pas pour Douaumont. On se battait, c’est tout". Mais c’était précisément à ce moment que la bataille changea de nature. Ce jour, la 37e DI résista longtemps aux attaques acharnées des Allemands sur le village de Louvement et l’héroïsme de la 31e brigade et du 95e RI empêchèrent la prise du village de Douaumont.

Les hauts du fort de Douaumont

Façade du fort de Douaumont

Les hauts du fort de Douaumont

Observatoire et tourelle de mitrailleuses du fort de Douaumont

Coffre de contrescarpe du fort de Douaumont

Chicane de défense dans une des galeries du fort de Douaumont
Le général Pétain réagit immédiatement et organisa des barrages d’artillerie qui bloquèrent l’avance allemande et prépara la défense autour de Verdun. Il mit alors en place le système de la "noria". Les divisions françaises ne restaient plus longtemps en première ligne. Elles montaient au front, combattaient quelques jours dans des conditions extrêmes, puis étaient relevées avant leur destruction complète. Au total, plus de 70 divisions françaises passeront par Verdun au cours de l’année 1916. Parmi les principales unités françaises engagées figuraient les 33e, 37e, 39e, 67e, 74e, 129e divisions d’infanterie, des divisions coloniales, des bataillons de chasseurs alpins, les corps d’armée de Mangin, de Guillaumat et de Nivelle et des unités massives d’artillerie lourde. La logistique devint alors la clé de la bataille. La route Bar-le-Duc – Verdun, que Maurice Barrés surnomma la "Voie Sacrée", fonctionna jour et nuit sans interruption. Des milliers de camions y circulaient continuellement. On estime qu’à certains moments un véhicule passait toutes les quinze secondes, 90 000 hommes et 50 000 tonnes de munitions transitaient chaque semaine par cette route. Deux autres routes plus étroites et sinueuses, parallèles à la voie Sacrée furent également utilisées notamment par les troupes à pied ainsi que deux voies ferrées. Sans cette organisation logistique, Verdun aurait probablement cédé au printemps 1916. Ce jour les pertes françaises sont estimées à environ 3000 hommes et celles des Allemands à environ 1500 hommes. Ce fut également ce jour vers midi que les autorités militaires firent évacuer les derniers habitants de la ville de Verdun.

Sur la "Voie Sacrée"

Camion sur la "Voie Sacrée"

Une ambulance américaine à Verdun

Camion Berliet
À partir du 26 février 1916, face au risque de rupture, le général de Castelnau, puis le général Pétain organisèrent une défense en profondeur, structurée autour de quatre groupements tactiques : Bazelaire, sur la rive gauche, depuis Avocourt jusqu'au fleuve, Guillaumat, de la Meuse à Douaumont, Balfourier, de Douaumont à la Woëvre et Duchêne, sur les Haute-de-Meuse. La 39e DI, qui releva la 37e DI, repoussa toutes les attaques allemandes sur la côte du Poivre et la 31e brigade continua à tenir le village de Douaumont jusqu'à sa relève dans la soirée par la 2e DI. Avec la rotation des unités arrivèrent le 20e corps d'armée et la 1re division marocaine. Un tirailleur écrira : "On montait la nuit. On descendait le jour. Ceux qui redescendaient n’étaient plus les mêmes". Un autre témoignage indique : "Verdun mange les hommes". Les combats étaient constants, aux attaques répondaient les contre-attaques, les bombardements étaient continus. Le JMO du 72e RI mentionne : "Reconstitution partielle des unités retirées du front" et celui du 56e BCP : "Survivants regroupés à l’arrière immédiat". Le 27 février 1916, le JMO de la 33e DI indique : "Mise en place de positions de substitution". Le 28 février 1916, les combattants se battaient pour les ravins autour de Douaumont et le pilonnage d'artillerie s'intensifia. Les pertes de ce jour furent d'environ 3000 hommes pour chaque camp. Le 29 février 1916, l’offensive allemande ralentit. Les Français tenaient désormais. Un artilleur écrira : "Nous tirons sans arrêt. Nous ne savons même plus sur quoi. Mais on tient" et un fantassin conclut : "On ne passe pas. Ce n’est pas un ordre. C’est devenu une certitude". Un soldat français écrira fin février : "Ceux qui n’y sont pas ne peuvent pas comprendre. Ce n’est pas une bataille. C’est un abattoir". Côté allemand, un officier nota : "Nous avançons, mais à quel prix ? Chaque mètre coûte des vies". À partir de la fin février, la bataille changea de nature. Elle n’était plus une offensive visant une rupture, mais devint une guerre d’usure totale. Les Français organisaient leur défense, les Allemands tentèrent de maintenir la pression, et entre les deux, un système inédit émergea : celui d’une bataille industrielle, continue, sans victoire rapide possible. À partir du 1er mars 1916 s'engagea le système de rotation des unités. Le JMO de la 33e DI indique : "Relève des unités engagées après période de forte usure", "Mise en place du système de relève des unités" et "Le système de relève rapide permet aux unités de ne pas être entièrement anéanties en première ligne". Le JMO du 56e BCP indique : "Reconstitution partielle des effectifs après relève". Un soldat du 151e RI écrira : "On restait assez longtemps pour souffrir, pas assez pour mourir complètement" et "On monte au front pour tenir deux ou trois jours. Puis on redescend sans comprendre si on a gagné ou perdu".

