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Le fort de Douaumont

Le fort de Douaumont, ouvrage de la première ceinture de fortifications de Verdun, occupe une place centrale dans l’histoire de la bataille de Verdun. Construit entre 1884 et 1886 dans le cadre du système Séré de Rivières, puis modernisé entre 1903 et 1913, il fut intégré à la bataille de Verdun comme un pivot tactique et symbolique. Longtemps perçu comme l’un des ouvrages les plus puissants de la place de Verdun, il connut une succession de prises et de reprises en 1916.

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Le fort de Douaumont était le plus vaste et le plus puissant ouvrage de la place fortifiée de Verdun. Situé à 388 m d’altitude sur la rive droite de la Meuse, il dominait les approches nord-est de Verdun et contrôlait les axes venant de Metz et de la Woëvre. Le fort fut édifié entre 1885 et 1886 sur l’emplacement d’une ancienne redoute de terre construite après 1870. L’ouvrage avait une forme pentagonale avec une gorge rentrante. D'une longueur maximale est-ouest de 380 m et d'une largeur maximale nord-sud de 300 m, le fort occupait une superficie d'environ 3 hectares. Le fort était entouré d’un fossé sec d'une profondeur de 6 m et d'une largeur de 14 m. Les fossés étaient défendus par des caponnières armées avec six canons revolver de 40. À sa construction, Douaumont était un fort Séré de Rivières classique en maçonnerie. Les structures principales comprenaient une caserne voûtée en maçonnerie, deux magasins à poudre (capacité de 70 t de poudre noire), des traverses-abris et des plateformes d’artillerie à ciel ouvert. L'entrée au milieu du fossé de gorge donnait sur une cour face au casernement de 16 travées sur deux étages. Le casernement possédait 636 places couchées et 200 places assises. À l'avant des travées 2 à 5, un merlon de terre abritait, sur deux étages, la cuisine, les lavabos, une forge et un atelier. Au sous-sol du casernement se trouvaient six citernes. Autour de ce massif central était disposées en arc de cercle les plateformes de tir de l'artillerie, séparées entre-elles par sept traverses-abris. La garnison du fort se composait alors de 635 hommes et 24 officiers. Les premières protections reposent principalement sur la terre, la pierre et des voûtes en brique. En 1890, son armement se composait de six canons de 155L, de six canons de 120L et de quatre canons de 95. Ces canons de type "De Bange" étaient installés sur les plateformes à l'air libre disposées sur les dessus du fort. Le coût de la construction s'élevait à 6 100 000 de francs.

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L'invention de la mélinite, explosif beaucoup plus performant que la poudre noire, par Eugène Turpin en 1885 créa la crise dite de l'obus-torpille et rendit les constructions de défense en maçonnerie obsolète. Le fort de Douaumont le fut dès sa construction. Il subit donc plusieurs campagnes de modernisation successives entre 1888 et 1914. Entre 1888 et 1893, le casernement fut recouvert d'une carapace de béton spécial. Cette carapace était épaisse de 2,50 m de béton sauf pour la moitié droite où elle ne faisait que 1,50 m d'épaisseur. La carapace, séparée des voûtes en maçonnerie par une couche de sable épaisse de 1 m, fut également recouverte d'une couche de terre d'une épaisseur de 6 m destinée à résister aux nouveaux obus expansifs. Les magasins à poudre furent également modifiés avec des voûtes renforcées, des sas de sécurité et des systèmes de ventilation améliorés afin de limiter le risque d’explosion interne. En sous-sol furent aménagés deux magasins d'artillerie. En 1889, les fossés furent modifiés. Si pour l'escarpe de gorge et la contrescarpe des autres côtés les murs en maçonnerie furent conservés, l'autre côté du fossé fut réduit à un talus incliné (donnant moins de prise aux bombardements) avec une grille. Les caponnières de défense des fossés furent remplacées par deux coffres de contrescarpe simple (aux saillants II et IV) et un coffre de contrescarpe double (au saillant III). Ces coffres étaient reliés au casernement par des galeries souterraines bétonnées passant sous les fossés. Pour la défense du fossé de gorge furent aménagées deux casemates de flanquement de part et d'autre de l'entrée. Les coffres furent, en 1901, adaptés pour recevoir, en plus du canon revolver, un canon de 12 culasse. Le canon revolver est constitué de cinq tubes entourant un axe central. Ces cinq tubes étaient mis en rotation à l'aide d'une manivelle. Un mécanisme assurait, à chaque tour de manivelle, la rotation des tubes, le chargement d'un tube avec un obus, le déchargement de la douille du tube qui venait de tirer et le tir du tube chargé au tour précédent. Les obus chargés sont disposés dans un distributeur situé au-dessus de l'affût. La cadence de tir théorique était de 60 coups par minute, en réalité il était limité règlementairement à 30 coups par minute. Les cinq tubes sont rayés à des pas différents afin de disperser les mitrailles des boites à balles (projectiles utilisés). Ceci permettait, sans bouger le canon, de balayer toute la largeur du fossé en cinq coups.

