La chartreuse de la Verne

La chartreuse de la Verne, ou Notre-Dame de Clémence de la Verne, laissée à l'abandon depuis quasiment la Révolution, connait, depuis 1982, une nouvelle vie monastique. Entièrement restaurés et réoccupés par des moniales, les anciens bâtiments autrefois accessibles aux laïcs sont de nouveau visitable. Un magasin de produits fabriqués par différents monastères est aménagé dans l'ancienne porterie.

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C'est en 1170 que Pierre Isnard, évêque de Toulon, et Frédol d'Anduze, évêque de Fréjus, fondirent un monastère sur l'emplacement d'un ancien prieuré abandonné. À cette époque, la ligne de division des deux diocèses passait au milieu de l'abbatiale du monastère. Le monastère fut alors confié aux chartreux. Il se pourrait également que l'abbatiale fût érigée sur les ruines d'un ancien temple païen dédié à la déesse "Laverna" qui aurait donné le nom au site. L'abbatiale fut consacrée en 1174 et très rapidement le monastère reçut de nombreux dons. Le monastère administra ainsi plus de 3000 hectares de terrains cultivés.

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Le portail d'entrée de la chartreuse

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Notre connaissance de l'histoire du monastère est très lacunaire. Nous savons uniquement que le monastère fut détruit par un incendie en 1214, en 1271 et en 1318 et qu'il fut à chaque fois reconstruit. En 1416, il fut pillé par les seigneurs de Bornes. Le monastère subit un nouveau pillage en 1577 au cours des guerres de religion. À la suite de ce pillage, la voute de l'abbatiale s'effondra, à moins que cela se passât entre 1707 et 1715 au cours des combats opposant les troupes du Duc de Savoie à l'armée de Louis XIV lors du siège de Toulon. Un nouvel incendie ravagea le monastère en 1721. À partir de 1736 eut lieu une grande opération de reconstruction des différents bâtiments. Cette reconstruction fut interrompue en 1789 par la Révolution française.

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En 1790, les Chartreux, chassés par les révolutionnaires, trouvèrent refuge en Italie. Ils avaient fui en passant par la plage Saint Clair au Lavandou d'où, à l'aide d'une barque de pêcheur, ils gagnèrent Nice. Selon l'inventaire des biens effectués en juin 1790, vivaient alors au monastère onze pères chartreux et cinq convers. Les bâtiments et les biens du monastère furent vendus comme bien national en 1792. En 1921, il ne restait plus que des "ruines dans la forêt" comme le mentionne l'arrêté de classement aux Monuments historiques. Ces ruines furent, en 1961, affectées à l'administration des "Eaux et forêts". L'association "Les amis de la Verne" débuta la restauration du site en 1968. Trois moines s'installèrent dans les locaux restaurés en 1982 avant de céder leur place en 1985 aux Moniales de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de Saint-Bruno.

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Le monastère, qui s'inscrit dans un rectangle de 155 m sur 85 m, se compose de trois secteurs. Le premier secteur comprend les bâtiments de l'hospitalité abritant les services et les personnes extérieures au monastère. Le deuxième secteur comprend les bâtiments de la vie communautaire comme le chapitre, la bibliothèque, le réfectoire et l'abbatiale dans laquelle se retrouvent, deux fois par jour, les moniales pour l'office du matin et pour l'office du soir. Le troisième secteur regroupe le grand cloitre et les cellules de solitude des moniales.

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La visite du monastère se limite principalement au bâtiment de plusieurs étages constituant l'hospitalité. Elle débute par la porterie qui accueille actuellement l'accueil des touristes et le magasin monastique. Dans le temps, ce local servait de magasin de stockage des vivres.

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L'entrée de la porterie

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La porterie (acceuil des visiteurs)

Dans la continuité de la porterie se trouve une pièce nommée la grange. La porterie et la grange occupent l'étage supérieur de l'hospitalité. La grange est la pièce la plus sèche du monastère et servait donc de lieu de stockage des grains et autres denrées craignant l'humidité. Elle se trouve d'ailleurs au-dessus de la boulangerie. La fenêtre de cette pièce permet une vue sur le clocher de l'abbatiale romane. Ce clocher est couvert de tuiles écailles vernissées "or" caractéristiques de l'art roman provençal du XIIe siècle.

