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L’ouvrage de Froideterre occupe une position dominante sur la rive droite de la Meuse, au nord de Verdun, entre les ravins descendant vers Bras-sur-Meuse et les hauteurs de Douaumont. Pendant la bataille de Verdun, il devint l’un des points d’appui les plus importants de la défense française. En juin 1916, alors que les forts de Douaumont et de Vaux étaient tombés, l'ouvrage de Froideterre constitua le dernier verrou fortifié protégeant directement les approches de Verdun. Sa résistance, sous des bombardements incessants et face aux attaques allemandes du 23 juin 1916, joua un rôle capital dans l’échec de la percée allemande.
La côte de Froideterre forme une longue crête culminant à environ 345 m d’altitude. Elle domine la vallée de la Meuse à l’ouest, les ravins montant vers Fleury et Thiaumont, les voies d’accès vers Verdun et les communications entre Douaumont et le Mort-Homme. Cette position explique son importance stratégique. Toute force allemande franchissant ce verrou pouvait déboucher directement vers Verdun. Les Français en firent donc un véritable centre de résistance organisé autour de plusieurs ouvrages, batteries et abris reliés par des boyaux et des voies militaires. L’ouvrage de Froideterre fut construit à l’extrémité sud-ouest de cette crête. Il s’agit d’un ouvrage intermédiaire dont la mission principale était de battre les intervalles entre les forts, de flanquer les approches de la vallée de la Meuse et de barrer la crête menant à Douaumont. Par sa position, il contrôlait aussi les mouvements ennemis entre Fleury, Thiaumont et la côte de Froideterre.

Le casernement de l'ouvrage de Froideterre
À l’origine en 1874, l'ouvrage de Froideterre n’était qu’un petit ouvrage d’infanterie, sans armement lourd. Sa fonction était surtout de compléter l’intervalle défensif entre les forts voisins dans le cadre de la fortification de Verdun. L’ouvrage fut construit entre 1887 et 1888 dans le cadre du système Séré de Rivières. À cette époque, Verdun fut transformé en immense camp retranché destiné à stopper une éventuelle invasion allemande. Le premier ouvrage fut relativement simple avec une caserne enterrée en maçonnerie, des parapets d’infanterie, des fossés défensifs et des positions d’artillerie à ciel ouvert. Son coût de construction était de 95 412 francs. Mais l’apparition des obus explosifs chargés à la mélinite, dans les années 1880, remit en cause toute l’architecture militaire européenne. Les anciens forts maçonnés devinrent vulnérables aux nouveaux obus. Comme les autres forts de Verdun, l'ouvrage de Froideterre fut donc profondément modernisé entre 1901 et 1914. Le nouvel ouvrage présentait une enceinte de forme inhabituelle entourée de fossés secs de 10 m de large sur 5 m de profondeur à la contrescarpe bétonnée et à l’escarpe en terre coulante (profil triangulaire). Dans cette enceinte furent édifiés en arc de cercle quatre ensembles séparés. De l'ouest à l'est furent construits une casemate de Bourges, une tourelle de mitrailleuses GF4, une tourelle 75R05 et le casernement avec une autre tourelle de mitrailleuses GF4. L'entrée de l’ouvrage était constituée d'une grille entre deux murs de soutènement d’un parapet d’infanterie.
La caserne principale, longue d’environ 60 m et large de 16 m, fut recouverte d’une importante couche de béton spécial. Elle pouvait accueillir un officier, dix sous-officiers et 130 à 140 hommes de troupe. Le centre de la caserne est constitué de trois chambrées pour la troupe avec sur leur droite la cuisine puis les lavabos et les latrines. À la gauche des chambrées de la troupe se trouvent une chambrée pour les sous-officiers, puis le poste de commandement et la chambre du commandant. Un couloir intérieur de circulation longe toute sa façade. Dans l’épaisseur du mur de façade ont été aménagés deux accès aux deux citernes (2 x 160 m3) et trois portes y sont percées. Une quatrième le fut ultérieurement tout à gauche, avant d’être obturée par du béton en laissant seulement un conduit pour grenades.