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La modernisation la plus significative intervient entre 1901 et 1913, période durant laquelle le fort reçut de nouveaux armements. En 1901, fut construit au saillant I une casemate de Bourges. La casemate de Bourges est constituée de deux chambres de tir légèrement décalé l'une par rapport à l'autre. Chaque chambre est armée d'un canon de 75 d'une portée de 5500 m et d'une cadence de tir de onze coups par minute. Chaque chambre de tir possède des armoires de stockage pour 96 obus (chacun pesant 7 kg). Au sous-sol, chaque chambre possédait un magasin pour 800 obus. Les murs de la casemate ont une épaisseur de 2,50 m et la dalle supérieure est constituée de 1,70 m de béton armé. La casemate était desservie par quinze hommes. Furent également installées deux tourelles de mitrailleuses de type GF4. La tourelle de mitrailleuses est armée de deux mitrailleuses Hotchkiss de 8 mm. C'est une tourelle à éclipses pesant 25 t. Elle est surmontée d'une calotte d'une épaisseur de 120 mm. Par contre, les parois de la tourelle n'avaient que 20 mm d'épaisseur. La tourelle éclipsée pouvait résister à un impact d'un obus de 155 mm, mais en position de tir elle ne pouvait résister qu'à des impacts de balle de fusil. Sa mise en batterie s'effectue à l'aide d'un balancier et d'un contrepoids. La tourelle étant parfaitement équilibrée, sa manœuvre ne nécessite qu'un seul homme. Chaque tourelle fut complétée par un observatoire cuirassé.

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La casemate de Bourges

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La casemate de Bourges

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La tourelle de mitrailleuses

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La tourelle de mitrailleuses

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La tourelle de mitrailleuses et son observatoire

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La casemate de Bourges

En 1906 fut installée, entre les saillants IV et V, une tourelle Galopin 155R07 et un observatoire cuirassé. Il s'agit d'une tourelle à éclipses armée d'un canon "De Bange" de 155 raccourci. Il a une portée de 7200 m et une cadence de tir de deux coups par minute. Chaque obus pesait 43 kg. La tourelle a un diamètre de 4,10 m. Les parois et la calotte ont une épaisseur de 300 mm. Son poids est de 70 t. La mise en batterie et la rotation (un tour par minute) sont manuelles. L'étage inférieur reçoit les contrepoids et les balanciers et des magasins à munitions pour 3000 obus.

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La tourelle Galopin

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La tourelle Galopin

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Le mécanisme de la tourelle

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Le mécanisme de la tourelle

Une tourelle de 75R05 et un observatoire cuirassé furent installés au saillant III en 1911. La tourelle de 75R05 est une tourelle à éclipses armée de deux canons de 75 raccourcis. Ceux-ci ont une portée de 4900 m et une cadence de tir de onze coups par minute par canon. La tourelle est constituée d'un fût, dont la paroi à une épaisseur de 150 mm, recouverts d'une calotte de 300 mm d'épaisseur. Elle comprend trois étages dont l'étage supérieur est la chambre de tir. L'étage intermédiaire comprend le poste de commandement et quatre armoires pour le stockage de 725 obus. C'est à cet étage que s'effectue la rotation de la tourelle. L'étage inférieur comprend le balancier et le contrepoids de la tourelle. La montée et la descente de la tourelle d'un poids de 160 t s'effectuent à l'aide de deux hommes. Un ventilateur manuel destiné à l'évacuation des fumées de tir est également installé à cet étage. L'ensemble de la tourelle est desservi par quinze hommes répartis sur les trois étages. À l’achèvement de ces travaux, Douaumont fut considéré comme l’un des ouvrages les plus puissants de la place de Verdun.

