Les gorges de la Nesque

gorges de la nesque

La Nesque est une petite rivière qui prend sa source à Aurel sur le flanc est du Mont-Ventoux. Après un court parcours à travers les monts de Vaucluse, elle se jette dans la Sorgue peu avant Avignon. Le nom de Nesque dérive d'Annesca, divinité romaine représentée sous la forme d'une femme porteuse d'eau et d'épis de blé, symbole de vie, de richesse et d'abondance.

les gorges

les gorges

La Nesque s'est creusé son lit dans les calcaires de l'urgonien (130 à 125 Ma) constituant les monts de Vaucluse, formant les gorges les plus spectaculaires de Provence après celle du Verdon. Ces gorges débutent à Monieux à 625 m d'altitude pour se finir 20 km plus loin à Méthamis à 270 m d'altitude. L'entrée des gorges est marquée par le lac du Bourguet créé en 1965 lors de la mise en place de la base lance-missiles stratégiques du plateau d'Albion. De sa source à l'entrée des gorges, les eaux de la Nesque entrainaient du XVIIIe au début du XXe siècle pas moins de 28 moulins à grains. La région était autrefois le grenier à blé des pays du Ventoux.

falaise

gorges

Dans les gorges, la Nesque est cependant très souvent à sec. L'eau s'y perd dans les nombreuses fissures de la roche alimentant le système karstique de la Fontaine de Vaucluse. La preuve en fut apportée en février 2004 par un traçage à l'iode. Le traceur, injecté dans les eaux de la Nesque, apparu 11 jours et 18 heures plus tard à la Fontaine de Vaucluse. Cependant, suivre le lit de la Nesque au fond des gorges est une randonnée très sportive. Après la sortie des gorges, les écoulements de la Nesque redeviennent pérennes.

Baumes

baumes doubles
La Baume double

Le site le plus spectaculaire des gorges est le Rocher du Cire. Celui-ci surplombe le lit de la Nesque de plus de 250 m avec une falaise verticale de 200 m. Le nom de Rocher du Cire trouve probablement son origine dans la présence de nombreuses abeilles sauvages. Le site est chanté par Frédéric Mistral (1830 – 1914) dans son poème Calendal, paru en 1867. "De là, venu dans la Nesque, il étouffe les ruches du Rocher du Cire, et pour trophée apporte à Estérelle un petit rayon de miel". Une autre allusion aux gorges de la Nesque et au Rocher du Cire se trouve dans "Mes origines : Mémoires et récits de Frédéric Mistral (1915)". Il y dit : "Le lendemain, ayant repris la gorge de la Nesque, toute bourdonnante d'abeilles, des abeilles en essaims qui y humaient le miel des fleurs, nous arrivâmes enfin, et par une chaleur qui faisaient bées les lézards, au village de Méthamis".

rocher du cire
Le rocher du Cire (à gauche)

le rocher du cire
Le rocher du Cire

En amont du Rocher du Cire, au fond de la gorge se trouve la petite chapelle de Saint-Michel. Le petit bâtiment rectangulaire (10 m sur 4 m) avec une abside semi-circulaire côté nord-est, a été construit au XIIe siècle au sein d'un abri sous roche creusé sur la rive droite de la Nesque. L'abri s'étage sur deux niveaux. Le rez-de-chaussée est occupé par la chapelle, le premier niveau, autrefois accessible par une échelle, était occupé par un habitat néolithique. La chapelle a été restaurée à plusieurs reprises dont, comme en témoigne l'inscription au-dessus de la porte, une fois en 1643. Le bâtiment est séparé de la paroi rocheuse par un étroit passage. Par contre, la voûte de l'abri constitue une partie du toit complété par des tuiles. Au sud-ouest, une grande fenêtre à meneaux éclaire la chapelle. La porte d'entrée se trouve sur le côté sud. La chapelle a été le lieu d'un important pèlerinage (le 8 mai et le 19 septembre) encore très vivant au XIXe siècle. La tradition persiste toujours un peu, comme en témoignent les nombreux papiers déposés par les visiteurs sur l'autel. Sur le côté de l'autel est disposé un cippe gallo-romain et le crucifix fixé sur la façade de la chapelle est daté de 1888.

