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À l’est-sud-est de Verdun, sur la ligne des hauteurs dominant la Woëvre, le fort de Tavannes occupe une position fondamentale dans la défense de la place forte. Situé entre les forts de Souville et de Vaux, il commande les ravins descendant vers Fleury-devant-Douaumont et contrôle surtout le passage stratégique de la voie ferrée Verdun/Étain/Metz grâce au tunnel de Tavannes, percé sous la crête. Pendant la bataille de Verdun, l’ensemble formé par le fort et le tunnel devint l’un des pivots de la résistance française sur la rive droite de la Meuse. Le fort servit de point d’appui d’artillerie et d’abri sous les bombardements, tandis que le tunnel se transforma progressivement en une gigantesque caserne souterraine, un poste de secours et un dépôt de munitions. Mais ce dernier devient également le théâtre de l’une des plus terribles catastrophes de Verdun : l’incendie du tunnel le 4 septembre 1916, qui provoque la mort de plusieurs centaines de soldats français.
Le fort de Tavannes appartient au système Séré de Rivières, immense programme de fortifications lancé après la guerre franco-prussienne de 1870-1871 afin de protéger les nouvelles frontières françaises. Construit entre 1874 et 1877, il porte d’abord le nom de "fort Mouton" puis "fort Brûlé" ou "fort du Bois Brûlé, avant de prendre le nom de Tavannes en mémoire du maréchal de Tavannes qui fut le premier gouverneur de Verdun en 1592. Il n’existe pas de village ou hameau du nom de Tavannes, le plateau sur lequel il est établi à environ 370 m d’altitude prendra à partir de la 1re Guerre mondiale le nom du fort. Son rôle était d'empêcher une percée ennemie venant de Metz, de couvrir les approches sud-est de Verdun, d'assurer les feux croisés avec les forts de Souville et de Vaux et de défendre le tunnel ferroviaire voisin. Le fort de Tavannes appartient à la première génération des forts construits avant la crise de l’obus-torpille des années 1880. Il fut le premier fort de la ceinture de forts détachés de Verdun. Il s'agit d'un fort assez vaste, affectant la forme d’un large pentagone à gorge rentrante entouré d’un fossé sec de 10 m de large et de 7,50 m de profondeur. La défense du fossé fut dévolue à une caponnière simple aux saillants II et IV et à une caponnière double au saillant III. Chaque saillant, sauf le III, comprenait une position d’infanterie et un chemin couvert avec parapet maçonné à une trentaine de mètres en avant du fort. L’entrée se situait au centre de la gorge. Un pont sur quatre piles prolongé par un pont-levis à bascule par en dessous permettait le passage au-dessus du fossé. Au niveau de cette entrée se situaient un corps de garde et un petit poste de télégraphie. La défense du fossé de gorge était dévolue à des pièces disposées à ciel ouvert, tirant depuis les barbettes vers les saillants I et V. Le porche d’entrée débouchait face à un autre tunnel jouxté de deux ateliers auxquels étaient adossés le magasin à poudre d'une capacité de 40 000 kg de poudre noire et les écuries pour 6 chevaux. Ce 2e tunnel passait sous l'énorme merlon central. De chaque côté de ce merlon central, le long des fronts latéraux (saillants I / II et saillants IV / V), ce trouvait un merlon creux comprenant, chacun, deux casemates à tir indirect.