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La grange

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La boulangerie est dotée d'un très grand four (5 m de longueur) qui permettait la cuisson du pain destinée aux quinze à dix-huit moines chartreux qui vivaient au monastère, mais également pour la quarantaine de laïcs nécessaire au bon fonctionnement de ce monastère. En plus du pain, ce four en étant étant la seule source de chaleur du monastère servait à la cuisson de tous les plats chauds consommés. Ce four permettait de conserver la chaleur de la cuisson pendant une huitaine de jours. Au centre de la pièce se trouve également une ouverture qui était utilisée pour faire passer les olives depuis la porterie vers l'huilerie implantée dans la pièce sous la boulangerie.

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La boulangerie

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Le four à pain

Depuis la boulangerie, le circuit de visite mène vers la chapelle d'adoration, lieu de recueillement et de prière pour les visiteurs, avant de passer sur le perron de l'huilerie situé au niveau bas de l'hospitalité. De cet endroit, nous nous rendons au petit cloitre du XVIIe siècle reliant l'abbatiale au réfectoire. Les moniales empruntent le petit cloitre pour se rendre, les dimanches et jours fériés, au réfectoire, seuls jours où elles prennent leur repas ensemble. Du petit cloitre, nous accédons au balcon de l'abbatiale. Écroulé au XVIIe siècle, il ne restait de cette abbatiale que le mur nord, une partie du clocher et l'amorce de l'abside du chœur. Elle a été restaurée grâce à de généreux donateurs dans le style d'origine.

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La chapelle d'adoration

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Un des couloirs du monastère

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Le petit cloitre

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L'abbatiale

Les chapelles latérales de l'abbatiale datées du XVIIe siècle sont restées en ruine jusqu'en 2005 ou elles furent restaurées par une équipe de jeunes tailleurs de pierre. Les fenêtres des chapelles offrent une vue sur le grand cloitre. Dans les deux galeries latérales de 90 m de longueur s'ouvrent les cellules dans lesquelles, comme des générations de moines chartreux avant elles, les moniales demeurent dans la prière, le silence et le sacrifice pour la gloire de Dieu.

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Le grand cloitre

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Le circuit de visite nous ramène vers l'huilerie en passant dans une cellule témoin. Le moine ou maintenant la moniale passe toute sa journée dans sa cellule sauf pour les deux célébrations liturgiques quotidiennes. Il y prie, vit, travaille, dort et mange dans la solitude. La cellule possède un petit jardin permettant au moine de rester au contact de la nature. La cellule comprend quatre pièces aux murs nus. Dans une des pièces, nommée "Ave Maria", trône une statue de la Vierge protectrice de la maison. Dans la deuxième pièce, nommée "promenoir", le moine peut faire de l'exercice. Dans la troisième pièce, nommée le "cubiculum", se trouve un lit de planche avec une paillasse disposée dans une alcôve, une table réfectoire et une stalle de prière. La dernière pièce sert d'atelier où le moine effectuait son travail manuel. Des latrines étaient disposées dans l'atelier.

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La cellule monacale

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La cellule (le "cubiculum")

L'huilerie possédait deux grands pressoirs à huile dont ne subsistent que les traces au sol. Deux pressoirs secondaires sont encastrés dans le mur du bâtiment. Le trou dans le sol de la boulangerie, situé à l'étage au-dessus, permettait d'alimenter directement un des pressoirs principaux. Des vestiges d'une cheminée démontrent que cette pièce était chauffée, mais cette cheminée servait principalement à la production d'eau chaude nécessaire à la production de l'huile d'olive.

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L'huilerie

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Les moulins à huile

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Moulin à huile

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L'huilerie

Depuis l'huilerie, la visite se poursuit par le cellier, grande pièce voutée, pavée à l'ancienne. Cette pièce du XVIIe siècle fut reconstruite en 1991. Le cellier est dominé par un grand Christ en croix d'inspiration espagnole. Au bout de cette pièce, l'escalier vous ramène vers la porterie.

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Le cellier

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Le cellier

Ces photographies ont été réalisées en juillet 2022.

 

Y ACCÉDER:

De Collobrières, prendre la direction de Grimaud par la D14. Au bout de 5 km prendre à droite la D214 qui mène à la Chartreuse de la Verne. Attention, il s'agit d'une route très étroite et sinueuse. Au bout de la route se trouve un parking d’où il faut rejoindre la chartreuse à pied (environ 500 m).

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

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Cette page a été mise en ligne le 10 septembre 2022

Cette page a été mise à jour le 10 septembre 2022