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La tourelle de 75R05

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La tourelle de 75R05

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La tourelle de 75R05

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Observatoire blindé

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Canon de 75 de rechange de la tourelle

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Le mécanisme de la tourelle

En 1913 débutèrent les travaux pour une deuxième tourelle de 75R05. En 1914, les travaux pour l'installation d'une usine électrique, de l'éclairage électrique et d'une ventilation électrique furent entrepris. En même temps furent débutés les travaux pour une batterie de deux tourelles 155C08 et d'une troisième tourelle de mitrailleuse. Tous ces travaux furent interrompus à la déclaration de la guerre. En 1914, l'armement du fort se composait d'une tourelle de 75R05 (2 canons de 75) alimenté avec 2000 coups par canon, une tourelle 155R07 alimentée avec 2000 coups, une casemate de Bourges (2 canons de 75) alimenté avec 500 coups par canon et de deux tourelles de deux mitrailleuses alimentées avec 57600 coups par mitrailleuse. La défense des fossés était réalisée par un coffre double, armée de deux canons revolver (1800 coups/pièce) et de deux canons de "12 culasse" (150 coups/pièce) et par deux coffres simples, armés chacun d'un canon revolver (1800 coups/pièce) et d'un canon de "12 culasse" (150 coups/pièce).

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Observatoire blindé

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Observatoire blindé et tourelle de mitrailleuses

En août 1914, lors de l’invasion allemande, Verdun devint rapidement un point stratégique du front occidental. Le fort de Douaumont fut placé en état d’alerte maximale avec une garnison renforcée, une artillerie approvisionnée et des observatoires actifs. Cependant, le secteur de Verdun resta relativement calme jusqu’en 1915. Après la bataille de la Marne (6 au 12 septembre 1914), le front se stabilisa progressivement dans l’Est de la France. À partir de la seconde moitié de septembre 1914, Verdun se retrouva dans une situation stratégique délicate. La ville formait un saillant avancé dans les lignes allemandes et les voies ferrées vers Verdun furent partiellement menacées alors que les hauteurs de la rive droite de la Meuse devinrent des zones d’observation importantes. Durant cette période, les premiers tirs allemands concernaient surtout les routes militaires, les batteries de campagne et les observatoires avancés. Les premiers bombardements contre le fort de Douaumont débutèrent le 8 octobre 1914. L'artillerie allemande tira 137 obus de 150, de 210, de 280 et 305 mm sur le fort. Les Allemands cherchaient alors surtout à tester les distances, repérer les positions d’artillerie françaises et gêner les observateurs installés dans les cloches cuirassées. Les dégâts observés furent mineurs avec des impacts superficiels, des éclats sur les superstructures et des dommages limités aux parapets extérieurs. Aucune structure essentielle du fort ne fut atteinte.

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Durant l’hiver 1914-1915, le secteur de Verdun connut une activité relativement réduite comparée à d’autres fronts comme l’Artois, les Vosges ou la Champagne. À partir de février 1915, l’activité allemande augmenta progressivement sur la rive droite de Verdun. Le 15 février 1915, le fort de Douaumont reçut 40 obus de 380 et de 420 mm et le 17 février 1915 20 obus de 420 mm. Les rapports français mentionnent des impacts sur les glacis formant des entonnoirs de 8 à 10 m de diamètre et de 2,50 à 4 m de profondeur. Un obus endommagea l'entrée et un autre causa quelques dégâts à la tourelle de 155R07. En avril 1915, plusieurs séries de tirs de réglage furent effectuées contre les forts de Verdun, dont Douaumont. Les tirs étaient précis, mais encore peu massifs. Durant l’été 1915, le fort subit des bombardements plus fréquents. Les dégâts commencèrent à devenir visibles avec des fissures superficielles dans certains ouvrages extérieurs, la détérioration des fossés et la destruction partielle de certains parapets de terre. Cependant les tourelles restaient opérationnelles, les casemates résistaient et les magasins à poudre ne furent pas touchés.

