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Le fort de Vaux est l’un des ouvrages les plus remarquables de la ceinture fortifiée de Verdun. Construit entre 1881 et 1884, il appartient au système Séré de Rivières et fut pensé comme un fort d’arrêt et d’observation destiné à défendre les approches orientales de Verdun, en particulier la plaine de la Woëvre, les ravins voisins et les axes de pénétration venant de Metz. Son histoire est celle d’un ouvrage sans cesse adapté, puis brutalement confronté en 1916 à la guerre industrielle à son paroxysme.

Le casernement du fort

Le casernement
Édifié à environ 298 m d’altitude, l’ouvrage dominait directement la plaine de la Woëvre, la voie ferrée venant de Metz, la route d’Étain et les ravins descendant vers Verdun. Sa mission consistait également à couvrir les intervalles entre plusieurs ouvrages majeurs comme le Fort de Douaumont, l’ouvrage de La Laufée et le fort de Tavannes. Le fort contrôlait ainsi une partie essentielle des approches nord-est de Verdun. Dès sa construction, il fut complété par une batterie annexe extérieure chargée d’augmenter sa puissance de feu. Construit entre 1881 et 1884, le fort porta brièvement le nom de "fort Dillon", selon la pratique instaurée par le général Boulanger qui attribuait aux forts français des noms de chefs militaires. Lors de sa construction, le fort de Vaux était un fort en maçonnerie classique, ayant une forme de trapèze régulier entouré d’un fossé sec. Le casernement était établi contre la gorge séparé du mur d’escarpe par une terrasse. La défense des fossés se faisait par une caponnière double au saillant II et un aileron au saillant III. Le fossé de gorge était défendu par une caponnière dépourvue de locaux casematés avec une terrasse à ciel ouvert disposé en saillie au centre de la gorge. La défense des glacis était assurée par deux positions d’infanterie en retrait des saillants II et III et par les dessus du casernement aménagés en position d’infanterie à double crête de feux. Ces positions d'infanterie possédaient des traverses pleines formant des chicanes protégeant les fantassins des tirs en enfilade. Le massif du fort comprenait huit emplacements de tir pour canons et le magasin à poudre, d’une capacité de 62 t de poudre noire, avec ses locaux annexes formait un bloc isolé en capitale. En 1885, l'armement du fort se composait de trois canons de 120L et de cinq canons de 95. Les caponnières étaient armées de trois canons-revolver de 40 et de trois canons de 12 culasse. La garnison était de 150 hommes. L'alimentation en eau se faisait par deux citernes de 300 m³. Le coût de cette construction initiale fut de 942 320 francs. À sa construction, le fort ne possédait encore aucun cuirassement métallique important.

L'invention de la mélinite, explosif beaucoup plus performant que la poudre noire, par Eugène Turpin en 1885 créa la crise dite de l'obus-torpille et rendit les constructions de défense en maçonnerie obsolète. Le fort de Vaux le fut dès sa construction. Il subit donc plusieurs campagnes de modernisation successives entre 1886 et 1914. Dès 1886, des galeries de mines de contrescarpe furent aménagées afin de renforcer la défense des fossés. En 1887, furent ajoutées une batterie annexe extérieure faite d’une ligne de plates-formes d’artillerie séparées par des traverses creuses, attachée au saillant I, et une source artificielle destinée à améliorer l’approvisionnement en eau. En 1888, une grande partie du casernement et des galeries furent renforcés avec une carapace de béton spécial de 2,50 m d’épaisseur, séparée des maçonneries par 1 m de sable. Seules sept des onze travées du casernement furent conservées. Mais cette carapace de béton était tellement lourde qu’il fallut construire des piédroits de briques dans les travées du casernement. La caserne bétonnée avait une capacité de 161 places couchées et de 100 places assises. Entre 1888 et 1893, le fort fut relié au réseau militaire de voie étroite de 60 cm et entouré de nouveaux réseaux de fils de fer. Des grilles défensives furent installées à l’entrée, au-dessus des caponnières et dans certains accès sensibles. En 1895, on renforça les escarpes. Entre 1904 et 1906 les anciennes caponnières furent remplacées par un coffre double de contrescarpe au saillant II et deux coffres simples aux saillant I et III. Deux casemates de Bourges furent construites aux saillants I et IV afin d’assurer des tirs de flanquement d’artillerie sur les intervalles entre forts. La casemate de Bourges est constituée de deux chambres de tir légèrement décalé l'une par rapport à l'autre. Chaque chambre est armée d'un canon de 75 d'une portée de 5500 m et d'une cadence de tir de onze coups par minute. Chaque chambre de tir possède des armoires de stockage pour 96 obus (chacun pesant 7 kg). Au sous-sol, chaque chambre possédait un magasin pour 800 obus. Les murs de la casemate ont une épaisseur de 2,50 m et la dalle supérieure est constituée de 1,70 m de béton armé. La casemate était desservie par quinze hommes.

