Le mithraeum du Halberg 

Le mithraeum du Halberg

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Sur la pente ouest de la petite colline du Halberg, dominant la Sarre, se trouve une petite grotte. Le nom de Halberg dériverait d'ailleurs de Hohlenberg, la montagne de la grotte. Au pied de cette grotte se trouvait un bourg romain dénommé Vicus Saravus et la voie romaine reliant Divodurum (Metz) à Borbitomagus (Wörms). Ce bourg accueillit durant le Bas-Empire romain (284 à 476 apr. J.-C.) un camp de la légion romaine.

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La grotte fut utilisée entre la 2e moitié du IIIe et la fin du IVe siècle comme sanctuaire à la gloire du dieu Mithra. Le lieu devint au XVe siècle un pèlerinage chrétien puis fut, lors de la construction du petit château de Montplaisir au sommet du Halberg par le prince Ludwig de Nassau-Sarrebruck au XVIIIe siècle, intégré au parc comme élément de décor. À cette occasion, la grotte fut vidée et arrangée en style rococo. Le jardinier Friedrich Kollner rapporta qu'il y fut découvert diverses "antiquités" et que le sol du centre de la grotte suivait une déclivité conduisant à un passage. À l'époque, les "antiquaires" pensaient que la grotte avait servi aux druides comme oracle. Ce n'est qu'au cours du XIXe siècle que l’hypothèse que la "Heidenkapelle" (chapelle des païens) était un lieu dédié à Mithra vit le jour. En 1921, le conservateur Karl Klein y effectua des fouilles dont les résultats étayèrent cette hypothèse. Il y trouva un important mobilier d'origine romaine, de la fin du Moyen-âge et de l'époque baroque. En 1963, monsieur Mail du Staatliches Konservatoramt de Sarrebruck procéda à la fouille du plateau précédant la grotte. Il détermina trois occupations du site, le Mithraeum entre le IIIe et le IVe siècle apr. J.-C., un pèlerinage chrétien au cours du XVe siècle et les aménagements du château au cours du XVIIIe siècle. Après ces fouilles, la grotte fut reconstituée par la mise en place de cinq colonnes en grès de style toscan afin de rappeler l'aspect que la grotte avait à l'époque du Bas-Empire romain. Une grille encadrant la grotte et empêchant d'y pénétrer fut également installée à cette occasion. Un bas-relief représentant une image de Mithra fut installé dans la niche existante au fond de la grotte en 1988 à l'initiative du Saarlandisches Rundfunk (la radio du pays de la Sarre) dont l'émetteur occupe le sommet du Halberg.

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Le dieu solaire Mithra est une divinité de l'ancienne Perse. Son culte était encore très prisé en Perse et même en Inde lors de la conquête de ces provinces par Alexandre le Grand durant le 1er siècle av. J.-C.. Le culte a ensuite été ramené à Rome par les légionnaires. Il y connut un important développement à la fin du 1er siècle apr. J.-C.. Le culte se répandit de là rapidement vers les différentes provinces de l'Empire romain. La croyance y fut véhiculée par les légionnaires et les marchands. Le culte de Mithra est une religion à mystères réservée aux hommes. Dans l'ancienne Perse, les croyances reposaient sur le conflit entre le bien et le mal, la lumière représentée par Ahura Mazda et l'ombre représentée par Ahriman. Mithra combattit d'abord le Soleil avant de s'allier avec lui. À cette occasion, il sacrifia un taureau dont le sang fertilisa la terre. Il est devenu un médiateur avec les dieux. Dans les croyances du culte de Mithra, l'âme est immortelle. Lors de la naissance, elle descend du ciel à travers les planètes y accumulant des impuretés. Le passage terrestre est une épreuve où l'âme peut se débarrasser de ces impuretés par la pratique d'une vie d'ascèse et de sage. Après la mort terrestre, les forces du mal et du bien se disputent l'âme. Si celle-ci est suffisamment pure, la voie du royaume des lumières lui est ouverte. Les adeptes passaient sept épreuves initiatiques qui donnaient accès à autant de grades. Ces épreuves étaient soit réelles soit symboliques. L'une d'elles consistait en un baptême dans le sang d'un taureau sacrifié. Le culte était pratiqué dans des grottes ou dans de petites chapelles enterrées recréant l'atmosphère d'une grotte. Dans tous les lieux de culte, Mithra était représenté en train de sacrifier un taureau. Un des symboles du culte était également le bonnet phrygien dont le dieu est coiffé.