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Une des chambrées

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Une des chambrées

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Un des chicanes de défense dans un couloir

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Un des couloirs du fort

Après la chute rapide des forts belges de Liège et Namur en 1914 sous les tirs des mortiers allemands de 420 mm, le haut commandement français estima que les forts permanents ne pouvaient plus résister à l’artillerie lourde moderne. En août 1915, le général Joseph Joffre ordonna le désarmement partiel des forts. Au fort de Douaumont plusieurs pièces furent retirées, les munitions évacuées et la garnison réduite. Le fort conserva ses cuirassements principaux, mais perdit une partie importante de sa capacité défensive active. Fin 1915, l'armement du fort de Douaumont se composait de six canons revolver et de quatre canons de 12 culasse avec leurs munitions pour la défense des fossés, de la tourelle 155R07 avec quelques obus, de deux tourelles de mitrailleuses armées, mais sans munitions, et d'une tourelle de 75R05 avec quelques obus. La casemate de Bourges était désarmée et sans munitions. Le fort ne conserva qu’un effectif très limité.

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Vestige de l'usine électrique

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Lavoirs aménagés dans une des citernes

À partir de décembre 1915, l’armée allemande commença secrètement la concentration d’artillerie destinée à l’offensive contre Verdun. Des reconnaissances intensives furent menées autour de Douaumont. Les Français constatèrent une augmentation nette des mouvements ennemis, mais ignoraient encore l’ampleur exacte de l’offensive en préparation. Durant les dix jours précédant l’attaque du 21 février 1916, le rythme des bombardements augmenta avec des tirs allemands quasi quotidiens. Des tirs de destruction frappaient les environs du fort, les routes, les ravins, les batteries de campagne et les postes d’observation. Cependant, le fort lui-même restait encore relativement intact au soir du 20 février 1916. Le véritable déluge d’artillerie ne commença qu’au matin du 21 février 1916, lorsque les Allemands déclenchèrent le plus puissant bombardement jamais vu jusque-là sur le front occidental. Le 21 février 1916, l’armée allemande lança son offensive contre Verdun sous le commandement du général Erich von Falkenhayn. Le fort fut bombardé par des obusiers de 305 mm, des mortiers de 420 mm et de l’artillerie lourde de siège. Le fort reçut environ 800 obus les 21 et 22 février. Malgré ce bombardement, les structures bétonnées résistèrent. Les cuirassements restèrent opérationnels.

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Le fort en 1916

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Le fort en 1916

Le 25 février, l'attaque allemande perça largement les lignes françaises, mais s'arrêta comme prévu à environ 600 m du fort. L'IR 24 avait atteint son objectif, le bois de Chauffour. Pris sous le feu de leur propre artillerie qui tirait trop court, l'Hauptmann Hans Joachim Haupt, chef de la Kompanie 7, le Reserve-Leutnant Eugen Radtke de la Kompanie 6 et l'Oberleutnant Cordt von Brandis de la Kompanie 8 décidèrent alors de poursuivre l'attaque. Les compagnies de l'IR 24 franchirent le glacis et le réseau de barbelés, arrivant en fin d'après-midi, sous la neige, jusqu'à la grille de la contrescarpe au nord-est du fort. Dans le fort, les 57 territoriaux de la garnison, un soldat du 164e RI, six artilleurs du 102e RA, un sergent du génie et cinq hommes de corvée s'étaient réfugiés dans les sous-sols du casernement pour se protéger du pilonnage. Les Allemands, ayant découvert une brèche dans la grille, passèrent dans le fossé. Le sergent Kunze, qui se glissa dans le coffre du saillant IV par le créneau de tir, l'ouvrit à ces camarades. Les Allemands remontèrent les galeries et firent prisonniers ces occupants presque sans combat. Les Allemands organisèrent tout de suite la défense du fort de Douaumont. Dans la soirée du 25 février, ils étaient 19 officiers et 79 sous-officiers et hommes de troupe de cinq compagnies différentes à occuper le fort de Douaumont. Les communiqués allemands relevant la prise du fort de Douaumont furent publiés le 26 février à midi. La prise du fort fut un véritable choc en France.