La casemate de Bourges est constituée de deux chambres de tir légèrement décalé l'une par rapport à l'autre. Chaque chambre est armée d'un canon de 75 d'une portée de 5500 m et d'une cadence de tir de onze coups par minute. Chaque chambre de tir possède des armoires de stockage pour 96 obus (chacun pesant 7 kg). Au sous-sol, chaque chambre possédait un magasin pour 800 obus. Les murs de la casemate ont une épaisseur de 2,50 m et la dalle supérieure est constituée de 1,70 m de béton armé. La casemate était desservie par quinze hommes. La tourelle de mitrailleuses type GF4 est armée de deux mitrailleuses Hotchkiss de 8 mm. C'est une tourelle à éclipses pesant 25 t. Elle est surmontée d'une calotte d'une épaisseur de 120 mm. Par contre, les parois de la tourelle n'avaient que 20 mm d'épaisseur. La tourelle éclipsée pouvait résister à un impact d'un obus de 155 mm, mais en position de tir elle ne pouvait résister qu'à des impacts de balle de fusil. Sa mise en batterie s'effectue à l'aide d'un balancier et d'un contrepoids. La tourelle étant parfaitement équilibrée, sa manœuvre ne nécessite qu'un seul homme. La tourelle 75R05 est une tourelle à éclipses armée de deux canons de 75 raccourcis. Ceux-ci ont une portée de 4900 m et une cadence de tir de onze coups par minute par canon. La tourelle est constituée d'un fût, dont la paroi à une épaisseur de 150 mm, recouverts d'une calotte de 300 mm d'épaisseur. Elle comprend trois étages dont l'étage supérieur est la chambre de tir. L'étage intermédiaire comprend le poste de commandement et quatre armoires pour le stockage de 725 obus. C'est à cet étage que s'effectue la rotation de la tourelle. L'étage inférieur comprend le balancier et le contrepoids de la tourelle. La montée et la descente de la tourelle d'un poids de 160 t s'effectuent à l'aide de deux hommes. Un ventilateur manuel destiné à l'évacuation des fumées de tir est également installé à cet étage. L'ensemble de la tourelle est desservi par quinze hommes répartis sur les trois étages. La tourelle 75R05 permettait de battre toute la crête jusqu’à Douaumont et soutenir les ouvrages voisins de Thiaumont et Charny. Les deux tourelles de mitrailleuses assuraient la protection contre les attaques d’infanterie en balayant les glacis et les fossés. La casemate de Bourges assurait des tirs de flanquement vers la vallée de la Meuse, les ravins d’accès et les pentes descendant vers Charny.

La casemate de Bourges

La tourelle 75R05
Trois observatoires cuirassés équipèrent les tourelles de mitrailleuses et la casemate de Bourges, mais aucun pour la tourelle 75R05. Le fond du fossé fut muni d'une grille défensive et pourvu d’un réseau de fils de fer barbelés, lequel réseau remontait l’escarpe sur quelques mètres. En 1905, l'ouvrage fut relié au réseau militaire de voie étroite de 60 cm. Entre 1908 et 1910, il fut encore équipé de deux guérites blindées et le casernement reçut une ventilation mécanique. Occupant l’intervalle entre la Meuse et l’ouvrage de Thiaumont, l'ouvrage était jouxté de quatre abris de combat (modèle 1898), de quatre batteries externes, de deux retranchements d'infanterie et, sur ses arrières immédiats, d'un dépôt intermédiaire et de l’abri des Quatre Cheminées. L'abri de combat MF1 fut construit en 1910, les abris de combat MF2, FT1 et FT2 le furent en 1906. Les abris MF1 et MF2 avaient une capacité de 200 places assises (une compagnie), les deux autres une capacité de 100 places assises (une demi-compagnie). L'abri des Quatre Cheminées construit entre 1889 et 1891 avait une capacité de 300 places et était profondément enterré. Les batteries 1 et 2 étaient, chacune, armées de quatre canons de 155L et présentaient quatre abris d'une quarantaine de places. La batterie 3 était armée de quatre canons de 95 et la batterie 4 avait quatre canons de 120 L.
À la mobilisation, l’ouvrage et ses abords furent mis en état de défense, avec garnison au complet. Les batteries et les abris voisins furent organisés pour renforcer le secteur, mais l’armement principal était encore celui hérité de la modernisation précédente. Après la chute rapide des forts belges de Liège et Namur en 1914 sous les tirs des mortiers allemands de 420 mm, le haut commandement français estima que les forts permanents ne pouvaient plus résister à l’artillerie lourde moderne. En août 1915, le général Joseph Joffre ordonna le désarmement partiel des forts. Les canons de la casemate de Bourges furent retirés, et les tourelles disposaient de peu de munitions. Pendant plusieurs mois, l'ouvrage de Froideterre resta presque vide.

