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La cathédrale Notre-Dame d'Amiens est unanimement considérée comme le chef-d'œuvre du gothique classique français. Par ses dimensions exceptionnelles, la qualité de son élévation, l'unité de sa conception architecturale et la richesse de son décor sculpté, elle représente l'aboutissement de près d'un siècle d'expérimentations menées sur les grands chantiers des cathédrales de Sens, Noyon, Laon, Paris, Chartres et Reims. Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981, elle est aujourd'hui la plus vaste cathédrale gothique conservée en France.


Au Ier siècle de notre ère, Amiens, alors appelée Samarobriva Ambianorum, constituait l'une des principales cités de la Gaule Belgique. Carrefour commercial établi sur la Somme, elle possédait un vaste forum, un amphithéâtre, des thermes et un réseau routier particulièrement développé. Le christianisme s'y implanta relativement tôt, probablement durant la seconde moitié du IIIe siècle, à une époque où les communautés chrétiennes gagnaient progressivement les grandes villes de Gaule. La tradition attribue l'évangélisation de la cité à Saint-Firmin, originaire selon les textes anciens de Pampelune. Venu prêcher en Gaule vers la fin du IIIe siècle, il aurait converti une partie importante de la population avant d'être arrêté puis décapité vers l'an 303 lors des persécutions de Dioclétien. Bien que les détails de sa vie soient en partie légendaires, son culte est attesté dès le haut Moyen-âge. Il devint rapidement le saint patron de la cité et son tombeau attira très tôt les pèlerins. Les fouilles archéologiques menées sous le parvis et autour de la cathédrale actuelle ont mis au jour plusieurs états successifs d'édifices religieux. La première cathédrale daterait du IVe siècle. Elle fut probablement édifiée après la paix de Constantin, lorsque le christianisme devint religion autorisée. Il s'agissait vraisemblablement d'une basilique relativement simple, bâtie en réemployant des matériaux antiques provenant des monuments romains voisins. Très peu d'éléments subsistent aujourd'hui de cette construction. Les archéologues ont néanmoins identifié plusieurs murs et niveaux de sols appartenant à cette première occupation chrétienne. À partir du VIe siècle, Amiens devint un important siège épiscopal. La cathédrale fut agrandie à plusieurs reprises. Les souverains mérovingiens favorisèrent alors le développement des grands sanctuaires urbains. Le culte de Saint-Firmin connut un essor considérable. Plusieurs translations de ses reliques furent organisées et la cathédrale devint progressivement un lieu majeur de pèlerinage.


Sous Charlemagne puis Louis le Pieux, l'évêché d'Amiens bénéficia d'importantes donations. Une nouvelle cathédrale fut construite. Elle présentait déjà un plan basilical à trois nefs. Les chroniqueurs médiévaux évoquent un édifice richement décoré de mosaïques, de marbres et de boiseries. Cette cathédrale fut à son tour profondément remaniée durant les siècles suivants. Au XIe siècle, la croissance démographique d'Amiens rendit nécessaire la construction d'un nouvel édifice. La cathédrale romane construite sous l'épiscopat de Geoffroy comprenait une vaste nef charpentée, un transept saillant, un chœur profond et une crypte destinée au culte de Saint-Firmin. Elle fut consacrée en 1137. Elle était déjà considérée comme l'un des plus grands édifices religieux du nord du royaume. Le 14 août 1193 se déroula dans la cathédrale romane, le mariage du roi de France Philippe Auguste et d'Ingeburge de Danemark. C'est dans cette église que furent accueillies en 1206 les reliques attribuées à Saint-Jean-Baptiste. L'arrivée de cette relique constitua l'un des événements majeurs de l'histoire d'Amiens. En 1204, la quatrième croisade s'empara de Constantinople. De nombreux objets sacrés furent rapportés en Occident. Le chanoine Wallon de Sarton obtint ce qui était présenté comme le chef de Saint-Jean-Baptiste. La relique arriva solennellement à Amiens le 17 décembre 1206. L'afflux de pèlerins devint considérable. Les offrandes financèrent largement les futurs travaux de reconstruction de la cathédrale. La renommée spirituelle d'Amiens dépassa désormais largement les frontières du royaume de France.


Dans la nuit du 10 au 11 juillet 1218, un incendie détruisit presque entièrement la cathédrale romane. Le feu aurait pris à proximité des couvertures en bois lors d'un orage. En quelques heures, la toiture s'effondra, les voûtes éclatèrent, les piliers se fissurèrent, le mobilier disparut et une grande partie de l'édifice devient inutilisable. Le sinistre intervint alors que la ville connaissait une remarquable prospérité grâce au commerce des draps. L'évêque Évrard de Fouilloy décida immédiatement d'édifier une cathédrale nouvelle, digne du prestige retrouvé du diocèse. Au début du XIIIe siècle, les grandes cathédrales gothiques rivalisent de monumentalité. Amiens entendit dépasser toutes ses rivales. Le projet fut gigantesque avec une nef culminant à plus de 42 m, un vaste transept, un chœur immense, une façade monumentale et plusieurs milliers de sculptures. Jamais encore une cathédrale n'avait été conçue avec une telle unité architecturale. Les travaux commencèrent officiellement en 1220 sous la supervision du maître d'œuvre Robert de Luzarches, dont le nom fut conservé grâce au célèbre labyrinthe de la nef. Son projet fut d'une remarquable modernité. Contrairement aux cathédrales plus anciennes, souvent modifiées au fil des décennies, il imagina dès l'origine un ensemble parfaitement cohérent. Ses principaux choix furent révolutionnaires avec une élévation intérieure à trois niveaux seulement (grandes arcades, triforium, fenêtres hautes), des piliers alternant colonnes principales et faisceaux de colonnettes, un système d'arcs-boutants particulièrement développé et une recherche maximale de lumière grâce à de vastes baies. Les fondations, exceptionnellement profondes en raison de la nature alluviale du sol, mobilisèrent des centaines d'ouvriers. Des milliers de blocs de craie furent extraits des carrières situées dans les environs immédiats d'Amiens. Robert de Luzarches mourut probablement vers 1228 et fut remplacé par Thomas de Cormont. Sous sa conduite, la nef s’éleva rapidement. Les voûtes furent achevées à une vitesse remarquable. La stabilité de l'édifice fut assurée par un système perfectionné d'arcs-boutants à double volée, capable de reporter efficacement les poussées des voûtes vers de puissants contreforts extérieurs. Cette solution, plus élaborée que dans les premières cathédrales gothiques, permettra de conserver de très hautes fenêtres tout en limitant les déformations de la structure. Vers le milieu du XIIIe siècle, les premières travées purent déjà accueillir les offices. La rapidité du chantier fut exceptionnelle pour une cathédrale de cette taille. En une trentaine d'années, l'essentiel de la nef était sorti de terre, ce qui explique la remarquable homogénéité stylistique de l'édifice.