Vestige de la tourelle 75R05

Observatoire cuirassé


Une tourelle de 75R05 et trois observatoires cuirassés furent installés au centre des saillants II et III en 1905. La tourelle de 75R05 est une tourelle à éclipses armée de deux canons de 75 raccourcis. Ceux-ci ont une portée de 4900 m et une cadence de tir de onze coups par minute par canon. La tourelle est constituée d'un fût, dont la paroi à une épaisseur de 150 mm, recouverts d'une calotte de 300 mm d'épaisseur. Elle comprend trois étages dont l'étage supérieur est la chambre de tir. L'étage intermédiaire comprend le poste de commandement et quatre armoires pour le stockage de 725 obus. C'est à cet étage que s'effectue la rotation de la tourelle. L'étage inférieur comprend le balancier et le contrepoids de la tourelle. La montée et la descente de la tourelle d'un poids de 160 t s'effectuent à l'aide de deux hommes. Un ventilateur manuel destiné à l'évacuation des fumées de tir est également installé à cet étage. L'ensemble de la tourelle est desservi par quinze hommes répartis sur les trois étages.




Entre 1910 et 1912, les galeries bétonnées furent complétées pour relier le casernement à tous les organes du fort. Ces galeries permettaient de maintenir l’ouvrage fonctionnel en cas d’attaque et de circuler sous le feu ennemi. Trois autres batteries d'artilleries furent également créées à l'extérieur du fort. En 1910, l'armement du fort se composait d'une tourelle de 75R05 (2 canons de 75) alimenté avec 2000 coups par canon, de deux casemates de Bourges (2 canons de 75) alimenté avec 500 coups par canon, de trois observatoires cuirassés et de deux guérites blindés. La défense des fossés était réalisée par un coffre double, armé de deux canons-revolver (1800 coups/pièce) et de deux canons de "12 culasse" (150 coups/pièce) et par deux coffres simples, armés chacun d'un canon-revolver (1800 coups/pièce) et d'un canon de "12 culasse" (150 coups/pièce). Les batteries extérieures du fort étaient armées avec dix canons de 90, quatre canons de 155L et quatre canons de 95.

Canon de 75 dans une des casemates de Bourges

Canon de 75 dans une des casemates de Bourges

Observatoire

En août 1914, lors de l’invasion allemande, Verdun devint rapidement un point stratégique du front occidental. Le fort fut placé en état d’alerte maximale avec une garnison renforcée, une artillerie approvisionnée et des observatoires actifs. La tourelle 75R05 tira quelques coups fin août 1914 sur le bois du Baty où des Allemands avaient été repérés. Cependant, le secteur de Verdun resta relativement calme jusqu’en 1915. Après la bataille de la Marne (6 au 12 septembre 1914), le front se stabilisa progressivement dans l’Est de la France. À partir de la seconde moitié de septembre 1914, Verdun se retrouva dans une situation stratégique délicate. La ville formait un saillant avancé dans les lignes allemandes et les voies ferrées vers Verdun furent partiellement menacées alors que les hauteurs de la rive droite de la Meuse devinrent des zones d’observation importantes. Durant cette période, les premiers tirs allemands concernaient surtout les routes militaires, les batteries de campagne et les observatoires avancés. Les premiers bombardements contre le fort de Vaux débutèrent le 18 février 1915. L'artillerie allemande tira 12 obus de 420 mm sur le fort depuis le bois d'Hingry. Les rapports français mentionnent des impacts sur les glacis formant des entonnoirs de 8 à 10 m de diamètre et de 2,50 à 4 m de profondeur. Un obus détruisit la contrescarpe sur une longueur de 8 m et un autre détruisit la contrescarpe à la gorge sur une longueur de 10 m. Les dégâts les plus importants furent ceux causés par un obus tombé sur la tourelle de 75R05. La voûte d'un des magasins de la tourelle fut défoncée, le massif de la tourelle fut fissuré et l'escalier d'accès au parapet fut détruit.