Trous d'obus à l'Homme Mort

Vestiges de tranchée à Verdun

Trous d'obus à Souville

Vestiges de tranchées au fort de Souville
À partir de mars, les combats se déplacèrent massivement vers la rive gauche de la Meuse, autour du Mort-Homme (Côtes 265 et 295) et de la Côte 304. Ces hauteurs devinrent les nouveaux centres de gravité de la bataille. Les Allemands y engagèrent le Reserve-Armee-Korps VI, des divisions bavaroises, des unités alpines et des formations spécialisées d’assaut. Les Français y opposèrent la 67e division d’infanterie (DI), la 75e DI, des régiments de chasseurs, des unités coloniales et une artillerie de plus en plus dense. Les combats atteignirent un niveau de violence extrême. Le terrain disparut littéralement sous les bombardements. Les tranchées étaient détruites presque aussitôt creusées. Les hommes vivaient dans des cratères d’obus remplis de boue, de morceaux d’équipement et de cadavres. Au Mort-Homme, certaines positions changeaient plusieurs fois de mains dans la même journée. La guerre y prit une forme presque abstraite. Les tranchées ne duraient jamais plus de quelques heures. Les hommes s’y installaient, puis elles étaient ensevelies, puis réoccupées ailleurs. Un témoignage du 67e RI rapporte : "On ne creusait plus des tranchées. On creusait des trous pour survivre quelques heures". Les survivants parlaient d’un paysage sans structure, où il était impossible de distinguer une position d’un cratère d’obus. La notion même de ligne de front disparut. Le JMO du 95e RI indique pour le 3 mars 1916 : "Tenue des nouvelles positions malgré bombardement continu". Les pertes devinrent gigantesques. Certaines divisions françaises perdirent 5000 à 8000 hommes en quelques semaines, parfois plus de la moitié de leurs effectifs. Des compagnies entières furent anéanties sous les bombardements. Les divisions allemandes subissaient elles aussi une usure considérable, plusieurs régiments bavarois furent pratiquement détruits, les unités d’assaut perdirent leurs cadres expérimentés et les attaques devinrent de plus en plus coûteuses. Un soldat du 67e RI écrira : "On ne défendait plus une position, on survivait dans un trou jusqu’au prochain obus". Le 6 mars 1916, deux divisions allemandes attaquèrent de Béthincourt à Forges, défendu par la 67e DI. Les Allemands s’emparèrent des villages de Forges et de Regnéville, mais échouèrent devant la côte de l'Oie qu'ils ne prirent que le lendemain. Le 6 mars 1916, le JMO du 56e BCP signale : "Secteur tenu malgré pertes constantes". Le JMO du 94e RI (rive gauche) indique pour le 11 mars 1916 : "Terrain entièrement bouleversé, repères inexistants". Celui du 67e RI indique : "Combats à très courte distance dans cratères d’obus". Le rapport du Grand Quartier Général pour le mois de mars 1916 indique : "Le front de Verdun ne peut être tenu que par rotation continue des unités". Le 14 mars 1916 après un pilonnage de cinq heures, au rythme de 120 obus (fusant, percutant, asphyxiant et lacrymogène) à la minute, les Allemands se lancèrent à l'assaut du Mort-Homme. Ils enlevèrent la Côte 265, mais furent fixés sur les pentes nord-ouest de la Côte 295 par la défense acharnée des fantassins et les zouaves français. Les Allemands retentèrent leur chance sans succès les 16, 17 et 31 mars. Ne parvenant pas à s'emparer du Mort-Homme, les Allemands tentèrent à partir du 20 mars 1916 de le contourner et s'acharnèrent alors sur la Côte 304, plus au sud. Chaque tentative d’assaut allemand commençait par un bombardement massif, suivi d’une progression lente dans un terrain totalement retourné. Aucune percée décisive n’intervint. Le terrain absorbait tout : les hommes, les positions, les offensives. Le 20 mars 1916, l'ID 11, partant du bois d'Avocourt, porta son attaque sur la Côte 304. Sur le glacis nu de la Côte 304, les fantassins bavarois furent pris sous le feu croisé de l'artillerie qui décima en trois jours 60 % de leurs effectifs. Le seul succès allemand sur la rive gauche eut lieu ce 20 mars 1916 où l’ID 11 surprit la 57e Brigade d'infanterie (BI) du colonel Brumm au bois d'Avancourt et de Malancourt. Le colonel et son état-major furent capturés dans leur poste de commandement. Les Allemands firent également 2500 prisonniers et capturèrent une douzaine de canons et 25 mitrailleuses. La 57e BI fut détruite. Les hauteurs de la rive gauche de la Meuse devinrent le théâtre d’une guerre d’artillerie hallucinante où la terre fut retournée des dizaines de fois, et où des milliers de soldats moururent pour quelques dizaines de mètres. Entre avril et mai, plus de 10 000 Français tombèrent rien que pour la Côte 304.

Attaque allemande au Mort-Homme

Attaque allemande au Mort-Homme

Soldats français à la Côte 304

Monument à la Côte 304

Monument
dit "Le Squelette" au Mort-Homme

Monument au Mort-Homme

Monument aux morts de la 40e DI au Mort-Homme

Chapelle au Mort-Homme
Tout au long de mars, les Allemands poursuivirent leur progression sur la rive droite, cherchant à exploiter la prise de Douaumont pour ouvrir la route de Verdun. Les Français s’accrochaient à des points d’appui comme Vaux, Thiaumont ou Fleury, qui devinrent des noms emblématiques de résistance. Le 4 mars 1916, le village de Douaumont tomba aux mains des Brandebourgeois de l'IR 52 à qui il fallut une semaine de durs combats pour parcourir les 500 m séparant le fort du village. Le 11 mars 1916, le JMO de la 33e DI signale : "Relève des unités de première ligne effectuée sous bombardement continu" et celui du 95e RI : "Installation sur positions secondaires. Terrain fortement bouleversé". Un soldat du 95e RI écrira : "On remplaçait ceux qui venaient d’être brisés". Le 12 mars 1916, le JMO du 56e BCP indique : "Reconstitution partielle des effectifs après engagement précédent". Le 13 mars 1916, le JMO du 72e RI indique : "Aucun changement notable du front. Pertes par bombardement". Le 14 mars 1916, le JMO du 33e DI indique : "Tenue des positions malgré pression d’artillerie lourde". Le 15 mars 1916 dans le secteur du Bois des Caures fut signalé : "Activité ennemie réduite localement, mais bombardements intermittents". Le 16 mars 1916, le JMO du 95e RI indique : "Relève effectuée sans incident majeur, mais sous feu continu". Le 18 mars 1916, le JMO du 33e DI signale : "Lignes maintenues. Usure importante des effectifs". Le 19 mars 1916, le JMO du 72e RI indique : "Bombardement ininterrompu sur positions avancées". Le 20 mars 1916 pour le secteur nord de Verdun est indiqué :" Front inchangé. Activité d’artillerie intense". Le 21 mars 1916, le JMO du 95e RI indique : "Relève des unités engagées. État d’épuisement avancé". Le 22 mars 1916, le JMO du 33e DI indique : "Maintien des positions malgré pertes continues". Celui du 56e BCP indique pour le 23 mars 1916 : "Engagement local sans modification du front". Le 26 mars 1916, le JMO du 33e DI indique : "Usure importante des unités sans modification du front". Le 31 mars 1916, les combats s’étendirent au ciel, des affrontements aériens se systématisèrent, et l’aviation française, sous l’impulsion du commandant Tricornot de Rose, gagna progressivement la maîtrise de l’air au printemps. Cela permit de mieux observer les lignes ennemies et de régler les tirs d’artillerie.