À partir des années 1240-1250, Renaud de Cormont, fils de Thomas, poursuivit les travaux. Il dirigea l'élévation du chœur, du chevet et des parties hautes, tout en adaptant certains détails techniques à l'expérience acquise sur le chantier. Sous sa direction, les chapelles rayonnantes prirent forme autour du déambulatoire. Les arcs-boutants furent encore renforcés et les réseaux des baies gagnèrent en finesse. Les sculptures des portails occidentaux furent également mises en place, faisant intervenir plusieurs ateliers spécialisés dont les styles sont aujourd'hui encore étudiés par les historiens de l'art. Le 23 janvier 1264, le roi Saint-Louis rendit un arbitrage en faveur du roi d'Angleterre Henri III qui subissait une rébellion de la noblesse. Cet arbitrage est connu sous le nom de Dit d'Amiens (ou Mise d'Amiens). Vers 1269, l'essentiel de la structure fut achevé. Les décennies suivantes furent consacrées à la finition des tours, à la pose des vitraux, aux aménagements liturgiques et au décor sculpté. En 1279, le roi de France Philippe III le Hardi et le roi d'Angleterre Édouard Ier Plantagenêt assistèrent à la translation des reliques de Sainte-Ulphe et de Saint-Firmin-le-Confesseur dans de nouvelles châsses, et renouvelèrent le traité de Paris du 28 mai 1258 par lequel le roi de France reconnaissait les possessions anglaises dans le royaume de France et le roi d'Angleterre reconnaissait comme possessions françaises les territoires conquis ou confisqués par Philippe Auguste. À la fin du XIIIe siècle, Notre-Dame d'Amiens était devenue la plus vaste cathédrale gothique du royaume de France. Elle constituait déjà un modèle pour de nombreux chantiers européens, notamment en Allemagne et dans les anciens Pays-Bas. Si la façade occidentale était pratiquement terminée vers 1288, les deux tours n'étaient pas encore achevées. Leur construction se poursuivit tout au long du XIVe siècle. Contrairement à de nombreuses cathédrales françaises dont les tours demeurent inachevées ou furent profondément modifiées à l'époque moderne, celles d'Amiens atteignirent progressivement leur hauteur définitive tout en conservant une remarquable homogénéité stylistique. La tour sud fut la première achevée. Les travaux s'étendirent approximativement entre 1366 et 1401. Elle atteint une hauteur de près de 66 m. Son architecture reste proche du style gothique rayonnant développé au XIIIe siècle. La tour nord fut terminée quelques décennies plus tard. Elle mesure environ 61 m et son décor annonce déjà le gothique flamboyant. Au cours du XIVe siècle, de riches familles amiénoises, des confréries et des corporations financèrent la création de nombreuses chapelles. Plusieurs chapelles conservent encore aujourd'hui des œuvres allant du XIVe au XVIIIe siècle. Au croisement du transept s’élevait dès le XIIIe siècle une flèche de charpente recouverte de plomb. Cette première flèche atteignit probablement près de 110 m. La hauteur exceptionnelle de la nef entraîna rapidement quelques désordres. Dès le XIVe siècle, plusieurs fissures apparurent.




Le 6 juin 1329, le roi d'Angleterre Édouard III, dans le chœur de la cathédrale, rendit hommage à Philippe VI de Valois, roi de France pour ses possessions de Guyenne et du Ponthieu. La guerre de Cent Ans qui opposa la France et l'Angleterre de 1337 à 1453 affecta profondément la Picardie où Amiens occupait une position stratégique. La cathédrale devint parfois un refuge pour la population. Malgré plusieurs menaces, elle échappa aux destructions majeures. Les évêques poursuivirent néanmoins les travaux d'entretien, mais les revenus diminuèrent fortement et certaines campagnes décoratives furent interrompues pendant plusieurs décennies. Le 17 juillet 1385 se déroula, dans la cathédrale, le mariage de Charles VI et d'Isabeau de Bavière. Durant les XIVe et XVe siècles, les pèlerinages connurent un nouvel essor. Les fidèles venaient principalement vénérer le chef de Saint-Jean-Baptiste, les reliques de Saint-Firmin et plusieurs reliques secondaires offertes par des princes ou des prélats. Les grandes fêtes religieuses attirèrent plusieurs milliers de pèlerins dont les offrandes constituaient une ressource essentielle pour l'entretien du monument. C'est dans la cathédrale d'Amiens, le 3 novembre 1463, que Guillaume Jouvenel des Ursins, envoyé du roi Louis XI, prit solennellement possession des villes de la Somme, que le roi de France venait de racheter au duc de Bourgogne Philippe le Bon. Le 9 juin 1464, Louis XI vint lui-même à Amiens, mais l'année suivante, il dut rendre les villes de la Somme au duc de Bourgogne. En 1470, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, désireux de s'emparer d'Amiens, installa son campement à Saint-Acheul. D'après Olivier de La Marche, il fut tellement ébloui par la grandeur de l'édifice qu'il interdit expressément à son artillerie de tirer sur le monument. Le dimanche 14 avril 1471, jour de Pâques, Louis XI assista à la messe dans la cathédrale, après la reprise d'Amiens par ses troupes en janvier et la levée du siège par Charles le Téméraire, le 10 avril 1471. Il se recueillit devant le chef de Saint-Jean-Baptiste.