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Visite des officiels après la bataille

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Le fort après la bataille

Le fort, excellent observatoire pour l'artillerie, devint le pivot de la défense allemande sur la rive droite de la Meuse. Après sa capture, les Allemands renforcèrent l’ouvrage avec l'installation de nouvelles mitrailleuses, d'aménagements défensifs, de dépôts supplémentaires et d'un poste de commandement. Les citernes, fissurées, furent transformées en centrale électrique, en salle de douche et en salle de décontamination. Les sous-sols du merlon à l'avant du casernement furent transformés en hôpital. À partir de cette date, le fort servit de point d’appui central aux troupes allemandes dans le secteur de Verdun. Il subit, en retour, des bombardements français quasi continus. Ces bombardements dégradèrent ses superstructures et imposèrent une réorganisation permanente de l’organisation intérieure. Le 8 mai 1916, un incident majeur se produisit à l’intérieur du fort. L'explosion accidentelle d’un dépôt de grenades provoqua l'incendie d'un dépôt voisin de lance-flammes entraînant la mort de 679 soldats allemands. La majorité des victimes succombèrent à l’explosion ou à la chaleur intense dans les galeries confinées, montrant les risques inhérents à la concentration de munitions et de personnel dans des ouvrages souterrains de ce type. Les corps furent placés dans deux casemates qui furent murées.

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Vue aérienne du fort en 1914

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Vue aérienne aujourd'hui (© Geoportail IGN)

Début mai, le commandement français confia au général Mangin la mission de reprendre ce fort, perçu comme une épine dans le flanc. Après six jours de bombardement intensif (1 million d'obus) sur le fort, la 5e DI (36e, 74e, 129e et 274e RI) partit à l'assaut du fort de Douaumont, le 22 mai à 11 h 50. Le 129e RI, renforcé par trois compagnies de sapeurs (les 3/1, 3/4 et 3/51) du 3e génie, atteignit le fort en 15 minutes, passa dans le fossé, puis monta sur la partie occidentale du fort. La casemate de Bourges et le coffre du saillant II furent pris à coup de grenades. Mais les fantassins, bloqués en surface par le fauchage des mitrailleuses et à l'intérieur par les barricades de la garnison allemande (Grenadier Regiment 12), ne purent aller plus loin. Décimés par les tirs de l'artillerie et les contre-attaques allemandes, les Français s’accrochèrent au terrain, dans les trous d'obus et en creusant des bouts de tranchée. Le 23, les restes de quelques compagnies du 34e RI arrivèrent à passer à travers le barrage d'artillerie allemand, mais, encerclé, manquant de munitions, d'eau et de vivres, les survivants français de l'assaut se rendirent le 24 mai. Les pertes françaises durant cet assaut furent de 5300 hommes. Pour préparer et soutenir cet assaut, l'artillerie française avait consommé, du 17 au 25 mai, 447 000 obus, dont 152 000 d'artillerie lourde.