Une des chambrées du casernement



L'infirmerie
Après la chute rapide des forts belges de Liège et Namur en 1914 sous les tirs des mortiers allemands de 420 mm, le haut commandement français estima que les forts permanents ne pouvaient plus résister à l’artillerie lourde moderne. En août 1915, le général Joseph Joffre ordonna le désarmement partiel des forts. Au fort de Vaux plusieurs pièces furent retirées, les munitions évacuées et la garnison réduite. Le fort conserva ses cuirassements principaux, mais perdit une partie importante de sa capacité défensive active. Fin 1915, l'armement du fort de Vaux se composait de trois canons-revolver et de trois canons de 12 culasse avec leurs munitions pour la défense des fossés et de la tourelle de 75R05 avec quelques obus. Les casemates de Bourges étaient désarmées et sans munitions. À partir de décembre 1915, l’armée allemande commença secrètement la concentration d’artillerie destinée à l’offensive contre Verdun. Les Français constatèrent une augmentation nette des mouvements ennemis, mais ignoraient encore l’ampleur exacte de l’offensive en préparation. Durant les dix jours précédant l’attaque du 21 février 1916, le rythme des bombardements augmenta avec des tirs allemands quasi quotidiens. Des tirs de destruction frappaient les environs du fort, les routes, les ravins, les batteries de campagne et les postes d’observation. Cependant, le fort lui-même restait encore relativement intact au soir du 20 février 1916.




La chambre du commandant du fort

Les latrines
Le véritable déluge d’artillerie ne commença qu’au matin du 21 février 1916, lorsque les Allemands déclenchèrent le plus puissant bombardement jamais vu jusque-là sur le front occidental. Le 21 février 1916, l’armée allemande lança son offensive contre Verdun sous le commandement du général Erich von Falkenhayn. Le fort fut bombardé par des obusiers de 305 mm, des mortiers de 420 mm et de l’artillerie lourde de siège. Le 24 février, l'ordre fut donné de se préparer à l'évacuation de la rive droite de la Meuse, des charges de démolition, placées depuis 1915, furent donc armées afin de pouvoir faire sauter le fort à tout moment. Après la prise du fort de Douaumont, le 25 février, Vaux devint immédiatement un objectif majeur de l’armée allemande. Le 26 février 1916, le fort reçu 129 obus de gros diamètre. Les deux observatoires cuirassés latéraux furent atteints par des obus de 420 mm. L’observatoire de gauche fut fissuré, eut son plancher, ses poulies et les cordes de manœuvres arrachées. Celui de droite fut déchaussé et rejeté sur le côté. Un obus de gros calibre fit détonner les 815 kg d’explosifs qui avaient été stockés à proximité de la tourelle 75R05 empêchant l'accès aux fourneaux de destruction du bloc de la tourelle. Mais ceux-ci explosèrent à la suite d'un nouvel impact de 420 mm. Les canons allemands firent le travail que l’agent de mise en œuvre délégué par le général commandant la Région Fortifiée de Verdun n’avait pu exécuter. Tous les organes de la tourelle furent irrémédiablement détruits, y compris l’observatoire cuirassé. L’avant-cuirasse fut brisée et la calotte fut inclinée sur la droite, laissant une ouverture béante sur la gauche de la tourelle. Le coffre de contrescarpe double fut éventré par un ou plusieurs projectiles et un des coffres simples fut fortement endommagé. La contrescarpe fut également fortement détruite.