La Renaissance ne transforma pas l'architecture gothique de la cathédrale. En revanche, le mobilier évolua considérablement. De nouveaux autels furent installés. Les évêques commandèrent des stalles richement sculptées, des clôtures de chapelles, des retables monumentaux et des vitraux colorés. Plusieurs chapelles reçurent également un décor inspiré de l'art italien. En juin 1517, la reine mère, Louise de Savoie accompagnant son fils, François Ier et la reine Claude de France, admira les tableaux de la confrérie du Puy Notre-Dame exposés dans la cathédrale et en fit faire des copies sur parchemin. En 1528, la flèche de la cathédrale ayant été détruite par la foudre, on procéda à l'édification d'une nouvelle flèche. Sa structure en charpente fut recouverte de feuilles de plomb dorées et agrafées entre elles et son sommet culmine à 112,70 m du sol. La flèche fit par la suite l'objet de nombreuses réparations. La rosace de la façade occidentale, dont le sommet est situé à 42 m, fut refaite au XVIe siècle dans le style gothique flamboyant, sur ordre du maire de la ville. Le 8 mai 1550, le roi de France Henri II, ratifia, dans le chœur de la cathédrale, le traité d'Outreau du 24 mars 1550, par lequel la ville de Boulogne-sur-Mer était rendue par les Anglais à la France. Au cours des guerres de Religion, à la fin du XVIe siècle, la Picardie demeura majoritairement catholique. La cathédrale échappa donc aux destructions iconoclastes qui touchent certaines régions françaises. Quelques œuvres disparurent néanmoins et certaines statues furent endommagées. Des objets liturgiques furent fondus pour financer les guerres. Le roi Henri IV vint à deux reprises dans la cathédrale d'Amiens pour assister à une cérémonie religieuse, une première fois, le 18 août 1594 après que la ville l'eût reconnu comme roi de France, une seconde fois, le 25 septembre 1597 après la reprise de la ville aux Espagnols. Henriette de France, sœur cadette de Louis XIII, se rendant en Angleterre pour y rejoindre son époux, le roi Charles Ier, assista dans la cathédrale à une somptueuse cérémonie en son honneur, le 7 juin 1625, accompagnée de sa mère Marie de Médicis, de son frère Gaston d'Orléans, de la reine Anne d'Autriche, du duc de Buckingham et d'autres personnalités. Durant le XVIIe siècle, sous l'épiscopat de plusieurs évêques réformateurs, l'intérieur de la cathédrale fut adapté aux exigences du concile de Trente. Mais ce n'est qu'au XVIIIe siècle, à la suite d'un incendie qui détruisit une partie du sanctuaire, qu'on procéda à une refonte importante de la décoration du chœur. Ainsi le jubé, détruit en 1755, fut remplacé par une superbe grille "rocaille", œuvre de Jean Veyren d'après les plans de Michel-Ange Slodtz. Ce chef-d'œuvre fut terminé en 1768. La clôture du chœur du début du XVe siècle fut en même temps détruite en partie et remplacée par des grilles afin de rendre le sanctuaire visible au public.



À la Révolution française, comme la plupart des cathédrales françaises, Notre-Dame d'Amiens connut une période particulièrement difficile. En 1793, le trésor fut dispersé, une partie de l'orfèvrerie fut fondue, plusieurs statues furent détruites et les cloches furent descendues. Certaines sculptures des portails furent mutilées et des tombeaux furent ouverts. Les archives du chapitre disparurent en grande partie. Cependant, grâce à l'intervention de plusieurs érudits locaux et à la solidité de l'édifice, les destructions restèrent moins importantes qu'à Reims ou à Cambrai. La cathédrale devint pour un temps Temple de la Raison et de la Vérité puis, en 1794, temple de l'Être suprême. Le culte catholique y fut rétabli en 1795. En 1802, après le Concordat signé entre Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII, la cathédrale retrouva sa fonction religieuse. Le 28 juin 1803, Napoléon Bonaparte, Premier Consul, accompagné de Joséphine de Beauharnais, visitant la cathédrale et frappé par la beauté et la majesté de l'édifice, aurait dit "les athées ne doivent pas être bien ici". Les évêques entreprirent les premières restaurations, toutefois, les moyens financiers demeurèrent limités. Pendant plusieurs décennies, seules les réparations les plus urgentes furent réalisées. Au milieu du XIXe siècle, la redécouverte de l'art gothique conduit l'État à lancer d'importantes campagnes de restauration. Sous la direction des architectes diocésains, puis avec les conseils d'Eugène Viollet-le-Duc, plusieurs interventions sont menées telles que la consolidation des voûtes, la restauration des arcs-boutants, la reprise des pinacles, le nettoyage des sculptures, la restauration des couvertures en plomb et la réparation de nombreuses verrières. Contrairement à d'autres monuments, les restaurateurs cherchèrent ici à respecter le plus fidèlement possible l'architecture médiévale. La plupart des sculptures remplacées furent exécutées d'après les modèles anciens. Le 12 octobre 1854, Napoléon III et l'impératrice Eugénie assistèrent dans la cathédrale à l'inauguration de la chapelle Sainte-Theudosie dont l'impératrice avait financé, sur sa cassette personnelle, le réaménagement et la décoration. En 1862, la cathédrale d'Amiens fut classée Monument historique.