Terrain d'aviation français près de Verdun

Train d'approvisionnement allemand près du village d'Ornes

Disposition allemande le 31 mars 1916
À la fin du mois de mars, une réalité s’imposa aux deux camps. Les Allemands n’ont pas obtenu la rupture rapide espérée. Leur offensive initiale s’est transformée en un effort prolongé, coûteux, sans issue immédiate. Les Français, eux, n’ont pas reconquis le terrain perdu, mais ils ont réussi à empêcher l’effondrement. La bataille se stabilisa, non pas dans un équilibre, mais dans une forme de destruction réciproque continue. Au début du mois d’avril, Verdun n’était plus seulement un champ de bataille stabilisé. C’était devenu un espace où la guerre s’enracinait dans la durée, sans perspective de décision rapide. Le front français tenait toujours, malgré l’usure, grâce à l’organisation mise en place par le général Philippe Pétain. La rotation des unités permit de maintenir une ligne défensive vivante, même si chaque division engagée subit des pertes considérables. Dans les unités françaises comme allemandes, l’usure devint totale. Les soldats montaient en ligne déjà fatiguer, parfois après plusieurs cycles de rotation. Les pertes n'étaient plus seulement dues aux combats directs, mais aussi à l’environnement avec des bombardements continus, un manque de sommeil, un stress permanent et une fatigue nerveuse extrême. Les témoignages évoquent un état proche de la saturation mentale. Un soldat français écrira : "On ne savait plus si on montait au front ou si on en revenait. Tout était continu". Le 1er avril 1916, le JMO du 33e DI indique : "Bombardement continu sur l’ensemble du secteur ouest de Verdun". Le 2 avril 1916, le JMO du 95e RI indique : "Positions tenues sous feu violent d’artillerie lourde". Le 4 avril 1916, le JMO du 56e BCP indique : "Engagement local sans progression notable". Le 5 avril 1916, celui du 33e DI signale : "Maintien des positions malgré pertes continues". Le 7 avril 1916, le JMO du 95e RI dit : "Relève effectuée sous feu nourri". Le témoignage d'un soldat du 95e RI indique pour ce jour : "On montait vivants, on descendait incomplets". Les 9 et 10 avril 1916, les 8e et 16e BCP et le 2e bataillon du 151e RI repoussèrent dans un terrible corps à corps les attaques allemandes au Mort-Homme. Le 11 avril 1916, le JMO du 56e BCP parle d'engagement sans résultat tactique. Le 16 avril 1916, le JMO du 95e RI indique : "Pertes élevées sans modification du front" et le 18 avril 1916, le JMO du 56e BCP indique : "Engagement local, aucune progression". Les 22, 23 et 24 avril 1916, la 40e DI repoussa brillamment jusqu'à trois attaques allemandes par jour sur le Mort-Homme. Le 27 avril 1916 dans le secteur de la Côte 304 est signalé : "Bombardement continu, terrain méconnaissable". Entre le 3 et le 5 avril 1916, les soldats de la division Mangin reprirent aux Allemands le bois de la Caillette avoisinant le fort de Douaumont.

Vestiges de tranchées à Verdun

Boyau de communication près de Verdun
Le 1er mai 1916, le général Pétain fut remplacé au commandement direct du secteur de Verdun par le général Nivelle. Le général Pétain prit la tête du groupe d’armées du centre. Le général Nivelle reprit le mot d’ordre de résistance, mais la situation était désormais celle d’une bataille d’usure, chaque jour ajoutant son lot de morts pour quelques mètres de terrain. Le 1er mai 1916, le JMO de la 33e DI indique : "Bombardement continu sur la rive gauche de la Meuse". L’enchaînement des attaques et contre-attaques sur la rive gauche se solda par des succès tactiques pour les Allemands et une forte usure de l'armée française. Le 20 mai, les Allemands s’emparèrent du Mort-Homme, le 24 mai du village de Cumières et le 29 mai du bois des Caurettes. Incapables de briser le front, les forces allemandes concentrèrent leurs efforts sur les points symboliques et structurants du système défensif : les forts. Avant 1914, les forts de Verdun étaient considérés comme des éléments majeurs de la défense française. En 1916, ils étaient confrontés à une réalité nouvelle, celle de l’artillerie lourde de siège. Les ouvrages, conçus pour résister à des canons de la fin du XIXe siècle, étaient désormais soumis à des obus de 210, 305 et parfois 420 mm. Le béton se fissurait, les voûtes s’effondraient, les garnisons vivaient dans une obscurité permanente. Le fort de Douaumont, déjà tombé en février, resta un point central du dispositif. Les Allemands en avaient fait un centre avancé qui servait désormais de dépôt logistique, d’abri pour les réserves, d’observatoire d’artillerie et de centre de commandement avancé. Autour du fort, les combats étaient constants. Le 8 mai 1916, une catastrophe se produisit au fort de Douaumont. Une série de circonstances malheureuses provoqua deux explosions dévastatrices. La force des déflagrations, amplifiée par l'étroitesse des passages, fit de nombreuses victimes parmi les occupants allemands. Les équipes de secours comptèrent 679 morts qui furent inhumés dans les casemates du mur d'enceinte. Début mai, le commandement français confia au général Mangin la mission de reprendre ce fort, perçu comme une épine dans le flanc. Après six jours de bombardement intensif (1 million d'obus) sur le fort, l’infanterie française (74e RI et 129e RI) assaillit le fort de Douaumont, le 22 mai. Les fantassins réussirent à prendre pied dans le fort à 12 h 20. Mais les contre-attaques allemandes (Bayerische ID 2) et la violence du feu d'artillerie les chassèrent le 24 mai, au prix de pertes énormes. Les pertes françaises furent de 5300 hommes. Le 23 mai 1916, à partir de 21 h, le 18e RI releva en 1re ligne entre la ferme de Thiaumont et le fort de Douaumont les 36e et 129e RI fortement éprouvés par les tentatives de prise du fort de Douaumont. Soumis à un intense bombardement, 48 h après, le 18e RI n'était plus que l'ombre de lui-même. Les hommes dispersés dans les trous d'obus furent relevés dans la nuit du 25 au 26 mai 1916 par deux bataillons du 415e RI. Durant ces deux jours en 1re ligne, le 18e RI eut 8 officiers tués ou blessés, 159 sous-officiers et soldats tués et 914 blessés ainsi que 68 disparus sans combattre.