Au printemps 1916, le fort subit un bombardement d’une violence extrême. Selon les estimations contemporaines, près de 8000 obus par jour s’abattirent parfois sur l’ouvrage. Les Allemands engagèrent des obusiers de 210 mm, des mortiers de 305 mm, des pièces de 380 mm et des lance-mines lourds. Les superstructures furent progressivement pulvérisées avec les observatoires détruits, les fossés bouleversés, les entrées éventrées et les galeries de communication écrasées. Le 9 mars 1916, l'Allemagne annonça que les RIR 6 et RIR 19 avaient conquis le fort. En réalité, deux bataillons du RIR 19 avaient bien abordé la croupe de Vaux, mais furent balayées par les feux de l'artillerie française et des défenses du fort. Les 10 et 11 mars, les Allemands se lancèrent en colonnes par quatre à l'assaut des pentes menant au fort. Attaque après attaque, les cadavres allemands s’entassèrent devant les barbelés, les Allemands perdirent 60 % des effectifs engagés dans ces actions. Les Allemands se lancèrent à nouveau à l'attaque du fort à cinq reprises le 16 mars et à six reprises le 18 mars. Le commandant Raynal prit le commandement du fort le 24 mai 1916. À son arrivée, il découvrit un fort considérablement amoindri. À ce moment, les fantassins français s'accrochaient à une ligne de tranchées situées devant le fort de Vaux, mais uniquement pour éviter un assaut surpris de nuit, car, de jour, la position était intenable. Le fort lui-même était tenu par une garnison d'environ 250 hommes constituée de la 6e compagnie du 142e RI, de la 3e compagnie de mitrailleurs du 142e RI, d'un détachement du 5e régiment d'artillerie à pied (34e batterie) et du 6e régiment d'artillerie, d'un détachement de sapeurs des 2e et 9e régiment du génie et d'un poste de secours du 101e RI. À partir du 2 juin, des soldats de la 3e compagnie de mitrailleurs du 53e RI, du 142e RI et du du 101e RI (revenus de l’étang de Vaux), chassés de leurs positions par l'offensive allemande, se réfugièrent dans le fort. Lorsque le fort de Vaux fut finalement encerclé, le 2 juin, le commandant Raynal avait, avec lui, plus de 600 hommes, quatre pigeons voyageurs et un cocker répondant au nom de Quiqui. Il n'y avait pas beaucoup de vivres, mais l'approvisionnement en eau était en principe assuré grâce à une citerne de 5000 litres.