La chapelle des Maccabées


La chapelle du Cathéchisme

Entre 1914 et 1918, Amiens se trouva à proximité immédiate du front. À partir de 1918, la ville fut régulièrement bombardée et la cathédrale constitua une cible potentielle. Afin de limiter les dégâts, les vitraux furent déposés, certaines sculptures furent protégées par des sacs de sable et les œuvres les plus précieuses furent évacuées. Les bombardements provoquèrent plusieurs impacts sur les maçonneries, mais l'édifice échappa miraculeusement à une destruction comparable à celle de la cathédrale de Reims. Après l'Armistice, des campagnes de réparation furent entreprises dès les années 1920. Le 7 novembre 1920, le maréchal Foch assista à la cérémonie d'inauguration du monument à la mémoire des soldats australiens morts sur le sol du département de la Somme pendant la Première Guerre mondiale. En mai 1940, Amiens subit de violents bombardements. Le quartier de la gare fut largement détruit et la cathédrale fut de nouveau menacée. L'édifice subit quelques dommages mineurs, mais conserva son intégrité générale. Les bombardements alliés de 1944 épargnèrent eux aussi l'édifice. Depuis les années 1970, la cathédrale fit l'objet de campagnes scientifiques d'une ampleur inédite. Les travaux portaient notamment sur le nettoyage des façades, l'étude des pierres, la consolidation des voûtes, les couvertures, les sculptures, les vitraux et les réseaux d'évacuation des eaux pluviales. Les analyses au laser et les relevés photogrammétriques permettent aujourd'hui de surveiller les moindres mouvements de la structure. L'une des découvertes majeures de la fin du XXe siècle concerna les traces de peinture conservées sur les sculptures de la façade occidentale. Des analyses microscopiques révélèrent que l'ensemble des portails était autrefois entièrement peint. Depuis 1999, un spectacle de restitution lumineuse permet de visualiser cette polychromie disparue. En 1981, la cathédrale fut inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. En 1998, elle fut également intégrée aux Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France, en raison de son rôle historique dans les itinéraires de pèlerinage.






La cathédrale occupe le point culminant du centre historique d'Amiens, sur la rive gauche de la Somme. Le terrain, constitué d'alluvions déposées par la Somme, présentait une faible capacité portante. Les bâtisseurs durent réaliser des fondations exceptionnellement profondes, parfois supérieures à cinq mètres, afin de répartir les charges colossales de l'édifice. Des lits de craie compactée et de gros blocs de pierre assurent encore aujourd'hui la stabilité de l'ensemble. L'orientation est conforme à la tradition chrétienne : la façade principale regarde l'ouest tandis que le chœur est tourné vers l'est, symbolisant l'attente de la lumière du Christ ressuscité. Notre-Dame d'Amiens impressionne avant tout par ses proportions. Avec une surface intérieure de 7700 m², elle demeure aujourd'hui la plus vaste cathédrale gothique de France. Elle a une longueur de 145 m. La nef est large de 14,60 m, avec les bas-côtés elle atteint une largeur de 33 m. La largeur du transept est de 70 m. La hauteur sous voûte de la nef de 42,30 m constitue un exploit technique. Seule la cathédrale de Beauvais la dépasse (48 m), mais celle-ci souffrit rapidement d'importants problèmes de stabilité. Le plan adopte celui d'une croix latine d'une parfaite régularité. Elle comprend une nef de six travées, deux bas-côtés, un vaste transept débordant, un chœur de cinq travées, un double déambulatoire avec sept chapelles rayonnantes. L'une des grandes réussites du plan est la continuité des espaces, le regard traverse l'ensemble de l'édifice sans rencontrer de rupture importante, créant une impression d'ouverture et de fluidité caractéristique du gothique classique.

La façade occidentale, large d'environ 48 m, est l'une des plus célèbres d'Europe. Conçue comme une immense façade-écran, elle constitue une véritable "Bible de pierre", destinée à instruire les fidèles avant même leur entrée dans l'église. Son élévation se développe sur trois niveaux principaux : les trois grands portails, la galerie des Rois et la grande rose encadrée par les deux tours. L'ensemble est rythmé par des contreforts puissants qui soulignent la verticalité de la composition. Malgré son immense richesse décorative, la façade conserve une remarquable lisibilité grâce à la parfaite hiérarchie des volumes. Chaque portail possède un programme iconographique autonome. Le portail central, large de plus de neuf mètres, constitue l'entrée principale. Son tympan développe, sur trois registres superposés, la scène du Jugement dernier. Dans le registre inférieur, les morts sortent de leurs tombeaux au son des trompettes des anges. Les corps sont représentés avec un réalisme remarquable. Les sculpteurs montrent toutes les conditions sociales, rois, évêques, chevaliers, moines, bourgeois et paysans. Tous comparaissent égaux devant Dieu. Dans le registre médian, l'archange saint Michel pèse les âmes à l'aide d'une balance. Des démons cherchent à fausser le jugement en tirant sur les plateaux ou en tentant d'emporter les condamnés. Le thème illustre le combat entre le Bien et le Mal. Sur le registre supérieur, le Christ siège en majesté. Il montre les plaies de la Crucifixion. À ses côtés se trouvent la Vierge Marie, Saint-Jean et des anges portant la croix, les clous, la lance et la couronne d'épines. La composition exprime autant la justice divine que la miséricorde. Au trumeau du portail central se dresse la statue la plus célèbre de la cathédrale : le Beau Dieu d'Amiens. Haute d'environ 2,30 m, elle représente le Christ debout, bénissant de la main droite et tenant l'Évangile de la gauche. Cette sculpture est souvent considérée comme un sommet de la statuaire gothique française. Sous ses pieds apparaissent un lion et un dragon, symboles du mal vaincu selon le Psaume 91 : "Tu marcheras sur le lion et sur l'aspic". Le Beau Dieu ne représente pas un Christ souffrant, mais le Christ glorieux accueillant les fidèles dans la Jérusalem céleste.