Le fort de Douaumont en 1916

Le fort de Douaumont aujourd'hui

Le fort de Douaumont en 1916

Le fort de Douaumont en 1916
Plus au sud, le fort de Vaux devint le symbole de la résistance française. Dès le mois d’avril, il fut soumis à un siège progressif. Le commandant Sylvain Eugène Raynal y dirigeait une garnison d’environ 600 hommes comprenant des éléments du 142e RI, des compagnies de mitrailleurs, des sapeurs du génie et des artilleurs de forteresse. Les Allemands engagèrent contre Vaux les Grenadier-Regiment 115 et 117 de l’IR 39 du général von Buschenhagen. Les bombardements détruisirent progressivement les superstructures du fort. Les galeries souterraines se remplissaient de fumée et de poussière. Les réserves d’eau s’épuisèrent. Les hommes du commandant Raynal, isolés dans le fort, résistèrent dans des conditions de plus en plus extrêmes. Les combats ne se déroulaient plus seulement dans les tranchées ou sur les crêtes, mais dans les galeries, les escaliers, les salles souterraines. Les hommes souffraient de soif extrême, de manque de sommeil, d'intoxication par les gaz et de fatigue nerveuse totale. Un survivant témoignera : "On buvait l’eau de condensation sur les murs, c’était tout ce qu’il restait". Le commandant Raynal nota : "L’eau est presque entièrement épuisée. Les hommes souffrent d’asphyxie et de fatigue extrême". Après des semaines de siège, le commandant Raynal ordonna finalement la reddition, le 7 juin 1916, des 81 survivants. La garnison du fort de Vaux fut vaincue par la soif et non par les Allemands qui n'avaient nulle part pu pénétrer dans les forces vives du fort. La chute de Vaux ne fut pas une surprise tactique, mais elle eut un impact symbolique majeur. Elle confirma que même les forts les plus modernes ne pouvaient résister à une guerre d’usure prolongée. Mais malgré cette victoire, l’armée allemande ne parvint toujours pas à obtenir de rupture stratégique.

Le fort de Vaux en 1916

Dans les couloirs du fort de Vaux en 1916

Le fort de Vaux en 1916

Le fort de Vaux aujourd'hui
Au mois de juin, la bataille atteignit un niveau d’intensité rarement égalé. Les Allemands s'approchèrent dangereusement de Verdun. L’artillerie dominait totalement le champ de bataille. Les obus tombaient sans interruption, transformant le terrain en un paysage presque lunaire. Certaines journées virent plusieurs centaines de milliers d’obus tomber sur quelques kilomètres carrés. Le 1er juin 1916, le JMO de la 33e DI indique : "Bombardement continu sur l’ensemble du secteur Mort-Homme". Ce jour les Français perdirent le saillant d'Hardaumont et la ferme de Thiaumont. Le 5 juin 1916, ce même JMO indique : "Maintien des positions malgré pertes continues". Le 7 juin 1916, le JMO du 95e RI indique : "Pertes élevées sans changement du front" et un fantassin de ce régiment dit "On vivait dans un monde qui tombait sans cesse sur nous". Les deux camps comprirent alors que la bataille ne se gagnera pas par une percée, mais par l’épuisement de l’adversaire. Le 15 juin, les Allemands furent repoussés du sommet du Mort-Homme.

Soldats français à Verdun

Une tranchée avant l'attaque

Casemate française sur le front de Verdun

Canon français à Verdun
Le 23 juin 1916, après deux jours de bombardements, y compris avec des obus à gaz, les troupes allemandes se lancèrent dans une nouvelle offensive pour percer en direction de Verdun et du fort de Souville. L'Armee-Korps V du Kronprinz engagea 10 divisions (Bayerische ID 10 et ID 11, ID 39, ID 52). Le village de Fleury changea 16 fois de mains, celui de Thiaumont fut rasé. Elles s’emparent de plusieurs positions sur la rive droite, dont l'ouvrage de Thiaumont. Cependant, l’assaut se brisa devant le glacis du fort de Souville, où une soixantaine d’hommes du 7e RI (capitaine Durenne), armé de quatre mitrailleuses, parvinrent à stopper trois vagues d'assaut. Les Allemands auront plus de 2000 tués. Le 30 juin à l'aurore, une contre-attaque du 248e RI rendit l'ouvrage de Thiaumont aux Français. À 15 h, les Allemands s'en emparèrent à nouveau avant d'en être chassés le 1er juillet. Il fut encore pris et perdu quatre fois jusqu’au 4 juillet, où il resta définitivement entre les mains des Allemands. Ce fut un moment charnière, les Allemands approchaient à portée de vue de Verdun, mais ne parvinrent pas à percer.
Le 1er juillet 1916, les Alliés lancèrent la bataille de la Somme. Celle-ci obligea les Allemands à transférer des forces importantes vers cet autre front. L’offensive contre Verdun ralentit progressivement. L’équilibre stratégique du front occidental commença à se modifier. Verdun n’était plus le seul centre de gravité de la guerre, et cela changea profondément la dynamique du combat. Les pertes accumulées, l’épuisement des unités et la pression exercée sur d’autres secteurs du front rendirent difficile la poursuite d’attaques massives. Le 1er juillet 1916, le JMO du 33e DI indique : "Activité d’artillerie continue sur la rive gauche". Le 11 juillet 1916, les Allemands lancèrent une ultime grande offensive sur Verdun, visant encore une fois le fort de Souville. Les assaillants progressèrent jusqu’à proximité du fort, certains pénétrant sur le plateau, mais ils furent décimés par l’artillerie et la résistance française. Le 12 juillet 1916, les Allemands ne sont plus qu'à 500 m du fort de Souville. À 9 h, une centaine d'hommes atteignit les fossés balayés par les canons et les mitrailleuses françaises. Les tirs de barrage et l'arrivée des renforts français dégagèrent le fort vers 9 h 30. Cet échec marqua le véritable tournant de la bataille. Von Falkenhayn, préoccupé par la bataille de la Somme, renonça à l’idée d’une percée décisive à Verdun. Il ordonna une attitude désormais strictement défensive sur ce front. En juillet 1916, le JMO de la 128e DI signale : "Les pertes sont constantes même sans attaque majeure. L’artillerie suffit à provoquer l’usure quotidienne". Un officier allemand cité dans des rapports d’après-combat évoquait : "Le terrain ne permet plus de progresser normalement. Chaque mètre est une zone détruite".

