La Feste Istein  

La Feste Istein

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Le rocher d'Istein

Le rocher d'Istein est une enclave calcaire à l'ouest du massif de la Forêt-Noire dominant à quelques mètres du Rhin le sud de l'Alsace et la région de Bâle. Ce rocher, surplombant de 150 m le cours du Rhin, a attiré l'intérêt des militaires au début du XXe siècle. Ils y construisirent avant la 1re Guerre mondiale une Feste (fort) d'artillerie puis à l'aube de la 2e Guerre mondiale une fortification du Westwall.

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Vestiges de l'ouvrage de flanquement de l'ouvrage d'artillerie B

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Les vestiges de l'ouvrage d'infanterie

Entre 1902 et 1907, les Allemands érigèrent, légèrement à l'arrière du rocher, une Feste d'artillerie dans le but de protéger les passages sur le Rhin entre Bâle et Ottmarsheim. Sur une emprise rectangulaire de 1000 m sur 800 m furent construit un casernement pour 1500 hommes, trois batteries d'artillerie, deux postes de combat d'infanterie, des observatoires et des postes de défense. Les différents ouvrages étaient reliés entre eux par des galeries enterrées à 8 m de profondeur. Le site était entouré par un champ de fil barbelé d'une largeur de 20 à 30 m.

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Vestiges de l'ouvrage d'artillerie A

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Vestiges de l'ouvrage d'artillerie A

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Un parapet de tir (ou tourelle pour canon ?) près de l'ouvrage d'artillerie A

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La dalle de couverture de l'ouvrage d'artillerie A

Le casernement (Infanteriwerk) était un bâtiment long de 30,35 m, large de 17,70 m et haut de 13,70 m. Il comprenait trois étages et pouvait abriter 1500 hommes. Les murs et le toit avaient une épaisseur de 2,50 m. Les batteries d'artillerie (Panzerbatterien) étaient des constructions longues de 51,80 m et larges de 18,60 m. Les murs et la dalle de couverture avaient une épaisseur de 5 m. Ces bâtiments étaient entourés d'un fossé sec large de 7 m et profond de 5 m. Chaque batterie était armée de deux canons de 10 cm installés sous une coupole blindée. Ces canons avaient une portée de 12 km. Les ouvrages d'infanterie (Infanterieraume), aux nombres de six, étaient des ouvrages à deux étages. Au sous-sol se trouvait les locaux techniques tels que cuisine, sanitaire ou magasins et au 1er se trouvait le logement pour 80 hommes. L'ouvrage d'infanterie "7" comprenait trois étages et possédait un observatoire avec un périscope. Il était armé avec deux mitrailleuses et deux canons de flanquement de 7,7 cm à tir rapide installé derrière des plaques de blindage de 10 cm d'épaisseur. L'ouvrage "7" était desservi par une garnison de 60 hommes. Le site était protégé par sept ouvrages de flanquement, chacun armé de deux canons de 5 cm à tir rapide. Un de ces ouvrages, dénommé "Flankierungsanlage G", était armé de deux canons de 7,7 cm.

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Plan de la Feste superposé au plan actuel du site

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Vestiges de l'ouvrage de flanquement de l'ouvrage d'artillerie A

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Vestiges de l'ouvrage d'infanterie

La Feste Istein connut le baptême du feu lors de la 1re et de la 2e bataille de Mulhouse en août 1914. La portée de ses canons ne lui permit cependant pas d'atteindre efficacement la zone des combats. Le front, lors de la 1re Guerre mondiale, s'étant éloigné, la Feste, comme celle de Mutzig, ne joua plus le moindre rôle. Conformément au traité de Versailles, la Feste Istein fut détruite par l'armée française en 1921. Actuellement ne subsistent sur le terrain que les ruines de deux ouvrages d'artillerie, le "block A" et le "block B" (le "block C" a totalement disparu), les ruines du casernement et de deux ouvrages de flanquement.

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Vestiges de l'ouvrage d'artillerie B

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Vestiges de l'ouvrage d'artillerie B

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Fossé de l'ouvrage d'artillerie B

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Vestiges de l'ouvrage de flanquement de l'ouvrage d'artillerie B

En 1936, lors de la construction du Westwall (l'équivalent allemand de la ligne Maginot), le rocher d'Istein attira à nouveau l'intérêt des militaires. Le site reçut même la visite d'Hitler. Il fut projeté la construction d'une Feste desservie par une garnison de 3500 hommes. Elle devait comporter deux batteries d'artillerie, armées chacune de quatre canons de 17 cm d'une portée de 25 km, deux batteries antiaériennes (FLAK), armées chacune de quatre canons de 8,8 cm, de quarante à quarante-cinq postes de combat et observatoires avec tourelle blindée armée de mitrailleuses ou de canons de 7,7 cm ou de mortier de 8,1 cm ou de lance-grenade. Un garage souterrain pouvant accueillir entre 100 et 150 chars et autres matériels de franchissement de rivière était également prévu ainsi que des casernements et entrepôts souterrains. L'ensemble de ces ouvrages devait être relié par 18 km de galeries.