Entrée d'un abri intermédiaire
Dès le 21 février 1916, l'ouvrage de Froideterre fut frappé de manière quasi continue par le grand déluge d’artillerie qui marqua l’ouverture de Verdun. Face à l’avance allemande, les Français réoccupèrent massivement les ouvrages. À partir du 26 février, une garnison permanente d’environ 130 hommes s’installa à l'ouvrage de Froideterre. L’ouvrage devint alors un centre de résistance, un poste de secours, un dépôt de munitions et une base d’appui pour l’infanterie. Les hommes vivaient dans des conditions extrêmement dures avec une humidité constante, un manque d’air, de la poussière de béton, les fumées des tirs et le bruit permanent des explosions. Le 14 mars, le commandement ordonna le réarmement rapide de l'ouvrage de Froideterre, preuve de son importance retrouvée dans la crise de Verdun. La casemate de Bourges fut alors rééquipée avec deux canons de 75 mm et la défense rapprochée fut renforcée par des mitrailleuses supplémentaires. Durant le mois de mars, l’ouvrage resta une cible régulière de l'artillerie allemande qui cherchait surtout à neutraliser les points d’appui intermédiaires avant les futurs assauts d’infanterie. En avril, l'ouvrage de Froideterre resta sous le feu, mais les sources disponibles insistent davantage sur la continuité du bombardement que sur un assaut isolé. Cette période correspond à l’épuisement progressif du terrain, des accès et des réseaux défensifs autour de la côte de Froideterre. Le mois de mai vit la poursuite des tirs de harcèlement et de destruction. Les tranchées, les abords et les liaisons furent remaniés à mesure que les impacts s’accumulaient. Au plus fort de la bataille, l’ouvrage disposait donc de la tourelle 75R05, de la casemate de Bourges, de deux tourelles de mitrailleuses, de mitrailleuses placées aux entrées et d’observatoires cuirassés. Les sources indiquent aussi la présence de huit mitrailleuses supplémentaires dans le cadre du renforcement de la garnison. Les armes ne furent toutefois pas employées en permanence, car l’ordre fut donné de n'ouvrir le feu que lorsque l’attaque se précisait, afin d’éviter leur destruction prématurée.
En avril 1916, un obus de 210 tomba sur le corps de garde non bétonné en détruisant en partie la voûte, plusieurs autres projectiles éraflèrent le béton de la caserne et de la casemate de Bourges. En mai, le magasin d’artillerie non bétonné de la tourelle 75R 05, fut détruit. Sous l’effet des vibrations dues aux explosions, la citerne du fort fut fissurée et on dut doter l’ouvrage de caisses d’eau étanches. Au 1er juin la garnison comprenait une demi-compagnie du 326e RI (2 officiers et 50 hommes), une demi-compagnie de mitrailleuses de position (1 officier et 24 hommes), un détachement de la 10e compagnie du 5e RAP (35 hommes), un détachement de la compagnie 25/3 du génie (13 hommes), un médecin auxiliaire, un infirmier-prêtre et des infirmiers, brancardiers, colombophiles, signaleurs, etc. soit avec le commandant du fort, 4 officiers et 130 hommes.

La casemate de Bourges
Le 20 juin 1916 dans l’après-midi, des obus de 305 mm et de 380 mm frappèrent l’ouvrage. Un gros projectile allemand perça la dalle au-dessus du couloir de la façade du casernement faisant 5 morts et 4 blessés. Le 21 juin 1916, plus de 500 obus tombèrent en une journée. Les liaisons téléphoniques furent coupées, les citernes fissurées et les tranchées extérieures durent être refaites chaque jour sous le feu. Une des tourelles de mitrailleuses fut bloquée par des déblais et l'autre fut temporairement mise hors service, plusieurs cloches ou observatoires furent frappés ou déformés par les impacts. Dans la nuit du 21 au 22 juin, puis le 22 juin au soir, l’ouvrage fut aussi pris sous des tirs d'obus à gaz, ce qui obligea la garnison à vivre quasiment en permanence avec le masque à gaz. Les bombardements visaient à la fois les organes de combat et les liaisons entre eux, afin d’isoler l’ouvrage. Le fossé, le réseau de barbelés et les abords furent littéralement labourés, parsemés d’immenses cratères. Selon les estimations, l'ouvrage de Froideterre aurait reçu durant cette période entre 30 000 et 40 000 obus.