La "tranchée des baïonnettes"

La "tranchée des baïonnettes"

La "tranchée des baïonnettes"
À cet endroit, les Allemands avaient inhumé dans une série de trous d'obus les corps des fantassins français en marquant chaque tombe avec une baïonnette et un fusil fiché en terre. La vision de ces tombes alignées fit une grande impression sur un Américain, M. Rand, visitant les lieux. Celui-ci fit ériger en 1919 le monument de la "tranchée des baïonnettes" le plus vieux des monuments de Verdun. Il donna naissance à la légende des hommes du 137e RI ensevelis debout dans leur tranchée, légende confirmée par le président de la République, Alexandre Millerand lors de l'inauguration du monument le 8 décembre 1920.

La "tranchée des baïonnettes"

Le
gisant du soldat du Droit commémorant la mort du colonel de Laborderie
et du député André Thome, tués lors de la relève de la 134e Brigade de
la 67e DI près de Marre

Mémorial en souvenir des combattants musulmans
À l’été 1916, le commandement français du secteur évolua. Le général Robert Nivelle prit une importance croissante dans la planification des opérations offensives. Sa doctrine reposait sur une idée simple, mais ambitieuse : après des mois de défense, il était désormais possible de reprendre l’initiative. Les positions allemandes, bien que solides, n'étaient pas invulnérables. Elles étaient aussi usées, fragilisées par l’exposition prolongée à l’artillerie et aux contre-attaques locales. Durant le mois d’août, les préparatifs s’intensifièrent. Les unités françaises furent réorganisées, regroupées, rééquipées. L’artillerie fut concentrée sur des points précis du front nord-est de Verdun. Les objectifs étaient clairs : reprendre les forts perdus, restaurer une ligne plus favorable et surtout démontrer que l’armée française était encore capable d’attaquer. Les combats continuèrent pourtant sans interruption. Les tranchées restaient actives, les bombardements permanents, et les pertes quotidiennes élevées. Des deux côtés, les témoignages convergent vers une même impression : celle d’un temps qui ne s’arrête plus. Les soldats parlent d’une guerre sans début ni fin, où chaque jour ressemble au précédent, avec seulement des variations de violence. Un fantassin français écrira : "On ne comptait plus les jours. On comptait les survivants".

Canon français sur le front de Verdun

Canon français sur le front de Verdun

La relève française

Canon français sur le front de Verdun
Pendant l’été et l’automne 1916, la grande offensive britannique et française sur la Somme attira une partie des réserves et de l’attention allemande. Verdun cessa d’être le principal effort de l’armée allemande, ce qui donna progressivement l’initiative aux Français. Sur le terrain, cela se traduisit par une stabilisation du front où l’artillerie française devint de plus en plus dominante. Le début du mois d’août 1916 fut riche en actions sur Thiaumont et Fleury. Les 81e et 96e RI s’illustrèrent à Thiaumont et la 15e DI progressa devant Fleury en faisant 350 prisonniers et en capturant 11 mitrailleuses. Le 3 août 1916, l'ouvrage de Thiaumont fut repris, le 4 août ce fut le tour du village de Souville. Les combats pour le village de Fleury durèrent jusqu'au 18 août au soir où l'ensemble du village fut aux mains des tirailleurs du régiment d'infanterie coloniale du Maroc. Le 7 août 1916, le JMO du 95e RI parle de "Pertes importantes sans modification du front" et un soldat témoigne "On tenait des ruines qu’on appelait des positions". Les Allemands adoptèrent une posture de défense organisée, cherchant à tenir les positions conquises entre février et juin. Erich von Falkenhayn démissionna du haut commandement allemand le 29 août 1916. Il fut remplacé par les généraux Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff. Dans la nuit du 4 au 5 septembre 1916, l'explosion d'un dépôt de grenades provoqua un incendie dans le tunnel de Tavannes. Cet incendie tua 9 officiers et 415 hommes. De nombreux autres furent tués par les tirs d'obus à gaz effectués par les Allemands pour empêcher l'accès de secours. Il faudra 12 jours pour nettoyer le tunnel.

L'entrée du tunnel de Tavannes

L'intérieur du tunnel de Tavannes aujourd'hui
En septembre 1916, la situation se montra favorable aux Français. Le 17 septembre, le général Mangin, qui commandait désormais la rive droite, proposa au général Nivelle d'attaquer en face des forts. L'offensive fut minutieusement préparée avec un scénario prévoyant une progression de l'infanterie de 100 m en quatre minutes précédés, à moins de 100 m, d'un barrage d'artillerie roulant. L'armée devait progresser sur une profondeur de 3 km et une largeur de 7 km. Le 20 octobre 1916, le beau temps refit son apparition sur les côtes de Meuse. La préparation d'artillerie, avec 1100 canons, fut décidée pour le lendemain et l'attaque pour le 24 octobre à 11 h 40. Le 22 octobre, une répétition de tirs et une fausse attaque permirent de dévoiler les positions de 158 batteries d'artillerie allemande qui furent immédiatement bombardées par les canons français. Le 23 octobre 1916, les canons lourds français, dont les mortiers de 400 et de 370 mm, ravagèrent les forts de Douaumont et de Vaux. Les explosions déclenchèrent des incendies meurtriers dans les deux forts. Le 24 octobre 1916 à l'heure prévue, la 38e DI (général Guyot de Salins), la 133e DI (général Passaga) et la 74e DI (général de Lardemelle) attaquèrent sur un front d’environ cinq kilomètres entre le bois Nawé et Damloup. À une centaine de mètres devant la 1re vague, les obus à balles, à 150 m devant, les obus explosifs, et à 200 m devant, les obus de 155 mm balayèrent le terrain. Les tirs avancèrent par bond de 50 m toutes les 2 minutes. L'infanterie progressa derrière ce barrage roulant d'artillerie, une tactique moderne qui permettait de réduire les pertes, conformément au plan. Les combats furent violents, mais la supériorité du dispositif d’artillerie française et l’état d’usure des positions allemandes permirent la progression. Dès midi, les objectifs intermédiaires furent atteints. À 14 h 45, le 4e régiment mixte de zouaves et de tirailleurs s’empara du village de Douaumont et à 15 h, le régiment d'infanterie coloniale du Maroc avec des hommes du 321e RI abordèrent le fort de Douaumont. Le capitaine Richard Prollius du Feldartillerie-Regiment 108 en poste au fort capitula en fin de journée. La 38e et la 133e DI remplirent tous leurs objectifs reprenant le village et le fort de Douaumont. La 74e DI reprit la batterie de Damloup, mais échoua à prendre le fort de Vaux. Environ 6 000 soldats allemands furent faits prisonniers. Ce fut un coup de théâtre symbolique, le fort perdu en février sans grande bataille fut reconquis après une offensive planifiée, montrant le retournement de la situation. Le JMO du 321e RI décrit l’assaut : "L’avance se fait dans un terrain entièrement bouleversé. Les repères ont disparu". Un fantassin écrira : "On reconnaissait Douaumont seulement parce qu’on nous disait que c’était Douaumont" et un autre : "On ne combattait plus un fort, mais ses ruines brûlantes". Le 29 octobre 1916, les villages de Fleury et de Thiaumont furent repris.