Le commandant Raynal



Le 1er juin 1916, après une formidable préparation d'artillerie se déclencha l'attaque allemande. Ils s’emparèrent du ravin du Bazil, de la digue de l'étang de Vaux et des pentes du bois Fumin. Les mouvements des Allemands furent suivis depuis le fort, mais celui-ci ne put intervenir dans les combats. L'attaque se poursuivit durant la nuit sur le village de Damloup qui tomba. La batterie de Damloup fut prise et reprise par les Allemands et les Français. Le 2 juin vers 2 h 15, sous un feu d'artillerie très intense, quatre compagnies allemandes du IR 39 et les Grenadier-Regiment 115 et 117 progressèrent vers le fort. Au lever du jour, les dessus du fort étaient occupés par les Allemands. La 7e compagnie du 142e RI commandée par le capitaine Tabourot défendit héroïquement les abords du saillant III, mais dut se replier vers le coffre de contrescarpe. Le sous-lieutenant de Roquette avec son détachement de mitrailleurs ne pouvant plus combattre avec leur mitrailleuse enrayée les rejoignit dans le coffre qu'ils défendirent à coup de grenades. Mais les Allemands les dominaient depuis les dessus et les arrosèrent de grenades. L'une d'elles blessa grièvement le capitaine Tabourot. Après plus de deux heures de combat à la grenade, les Allemands se rendirent maîtres du coffre et avancèrent dans la gaine de liaison. Au saillant II le coffre double était tenu par le sous-lieutenant Denizet dont les hommes interdirent les fossés avec les canons-revolver et les canons de 12 culasse. Les Allemands descendirent devant les créneaux de tir des paniers d'explosifs qui en explosant mirent les canons hors service. Les Allemands utilisèrent alors des lance-flammes à travers les créneaux, forçant les soldats français à se replier vers la caserne. Un obus ayant créé une brèche dans la gaine d’accès au coffre les Allemands en profitèrent pour investir les lieux. Au saillant I, à la suite de très violents combats au corps à corps, les Allemands parvinrent à s'emparer du coffre simple et à pénétrer dans les galeries de liaison souterraines. Durant les combats dans les coffres, les Français avaient érigé dans les galeries de liaison de nombreuses barricades en sacs de sable derrière lesquels furent placées des mitrailleuses. L'étroitesse des galeries (1,70 m de hauteur sur 1,20 m de largeur) empêchant de manœuvrer correctement et l'obscurité rendait les combats extrêmement difficiles. On se battait à la grenade, au lance-flammes, à la baïonnette ou encore à la pelle de tranchée. Les Allemands repoussèrent les défenseurs du fort pas à pas de barricade en barricade. Pendant ce temps, le lieutenant Alirol avec une compagnie de la garnison du fort fit une sortie sur le balcon entre le casernement et le fossé de gorge pour tenter de chasser les Allemands des dessus du fort. Son détachement fut repoussé à l’intérieur par les grenades allemandes. Au soir du 2 juin, le fort était entièrement cerné par les Allemands. La lutte se poursuivit durant six jours. Sur les dessus du fort, les Allemands subissaient de fortes pertes dues à l'artillerie française. Dans les galeries, l'avance se fit très lentement, les Allemands n’avancèrent que d'une soixantaine de mètres en six jours. Le 3 juin à 5 h, un avion français fit une reconnaissance au-dessus du fort et dix minutes plus tard celui-ci fut pilonné par des obus de 220 mm de l'artillerie française. Le 4 juin à midi un pigeon réussit à porter dans les arrières lignes françaises le message : "Tenons toujours, mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées très dangereuses. Il y a urgence à nous dégager. Faites-nous donner de suite communication optique par Souville qui ne répond pas à nos appels. C'est mon dernier pigeon". Dans la nuit du 4 au 5 juin le commandant Raynal envoya deux signaleurs vers le fort de Souville. Ces deux soldats parvinrent à passer les lignes allemandes et la liaison optique fut rétablie au 5 au matin entre les deux forts.

Dans le fort lors des combats début juin 1916

Dans le fort lors des combats début juin 1916


Le principal drame du siège fut rapidement le manque d’eau. Les citernes furent détruites ou contaminées par les bombardements. Le commandant Raynal rationna l'eau disponible. Le 2 juin, la ration fut de 3/4 de litre, le 3 juin elle fut de 1/2 litre, et le 4 de 1/4 de litre. Un survivant témoignera : "On buvait l’eau de condensation sur les murs, c’était tout ce qu’il restait". Le commandant Raynal nota : "L’eau est presque entièrement épuisée. Les hommes souffrent d’asphyxie et de fatigue extrême". Dans la nuit du 5 au 6 juin une centaine d'hommes parvint à s'échapper par une ouverture dans le béton et quitter le fort. Cette même nuit, l'aspirant Buffet et un sous-officier parvinrent à rentrer dans le fort en portant un message du poste de commandement de la division indiquant qu'une contre-attaque française était prévue pour le 6 juin. Cette contre-attaque fut menée par quatre compagnies des 321e et 323e RI. Les Français atteignirent la contrescarpe du fort, mais les tirs de grenades et les mitrailleuses allemandes les repoussèrent. Dans la caserne où la chaleur devint étouffante, la situation qui est déjà très préoccupante devint catastrophique. La chaleur devint insupportable dans les galeries saturées de fumée. Le commandant Raynal ordonna finalement la reddition, le 7 juin 1916 à 6 h 30, des 81 survivants. Au moment de la reddition, les défenseurs occupaient la caserne bétonnée et résistaient encore dans les galeries derrière les barricades. La garnison du fort de Vaux fut vaincue par la soif et non par les Allemands qui n'avaient nulle part pu pénétrer dans les forces vives du fort. Les honneurs militaires leur furent rendus par les Allemands pour leur résistance héroïque.