Le casernement
Le 23 juin fut la journée décisive pour l'ouvrage de Froideterre. Après une nuit sans répit, le bombardement baissa soudainement à 7 h 35, puis l’infanterie allemande se lança à l’assaut sur un front très large, de la côte de Froideterre à celle de Vaux-Chapitre. Le secteur de Froideterre fut atteint vers 9 h 30. Vers 10 heures, des éléments du Bayerische Infanterie Regiment 10 atteignirent le glacis et montèrent jusque sur la caserne. La tourelle de mitrailleuses de droite tenta d’entrer en action, mais elle était bloquée par des débris de béton et de terre. Le témoignage du capitaine qui commandait l’ouvrage donne un aperçu très concret de la scène. Il rapporte que les Allemands étaient arrivés sur la superstructure de la caserne, que la tourelle de mitrailleuses, encombrée par la terre, ne pouvait fonctionner, puis qu’une grenade allemande déclencha l'explosion d'un dépôt de fusées éclairantes. L’effet de souffle libéra alors la tourelle, qui recommença à monter et à tirer. Dans la tourelle 75R05, dépourvu d'observatoire, les opérateurs ne se rendirent pas compte de la situation. Le sapeur télégraphiste Neyton Albert, parti du casernement, réussi à rejoindre la tourelle. Une fois l’ordre transmis, elle ouvrit le feu à bout portant sur les zones d’attaque et contribua à désorganiser l’infanterie allemande. Elle tira l’intégralité de sa dotation, soit 116 boîtes à mitraille. La mitrailleuse placée à l’entrée de la tourelle balaya aussi la zone de combat. La défense tint jusqu’à l'arrivée du 297e et du 114e RCA qui firent prisonniers une partie des Allemands terrés dans les trous d’obus. Les Français repoussèrent jusqu’à 700 m de l'ouvrage les troupes des Kompanie 11 et 12 du Bayerische Infanterie Regiment 10.

Tourelle de 75R05
Le lendemain, 24 juin 1916, le bombardement reprit avec une violence extrême. Un obus explosa sur la cloche d’observatoire où se trouvait le capitaine Dartigues, le blessant au point qu’il dut être évacué. Une tourelle de mitrailleuses fut temporairement bloquée et l'autre fut mise hors service pendant une semaine. Les 28 et 29 juin, les deux tourelles de mitrailleuses subirent de nouveaux impacts. Un obus de 305 mm, après avoir percé l’avant-cuirasse, éclata à l’intérieur de la tourelle de gauche. Les effets furent dévastateurs avec la fissuration du béton, le cône de friction desserré et des projections internes. Un obus de gros calibre explosa sur la calotte de la tourelle de droite, les tôles de doublage refluèrent à l’intérieur, un bras du croisillon fut cassé et le chariot support de mitrailleuses fut faussé. La résistance de l'ouvrage de Froideterre permit le blocage de la progression allemande, la protection des accès directs à Verdun, le maintien d’un centre d’observation et le soutien des contre-attaques françaises. En juin 1916, l’ouvrage devient véritablement "le rempart qui sauva Verdun". Si l'ouvrage de Froideterre était tombé immédiatement après celui de Thiaumont, les Allemands auraient probablement pu atteindre les dernières hauteurs dominant Verdun.

L'ouvrage en 1916
En juillet, l’ouvrage continua à être bombardé avec violence. Les coups visaient encore les tourelles, les accès et les liaisons souterraines. Le 26 juillet, un obus de 305 tomba à nouveau sur la tourelle de mitrailleuses de droite. L'obus perça l’avant-cuirasse et éclata à l’intérieur de la tourelle. Le doublage de la calotte fut défoncé, le croisillon entièrement cassé, la colonne creuse faussée et la tourelle inclinée sur le côté. En août 1916, le bombardement de harcèlement se maintint. Les défenseurs travaillèrent à réparer les dégâts, dégager les entrées et maintenir les organes de tir disponibles. En septembre, la pression de l’artillerie et de l'infanterie allemande resta forte, sans prise de l’ouvrage. Les galeries et abris devinrent essentiels pour la survie de la garnison. Pour continuer à circuler sous le feu, les défenseurs entreprirent le creusement de galeries souterraines de liaison à une dizaine de mètres de profondeur. Ces galeries atteignirent environ 480 m de longueur et reliaient le casernement aux autres organes. Des abris et une citerne y furent aménagés, avec éclairage et ventilation par petits groupes électrogènes. En octobre-novembre 1916, plusieurs éléments endommagés furent remis en état, notamment la voûte du couloir de la caserne, la casemate de Bourges et les tourelles. L’offensive du 24 octobre 1916 éloigna la menace directe et permit de relâcher la pression sur le secteur. L'ouvrage de Froideterre demeurait cependant dans un paysage dévasté et criblé d’impacts. En novembre, les tirs continuèrent encore, mais l’ouvrage était désormais hors de portée immédiate des Allemands. Les réparations et remises en état se poursuivirent. L’offensive française du 15 décembre mit définitivement l'ouvrage de Froideterre hors de danger direct.