Soldat du 164e RI en 1re ligne à Verdun

Soldat français au repos à Verdun

Le lion de Souville
Le "Lion abattu", œuvre du sculpteur René Paris,
érigé en 1922, marque le point extrême de l'avancée allemande le 23 juin
1916.

Le lion de Souville
En novembre et décembre 1916, l’armée française poursuivit ses offensives successives pour repousser les lignes allemandes et sécuriser le secteur de Verdun. Les combats restaient violents, mais l’initiative était désormais française, et les Allemands se replièrent progressivement sur des positions plus défensives. Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1916, l’ID 192 allemand évacua, sans que les Français le remarquent, le fort de Vaux, devenu intenable sous le feu français. Le 2 novembre 1916, un obus français de 220 provoqua une gigantesque explosion dans le fort. Après avoir intercepté un message radio allemand annonçant que le fort avait été évacué, une compagnie du 118e RI et une du 298e RI s’approchèrent avec prudence du fort au cours de la nuit du 2 au 3 novembre 1916. À 3 h, le fort de Vaux était officiellement de nouveau français. Dans la foulée, les Français reprirent la batterie de Damloup. Cette reprise avait une portée particulière. Là où la perte de Vaux avait symbolisé la résistance extrême, sa reconquête symbolise la capacité de retour de l’armée française. Le JMO du secteur de Vaux indique : "Les positions ennemies sont fortement affaiblies. La progression est rendue possible par l’épuisement des défenseurs". Un survivant du siège de juin, revenu dans les rangs français, écrivit : "Reprendre Vaux, c’était refermer une blessure. Mais la blessure était toujours là". Le 24 novembre 1916, les Français reprirent le terrain qu'ils avaient perdu au cours des 8 mois précédents. Les Allemands perdirent près de 30 000 hommes parmi lesquels entre 6000 et 10 000 furent faits prisonniers.

Canon français de 240 mm

Canon français

Mitrailleuse Hotchkiss française
À mesure que l’hiver approchait, la dynamique offensive allemande disparut complètement. Les unités engagées étaient épuisées, les pertes remplacées difficilement, et la stratégie initiale de rupture furent abandonnées de fait. Une nouvelle offensive fut planifiée par les Français à partir du 18 novembre 1916. Après une semaine de mauvais temps, l'artillerie française (800 canons) se déchaîna le 12 décembre 1916 sur les ouvrages d'Hardaumont et les villages de Vacherauville, de Louvemont et de Bezonvaux lourdement fortifié par les Allemands. Le 15 décembre 1916 à 10 h quatre divisions d'attaque (37e, 38e, 126e et 133e DI) sortirent des tranchées sur les 9 km de la ligne de départ de la côte du Poivre au ravin de Vaux. L'avance fut rapide, à 10 h 35 la Côte du Poivre, la Côte 342 et les 1re et 2e lignes devant Louvemont étaient aux mains des français. Entre le 15 et le 18 décembre 1916, les 20e, 1re et 124e DI reprirent Haumont, Brabant, Samogneux. Le front revint aux lignes du 21 février. En quatre jours de combat, l'armée allemande perdit 25 000 hommes et les troupes françaises firent 11 387 prisonniers dont 284 officiers, prirent 115 canons, 44 minenwerfer et 107 mitrailleuses. Les régiments engagés en fin d'année, comme ceux de la 126e DI, effectuèrent des missions de nettoyage et de sécurisation des positions, marquant le retour définitif des lignes françaises sur les emplacements de début février. À la fin de l’année, le champ de bataille était méconnaissable. Les villages de Fleury, de Beaumont, d'Ornes, de Louvemont, d'Haumont et de Bezonvaux ont disparu. Les forêts ont été rasées. Les reliefs ont changé de forme sous les bombardements. Et pourtant, après dix mois de combats, la ligne de front était revenue presque à son point de départ. Des centaines de milliers d’hommes ont été tués, blessés ou ont disparu pour un gain territorial extrêmement limité. Le 18 décembre 1916 est généralement retenu comme la fin de la bataille de Verdun. Ce jour-là, l’ultime offensive française permit de récupérer la plupart des positions perdues au début de l’année. Au total, 302 jours et 302 nuits de combat auront transformé Verdun en symbole extrême de la guerre d’usure. Verdun n’est pas une victoire simple. Ce n’est pas une défaite simple. Ce fut une bataille où les armées ne cherchèrent plus à vaincre rapidement, mais à survivre plus longtemps que l’adversaire. Un vétéran du 67e RI dira : "Verdun, c’était survivre pour que l’autre meure le premier. On a gagné... en perdant tout".