Vestiges du casernement du fort de Tavannes

Vestiges du casernement du fort de Tavannes
Le cœur du fort est constitué par un vaste casernement voûté organisé autour d’une cour intérieure en puits de lumière. Ce casernement est construit à l’arrière du front entre les saillants III et IV. Le casernement se constitue de deux rangées de six travées disposées face à face sur un seul niveau. À l’arrière des travées se trouve un couloir de circulation. Le casernement était surmonté par un cavalier d’artillerie devancé par une pente abrupte donnant directement sur le sommet de l’escarpe. Un 2e casernement de six travées sur un seul niveau se trouve à l’arrière du front entre les saillants II et III. Le fort était pourvu de deux fours à pain, de 125 rations chacun, et de trois citernes, totalisant 680 m³. L'effectif du fort en 1882 était de 7 officiers, 28 sous-officiers et 716 soldats. Le coût de sa construction initiale était de 1 575 420 francs. En 1878, l'armement du fort était composé de trois canons de 155L, de sept canons de 138, de deux canons de 7, de deux mortiers de 22, de deux canons de 12 et de huit canons de 95 disposés sur des plateformes à ciel ouvert séparées par des traverses-abris. Quatre canons de 138 armaient les casemates à tir indirect. La défense des fossés se faisait avec deux canons de 7, quatre canons de 4 et quatre canons à balles. En 1890, l'armement se composait de cinq canons de 155L, de quatre canons de 120L, de deux canons de 7 et de deux mortiers de 22 disposés sur les plateformes à ciel ouvert. Pour la défense des fossés, il y avait quatre canons-revolver, quatre canons de 12 culasse et deux canons de 7. L'invention de la mélinite, explosif beaucoup plus performant que la poudre noire, par Eugène Turpin en 1885 créa la crise dite de l'obus-torpille et rendit les constructions de défense en maçonnerie obsolète. Comme la plupart des forts de Verdun, Tavannes subit plusieurs campagnes de modernisation après 1884, mais ne bénéficia jamais des gigantesques modernisations accordées aux forts de Douaumont ou de Vaux. Entre 1884 et 1885 fut construit, en prolongement du 2e casernement, un nouveau magasin à poudre d’une capacité de 46 000 kg de poudre noire. Entre 1889 et 1890, ce 2e casernement à l’arrière du front entre les saillants II et III fut débarrassé de son cavalier d'artillerie en terre et remplacée par un casernement en béton spécial de 208 places couchées. En même temps fut construite à la gauche de l'entrée une entrée de guerre bétonnée avec une rampe descendante creusée dans la contrescarpe. Entre 1890 et 1900, le fort fut relié au réseau de voies de 60 et un réseau de fils de fer fut mis en place autour de l’ouvrage ainsi que des grilles défensives à l’entrée du fort et sur les murs de contrescarpe au-dessus des caponnières.

En 1914, l'armement du fort se composait de dix canons de 90 approvisionnés à 600 coups/pièce et de deux mortiers lisses de 22 approvisionnés à 300 coups/pièce. Ce trouvait également au fort quatre sections de deux mitrailleuses, modèle 1907, approvisionnées avec 43 200 cartouches chacune. Le fort ne possédait aucun cuirassement ou casemate. Les caponnières de défense des fossés étaient armées avec quatre canons-révolver (1800 coups/pièce) et de quatre canons de 12 culasse (150 coups/pièce). Deux canons de 90 (600 coups/pièce) placés sur le parapet d’infanterie assuraient la défense du fossé de gorge. À proximité du fort se trouvaient la batterie d’artillerie de l’Hôpital, la batterie d’artillerie du tunnel, les deux batteries d’artillerie de Damloup, la batterie d’artillerie de Mardi-Gras et la batterie d’artillerie 6-9. Les batteries d’artillerie de Damloup étaient des batteries bétonnées type 1907 construite entre 1912 et 1913. Elles étaient armées de quatre canons de 90 sur affût de campagne. La batterie de l'Hôpital, longue de 250 m, était conçue pour huit pièces d'artillerie à l'air libre. Elle possédait un casernement de trois grandes chambrées et sept traverses-abris. Les autres batteries d’artillerie étaient des batteries de renforcement non armées. À proximité se trouvait également l'abri de combat LLM1 construit en 1905 d’une capacité de 200 places (une compagnie). Après la chute rapide des forts belges de Liège et Namur en 1914 sous les tirs des mortiers allemands de 420 mm, le haut commandement français estima que les forts permanents ne pouvaient plus résister à l’artillerie lourde moderne. En août 1915, le général Joseph Joffre ordonna le désarmement partiel des forts. Au fort de Tavannes les pièces d'artillerie furent retirées, les munitions évacuées et la garnison réduite. Ne possédant plus d’artillerie, le fort ne joua aucun rôle entre 1914 et février 1916.