Le portail nord est consacré à Saint-Firmin, le premier évêque d'Amiens. Le tympan raconte les principaux épisodes de sa vie, son évangélisation de la région, son arrestation, son martyre, la découverte de son tombeau et les miracles accomplis par ses reliques. Ce portail rappelle l'ancienneté du christianisme amiénois et affirme le rôle fondateur de Saint-Firmin dans l'identité religieuse de la cité. Le portail sud est dédié à la Vierge Marie. Le tympan développe les grands épisodes de sa vie, l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Dormition et le Couronnement céleste. Les sculptures témoignent d'une évolution vers davantage de naturalisme, les personnages échangent des regards, leurs gestes sont plus souples et les visages expriment une véritable douceur. Les voussures des trois portails totalisent plusieurs centaines de statues. On y reconnaît les prophètes, les patriarches, les rois de Juda, les martyrs, les apôtres, des anges musiciens et les docteurs de l'Église. La profondeur des archivoltes permet aux sculpteurs de créer un impressionnant effet de perspective. Au-dessus des portails s'étend la célèbre Galerie des Rois, composée de vingt-deux statues monumentales représentant les rois de Juda, ancêtres du Christ. Au Moyen-âge, ces souverains étaient parfois interprétés comme les préfigurations des rois de France, renforçant ainsi le lien symbolique entre la monarchie capétienne et l'histoire du salut. Chaque statue mesure près de quatre mètres de hauteur. Malgré l'unité de l'ensemble, aucun visage n'est identique. Les sculpteurs ont cherché à individualiser les souverains par leurs coiffures, leurs expressions et leurs attributs.

Le portail sud


Au centre de la façade s'ouvre une vaste rose de style rayonnant. Son réseau de pierre est organisé autour d'un oculus central d'où rayonnent des compartiments géométriques. Au-delà de son rôle décoratif, cette rose éclaire abondamment la nef et symbolise la perfection de la Création ainsi que la Vierge, souvent comparée à la "rose sans épines". Les deux tours encadrent harmonieusement la façade. Elles présentent une structure analogue avec de puissants contreforts d'angle, des baies géminées, des galeries ajourées, des pinacles et des balustrades. Leur sobriété contraste avec la richesse sculptée des portails. Cette différence permet d'équilibrer visuellement la composition générale.


La rosace du portail sud

Les deux bras du transept possèdent chacun un portail monumental. Le portail sud, souvent appelé Portail Doré, est particulièrement remarquable. Son décor sculpté est d'une grande finesse et annonce déjà les formes du gothique rayonnant. Les gâbles, pinacles et réseaux ajourés y atteignent une virtuosité exceptionnelle. Le transept nord, plus sobre, conserve également un important ensemble sculpté consacré à divers épisodes de l'Ancien Testament. Les deux façades jouent un rôle essentiel dans l'éclairage intérieur grâce à leurs grandes roses.





Le chevet de Notre-Dame d'Amiens est souvent considéré comme l'un des plus élégants de l'architecture gothique. Il se compose d'un double déambulatoire, de sept chapelles rayonnantes, d'une couronne de puissants arcs-boutants et de hautes fenêtres. L'étagement des volumes crée un effet pyramidal particulièrement harmonieux. Chaque niveau paraît naturellement découler du précédent, donnant au chevet une impression d'élan continu vers le ciel. Les arcs-boutants d'Amiens représentent l'une des plus grandes réussites techniques du XIIIe siècle. Ils remplissent plusieurs fonctions tels que transmettre les poussées des voûtes vers les contreforts, d'alléger les murs, de permettre l'ouverture de très grandes fenêtres et d'améliorer la stabilité générale. Les bâtisseurs utilisèrent des arcs-boutants à double volée, particulièrement efficaces pour répartir les efforts. Au XIVe siècle, plusieurs d'entre eux furent renforcés après l'apparition de légères déformations des murs hauts. Ces interventions expliquent leur aspect parfois différent selon les campagnes de construction.


Chapelle Notre-Dame de Foy

Chapelle Sainte-Theudosie

Chapelle Saint-Michel
Des dizaines de gargouilles couronnent les parties hautes. Leur fonction première est hydraulique en rejetant les eaux de pluie loin des maçonneries afin d'éviter leur dégradation. Les sculpteurs leur donnèrent cependant des formes extrêmement variées, dragons, chiens, loups, monstres hybrides, oiseaux fantastiques et figures humaines grimaçantes. Au Moyen-âge, ces créatures rappelaient les forces du mal tenues à l'écart de l'espace sacré. La couverture est constituée de charpentes en chêne recouvertes de plomb. Au croisement du transept s'élève une flèche néogothique reconstruite au XVIe siècle puis restaurée à plusieurs reprises. Elle culmine aujourd'hui à 112,70 m, faisant de Notre-Dame d'Amiens l'un des monuments les plus élevés de la région. Cette flèche sert à la fois de repère urbain et de point d'équilibre visuel dans la silhouette de la cathédrale.


L'ensemble sculpté extérieur comprend près de 4 000 figures, ce qui fait de la cathédrale d'Amiens l'un des plus vastes ensembles de sculpture gothique conservés en Europe. La qualité de leur exécution révèle l'intervention de plusieurs ateliers spécialisés. Les historiens distinguent notamment un "atelier du Beau Dieu", caractérisé par des figures élancées et sereines, et d'autres ateliers au style plus expressif, visibles dans les scènes du Jugement dernier. Cette statuaire ne constitue pas un simple décor, mais forme un vaste programme théologique destiné à guider le fidèle, depuis les récits de l'Ancien Testament jusqu'à la promesse du salut. Le bestiaire de la cathédrale est extrêmement riche. Parmi les animaux représentés figurent le lion (force et Résurrection), l'aigle (Saint-Jean), le taureau (Saint-Luc), le lion ailé (Saint-Marc), l'homme ailé (Saint-Matthieu), le pélican (sacrifice du Christ), le cerf (âme chrétienne) et la colombe (Esprit Saint). À ces animaux réels s'ajoutent de nombreuses créatures imaginaires.