Vue aérienne de l'ouvrage de Froideterre aujourd'hui (© Geoportail IGN)
En 1917, l'ouvrage de Froideterre demeura proche de la ligne de front. Commença alors une période d’intense activité pour réparer les dommages et préparer l’ouvrage à un nouvel assaut. Les bombardements ont profondément marqué l’ouvrage. Le fossé a été bouleversé, les réseaux de barbelés anéantis, et de nombreux impacts de projectiles étaient visibles sur les cuirassements. Les superstructures ont été fissurées, les couloirs partiellement effondrés, et les organes extérieurs ont souffert de la répétition des tirs de gros calibre. La casemate de Bourges, dont l’observatoire avait particulièrement souffert, reçu une nouvelle aile gauche avec un observatoire agrandi avec des créneaux de défense rapprochée. Dans le casernement, les trous d'obus furent rebouchés et un escalier permettait de descendre dans le réseau de galeries.

La casemate de Bourges
Après 1918, l’ouvrage resta une propriété militaire, mais perdit progressivement son rôle stratégique. L’essentiel des quelque 480 m de galeries souterraines fut bétonné entre 1931 et 1933 pour éviter leur effondrement. La casemate de Bourges et les tourelles de l’ouvrage furent restaurées pour les besoins d’une seconde ligne de défense en arrière de la ligne Maginot. Au début de la Seconde Guerre mondiale, l’ouvrage fut occupé par l’armée française. En juin 1940, lors de la reddition française la tourelle 75R05 fut incendiée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'ouvrage de Froideterre échappa en grande partie aux récupérations massives de ferraille réalisées par les Allemands. Cela explique la conservation exceptionnelle de plusieurs cuirassements et tourelles. L’ouvrage tomba en déshérence militaire et fut déclassé après la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, l'ouvrage de Froideterre demeure l’un des ouvrages les plus impressionnants du champ de bataille de Verdun. Les visiteurs peuvent y observer la tourelle 75R05, les tourelles de mitrailleuses, la casemate de Bourges, les traces d’impacts, les entonnoirs d’obus et les reliefs bouleversés du terrain. Les deux guérites blindées ont disparu sous les bombardements. L’ouvrage de Froideterre est d’accès libre. L’intérieur très dégradé est interdit au public pour des raisons de sécurité. Les sous-sols sont interdits pour la protection des Chiroptères. Son histoire montre comment Verdun a transformé des ouvrages conçus avant 1914 en position de combat de première ligne, capables de résister à des bombardements d’une violence extrême. Sa défense de juin 1916 en fait l’un des symboles les plus parlants de la résistance française sur la rive droite de la Meuse.
L'abri des Quatre Cheminées servit à abriter l'infanterie qui défendait le secteur de Froideterre. Il s'agit d’une salle voûtée longue de 60 m offrant une capacité de 300 places couchées. Cette salle, enterrée à 12 m de profondeur, est aérée par quatre cheminées. Son accès s’effectue par deux galeries dont les entrées, au flanc du ravin des Vignes, sont munies de corps de garde. Sa construction entre 1889 et 1891 coûta 102 674 francs. L’abri, utilisé comme poste de commandement, fut régulièrement bombardé à partir de février 1916. À partir du mois de juin 1916, la situation se dégrada et plus de 400 hommes valides ou blessés trouvèrent refuge à l’intérieur de l’abri qui devint un poste de secours. Lors de l’attaque allemande du 23 juin 1916, l’abri fut visé par des obus de 305 et de 380 mm et les blessés pris au piège ne purent être évacués pendant plusieurs jours. Ce jour, les Allemands réussirent à atteindre les dessus de l’abri, mais en furent chassés par le 114e BCP. L’abri continuera d’être visé par l’artillerie allemande jusqu’au 24 septembre 1916, mais ne fut jamais percé par les obus.

Entrée de l'abri des quatre cheminées

L'abri des quatre cheminées


Ces photographies ont été réalisées entre 1916 et 2025.
Source :
Guide Michelin les champs de bataille Verdun, Argonne, Saint-Mihiel / Éditions Guides touristiques Michelin
Verdun 1916 / Auteur Michaël Bourlet / Éditions Perrin
Verdun par ceux qui l'ont vécu / L'illustration / Éditions Michel Lafon
Revues "Tranchées" éditées par Histoire Militaire éditions Sarl (revues trimestrielles)
Cette page a été mise en ligne le 16 juin 2026
Cette page a été mise à jour le 16 juin 2026