Traverse-abri de la batterie du tunnel
Le 21 février 1916, l’armée allemande déclencha son offensive contre Verdun. Après la chute de Douaumont, le 25 février, le fort de Tavannes se retrouva brutalement en première ligne défensive. Les positions allemandes n'étaient plus qu’à 3,5 km au nord et à 2,5 km à l’est dans la Woëvre. Le fort subit alors des bombardements continus. En mars 1916, la garnison de Tavannes se constituait d'un bataillon d’infanterie, d'une compagnie de mitrailleuses et de détachements d’artillerie et du Génie. Cette garnison était sous le commandement du Capitaine Gérard du 6e Hussard qui fut remplacé le 30 mars par le chef d’escadron Champsavin du 20e BCP. Au fil des mois, le rôle du fort s’intensifia. Alors que certaines positions tombaient ou furent abandonnées, Tavannes servit d’espace de repli, de dépôt temporaire et d’abri pour les hommes. La pression du front le transforma en zone surchargée. On y regroupait des troupes en attente d’affectation, des blessés en transit, des spécialistes du génie, des territoriaux, du personnel de santé. Le fort, prévu initialement pour environ 600 hommes, vit sa capacité dépassée dans des proportions considérables. Des sources évoquent même l’installation de plusieurs régiments dans ses espaces intérieurs, ce qui donne une idée de l’encombrement extrême. En février et mars 1916, l’artillerie allemande engagea des canons de 210 mm, des 305 mm, des 380 mm et des mortiers lourds. Les tirs détruisirent progressivement les réseaux de barbelés, les traverses-abris, les observatoires et les parapets. Les superstructures furent littéralement retournées par les explosions. Dans la nuit du 2 au 3 avril 1916, la garnison fut réduite à deux compagnies d’infanterie et deux sections de mitrailleuses. Celles-ci furent remplacées le 17 avril par trois sections de la 122e compagnie de mitrailleuses. En même temps, le fort reçut deux mitrailleuses supplémentaires, puis quatre autres le 8 juin. Ce qui porta la dotation de l’ouvrage à douze mitrailleuses. Le 24 mai, deux canons de 58 avec 150 obus furent apportés au fort.

Fossé du fort en 1916

Le casernement du fort en 1916
Le 7 mai 1916 constitua l’un des épisodes les plus violents. Le fort reçut quinze obus de 380 mm, tombant principalement dans la partie sud. Ces obus détruisirent partiellement la contrescarpe de gorge, provoquèrent l'effondrement de l’abri XI, la destruction d'un passage maçonné et l'anéantissement du magasin à cartouches. Les terrassements furent bouleversés et un obus éventra la contrescarpe sur plusieurs mètres. Un obus provoqua l'explosion environ 12 000 grenades stockées dans le magasin nord entraînant l’effondrement des maçonneries, un souffle dévastateur dans les galeries, des incendies internes et des destructions considérables dans les terrassements voisins. Des soldats furent ensevelis sous les décombres et l'on compta de nombreux morts parmi la garnison. En juin, le front se rapprocha encore. L’ouvrage fut alors soumis à des tirs d’une intensité extrême. Les projectiles de 380 et 420 mm frappaient la superstructure, la cour et les fossés, ravageant les maçonneries et bouleversant l’organisation interne du fort. Toutefois, malgré ces destructions, le fort ne tomba pas aux mains des Allemands. Il resta occupé, endommagé, saturé de soldats (le 8 juin s'y trouvait environ 50 officiers et 1125 hommes de troupe), et continuellement menacé, mais jamais pris.