Dès le franchissement du portail occidental, le visiteur est saisi par l'ampleur du volume intérieur. La nef atteint 42,30 m sous la clef de voûte, une hauteur exceptionnelle pour le XIIIe siècle. Cette dimension est renforcée par plusieurs artifices architecturaux comme la grande finesse des piles, les lignes verticales des colonnettes, la réduction progressive de la largeur des niveaux supérieurs et l'abondance de lumière provenant des fenêtres hautes. L'œil est naturellement conduit vers les voûtes, traduisant l'aspiration de l'âme vers Dieu. Contrairement aux cathédrales romanes, où la masse des murs domine, Amiens donne l'impression que les parois ont presque disparu au profit de la lumière. L'intérieur reprend fidèlement le plan en croix latine visible depuis l'extérieur. Avec une nef principale flanquée de deux collatéraux, d'un transept largement débordant, d'un vaste chœur avec un double déambulatoire desservant sept chapelles rayonnantes, la circulation est remarquablement fluide. Les pèlerins pouvaient atteindre les reliques du chef de Saint-Jean-Baptiste sans perturber les offices célébrés dans le sanctuaire. Cette organisation constitua l'une des grandes innovations des cathédrales de pèlerinage du XIIIe siècle. La nef compte six grandes travées. Sa largeur d'environ 14,60 m lui confère une impression d'élancement remarquable. Chaque travée est couverte par une voûte quadripartite. Les arcs diagonaux convergent vers une clef de voûte sculptée. Les travées sont parfaitement régulières, ce qui renforce l'harmonie générale de l'édifice. Les grandes arcades ouvrent largement sur les collatéraux, évitant toute sensation d'enfermement. L'un des chefs-d'œuvre techniques d'Amiens réside dans ses piles. Chaque pile est constituée d'un noyau cylindrique central, de quatre fortes colonnettes engagées et d'un faisceau de colonnettes secondaires. Visuellement, les colonnettes semblent prolonger les nervures des voûtes jusqu'au sol. Cette continuité verticale constitue l'une des signatures du gothique classique. Les voûtes quadripartites représentent un remarquable compromis entre légèreté et solidité. Chaque travée comprend deux ogives diagonales, deux arcs doubleaux et quatre quartiers de voûte. Les nervures concentrent les efforts vers les piles. Les remplissages entre nervures sont relativement minces. Les clefs de voûte sont ornées de motifs végétaux ou héraldiques. Les doubles bas-côtés constituent une caractéristique majeure de Notre-Dame d'Amiens. Ils permettent d'absorber les flux de pèlerins, d'accueillir des autels secondaires, de soutenir la nef principale et de distribuer les chapelles latérales. Leur faible hauteur accentue encore l'impression de verticalité de la nef centrale.



Contrairement aux premières cathédrales gothiques qui comportaient quatre niveaux (grandes arcades, tribunes, triforium et fenêtres hautes), Amiens adopta une élévation à trois niveaux, devenue caractéristique du gothique classique. Les grandes arcades occupent environ la moitié de la hauteur totale. Leur largeur facilite la communication entre la nef et les bas-côtés et leur profil brisé contribue à la répartition des charges. Au-dessus des grandes arcades s'étend un élégant triforium. Il est composé d'une succession régulière de petites arcades. À Amiens, le triforium est largement ajouré. Cette caractéristique allège considérablement la masse du mur. Il constitue également un couloir de circulation permettant l'entretien de l'édifice. Le troisième niveau est occupé par de vastes baies. Leur dimension fut rendue possible grâce à l'efficacité des arcs-boutants. Ces fenêtres inondent littéralement la nef de lumière. L'un des plus grands succès de Robert de Luzarches réside dans sa maîtrise de la lumière. À Amiens, celle-ci n'est pas un simple effet esthétique, mais devient un véritable matériau de construction. Grâce aux immenses baies, au triforium ajouré et aux doubles collatéraux, les murs semblent presque immatériels. Les ombres sont atténuées, les lignes verticales accentuées, et les volumes apparaissent d'une grande légèreté malgré les milliers de tonnes de pierre qui composent l'édifice. Les théologiens médiévaux voyaient dans cette lumière l'image de la présence divine. L'architecture gothique ne cherchait donc pas seulement à impressionner, mais visait à traduire, par la pierre et le verre, la perfection du monde céleste. Si une partie importante des vitraux médiévaux a disparu, notamment à la suite des remaniements des XVIIe et XVIIIe siècles, la cathédrale conserve encore plusieurs ensembles anciens ainsi que de nombreuses verrières modernes installées après les conflits mondiaux. La lumière, filtrée par les verrières, varie selon les heures du jour et les saisons, participant pleinement à la dimension spirituelle du monument.




Le transept mesure près de 70 m de largeur. Contrairement à d'autres cathédrales françaises, il ne rompt pas l'unité de l'espace. Ses bras sont largement ouverts. Les grandes roses apportent une lumière abondante. Les façades intérieures des portails nord et sud présentent encore plusieurs sculptures médiévales remarquablement conservées. Le transept constitue également le lieu des grandes cérémonies diocésaines. La croisée correspond au cœur géométrique de la cathédrale. Quatre piles monumentales supportent les voûtes, la tour lanterne médiévale (aujourd'hui remplacée par la flèche) et les poussées des quatre bras de l'édifice. Ces piles figurent parmi les plus puissantes de toute la construction. Leur diamètre dépasse largement celui des piles ordinaires de la nef.