Fantassins allemands à l'assaut du fort de Vaux

Mitrailleurs français dans le fort de Vaux
Le 8 juin 1916, le général Nivelle ordonna au 2e zouave et au régiment d'infanterie coloniale du Maroc de reprendre le fort. À peine les troupes avaient-elles gagné leur position de départ, sous une pluie battante, qu'elles se retrouvèrent sous le feu des obusiers allemand. Une poignée de soldats parvint à atteindre le fossé du fort et à jeter quelques grenades avant d'être fauchée par les mitrailleuses tirant depuis les superstructures du fort. Après dix jours de combats terribles, le 2e zouave fut relevé le 17 juin. Il avait perdu 19 officiers et 846 hommes. Une nouvelle attaque française fut planifiée en septembre 1916 par l'état-major du général Charles Mangin pour reprendre Thiaumont, Douaumont et Vaux. Elle fut confiée aux 38e DI, au 133e DI et au 74e DI sur un front total de sept kilomètres. L'assaut était prévu pour le 17 octobre avec six jours de préparation d'artillerie, mais le mauvais temps fit repousser l'offensive au 24 octobre. Du 21 au 26 octobre, l'artillerie française déversa 530 000 obus de 75 mm, 101 000 coups de 155 mm et plus de 170 000 obus d'autres calibres sur le front d'attaque. L'attaque des fantassins français fut déclenchée le 24 octobre à 11 h 40. Dans le secteur du fort de Vaux, la 74e DI devaient s'emparer des premières lignes allemandes puis les 50e et 71e BCP devaient s'emparer du fort. Sur la droite, la batterie de Damloup, l'abri de combat et les pentes du ravin de la Horgne furent rapidement conquis. Sur la gauche la Sablière et la Grande Carrière furent également pris rapidement, mais la 2e ligne allemande opposa une forte résistance dans le bois Fumin et à l'étang de Vaux. Au centre le 299e RI ne peut venir à bout de l'attaque du Petit Dépot qu'avec l'aide des 50e et 71e BCP. Ces derniers, fort éprouvés, ne purent attaquer le fort. Au soir du 24 octobre, la première ligne française se trouvait encore à 350 m du fort. Le 25 octobre, la 74e DI, renforcé par deux bataillons du 63e DI, atteignit le fort, mais ne put s'y maintenir sous le feu des défenseurs du fort. Le 27 octobre, la 74e DI fut relevé par la 63e DI qui entama une série d'opérations pour s’approcher du fort. L'artillerie bombarda le fort avec des obus de gros calibre du 30 octobre au 2 novembre. Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1916, l’ID 192 allemand évacua, sans que les Français le remarquent, le fort de Vaux, devenu intenable sous le feu français. Le 2 novembre 1916, un obus français de 220 provoqua une gigantesque explosion dans le fort. Après avoir intercepté un message radio allemand annonçant que le fort avait été évacué, une compagnie du 118e RI et une du 298e RI s’approchèrent avec prudence du fort au cours de la nuit du 2 au 3 novembre 1916. À 3 h, le fort de Vaux était officiellement de nouveau français.