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Les latrines

Une nouvelle attaque française fut planifiée en septembre 1916 par l'état-major du général Charles Mangin pour reprendre Thiaumont, Douaumont et Vaux. Elle fut confiée aux 38e DI, au 133e DI et au 74e DI sur un front total de sept kilomètres. L'assaut était prévu pour le 17 octobre avec six jours de préparation d'artillerie, mais le mauvais temps fit repousser l'offensive au 24 octobre. Du 21 au 26 octobre, l'artillerie française déversa 530 000 obus de 75 mm, 101 000 coups de 155 mm et plus de 170 000 obus d'autres calibres sur le front d'attaque. Ce déluge de feu détruisit les tranchées, écrasa ou obstrua les abris. Le 22 octobre 1916, fut ordonné pour 15 h le déclenchement d'un barrage roulant ainsi que des simulacres d'attaque d'infanterie. Cette simulation dévoila 158 emplacements d'artillerie allemands qui furent immédiatement pris pour cible par l'artillerie française. Le fort de Douaumont reçut durant quatre jours 96 obus tirés par deux obusiers de 400 mm, 156 obus de 370 mm, 290 obus de 280 mm et 416 obus de 270 mm. Le 23 octobre à 12 h 30, un obus de 400 perfora le béton du fort et explosa dans l'infirmerie, tuant une cinquantaine d'Allemands. À 12 h 40, un autre obus fit s'effondrer la casemate n° 8, puis un autre fit s’effondrer la voûte du couloir principal. Un autre obus passa par cette ouverture et alla exploser dans un dépôt de grenades, déclenchant un incendie qui répandit des gaz toxiques. À 14 h, l'éclairage fut coupé. La garnison allemande évacua le fort le 23 octobre entre 17 et 18 h, sous une pluie de 800 obus de 90 et de 95 mm chargés au gaz. L'attaque des fantassins français fut déclenchée le 24 octobre à 11 h 40. Dans le secteur de la 38e DI, sur la gauche du front d'attaque, le régiment d'infanterie coloniale du Maroc (RICM) était chargé de prendre le fort, épaulé par le 4e régiment mixte de zouaves et tirailleurs (4e RMZT) qui devait prendre l'ouvrage de Thiaumont. Les Allemands avaient réinvesti le fort de Douaumont depuis 7 h du matin, mais il s'agissait que du capitaine Prollius et de 26 pionniers. Le RICM (commandé par le lieutenant-colonel Régnier) attaqua depuis le ravin des Vignes avec trois bataillons. Le 4e bataillon (commandant Modat, blessé dans l'assaut) prit la première position allemande malgré quelques difficultés. Le 1er bataillon (commandant Croll) devait, à 13 h 40, encercler le fort et le 8e bataillon (commandant Nicolaÿ) devait nettoyer les dessus et l'intérieur du fort. Atteignant l'objectif, le 1er bataillon se trouva seul, car le 8e bataillon s'était déporté vers l'est dans le brouillard (sa boussole étant déviée par le métal de son équipement). Croll envoya alors ses hommes dans les fossés puis sur la superstructure du fort, où ils rencontrèrent des éléments du 321e RI, avant d'être enfin relevé par le 8e bataillon, qui arriva en colonnes guidées par un prisonnier allemand. Les coloniaux, renforcés par des sapeurs (de la compagnie du génie 19/2, du 38e DI) et de lance-flammes (une section de sapeurs-pompiers équipée d'engins Schilt), pénétrèrent dans le fort vers 15 h. Le maître-ouvrier Paul Dumont, qui prit le commandement de quatre marsouins, fut le premier soldat français à pénétrer dans le fort, il y captura quatre officiers et vingt-quatre soldats allemands. Le sapeur Jean Ygon, aidé d'un autre sapeur, captura vingt soldats allemands, deux mitrailleuses et trois canons. Pendant la journée du 24 octobre, le RICM perdit 500 hommes, dont 111 tués et 389 blessés. Le 25 octobre, le chef de bataillon Nicolaÿ fut nommé commandant d'armes du fort de Douaumont où le lieutenant-colonel Régnier installa son poste de commandement. Le 26 octobre, deux contre-attaques allemandes furent repoussées près du fort.

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Cette reprise marqua un tournant moral dans la bataille de Verdun. Le fort présentait d’importants dégâts avec les superstructures détruites, les galeries endommagées, le béton fissuré et les équipements inutilisables. Cependant, la structure principale demeura debout malgré des mois de bombardement intensif. Dès la reprise du fort, les sapeurs du génie le réaménagèrent pour le rendre mieux défendable et habitable en construisant des barricades, des chicanes, des positions de mitrailleuses, en rétablissement l'éclairage et la ventilation. Les groupes électrogènes allemands furent remis en service et trois petits puits furent creusés pour l'approvisionnement en eau, complétés par des cuves métalliques de 400 litres. Les coffres de contrescarpe et la casemate de Bourges furent remis en état et réarmés. Le casernement fut dégagé de ses sacs de sable et de terre, sa façade partiellement refaite, comprenant des créneaux de tir pour mitrailleuses. Deux réseaux de barbelés, chacun de dix mètres de large, furent déployés dans les fossés et sur le glacis. Le 14 décembre 1916, un obus allemand de 420 mm tomba au-dessus d'un piédroit du casernement, perçant le béton et la maçonnerie, faisant s'effondrer les deux casemates voisines et tuant 21 soldats.

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La pièce de désinfection aménagée par les allemands dans une des citernes

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Lavoirs aménagés dans une des citernes

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En 1917 la tourelle 155R07 fut remise en état, la tourelle de mitrailleuses du saillant II fut remplacé par un observatoire bétonné, la tourelle de mitrailleuses du saillant IV et la tourelle de 75R05 furent réparé et réarmé. Les coffres de contrescarpe furent armés de mitrailleuses et de quatre canons revolver. L'ensemble des armes du fort furent réapprovisionnées en munitions (4700 obus de 75 mm et 1500 obus de 155 mm). De nouvelles galeries (dite galeries de 17) furent creusées sous les ordres du capitaine Harispe. Le réseau souterrain atteint environ 800 m de développement total. Les galeries principales sont larges de 2,20 m et hautes de 2,30 m. Elles permettaient de s'enfouir davantage, en forant des puits d'accès sous la caserne, l'observatoire de commandement, la casemate de Bourges, les quatre tourelles et les trois coffres de contrescarpe, puis en reliant ces forages par des galeries à près de 30 m de profondeur. Ces galeries, peu étayées, mais éclairées à l'électricité, ventilée et aménagée (dortoirs, magasins et usine), garantissaient l'accès aux différents organes de combat et permettaient de protéger la garnison pendant les pilonnages. Le creusement de ces galeries se poursuivit jusqu'en 1918. Le "tunnel sud", creusé par les Allemands, fut prolongé pour déboucher en surface à 500 m environ au sud, dans le ravin de la Caillette. Deux embranchements menaient à deux autres sorties, l'une à la carrière à 180 m du fort et l'autre à 300 m.