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Le bas-relief de Mithra

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L'inscription au fond de la grotte

Afin d'adapter la grotte naturelle au besoin du culte, la cavité fut élargie et approfondie. Il en résulta un espace à trois nefs. La partie centrale, haute de 3,90 m, avait un plafond voûté alors que les deux nefs latérales étaient moins hautes avec un plafond plat. La partie centrale était séparée des côtés par six colonnes de style toscan. Le sol de la nef centrale était également plus bas de 30 cm pour que les côtés fassent office de podiums. Les parois étaient verticales et ne possédaient aucune niche. La voûte naturelle de la grotte s'effondra à une date non connue ce qui amena à la taille de la voûte actuellement visible. Au début de la voûte se trouvait une architrave et les trous existant dans les parois ont certainement reçu des poutres de soutènement. Ce qui laisse supposer qu'il existait une salle au-dessus de la partie centrale du sanctuaire. Un vestibule précédait la salle du culte dont la façade masquait les deux niveaux du sanctuaire. Le sol de la plateforme naturelle précédant la grotte était légèrement incliné vers l'entrée de la grotte à laquelle l'on accédait par deux marches taillées dans le rocher. Au nord de cette entrée se trouve un bassin, d'un diamètre de 5 à 6 m, taillé dans le sol. Ce bassin, profond d'environ 1,60 m, possède une petite partie surcreusée pour être plus profonde. Le bassin est relié au bord du plateau par un canal d'écoulement destiné au trop-plein d'eau. Ce bassin servait probablement aux ablutions et aux bains imposés par le rituel.

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Lors des fouilles quelques éléments de sculptures portant des traces de destruction volontaire furent retrouvés. Parmi ces éléments se trouvent deux têtes au visage fracassé provenant peut-être de statues isolées représentant les porteurs de torches "Caudes" (la lumière) et "Cautopates" (l'ombre) associé au rituel de Mithra. Au niveau des sculptures figurent également une griffe d'oiseau, une lune d'un travail très sommaire et une inscription illisible. Des restes du bas-relief cultuel représentant le dieu Mithra égorgeant un taureau furent aussi retrouvés. Ce bas-relief devait se dresser devant le mur du fond. Parmi le mobilier retrouvé se trouvent deux lampes à huile, quatre petites écuelles à bec en terre cuite, un tesson de sigillé, de la céramique diverse (assiettes, coupes, plats), des vases sigillés décorés à la barbotine, au poinçon ou à la roulette et des récipients en terre noire vernissée à décor figuré. Ces éléments sont typiques de la période du Bas-Empire romain. Une plaquette en plomb muni d'anneaux de suspension fut également retrouvée. Elle est gravée en bas-relief d'un buste aux traits orientaux et coiffé d'un bonnet phrygien représentant peut-être Attis.

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Niches creusées dans la paroi abritant la grotte

De nombreuses pièces de monnaie de Dioclétien, de Constantin, de Magnence, de Valentinien et de Gratien furent recueillies lors des fouilles. Elles confirment l'occupation romaine des lieux entre la 2e moitié du IIIe siècle à la fin du IVe siècle. Il fut d'abord admis que le sanctuaire fut établi par les légionnaires du castrum de Vicus Saravus durant la 2e moitié du IVe siècle, mais en fonction des trouvailles monétaires, il semblerait que le sanctuaire existait déjà durant la 2e moitié du IIIe siècle. Le lieu de culte aurait donc été fondé par des marchands plusieurs décennies avant l'implantation des légionnaires. À la fin de la période romaine, le sanctuaire fut saccagé probablement par les premiers chrétiens qui s’établirent ici. Le lieu fut ensuite abandonné jusqu'au XVe siècle.

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Les insignifiants vestiges retrouvés ne nous fournissent qu'une image très imparfaite de ce sanctuaire. Il est cependant très important, car les Mithraeums installés au sein d'une vraie grotte sont extrêmement rares. Usuellement, il s'agit d'un bâtiment isolé recréant l'ambiance souterraine d'une grotte telle que décrite dans le mythe de Mithra. La salle du culte possède toujours une partie centrale dont le sol est plus bas que celui des bas-côtés qui forment des podiums sur lesquels les adeptes s'allongeaient pour prendre part au repas rituel. Au fond de la partie centrale se trouvait toujours l'image du culte représentant sous un arc semi-circulaire (symbolisant la grotte originelle) Mithra à genoux sur le dos du taureau qu'il immole.

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Ces photographies ont été réalisées en mars 2017.

 

Y ACCÉDER:

À Brebach-Fechingen, prendre la Saarbruckerstrasse et se garer sur le parking du poste de police. Poursuivre à pied le long de la rue et au niveau de la maisonnette du transformateur électrique monter l'escalier pour rejoindre le sentier qu'il faut prendre vers la gauche pour rejoindre un chemin. Emprunter ce chemin vers la droite pour monter la colline. Arrivée presque en haut de la colline, prendre le sentier qui descend sur la droite pour rejoindre le Mithraeum.

Vous pouvez également de Sarrebruck, prendre la Mainzerstrasse et gravir la colline du Halberg en direction du Saarlandischer Rundfunk et vous garez sur le parking de la station de radio puis rejoindre le site du Mithraeum en suivant les chemins à l'ouest du parking.

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 13 mai 2017

Cette page a été mise à jour le 13 mai 2017