Les Allemands occupèrent le fort du 7 juin au 2 novembre 1916. Ils y entreprirent des travaux, dont le creusement d'une galerie qui devait relier un des coffres de contrescarpe aux tranchées allemandes distante de 300 m. La galerie ne sera qu'ébauchée sur une quarantaine de mètres. Avant leur départ, ils détruisirent l’observatoire de droite à l’explosif. Après la reprise du fort par les Français, les ingénieurs militaires entreprirent une vaste remise en état avec la consolidation des galeries, le déblaiement des coffres, le réarmement des casemates de Bourges et l'installation de quatorze mitrailleuses. Un puits fut creusé jusqu’à la profondeur de 40 m et donna plus de 100 litres/heure et une des citernes fut remise en état. À la place de la tourelle 75R05 fut installé une mitrailleuse pouvant prendre sous son feu le glacis nord. Le trou d’homme de la tourelle permettant de se glisser sous les voussoirs fut utilisé pour créer un observatoire en le recouvrant d’une guérite blindée. Un réseau de galeries profondes (réseau de 17) d'un développement de 1500 m fut creusé afin de relier les différents organes du fort. Ce réseau de galeries fut équipé d’un abri-caverne pressurisé afin de protéger les soldats des gaz de combat. La machine de filtration fut installée dans un réduit anti-gaz. L’électricité fut installée pour l’éclairage et la ventilation. Le tunnel d’accès, commencé par la 63e DI, fut terminé et un autre, en direction du dépôt de Vaux, fut entamé (il sera terminé en 1918). Après sa reprise par les Français, le fort de Vaux fut très fréquemment bombardé par l’artillerie allemande jusqu’en mars 1917. Il reçut jusqu’à fin mars 1917 15 700 projectiles de 77, de 105, de 150 et de 210 (4550 en novembre, 4000 en décembre, 3700 en janvier et 3500 en février). Les bombardements furent particulièrement violents les 2 et 4 janvier 1917, où des projectiles de 210 tombèrent en très grande quantité. En mars 1917, le fort fut touché par 830 obus. Le nombre de projectiles reçus diminua assez rapidement pendant les mois suivants avant de redevenir plus considérable en juillet, août, septembre et octobre 1917. Durant cette période, on compta 300 obus de petit calibre, 1600 de 105 ou de 130 et 300 de 150 et de 210.

Vue aérienne du fort de Vaux en 1916
Après la guerre, le fort de Vaux fut encore modifié. Un nouvel observatoire avec deux créneaux de tir semblables à ceux des cloches Pamart remplaça la chambre de tir de la tourelle 75R05 et la guérite blindée fut déposée à proximité. Un observatoire cuirassé, prélevé sur le fort de Troyon, fut mis en place. En 1927, les deux casemates de Bourges furent complètement restaurées avec une nouvelle couche de béton. Entre 1931 et 1932, le réseau de galeries de 17 sous le casernement fut bétonné afin de ne pas fragiliser les fondations de l’ouvrage en cas d’effondrement de ses galeries qui étaient soutenues avec des renforts en bois. Les casemates de Bourges figureront dans les plans de défense d’une éventuelle position en arrière de la ligne Maginot. Aujourd’hui, le Fort de Vaux demeure l’un des lieux les plus impressionnants du champ de bataille de Verdun. Contrairement à d’autres ouvrages fortement restaurés, il conserve encore une grande partie de son atmosphère d’origine. Les visiteurs peuvent parcourir les galeries où se déroulèrent les combats de juin 1916 et observer les traces directes des bombardements. Le fort reste surtout associé à l’idée de résistance absolue. Dans la mémoire française, il symbolise moins une victoire militaire qu’un combat mené jusqu’à l’épuisement total, dans les profondeurs mêmes de la guerre industrielle moderne.

Vue aérienne du fort
de Vaux aujourd'hui (© Géoportail IGN)
Ces photographies ont été réalisées entre 1916 et 2025.
Source :
Notice sur le fort de Vaux / Les éditions lorraines Frémont
Guide Michelin les champs de bataille Verdun, Argonne, Saint-Mihiel / Éditions Guides touristiques Michelin
Verdun 1916 / Auteur Michaël Bourlet / Éditions Perrin
Verdun par ceux qui l'ont vécu / L'illustration / Éditions Michel Lafon
Revues "Tranchées" éditées par Histoire Militaire éditions Sarl (revues trimestrielles)
Cette page a été mise en ligne le 16 juin 2026
Cette page a été mise à jour le 16 juin 2026