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Dès le début des années 1920, divers travaux furent réalisés avec le déblaiement de galeries, la consolidation des voûtes, la remise en état partielle des accès et la sécurisation des zones effondrées. Certaines parties restèrent cependant volontairement conservées dans leur état de guerre. L’armée française étudia attentivement les dégâts subis par le fort de Douaumont afin d’améliorer les fortifications futures. Les enseignements portèrent sur la résistance du béton, les effets des obus lourds, la ventilation, la protection des galeries et les communications enterrées. Ces observations influencèrent directement la conception de la future Ligne Maginot. Dans les années 1930, le fort resta intégré au dispositif défensif de Verdun. Cependant, il n’était plus un ouvrage de première ligne, son armement principal n’étant plus réellement opérationnel et certaines installations furent abandonnées. Le site conserva néanmoins des stocks, des locaux militaires et des fonctions de surveillance. Entre 1937 et 1939, les cuirassements furent remis en état. Lors de l’offensive allemande de mai-juin 1940, les tourelles de mitrailleuses et d'artillerie tirèrent les 14 et 15 juin 1940. Lors de la reddition du fort, les tourelles de 155 et de 75 furent sabordées par le soldat Victor. Après la défaite française de juin 1940, le secteur de Verdun fut occupé par l’armée allemande. Le fort de Douaumont fut alors utilisé de manière secondaire pour du stockage, des visites de propagande et comme site symbolique lié à Verdun. Les autorités allemandes exploitèrent fortement la mémoire de la bataille de 1916. En 1944, lors de la Libération de la région, le fort ne connut pas de combats. Il ne fut ni assiégé ni défendu activement.

Fort douaumont exterieur W56

Fort douaumont exterieur W58

Après la 2e guerre mondiale, le fort de Douaumont conserva un statut militaire limité, son rôle essentiel devenant progressivement mémoriel. Il fut classé monument historique en 1970, ce qui formalisa son importance dans le patrimoine de la Première Guerre mondiale. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Fort de Douaumont fit l’objet de campagnes de restauration, de travaux de sécurisation et d’aménagements pour les visiteurs. Certaines zones restent cependant fermées en raison des risques d’effondrement, de la présence d'anciennes munitions et de la fragilité des structures. Il devint l’un des principaux sites de visite du secteur de Verdun, avec des galeries accessibles au public, les vestiges des tourelles, les casemates de flanquement et la trace des bombardements de 1916 encore visibles sur les superstructures. L’ouvrage constitue aujourd’hui un témoin matériel unique : une forteresse conçue pour résister à l’artillerie de la fin du XIXe siècle, modernisée à l’aube de la guerre, puis profondément marquée par la guerre industrielle entre 1916 et 1918. Architecture, armement et chronologie des prises en font un lieu central pour la compréhension de la transformation de la guerre moderne sur le front occidental.

Fort douaumont exterieur W19

Fort douaumont exterieur W20

Fort douaumont exterieur W21

Fort douaumont exterieur W9

Ces photographies ont été réalisées entre 1916 et 2025.

Source :

Guide Michelin les champs de bataille Verdun, Argonne, Saint-Mihiel / Éditions Guides touristiques Michelin

Verdun 1916 / Auteur Michaël Bourlet / Éditions Perrin

Douaumont, 24 octobre 1916 / Auteur Gaston Gras / Les éditions lorraines Frémont

Verdun par ceux qui l'ont vécu / L'illustration / Éditions Michel Lafon

Revues "Tranchées" éditées par Histoire Militaire éditions Sarl (revues trimestrielles)

 

 

 

Cette page a été mise en ligne le 16 juin 2026

Cette page a été mise à jour le 16 juin 2026