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Plan de la Feste du Westwall avant la 2e Guerre mondiale

Les travaux débutèrent en 1937. Une première phase permit la construction de six postes de combat armée de mitrailleuses disséminées dans la paroi sud du rocher et d'un observatoire d'artillerie, la tour Dollmann. Cet observatoire était un bloc de béton de 15 m de côté et de 13 m de hauteur constitué de 1434 m3 de béton. L'épaisseur des murs et de la dalle de couverture était de 3,50 m. L'observatoire possédait une coupole blindée munie d'un périscope rétractable. Les parois de la coupole avaient une épaisseur de 50 à 60 cm et l'ensemble pesait 105 tonnes. L'accès aux postes de combat et à l'observatoire se faisait par une entrée provisoire dans le tunnel ferroviaire. Depuis cette entrée, un escalier d'une hauteur de 56 m donnait accès à l'observatoire.

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Photo du bloc d'infanterie 7 avant sa destruction par le Génie français (photo affiché sur un des panneaux explicatifs du site)

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Vestiges du "Turm Dollman"

Une deuxième phase vit la réalisation d'un ouvrage d'entrée près de la route Freiburg / Bâle et de 2500 m de galerie reliant cet ouvrage aux autres éléments. Près de cette entrée furent construits en souterrain le poste de commandement, le casernement et la centrale électrique. La Feste devait être équipé d'un chemin de fer à voie étroite, de ventilation, de l'eau courante, du téléphone, de radiocommunication, d'une centrale électrique, de cuisine et d'un hôpital à l'identique des forts de la ligne Maginot. L'hôpital souterrain fut construit à 500 m au sud de l'entrée (au nord d'Efringen). Il comprend trois entrées donnant perpendiculairement sur une galerie de 100 m de longueur desservant 24 salles. Il fut après-guerre converti par l'armée allemande en centre de stockage de produits sanitaires et médicaux. Ce stockage est toujours utilisé par la police allemande.

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Plan des galeries de la Feste Istein du Westwall

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Vestiges du "Turm Dollman"

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Vestiges du "Turm Dollman"

Après l'armistice de juin 1940 avec la France, les travaux furent arrêtés. À ce moment, l'armement de la Feste était uniquement constitué d'armes d'infanterie. Les canons et autres mortiers ne furent jamais installés. Seulement 4830 m de galeries souterraines avait été construit. En surface, les environs de la Feste comprenaient cependant après la guerre pas moins de 113 bunkers de différentes sortes. La Feste ne fit l'objet d'aucun combat.

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Vestiges du bunker WH5816

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Vestiges du bunker WH5816

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Vestiges du bunker WH5817

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Vestiges du "Turm Dollmann"

Entre août 1946 et décembre 1949, la Feste fut méthodiquement détruite par le génie de l'armée française. L'objectif assigné aux 50 hommes affecté à l'opération consistait à détruire les installations (6 postes de combat, 2 observatoires et les galeries) et à rendre le rocher inutilisable à toute nouvelle fortification sans détruire le cimetière d'Istein, établi au pied du rocher, ni le tunnel ferroviaire. L'observatoire "Tour Dollmann" fut dynamité avec trois tonnes d'explosifs, dont 600 kg placés dans la coupole blindée. Le 2e observatoire, placé trop près du tunnel ferroviaire, fut rempli par 120 m3 de béton. En tout, le génie utilisa 100 tonnes d'explosifs. L'opération ne se passa cependant pas sans dommage. En novembre 1946, un accident couta la vie à deux sous-officiers du génie. Le dynamitage provoqua également la destruction de la chapelle Saint-Vit et de la majeure partie du rocher dont les éboulis sont visibles des deux côtés de l'avancée du rocher vers le Rhin.

bild bundesarchiv
(© Bundesarchiv)

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(© Bundesarchiv)

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(© Bundesarchiv)

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(© Bundesarchiv)

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(© Bundesarchiv)

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(© Bundesarchiv)

Ces photographies ont été réalisées en mars et avril 2018.

 

Y ACCÉDER:

Le rocher d'Istein se trouve au bord de la route L137 à l'entrée nord du village d'Istein qui fait partie de la commune d'Efringen-Kirchen.

Des sentiers de randonnées partant du parking au pied du rocher permettent des promenades sur le haut du rocher où les ruines des bunkers et des ouvrages se cachent dans les sous-bois.

 

Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont donnés sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accès au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 7 mai 2018

Cette page a été mise à jour le 7 mai 2018