Chambrée dans le casernement

Chambrée dans le casernement

Chambrée dans le casernement
Après la chute du fort de Vaux, le 7 juin 1916, le fort de Tavannes devient un verrou essentiel protégeant Souville et Verdun. Les 22 et 23 juin de nombreux obus de 380 et 420 mm touchèrent le fort. La plupart des locaux non bétonnés furent détruits. Les obus de 420 mm percèrent les voûtes et le souffle détruisit la plupart des façades. Les locaux bétonnés résistèrent. Deux projectiles de 380 ou de 420 mm tombés sur le casernement en béton spécial y firent des entonnoirs de 0,80 m de profondeur et de 2 à 5 m de diamètre. Le 23 juin, les Allemands déclenchèrent une grande attaque de Froideterre à la Laufée. Après cette offensive repoussée par les Français, les 1res lignes allemandes se rapprochèrent à moins de 1300 m du fort de Tavannes. Les bombardements reprirent de plus belle. Le 10 juillet, le fort de Tavannes reçu pendant 3 heures, 14 000 projectiles environ. Le 11 juillet, de minuit à 6 h, le fort de Tavannes fut soumis à un bombardement intense d’obus lacrymogènes et asphyxiants. Une partie de la garnison ainsi que le commandant Champsavin furent intoxiqués. Le commandant succomba le 22 décembre 1916 des suites de cette intoxication. Ce bombardement par obus asphyxiants fut suivi, à partir de 6 heures, d’un intense bombardement par des obus de tous calibres. Ce jour, une attaque allemande très importante fut tentée depuis Vaux-Chapitre jusqu’à la Laufée et le lendemain depuis la station de Fleury jusqu’à Vaux-Chapitre. Les Allemands avancèrent leurs lignes à 1000 m environ au sud du fort. Celui-ci n'eut toutefois pas à intervenir. Début août, des combats terribles eurent lieu à la Vaux-Régnier et au bois de la Laufée où les Français subirent un recul de 150 m environ, ce qui mit le fort à 250 m seulement des Allemands qui étaient arrivés sensiblement à hauteur de la route de l’ouvrage de Laufée. Les Français reprirent quelques jours après le terrain perdu. Malgré les bombardements, le fort resta aux mains françaises jusqu’à la fin de la bataille de Verdun. Le fort et ses environs reçurent entre février et octobre 1916 quelques 30 à 40 000 obus.

Entrée du fort en 1916

Entrée du fort en 1916
Dès la fin 1916, on creusa sous le fort un réseau de galeries profondes d'une étendue de 1080 m. Ce réseau souterrain relia le fort à l’extérieur et fut muni d’un abri-caverne pressurisé grâce à une machine de filtration installée dans un réduit anti-gaz, sous le casernement bétonné. Deux cloches Pamart et une casemate pour mitrailleuses à quatre créneaux furent construites sur les dessus du fort pour la protection des glacis. La cloche Pamart du saillant IV présente un enrobement de béton très particulier dans lequel fut réalisé un créneau pour tir de grenades Viven-Bessières. Le blockhaus du saillant V est une réalisation unique. Un observatoire cuirassé fut placé au-dessus du casernement bétonné pour assurer le commandement du secteur et l’ouvrage fut électrifié pour l’éclairage et la ventilation des locaux grâce à des groupes électrogènes. Un poste optique bétonné fut créé sur les dessus du fort pour assurer la liaison optique entre le fort de Belrupt, le fort de Moulainville et l’ouvrage de La Laufée. Les issues et les entrées du fort furent équipées de chicanes en maçonnerie, armées de mitrailleuses et de goulottes lance-grenade.

L'entrée de guerre aujourd'hui

À la fin de la 1re Guerre mondiale, hormis des dessus parsemés de cratères, la courtine de gorge était intacte. Le pont dormant avait été remplacé par une butte de terre et un second accès avait été aménagé à droite de la courtine. L’escarpe montrait quelques effondrements consécutifs à des coups directs de gros calibre et les emplacements d’artillerie à ciel ouvert étaient bouleversés, mais les fossés n'étaient pas nivelés et les caponnières étaient relativement intactes. Les parties bétonnées de l’entrée avaient bien résisté, tout comme la caserne renforcée. En 1927, le cinéaste Léon Poirier, pour les besoins de son film devenu culte "Verdun, Vision d’Histoire", tourna dans le fort de Tavannes. Il utilisa l'entrée, demeurée presque intacte, pour représenter les premiers bombardements du fort de Vaux. Utilisant de nombreux explosifs, il acheva le travail de l'artillerie allemande.