Vue aérienne du village de Vaux en 1918

Ruine du village de Haucourt en 1918

Verdun en 1918

Le village de Vaux

Chapelle commémorative sur l'emplacement du village de Bezonvaux

Vestiges du village de Bezonvaux

Reste d'une cave dans le village de Bezonvaux

Le village de Bezonvaux
Le bilan humain de Verdun est immense. On retient généralement environ 163 000 morts français et 143 000 morts allemands, auxquels s’ajoutent 216 000 blessés français et 190 000 à 196 000 blessés allemands selon les sources. Le rythme des pertes est étroitement lié aux périodes de haute intensité militaire. Les premières semaines (février 1916) sont extrêmement sanglantes, l'armée française perdant environ 70 000 hommes en seulement trois semaines face à la surprise de l'offensive allemande. Durant les mois de mai, juin et juillet, les combats pour des points précis (fort de Douaumont, fort de Vaux, plateau de Souville) occasionnèrent des pertes massives et constantes. En moyenne, chaque mois de la bataille a généré environ 70 000 victimes (tués, blessés, disparus) pour l'ensemble des deux camps. À l'automne 1916, bien que l'intensité des offensives allemandes diminuait, les contre-attaques françaises (comme le 24 octobre) pour reconquérir les forts maintenaient un niveau de pertes élevé, bien que les taux tendaient à refluer à mesure que le front se stabilisait. Le taux de pertes sur l'effectif total engagé est estimé à environ 21,5 % par camp, illustrant que la violence subie a été presque identique pour les combattants des deux nations. L'artillerie fut responsable de 80 % des pertes. Certaines divisions françaises engagées plusieurs fois à Verdun cumulèrent des pertes supérieures à leurs effectifs initiaux. L'ossuaire de Douaumont abrite les restes de 130 000 soldats français, la nécropole devant l'ossuaire contient 14 142 corps. Le champ de bataille reste un ossuaire où d’innombrables corps non identifiés dorment encore.

Cadavres allemands à Verdun en 1916

Transport de blessés à Verdun

Transport de blessés à Verdun

Infirmiers recherchant des blessés près de l'ouvrage de Thiaumont

Vue aérienne de la nécropole de Douaumont (© Géoportail IGN)
Cinquante-trois millions d’obus (30 millions d'obus allemands et 23 millions d'obus français) y ont été tirés par les 2200 pièces d'artillerie allemandes et les 1727 canons français. Un quart au moins de ces obus n'ont pas explosé (obus défectueux, tombés à plat, etc.). Si l'on ramène ce chiffre à la superficie du champ de bataille, on obtient six obus par mètre carré. La célèbre Côte 304, dont le nom vient de son altitude, 304 m avant la bataille, ne fait plus que 297 m d'altitude et le Mort-Homme a perdu 10 m.

Canon de Bange de 155 mm

Canon Schneider de 75 mm

Canon Schneider de 155 mm
Le fameux canon de 75 français (Musée des Armées à Paris)

Monument de Vaux
La France aura engagé 70 divisions d'infanterie (sur 95 disponibles) dont les plus emblématiques furent le 30e Corps d'Armée (général Herr), les 72e et 73e brigades, la 26e DI (général Naulin), la 37e DI, la 39e DI, la 126e DI, la 152e DI, les 56e et 59e RI (colonel Driant), le 14e RI, le 27e RI, le 297e RI, le 142e RI (commandant Raynal), le 7e RI (Durenne), le 43e RI et le 118e RI. Les Allemands ont engagée 53 divisions dont l'Armee-Korps III (Lochow), l'Armee-Korps VII (Zwehl), l'Infanterie-Division 3, l'Infanterie-Division 5, l'Infanterie-Division 15, l'Infanterie-Division 24 (Moser), l'Infanterie-Division 39 (Buschenhagen), l'Infanterie-Division 57 (Marwitz), la Preußischen-Infanterie-Division 5, la Preußischen-Infanterie-Division 3, la Preußischen-Infanterie-Division 15, la Preußischen-Infanterie-Division 56, le Württembergischer-Infanterie-Regiment 13, le Württembergischer-Infanterie-Regiment 36 et les Grenadier-Regiment 115 et 117.

La nécropole de Douaumont

La nécropole de Douaumont

La nécropole de Douaumont

La nécropole de Douaumont

L'ossuaire de Douaumont

L'ossuaire de Douaumont

L'ossuaire de Douaumont

L'ossuaire de Douaumont
Verdun, après 302 jours et 302 nuits de combats sans précédent, entra dans la mémoire collective des Français.

Les ruines de Bezonvaux

Mémorial aux combattants israélites

Monument André Maginot
érigé prés du fort de Souville à l'endroit où il fut décoré de la
médaille militaire le 6 novembre 1914

Le monument de la Victoire à Verdun
L'offensive française entre le 15 et le 18 décembre 1916 avait permis de récupérer la plupart du terrain perdu depuis le 21 février 1916 en dégageant complètement Douaumont et les points d’appui de la Côte du Poivre, des Chambrettes et du massif d’Hardaumont. Elle laissait néanmoins aux Allemands quelques positions menaçantes comme la côte du Talou, la Côte 344, le Mort-Homme et la Côte 304. Dans ces secteurs redevenus calmes, le Grand Quartier Général français jugea nécessaire une offensive pour améliorer les lignes restées précaires. C'est sur la rive gauche de la Meuse que les Allemands, profitant de leurs positions dominantes, tentèrent de rouvrir la bataille de Verdun. Le 1er juin 1917, après un court, mais très violent bombardement, les Allemands attaquèrent à la Côte 304. Ils réussirent à percer en deux points la première ligne française, mais finirent par en être chassés. Des coups de main sur le front du Mort-Homme et de Cumières succédèrent à cette attaque. Le 29 juin 1917, les Allemands lancèrent une attaque plus importante sur les positions françaises de la Côte 304 et sur les saillants sud du bois d’Avocourt. Dans la soirée, les Allemands poursuivirent leurs avantages à l’ouest du Mort-Homme. Les contre-attaques françaises ne reprirent aux Allemands qu’une partie du terrain perdu. Les 2 et 4 juillet 1917, Les Allemands poursuivirent des offensives locales au sud-ouest de la Côte 304.