Le chœur constitue l'espace le plus prestigieux de la cathédrale. Réservé au clergé jusqu'à la Révolution, il accueille les grandes célébrations liturgiques. Son architecture reprend les mêmes principes que la nef, mais avec une richesse décorative accrue. Les hautes fenêtres diffusent une lumière particulièrement douce, favorable à la célébration des offices. Le regard est naturellement attiré vers le maître-autel. Le maître-autel actuel résulte de plusieurs campagnes d'aménagement. Occupant l'axe majeur de la cathédrale, sa position met en valeur la profondeur du chœur. Depuis les réformes liturgiques du XXe siècle, il permet la célébration face à l'assemblée tout en respectant l'organisation historique du sanctuaire. Les stalles du chœur comptent parmi les plus remarquables ensembles de sculpture sur bois d'Europe. Réalisées entre 1508 et 1519, elles comprennent plus de 110 sièges destinés aux chanoines. Le décor est extraordinairement varié avec des scènes bibliques, des épisodes de la vie quotidienne, des métiers, des animaux, des créatures fantastiques et des scènes humoristiques. Les miséricordes, petites consoles placées sous les sièges relevables, sont sculptées avec une finesse exceptionnelle. Certaines illustrent des proverbes populaires, d'autres dénoncent les travers humains comme l'avarice, la gourmandise, l'orgueil ou la paresse. L'ensemble constitue un véritable témoignage de la société picarde au début du XVIe siècle. Autour du chœur se développe un double déambulatoire. Cette disposition permettait aux pèlerins de circuler librement autour des reliques sans interrompre la liturgie. Le déambulatoire constitue également un remarquable espace architectural. Les perspectives y changent constamment. Le visiteur découvre successivement les piles, les arcs, les chapelles et les jeux de lumière provenant des verrières. Sept chapelles entourent le chevet. Elles étaient dédiées à différents saints. Plusieurs conservent encore des autels des XVIIe et XVIIIe siècles. Certaines possèdent des tableaux provenant d'anciennes abbayes de Picardie.




L'un des éléments les plus célèbres de la cathédrale est son labyrinthe, réalisé vers 1288. Inséré dans le pavement de la nef, il présente une forme octogonale d'environ 12,10 m de diamètre. Son parcours, long d'environ 234 m, conduit symboliquement le fidèle vers son centre. Au Moyen-âge, certains pèlerins l'effectuaient à genoux comme acte de pénitence. Au centre figurait une plaque de cuivre représentant les trois maîtres d'œuvre de la cathédrale, Robert de Luzarches, Thomas de Cormont et Renaud de Cormont. Cette plaque, détruite pendant la Révolution, a été reconstituée au XIXe siècle grâce à des relevés anciens. Le labyrinthe constitue un témoignage exceptionnel de la reconnaissance accordée aux bâtisseurs médiévaux, fait très rare à une époque où les architectes demeuraient généralement anonymes.


Le grand orgue domine la nef depuis la tribune occidentale. Le buffet actuel, principalement de style classique avec des remaniements ultérieurs, constitue une œuvre monumentale. L'instrument a connu plusieurs reconstructions afin de suivre l'évolution de la facture d'orgue française. Son acoustique bénéficie de l'immense volume intérieur de la cathédrale, offrant une réverbération particulièrement ample.


La cathédrale abrite plusieurs monuments funéraires d'évêques et de dignitaires. Beaucoup ont disparu pendant la Révolution. Les tombeaux conservés illustrent l'évolution de la sculpture funéraire du XIIIe au XVIIIe siècle. Les gisants présentent un grand intérêt artistique. Ils témoignent également de l'histoire du diocèse d'Amiens. À l'entrée de la nef, on peut admirer les tombeaux, surmontés de gisants, des deux évêques, Évrard de Fouilloy (évêque de 1211 à 1222) et Geoffroy d'Eu (de 1223 à 1236), qui donnèrent l'impulsion décisive à l'édification de ce grand sanctuaire. Les gisants de bronze, chefs-d'œuvre fondus d'une seule pièce, datent de la première moitié du XIIIe siècle. Ce sont des pièces uniques, seuls témoins des grands bronzes du XIIIe siècle subsistant en France. Le gisant d'Évrard de Fouilloy se trouve à droite de l'entrée de l'église. Il est supporté par six lions, en bronze eux aussi. L'évêque est représenté en grande tenue épiscopale. Il écrase des deux pieds deux créatures griffues, maléfiques et dotées d'une queue de serpent, symbolisant le mal. À ses pieds, deux prêtres sont gravés et portent des cierges allumés. Deux anges situés près de ses épaules offrent de l'encens au défunt. Le gisant de l'évêque Geoffroy d'Eu se trouve à gauche du début de la nef. La surface de ce gisant est moins travaillée que le tombeau de son prédécesseur. On y retrouve les mêmes créatures diaboliques et fantastiques représentant le mal, et écrasées par ses pieds. Six lions, assez différents des lions de l'autre tombeau, supportent le gisant.

Le gisant d'Evrard de Fouilloy

Le gisant de Geoffroy Eu
Le collatéral sud héberge, dans sa première travée, le tombeau du chanoine Pierre Bury (mort en 1504), surmonté d'un groupe sculpté représentant le chanoine agenouillé aux pieds d'un Ecce homo. Face au tombeau du chanoine Bury se trouve celui d'Antoine Niquet (mort en 1652), chanoine lui aussi. Ce tombeau est surmonté d'un monument funéraire attribué au sculpteur Nicolas Blasset. Le monument montre le défunt agenouillé aux pieds d'une Vierge de douleurs, un livre de prières ouvert dans les mains. À ses côtés, Saint-Antoine semble lui indiquer quelle prière adresser à Marie. Le monument funéraire de Jean de Sachy est situé dans le bas-côté nord de la nef. Il abrite les dépouilles du premier échevin d'Amiens mort en 1644 et de son épouse Marie de Revelois. Il s'agit d'une œuvre de Nicolas Blasset, monument en marbre exécuté en 1645. Le monument sculpté comme un retable est soutenu par une colonnette et s'adosse à un pilier entre la chapelle Saint-Firmin le Martyr et la chapelle Notre-Dame de la Paix. Le registre supérieur est composé de quatre petites statues représentant les défunts agenouillés de chaque côté d'une Vierge à l'Enfant. Entre Jean de Sachy et la Vierge, Saint-Jean-Baptiste est représenté sous les traits d'un enfant. Au-dessous, la Mort y est représentée sous forme d'un cadavre en décomposition étendu dans un linceul suspendu.

