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Dominant le golfe de Saint-Tropez depuis son piton rocheux, le château de Grimaud constitue l’un des témoignages majeurs de l’organisation castrale médiévale en Provence orientale. Aujourd’hui à l’état de ruines, il demeure un repère paysager et historique essentiel de la seigneurie du Freinet.

Le site de Grimaud fut occupé bien avant le Moyen-âge. Le village qui s'appelait à l'époque Fraxinet était considéré comme la capitale des Maures qui occupait la Provence entre 890 et 973. Après avoir chassé les Sarrasins de Provence, Guillaume 1er de Provence (945 – 994) donna, en 983, les terres entourant le golfe de Saint-Tropez à Gibelin Grimaldi (aucun lien avec les Grimaldi régnant aujourd'hui sur Monaco) ou Grimaldus. La première mention écrite au site apparaît en 1058 dans une charte de donation à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille. Il y est fait mention d'un "Castri nomine Grimaldi" et d'un "Grimaldo castello". Implanté sur un promontoire naturellement défensif, le château, probablement une enceinte simple, des palissades et quelques structures en pierre sèche, contrôlait la plaine et les voies menant au golfe. Il constituait alors le centre politique de la seigneurie du Freinet, territoire correspondant en grande partie à l’actuelle presqu’île de Saint-Tropez.


Mentionné en 1119 comme un castrum des Vicomtes de Marseille, le château passa vers 1246 aux mains de la famille de Pontevès à la suite d'un accord de paix conclu entre les Grimaldi et le comte de Provence, Raimond Berenger III. Le domaine devint alors une baronnie. Un village se développa aux pieds du château, adossé à la colline, dans une organisation typique de castrum perché. Au XIVe siècle, une période de crise (peste, insécurité, déclin économique) entraîna un repli de la population autour du château. Un rempart englobant le village fut construit dans les années 1370, renforçant considérablement le système défensif. En 1385, Louis II, comte de Provence, donna la baronnie à Florin de Adorne. Le roi René d'Anjou, comte de Provence, remit la baronnie de Grimaud à son chambellan Jean de Cossa (grand sénéchal de Provence) en 1441. Celui-ci procéda à la restauration du château. Il fit construire notamment un bâtiment rectangulaire au sud du donjon et fit transformer la pièce aveugle à la base du donjon en citerne de 85 m³. Il fonda également le village de Saint-Tropez. Jean de Cossa ne resta en possession de la baronnie que peu de temps puisqu'en 1485 le roi de France, Charles VIII, accorda le château et le village à son chambellan Étienne de Vesc. Le château passa en 1555 aux mains de la famille Agoult.


Contrairement à d'autres places fortes de Provence qui avait basculé vers le protestantisme, Grimaud resta un fief catholique. Sous l'influence de la puissante famille des Pontevès, fervents défenseurs de la Sainte Ligue, le château servit de base arrière pour les troupes s'opposant à Henri de Navarre (le futur Henri IV). Le château permettant de surveiller le port de Saint-Tropez, le tenir c’était s’assurer que les renforts protestants venus par mer ne puissent pas débarquer et s'enfoncer dans les terres provençales. Lors des passages de troupes mercenaires (souvent plus intéressées par le pillage que par la foi), les habitants du village et des campagnes environnantes se réfugiaient derrière la triple enceinte du château avec leur bétail et leurs réserves. À la fin du XVIe siècle, la Provence était disputée entre le Duc de Savoie (allié des catholiques) et les troupes royales restées fidèles au roi Henri IV. En 1592, les troupes royales, menées par le redoutable Lesdiguières, entreprirent la réduction des poches de résistance ligueuses dans le Var. Grimaud fut visé pour briser l'influence des Pontevès et le château subit un siège en règle. Le château finit par tomber aux mains des troupes royales. Cet événement marqua le début de la fin pour la puissance militaire de la forteresse. Après la signature de l'Édit de Nantes en 1598 et le retour à la paix, le château de Grimaud fut perçu par le pouvoir royal comme une menace potentielle. Un château si puissant, capable de résister à une armée royale, était un danger pour l'unité du royaume. Richelieu ordonna la destruction des éléments de défense (créneaux, tours) pour que le site ne puisse plus servir de point d'appui à une éventuelle rébellion seigneuriale.



L’héritière du domaine, Jeanne d'Agoult-Montauban, se maria en 1602 avec Claude François de la Baume, comte de Montrevel. Leur fille épousa, en 1627, Esprit d'Allard, grand maréchal des Logis de Louis XIII. En récompense de ces actions, le roi éleva la baronnie en marquisat. À la mort d'Esprit d'Allard, le domaine fut vendu à François et Geneviève de Castellane. La famille de Castellane agrandit le château en construisant deux tours rondes et développa le logis sur trois niveaux. Au milieu du XVIIe siècle, le château perdit sa fonction militaire et fut transformé en château d'agrément et de réception. La famille de Castellane préférant vivre dans la maison seigneuriale au centre du village. Jean-Baptiste de Castellane fut le dernier occupant du château. Lors de la Révolution, en 1791, il s'exila à Nice qui à l'époque ne faisait pas partie de la France. Le château fut confisqué comme bien national et vendu aux enchères pour devenir une carrière de pierre. Les ruines furent inscrites aux Monuments historiques en 1921 et classés Monument historique en 1996. Le château fit l’objet de campagnes de consolidation dans les années 1980.