Entrée de galerie au fort de Tavannes après 1916

Vestige d'une caponnière
Le tunnel de Tavannes
Le tunnel de Tavannes fut d’abord un ouvrage civil. Creusé en 1869, il permettait le passage du chemin de fer dans le secteur de Verdun en traversant la crête séparant Tavannes de Souville. Long d’environ 1400 m et large de 5 m, il reliait des points essentiels du réseau et joua un rôle logistique dans les communications de la région. Après l’annexion allemande de l’Alsace-Lorraine en 1871, le tunnel devint un point stratégique majeur. Les Français craignaient qu’il ne serve d’axe de pénétration, d’abri offensif et de point de rupture dans la défense de Verdun. Sa présence, à proximité immédiate du fort, le fit rapidement entrer dans la réflexion militaire. Dès les années 1873 - 1874, il fut intégré au dispositif défensif local. L’entrée nord-est fut aménagée de manière à pouvoir être tenue militairement, avec des corps de garde, des créneaux de fusillade et des dispositifs d’interdiction de passage. Le tunnel pouvait être détruit en cas d’avance allemande.

L'entrée du tunnel aujourd'hui

Le tunnel aujourd'hui
En 1914, puis davantage encore en 1915 et 1916, la guerre modifia complètement la fonction du tunnel de Tavannes. La ligne ferroviaire n’y joua plus son rôle originel. À mesure que les bombardements augmentaient, le tunnel devint indispensable. On y installa des postes de secours, des dépôts de munitions, des dortoirs, un poste de commandement, des cuisines. On y installa un éclairage sommaire avec des groupes électrogènes et des réserves de carburant. Entre 1500 et 2000 hommes pouvaient s’y trouver simultanément. Le tunnel devint un espace de refuge, de transit et de soutien pour les troupes engagées dans la fournaise de Verdun. Le tunnel fut utilisé comme abri contre les bombardements. Sa longueur, sa profondeur et sa couverture de terre en firent un lieu jugé relativement sûr, du moins en comparaison avec les tranchées de première ligne et les positions exposées sur les crêtes. Mais ce refuge était aussi un piège. L’air y circulait mal, la chaleur et l’humidité s’y accumulaient, les hommes s’y entassèrent, les animaux, les blessés et les convois s’y croisent. Le tunnel devint un espace d’extrême promiscuité où l’on attendait, où l’on soignait, où l’on stationnait et où l’on redoutait l’obus. Le tunnel devint rapidement inhabitable. Les soldats y subissaient l'obscurité constante, les fumées des locomotives, l'humidité permanente, le manque d’air. La chaleur et les gaz stagnaient. Des blessés agonisaient dans la galerie. Le tunnel était infesté de rats, de vermine, d’odeurs de cadavres et de fumées toxiques. Après la chute du fort de Vaux, le 7 juin 1916, Tavannes devint un verrou essentiel protégeant Souville et Verdun. Le 22 juin, le tunnel fut évacué et les autorités françaises envisagèrent de le faire sauter. Durant juillet et août 1916, les accès furent pilonnés et l’entrée nord-est était presque au contact du front, certaines unités françaises se repliaient à moins de 100 m du tunnel. Malgré les bombardements, le tunnel resta aux mains françaises jusqu’à la fin de la bataille.

