Le rocher d'Istein 

Le rocher d'Istein

Le rocher d'Istein (Isteinerklotz) a durant des millénaires empêché le Rhin de couler vers le nord. Cela se passa longtemps avant l'arrivée des hommes. Depuis le néolithique, ceux-ci se sont établis à proximité et ils l'ont périodiquement transformé en forteresse.

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Le rocher est une enclave calcaire à l'ouest du massif de la Forêt-Noire. La partie inférieure se compose d'une couche argilo-marneuse déposée au fond de la mer durant l'Oxfordien inférieur (161 millions d'années). Elle est surmontée d'une couche d'une quarantaine de mètres d'épaisseur de calcaire corallien Rauracien et Séquanien (155 à 150 millions d'années). Le tout est recouvert d'une couche de 11 mètres d'épaisseur déposés au cours du tertiaire. La constitution du rocher est identique à celle du massif du Jura à une centaine de kilomètres plus au sud. Après avoir réussi à forcer le verrou, il y a environ deux millions d'années pour couler vers le nord, le Rhin prit ses aises au pied du rocher. Les différents bras du Rhin occupaient une largeur comprise entre un et deux kilomètres. Le vagabondage des eaux du Rhin prit fin entre 1850 et 1876 lorsque les Allemands procédèrent à la rectification du cours du fleuve entre Bâle et Mannheim. Les travaux raccourcirent le fleuve sur ce tronçon de 81 km. Alors que le fleuve baignait le pied du rocher, il passa, après les travaux, à une centaine de mètres plus à l'ouest. Le nouveau lit du Rhin se trouvant maintenant dans une zone d'alluvions, le fleuve y creusa facilement son cours qui s'enfonça de 8 m sous le niveau occupé avant 1850. La construction du canal d'Alsace par la France dont le premier tronçon à Kembs fut inauguré en 1932, le deuxième tronçon à Ottmarsheim le fut en 1952, provoqua un nouvel enfoncement du lit du Rhin de 4 m au niveau du seuil d'Istein.

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Le rocher comptait une cinquantaine de grottes et d'abris sous roche, mais la quasi-totalité a été détruite par la construction de la ligne de chemin de fer entre 1845 et 1848 ou par les carrières exploitant le calcaire. Cependant, quelques vestiges préhistoriques furent recueillis lors de fouilles en 1930. Entre 1951 et 1956, des fouilles réalisées par Élisabeth Schmid permirent la mise à jour d'un lieu de production de silex. Ces fouilles furent reprises en 2003/2004 par l'université de Bâle qui data le site de 4200 à 4100 av. J.-C.. Il s'agit de la plus vieille occupation humaine retrouvée à ce jour près du rocher d'Istein.

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Au XIIe siècle, les évêques de Bâle firent ériger sur le rocher d'Istein un château constitué d'une partie haute et d'une partie basse accrochée à la paroi. En 1105 fut fondé au nord du pied du rocher un monastère affilié à l'abbaye de Cluny. Le site fut officiellement mentionné comme une possession de l'évêque de Bâle sous le nom de "Curtis de Hiesten" dans une bulle papale le 14 avril 1139. En 1233, une famille "Istein" reçut la citoyenneté de la ville de Bâle. Jakob von Waldkron fut mentionné en 1306 comme possesseur du château. Des documents attestent que le château était, en 1375, une possession de l'évêque de Bâle. Werner Schaler, candidat malheureux au siège épiscopal de Bâle, conquit le château en 1384 et se mit aussi tôt sous la protection du duc Léopold III d'Autriche. En 1386, le château passa entre les mains du comte Konrad von Freiburg puis, en 1392, à ceux de Munch von Landskorn. Durant la guerre d'Istein, en 1409 (ou 1411 ?), les citoyens de Bâle prirent le château et le rasèrent marquant ainsi la fin de la présence d'un château à cet endroit. Les ruines revinrent, en 1435, à l'évêque de Bâle, mais celui-ci ne fit jamais reconstruire le château.