Le château de Grimaud présente un plan rectangulaire, flanqué de quatre imposantes tours d'angle. Celles-ci étaient reliées par des courtines, formant une cour intérieure. Les vestiges montrent une enceinte irrégulière adaptée au relief, typique des fortifications provençales. Le château comporte deux tours médiévales carrées ou semi-circulaires et deux tours rondes du XVIIe siècle, construites par les Castellane. Le donjon, aujourd’hui très ruiné, occupait la partie la plus élevée du site. Sa structure massive abrite en partie basse une pièce aveugle transformée en citerne. L’entrée du château, au sud, était autrefois protégée par un pont-levis. Elle donne accès à la cour centrale. Dans cette cour, adossée aux courtines, se trouvaient le logis seigneurial, des salles de vie (cuisine identifiée dans les vestiges) et des espaces de stockage. Le logis fut transformé au XVe siècle comme en témoignent les fenêtres à meneaux de la Renaissance, encore partiellement visibles. Leurs encadrements, en serpentine verte, datent du XVe siècle, à l'instar des corniches des tours d'angle. Des archères (restaurées) attestent de l'ancienne capacité de défense du site. Le château était autrefois entouré de trois enceintes annulaires décalées, dont deux subsistent. L'enceinte extérieure atteint une hauteur de sept mètres. Derrière son parapet crénelé se trouvait un chemin de ronde soutenu par des corbeaux.



Le moulin Saint-Roch se situe à proximité immédiate du château de Grimaud. Il est implanté sur une éminence dégagée permettant de capter les flux éoliens dominants, en particulier le mistral. La commune comptait autrefois quatre moulins à vent et neuf moulins à eau, témoignant de l’importance de la transformation des céréales dans l’économie locale. L’existence d’un moulin sur ce site remonte au XVIe siècle, période durant laquelle il était désigné sous le nom de moulin de la Gardiole. Au XVIIe siècle, il prit son nom actuel à la suite de la construction de la chapelle Saint-Roch à proximité. Ce changement toponymique reflète l’imbrication étroite entre espace religieux et organisation du territoire rural en Provence. Comme la majorité des moulins traditionnels, le moulin Saint-Roch cessa progressivement son activité au début du XXe siècle, victime de la modernisation des techniques de meunerie et de l’industrialisation. À partir des années 1980 – 1990, d’importants travaux furent entrepris avec la reconstruction des ailes, la réfection de la toiture et la remise en état du mécanisme interne. Malgré ces efforts, le moulin ne fonctionne plus actuellement, car lors de sa remise en route une dégradation du mécanisme empêcha sa mise en rotation.


Le moulin Saint-Roch appartient au type des moulins à vent méditerranéens avec une tour cylindrique en maçonnerie de pierre, une toiture conique pivotante (aujourd’hui restaurée) et des ailes (ou antennes) portant des voiles. Ce type d’édifice est conçu pour résister aux vents violents tout en optimisant la captation de l’énergie éolienne. Le fonctionnement du mécanisme meunier repose sur un système simple, mais efficace. Les ailes, mises en mouvement par le vent, entraînent un axe, qui transmet le mouvement à deux meules en pierre qui broient le grain pour produire de la farine. Le meunier devait maîtriser plusieurs paramètres comme l'orientation du moulin face au vent, la tension des voiles et la vitesse de rotation des meules. Devant le moulin subsiste une aire de dépiquage, élément essentiel du système de production, où les gerbes de blé étaient étalées puis piétinées par des chevaux pour séparer le grain. Parfois, un rouleau de pierre était utilisé pour accroître l’efficacité.


Situé en contrebas du moulin Saint-Roch, le Pont des Fées constitue un ouvrage remarquable du patrimoine provençal. Souvent perçu comme un simple pont, il s’agit en réalité d’un aqueduc, destiné à l’acheminement de l’eau vers le village. Le nom de l’ouvrage relève du registre légendaire, fréquent pour ce type de construction ancienne. Face à la technicité de l’ouvrage, les populations locales ont longtemps attribué sa construction à des êtres surnaturels comme les fées. De nombreux ponts anciens en Europe portent des noms similaires (pont du Diable, pont des Fées), révélant une constante culturelle, celle d'associer les ouvrages impressionnants à des forces surnaturelles.


Le Pont des Fées est daté du XVIe siècle, bien que certains éléments puissent être antérieurs. Il correspond à une phase de développement du village, marquée par une augmentation de la population, une amélioration des infrastructures et une organisation plus structurée des ressources. Le Pont des Fées se compose d’une arche en plein cintre construite en pierre locale, adaptée au relief du vallon du ruisseau de la Garde. L’ensemble présente une silhouette élégante et équilibrée, parfaitement intégrée au paysage. La robustesse de la structure explique sa remarquable conservation. L’aqueduc se composait d'un canal étanche formant un siphon. L'eau prélevée à la source du Ponceau sur la colline du Mont-Roux était acheminée à une fontaine publique située dans le quartier de l'église. Ce système fut utilisé durant une centaine d'années. En 1927, le pont fut classé "site remarquable".


Ces photographies ont été réalisées en septembre 2025.
Y ACCÉDER:
Le château de Grimaud est accessible à pied en passant par la place des Remparts ou par le passage de l'aire des Fourches prolongeant le boulevard de l'aire des Fourches. Le moulin de Saint-Roch est accessible par le chemin de Saint-Roch longeant le cimetière de Grimaud. Le Pont des Fées est accessible par un sentier partant du boulodrome situé à côté du parking du cimetière (allée du souvenir français).
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Cette page a été mise en ligne le 10 avril 2026
Cette page a été mise à jour le 10 avril 2026