Entrée du tunnel de Tavannes en 1916
Les problèmes de ventilation étaient dramatiques. Les lampes, les moteurs éventuels, les fumées, la chaleur humaine et les dépôts de combustibles créaient un environnement instable. Il suffisait d’un incident pour que l’abri se transforme en enfer. Ce n’est pas seulement la violence directe de l’artillerie qui menaçait les hommes, ce fut aussi l’accident, l’asphyxie, l’incendie et l’impossibilité d’évacuer rapidement. La nuit du 4 au 5 septembre 1916 constitua le grand drame du tunnel de Tavannes. Vers 21 h 30, un accident se produisit près du groupe électrogène, à l’entrée du tunnel, où un dépôt de pétrole prit feu après l’explosion de grenades. L’incendie se propageant, la fumée envahit la galerie, et les hommes se trouvèrent pris au piège. Le cauchemar fut aggravé par plusieurs facteurs. D’abord, l’espace était confiné et rempli de monde. Ensuite, les sorties étaient exposées aux bombardements, ce qui rendit toute évacuation difficile. Enfin, les fumées toxiques et la chaleur rendirent l’air irrespirable. Le tunnel brûla pendant deux jours, et les secours ne purent ni estimer immédiatement le nombre de victimes ni atteindre efficacement toutes les zones touchées.
Le bilan exact reste inconnu. Les estimations sont de 475 morts et de 500 à 600 blessées, parfois davantage selon certains témoignages. De nombreux corps ne furent jamais identifiés. Parmi eux figuraient des soldats du génie, des territoriaux, des médecins, des infirmiers et des blessés déjà transportés dans le tunnel. Ce drame est d’autant plus tragique qu’il touche un lieu censé protéger. Le tunnel, pensé comme un refuge, se transforma en piège mortel. L’origine exacte de l'accident reste incertaine. Certaines enquêtes évoquent un chargement transporté par des ânes, des fusées enflammées ou une explosion accidentelle de grenades. Le drame est aussi révélateur du caractère souvent invisible des pertes de Verdun. On retient volontiers les assauts, les forts tombés ou reconquis, les noms célèbres, les positions héroïques. Mais des lieux comme le tunnel de Tavannes montrent que la guerre tua aussi dans l’arrière-front, dans les abris, dans les galeries et dans les espaces intermédiaires où s’organisait la survie quotidienne des combattants. Verdun fut une bataille de première ligne, mais aussi une bataille du sous-sol.

Casemate Pamart

Dans cette casemate
Après 1918, le tunnel fut remis en état pour la circulation ferroviaire. Une nouvelle phase d’aménagement intervint en 1936, lorsqu’une galerie parallèle fut creusée et que l’ancienne fut renforcée par des arceaux de béton et des passages blindés relient les deux galeries. Cela montre que l’ouvrage conservait une utilité stratégique ou technique après la guerre, même si sa signification mémorielle prit progressivement le dessus. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le 31 août 1944, seize résistants furent exécutés par les nazis près de l’entrée sud. Aujourd’hui, la galerie moderne est encore utilisée par la SNCF, tandis que les traces visibles du tunnel historique sont limitées.
Le fort et le tunnel de Tavannes n’ont pas toujours occupé une place centrale dans les récits de la bataille de Verdun. Leur histoire est pourtant essentielle pour comprendre la réalité concrète de la bataille. Ils montrent la diversité des fonctions militaires d’un même secteur : fortifier, protéger, faire circuler, abriter, soigner, stocker, résister. Ils montrent aussi l’écart entre les plans des ingénieurs et l’expérience des combattants. Ce qui est prévu pour défendre peut devenir un piège, ce qui est conçu pour durer peut se trouver disloqué en quelques heures. Le fort, quant à lui, demeure un témoin sévèrement éprouvé de la bataille. Ses structures, ses fossés, ses maçonneries et ses espaces internes portent la marque des bombardements et du temps. Le tunnel est la mémoire douloureuse d’un drame humain longtemps resté dans l’ombre.


Cloche Pamart au fort
Ces photographies ont été réalisées entre 1916 et 2025.
Source :
Guide Michelin les champs de bataille Verdun, Argonne, Saint-Mihiel / Éditions Guides touristiques Michelin
Verdun 1916 / Auteur Michaël Bourlet / Éditions Perrin
Verdun par ceux qui l'ont vécu / L'illustration / Éditions Michel Lafon
Revues "Tranchées" éditées par Histoire Militaire éditions Sarl (revues trimestrielles)
Cette page a été mise en ligne le 16 juin 2026
Cette page a été mise à jour le 16 juin 2026