Le tombeau de Pierre Bury

Le tombe Antoine Niquet

Le tombeau de Jean de Sachy
Deux tombeaux sont situés dans la partie sud de la clôture du chœur. Adrien de Hénencourt, chanoine du chapitre, fit exécuter la première partie de la clôture au niveau de la première travée du chœur, pour servir de mausolée à son oncle, l'évêque Ferry de Beauvoir. Le tombeau de Ferry de Beauvoir avec son gisant est encastré dans un enfeu de la portion de clôture occupant la première travée du chœur. Le décor peint représente deux anges écartant une courtine rouge laissant apparaître deux chanoines qui écartent des tentures qui découvrent le catafalque recouvert d´un décor peint simulant un drap mortuaire orné d´une grande croix. Adrien de Hénencourt, mort en 1530, fit exécuter, entre 1527 et 1530, à côté de la sépulture de son oncle, sa propre sépulture tandis que son gisant fut sculpté en 1531 par Antoine Ancquier.

Le tombe de Ferry de Beauvoir

Le tombeau d'Adrien
de Hénencourt
Dans le déambulatoire sont situés plusieurs monuments funéraires. Le monument funéraire de Charles de Vitry, petit monument de marbre blanc, contient le cœur de Charles de Vitry, receveur des gabelles, mort en 1670. Ce monument date de 1705. Le mausolée du chanoine Guilain Lucas repose sur le soubassement du tombeau d'Arnoul de la Pierre, évêque d'Amiens de 1236 à 1247 au-dessus duquel a été placé, en 1751, le gisant du cardinal de La Grange. Ce monument funéraire abrite la dépouille de Guilain Lucas mort en 1628. Nicolas Blasset, sculpteur amiénois, sculpta ce mausolée en 1636. Le tombeau supposé de Gérard de Conchy, chanoine du chapitre cathédral puis évêque d'Amiens de 1247 à 1257 est situé dans un enfeu du bas-côté nord du déambulatoire. Son gisant en pierre le représente en tenue d'évêque. Le monument funéraire du chanoine Antoine de Baillon, mort en 1644, est également une œuvre de Nicolas Blasset. La sculpture supportée par une colonne surmontée d'une console représente Antoine de Baillon agenouillé devant un Ecce homo.

Le tombe de Charles de Vitry

Le tombeau de
Guillain Lucas

Le gisant de
Gérard de Conchy

Le tombe d'Antoine de Baillon


La cathédrale conserve également un important patrimoine mobilier : chandeliers monumentaux, croix de procession, reliquaires, tapisseries, vêtements liturgiques ou manuscrits anciens. Une partie de ces œuvres est présentée dans le trésor de la cathédrale, tandis que d'autres sont utilisées lors des principales fêtes religieuses. Un inventaire de 1419 faisait état de deux mille deux cents objets constituant le trésor de la cathédrale. Mais périodiquement, le trésor servit de réserve monétaire aux rois de France en des cas d'extrême nécessité. Le trésor, dispersé en 1793 pendant la Révolution française, fut reconstitué au cours du XIXe siècle grâce à des dons d'objets ou des dépôts effectués par des communes du département de la Somme souhaitant mettre des objets liturgiques en sécurité. Il est riche, aujourd'hui, de centaines d'objets. Parmi les objets les plus remarquables se trouvent : le reliquaire de la croix du Paraclet (début XIIIe siècle), la châsse de Saint-Firmin (classée monument historique le 6 juin 1902), le reliquaire de Saint-Firmin, le reliquaire de Saint-Christophe, la couronne-reliquaire du Paraclet, le vase-reliquaire du Paraclet, la châsse de Saint-Fursy ou une chapelle-reliquaire du XVe siècle en argent doré contient des reliques de Saint-Blimont. S'y trouvent également une statue de la Vierge à l'Enfant en bois polychrome de la fin du XVe siècle, deux pends-à-col du XVe siècle, la châsse de Saint-Hubert du XVIe siècle, deux croix pectorales des XVIe et XVIIe siècles, une médaille octogonale dite du "Chef de Saint-Jean-Baptiste" du XVIIe siècle, deux bustes reliquaires du XVIIIe siècle, un buste reliquaire de Saint-Firmin le Confesseur du XVIIIe siècle, un buste reliquaire du XIXe siècle ou deux couronnes de la Vierge et de l'Enfant provenant de la basilique Notre-Dame de Brebières d'Albert.

Le baptistère

La chapelle Sacré-Cœur
La cathédrale Notre-Dame d'Amiens représente l'aboutissement de plusieurs siècles d'évolution de l'architecture gothique. Élevée entre 1220 et la fin du XIIIe siècle sous la direction de Robert de Luzarches, puis de Thomas et Renaud de Cormont, elle se distingue par une remarquable unité de conception, fruit d'un chantier exceptionnellement rapide pour une œuvre de cette ampleur. Par son volume, la qualité de sa sculpture, la cohérence de son architecture et son état de conservation exceptionnel, Notre-Dame d'Amiens est aujourd'hui considérée comme le chef-d'œuvre du gothique classique français. Son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO consacre une œuvre qui dépasse le cadre régional ou national : elle constitue l'un des plus grands monuments de l'histoire de l'architecture occidentale, un témoignage exceptionnel du génie des bâtisseurs médiévaux et un héritage vivant transmis depuis plus de huit siècles.


Le reliquaire du chef de Saint-Jean-Baptiste

Le reliquaire du chef de Saint-Jean-Baptiste

Le reliquaire de Saint-Jean-Baptiste

Le reliquaire de Saint-Antoine-Daveluy

Le tombeau de Simon de Gonçans

La tombe de Pierre Sabatier

Le tombeau de Charles de Hemard de Denonville
Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.
Cette page a été mise en ligne le 20 septembre 2026
Cette page a été mise à jour le 20 septembre 2026