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En 1845 fut entreprise la construction de la ligne de chemin de fer Karlsruhe / Bâle. Au niveau du rocher d'Istein, la voie contourne et traverse le rocher par des courbes de 400 m de rayon et par trois tunnels. Ces tunnels sont parmi les premiers tunnels ferroviaires au monde. Les façades de ces tunnels ont depuis été classées parmi les monuments historiques allemands. La configuration de la ligne limite cependant la vitesse des trains à 75 km/h sur ce tronçon. Le non-respect de cette vitesse conduisit, le 27 juillet 1971, à l'accident ferroviaire de Rheinweiller qui fit 25 morts. Un nouveau tunnel, adapté aux trains à grande vitesse, court-circuitant le rocher d'Istein par l'est, a été inauguré en 2012.

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Le côté nord du tunnel ferroviaire

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Le côté sud de ce tunnel

Le rocher d'Istein attira à nouveau l'intérêt des militaires au début du XXe siècle. Entre 1902 et 1907 y fut érigée la Feste Istein. Celle-ci se composait de trois batteries d'artillerie armée chacune de deux canons sous coupole blindée d'un calibre de 10 cm et d'un ouvrage d'infanterie de trois étages servant de caserne. Ces ouvrages étaient reliés entre eux par des galeries souterraines et étaient desservis par une garnison de 1500 hommes. La Feste Istein prit part à la première et à la deuxième bataille de Mulhouse en août 1914. En application du traité de Versailles, la Feste Istein fut détruite à l'explosif par le génie français en 1921. Il n'en subsiste que les ruines de deux batteries d'artillerie et de l'ouvrage d'infanterie. En 1936, Hitler ordonna de construire à cet endroit une nouvelle Feste intégrée aux fortifications du Westwall (l'équivalent allemand de la ligne Maginot). Les travaux furent exécutés de 1937 à 1940. Le rocher accueillit six postes de combat armés de mitrailleuses et un observatoire d'artillerie avec une coupole blindée de 105 tonnes fut érigé au sommet du rocher. Un ouvrage d'entrée fut établi près de la route Freiburg / Bâle et 4830 m de galeries souterraines furent creusés (sur les 18 km prévus). Un hôpital souterrain fut construit au nord d'Efringen. À l'armistice de 1940, les travaux furent interrompus. La Feste n'a jamais reçu ses canons et seulement des armes d'infanterie furent mises en place. Les installations furent détruites par le génie français entre 1946 et 1949 qui utilisa 100 tonnes d'explosifs pour le dynamitage qui détruisit également une partie du rocher. Seul l'hôpital souterrain fut épargné et utilisé jusqu'à nos jours par l'armée et la police allemande. Pour plus d'informations, voir la page sur la Feste Istein.

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Destruction du flanc du rocher après le dynamitage

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Vestige de la batterie A

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Un parapet de tir (ou tourelle pour canon ?) près de la batterie A

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Vestige du blockhaus WH5816

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Vestige de l'ouvrage "Turm Dollmann"

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Vestige de l'ouvrage "Turm Dollmann"

Lorsqu'on passe au pied du rocher, on peut admirer la chapelle Saint-Vit accrochée à mi-hauteur dans la paroi. Il s'agit d'une des deux chapelles du château du XIIe siècle. Détruite en 1411 avec le château, elle fut reconstruite en 1650. Le dynamitage de la Feste Istein en 1947 détruisit la chapelle qui dut attendre 1980 pour sa reconstruction tel que nous pouvons la découvrir aujourd'hui.