Chapelle commémorative du village de Fleury-devant-Douaumont

Monument du village de Fleury-devant-Douaumont

Fleury-devant-Douaumont

Fleury-devant-Douaumont

Fleury-devant-Douaumont

Fleury-devant-Douaumont
Le 8 juillet 1917, le 4e bataillon du 346e RI et le 4e bataillon du 335e RI, sous les ordres du lieutenant-colonel Rozier, reçut pour objectif de reprendre tout le terrain perdu les 28 et 29 juin et de s'emparer des anciennes premières lignes allemandes jusqu'à la Côte 304. L'attaque fut prévue pour le 17 juillet 1917. Après plusieurs jours de préparation d'artillerie, les fantassins français s’élancèrent à l'assaut derrière un barrage roulant qu'ils trouvèrent trop lent. La résistance allemande fut faible, les tranchées avaient été nivelées, les abris enterrés et une seule mitrailleuse tirait. Vers 9 h, l'artillerie allemande commença à violemment bombarder le terrain conquis. Ce bombardement ininterrompu avec des obus de tous calibres dura jusqu'au 20 juillet. Sous ce bombardement violent et incessant, les Français trouvèrent la force de repousser, le 17 au soir, une contre-attaque allemande. Le 1er août, une nouvelle attaque allemande sur le même point entraîna la perte de la plus grande partie des gains français. Cette série d'attaques et de contre-attaques ne pouvant se prolonger indéfiniment, le commandement français décida d’y mettre fin et prépara une opération de grande envergure.

La Côte 295 au Mort-Homme en 1917

Le village d'Ornes en 1917

Canevas de tir du secteur de Douaumont en 1917
Dans la nuit du 19 au 20 août 1917, les batteries françaises prirent sous leur feu les batteries allemandes, les écrasant et les aveuglant avec une masse énorme d’obus spéciaux. En même temps, l’artillerie de tranchée, les pièces courtes et les canons de campagne entamèrent l’œuvre de destruction, tout en l'isolant de l’arrière, de la zone d'attaque. Les troupes prirent position au cours de la nuit dans les tranchées de départ, sous un violent bombardement avec des obus à gaz allemand des premières lignes et des voies de communication. Le 20 août 1917 à 4 h 40, les Français, sous les ordres du général Guillaumat, attaquèrent sur les rives gauche et droite de la Meuse, sur un front de 18 km. Sur la rive gauche, le 13e corps du général Linder progressa au nord du ruisseau de Forges, encerclant la Côte 304 qu'il enleva le 24 août 1917. Aux côtés du 16e corps du général Corvisart, le 81e RI reprit les hauteurs du Mort-Homme. Les tunnels Bismarck et du Kronprinz furent occupés. La division marocaine du général Degoutte enleva le bois des Corbeaux, Cumières, et la Côte de l'Oie ainsi que le tunnel Gallwitz le 21 août. Sur la rive droite, le 15e corps du général de Fonclare fut engagé entre Vacherauville et Louvemont. La 126e DI s'empara de la côte du Talou et de Samogneux le 21 août 1917. La 123e DI occupa les Côtes 326 et 344. Malgré les contre-attaques et les tirs de barrage de l'artillerie allemande du Bois des Caures, le 32e corps du général Passaga se maintint au Bois des Fosses, prit le 26 août, et, le 8 septembre, s'empara du bois des Caurières. Les Côtes 344 et 326 étant toujours à portée d'éventuelles contre-attaques allemandes, les généraux Guillaumat et Passaga voulurent poursuivre le combat. Mais le général Pétain, commandant en chef, et le général Fayolle, responsable du groupe d'armées, ne voulaient pas engager une nouvelle bataille d'usure et les opérations offensives furent suspendues le 18 septembre 1917. L'armée française était revenue à ses anciennes lignes de 1916. Les tentatives allemandes du début d'octobre 1917 pour reprendre ces positions restèrent infructueuses. Du 20 au 27 août 1917, les français eurent 4730 tués ou disparus et 9630 blessés. Ils firent 10 300 prisonniers et prirent 30 canons, 100 minenwerfer et 242 mitrailleuses aux Allemands. Durant cette offensive, les Français tirèrent 4 millions d'obus.

Vestiges du village d'Ornes

Vestiges du village d'Ornes

Vestiges du village d'Ornes

Vestiges du village d'Ornes

La chapelle Saint-Michel dans l'ancien village d'Ornes

Vestiges du village d'Ornes
Le 26 septembre 1918, alors que la 4e armée française du général Gouraud attaquait entre les Monts de Moronvilliers et l'Argonne, l'armée américaine sous le commandement du général Pershing engagea l'offensive entre l'Argonne et la Meuse. Après un pilonnage de trois heures, à 5 h 30 les Américains se lancèrent à l'assaut des positions allemandes. Les villages de Malancourt, de Béthincourt et des Forges tombèrent immédiatement, ceux de Gercourt, de Cuisy, le sud de Montfaucon et de Cheppy furent pris à midi. Les Américains contournèrent alors la butte de Montfaucon et poussèrent jusqu'à Septsarges. Au soir, la butte de Montfaucon était encerclée. Les 27 et 28 septembre, les Allemands contre-attaquèrent, mais ne purent enrayer l'avance des Américains qui prirent encore les villages d'Ivoiry et Epinonville. La butte de Montfaucon fut occupée le 28 septembre. Les Américains firent 8000 prisonniers et s'emparèrent de 100 canons. Sur la rive droite, les Américains soutenus par un corps d'armée français s'emparent des villages de Brabant et d'Haumont, le bois d'Haumont et le bois des Caures. Les Américains et les Français dépassèrent les positions de départ des Allemands en février 1916. À la fin du mois d'octobre, les Allemands perdirent plus de 150 canons, près de 1000 minenwerfer et plusieurs milliers de mitrailleuses. Il y eut plus de 20 000 prisonniers.

La nécropole de Douaumont

La nécropole de Douaumont

La chapelle Saint-Nicolas à Haumont-près-Samogneux
érigé en 1932

Le mémorial de Verdun
Ces photographies ont été réalisées entre 1916 et 2025.
Source :
Notice sur le fort de Vaux / Les éditions lorraines Frémont
Douaumont, 24 octobre 1916 / Auteur Gaston Gras / Les éditions lorraines Frémont
Guide Michelin les champs de bataille Verdun, Argonne, Saint-Mihiel / Éditions Guides touristiques Michelin
Verdun 1916 / Auteur Michaël Bourlet / Éditions Perrin
Verdun par ceux qui l'ont vécu / L'illustration / Éditions Michel Lafon
Revues "Tranchées" éditées par Histoire Militaire éditions Sarl (revues trimestrielles)
Cette page a été mise en ligne le 16 juin 2026
Cette page a été mise à jour le 16 juin 2026