st-michel
La chapelle St-Michel

la façade
La façade de la chapelle

dans la chapelle

l'autel

le fantome
Le fantôme de l'abri de la chapelle (forme noire dans la paroi)

De nombreux abris sous roche sont visibles dans les falaises des gorges. Le sentier descendant vers la chapelle Saint-Michel sur le versant sud traverse un gigantesque abri de plus de 100 m de longueur. Ces abris sont dénommés en Provence des baumes ou bau (baou). L'une d'elles est devenue célèbre après la découverte d'un campement de l'homme de Neandertal. Il s'agit de la Bau de l'Aubesier. Le site fut découvert au début du XXe siècle et fouillé par Henry de Lumley en 1969. L'archéologue canadien Serge Lebel repris les fouilles entre 1981 et 2004. Les dépôts archéologiques s'étendent sur plus de 250 m2 et sur une épaisseur de 13 m. Ils correspondent à une occupation datée du moustérien (200 000 à 30 000 ans). Plus de 80 000 produits de débitage et 3580 nucléus et outils en pierre taillée ont été mis à jour parmi les nombreux déchets de boucherie. L'utilisation du feu dans l'abri a également été démontrée. La découverte majeure du site a cependant été la mise à jour de dents humaines et d'une hémimandibule droite. Ces éléments ont été attribués à Neandertal. La couche où ils ont été trouvés a été datée entre 191 000 et 169 000 ans. À partir des dents et de la mandibule, les scientifiques ont diagnostiqué que cet individu souffrait d'une sérieuse infection qui lui a provoqué la perte des dents. Malgré cette infection, l'empêchant de mastiquer, l'individu a survécu durant une longue période. Cette survie ne peut être dû qu'au fait que le groupe où il vivait la pris en charge pour le nourrir. Le site de la Bau de l'Abesier est difficile à localiser dans la forte végétation de l'été et est entièrement clôturé et protéger. Il ne peut être visité.

abri sous roche
Le grand abri sous roche traversé par le sentier

dans cet abri
Le grand abri sous roche

fond de la gorge
Le fond des gorges de la Nesque

Le bau de l'aubessier
Le bau de l'Aubessier ?

Durant le XIXe siècle, de nombreux projets furent étudiés pour franchir les gorges. Il fut entre autres envisagé de construire une ligne de chemin de fer au fond des gorges. Ce ne fut qu'en 1911 qu'une route fut taillée dans le flanc de gorges. Cette route qui surplombe les gorges et en suit le parcours sinueux permit le désenclavement du plateau de Sault. Elle permit de relier Sault à Carpentras en une journée ou une nuit. Aujourd'hui, cette route est la route touristique par excellence. Une autre route directe franchit maintenant le col de Notre-Dame des Abeilles (995 m d'altitude) et permet un passage très rapide. La route des gorges avec ces belvédères est également très appréciée des cyclistes.

une baume
Un grand abri sous roche

la double baume
La double baume

Ces photographies ont été réalisées en juillet 2011.

 

Y ACCÉDER:

Pour accéder à la chapelle Saint-Michel, vous pouvez partir du lac du Bourguet au sud-ouest de Monieux. Le sentier passe dans les gorges avant de grimper à la "Font de la Jean" où il faut vous diriger vers "Peisse". De là, le sentier "direction chapelle" s'engage à flanc de falaise pour plonger au fond des gorges. La dernière partie du sentier est très escarpé et peut être glissant en cas de pluie. Méfiez-vous si vous avez le vertige, car il y a de nombreux à-pics vertigineux. Au fond des gorges, la chapelle est sur la gauche. En remontant par le même chemin il faut compter 3h30 pour l'aller/retour.

Un autre sentier part depuis un des belvédères le long de la D942 avec une descente vertigineuse.

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 10 octobre 2011

Cette page a été mise à jour le 23 février 2015