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Vit aurait été le fils d'un noble sicilien. Né à la fin du IIIe siècle apr. J.-C., il fut instruit dans la religion chrétienne par sa nourrice Crescentia et son mari Modestus. Lorsque son père Hylas apprit son aversion pour l'idolâtrie, il fut pris d'une grande colère. Il fit torturer son fils avant de le remettre au juge Valerianus. Crescentia parvint cependant à délivrer Vit et se réfugia avec lui et son mari à Lucarie (Italie du Sud). Ayant acquis une réputation de guérisseur, Vit fut appelé à Rome afin de délivrer la fille de l'empereur Diocletan du mauvais esprit. Après la guérison de sa fille, l'empereur Diocletan harcela Vit par de nombreuses promesses pour qu'il abjure sa foi. N’y parvenant pas, Diocletan fit plonger Vit dans de la poix et du plomb fondu. Comme Vit sortit indemne de cette épreuve, il le fit jeter aux lions. Ceux-ci n'en voulurent point. Diocletan fit ensuite mettre à mort Vit en compagnie de Crescentia et de Modestus. Vit serait mort le 19 juin 305. La vénération de saint Vit se développa au Moyen-âge à partir de l'abbaye de Corvey en Westphalie. Au XIVe siècle, il faisait partie des quatorze saints guérisseurs. Il était invoqué pour la danse de Saint-Guy et les enfants atteints d'énurésie (pipi au lit) et il est souvent représenté avec une marmite ressemblant à un pot de chambre. La cathédrale de Prague est dépositaire de ses reliques depuis 1535.

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L'autel de la chapelle Saint-Vit

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Le Rhin, en passant au pied du rocher, y déposait les corps des noyés qu'il charriait. Ce phénomène naturel donna lieu à des légendes. Le chevalier Veit von Istein qui vivait au château s'était fiancé avec Jutta von Sponeck. Avant son mariage, il participa à un tournoi donné au château Angerstein an der Birs en amont de Bâle. Lors de ce tournoi, il tomba amoureux de la fille du châtelain. Ne voyant pas rentrer son fiancé que la rumeur disait fiancé à une autre, Jutta von Sponeck, déguisée en mendiante, se rendit à Angerstein. Elle y trouva son amoureux en bonne compagnie sur le pont de la Birs. En plein désespoir, Jutta se poignarda et son corps bascula dans la Birs, affluant du Rhin. Le chevalier Veit ayant assisté à la scène et ayant reconnu Jutta prit la fuite vers son château. Lors de la traversée du Rhin à Huningue, son bateau heurta le corps de Jutta, charrié par le fleuve. Peu de temps après, il retrouva le corps de Jutta au pied du rocher d'Istein. Veit prit alors le corps de Jutta et se jeta avec elle dans les eaux du Rhin. Des pécheurs retrouvèrent les corps et les enterrèrent ensemble dans une même tombe.

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Une autre légende nous parle du Germain Hugideo qui vivait chez les Romains à Augusta Raurica. Il tomba amoureux de Benigna Serana, prêtresse de la déesse Cybèle. Les prêtresses de la déesse Cybèle ayant obligation de rester vierges, l'amour d'Hugideo ne put se concrétiser. Il se fit donc ermite dans une des grottes du rocher d'Istein. Il y enterrait les noyés que le Rhin abandonnait à cet endroit. Un jour, il vit d'épais nuages de fumée s'élever au loin. Les Alamans venaient d'incendier Augusta Raurica. Peu de temps après ces signes alarmants, de nombreux cadavres arrivèrent par le fleuve. Parmi ceux-ci, Hugideo trouva Benigna Serana, tué par un coup de poignard en plein cœur. À cette vue, Hugideo se donna la mort pour rejoindre sa bien aimée.

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Ces photographies ont été réalisées en mars en avril 2018.

 

Y ACCÉDER:

Le rocher d'Istein se trouve au bord de la route L137 à l'entrée nord du village d'Istein qui fait partie de la commune d'Efringen-Kirchen.

Des sentiers de randonnées partant du parking au pied du rocher permettent des promenades sur les coteaux couverts de vignes et sur le haut du rocher.

La chapelle Saint-Vit est fermée en hiver.

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

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Cette page a été mise en ligne le 1er juin 2018

Cette page a été mise à jour le 1er juin 2018