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Située au cœur du Pays du Coquelicot, à une quinzaine de kilomètres au nord-est d'Albert, la commune de Mailly-Maillet possède un patrimoine religieux d'une richesse exceptionnelle. Si le village est aujourd'hui surtout connu pour les combats de la Première Guerre mondiale, il conserve deux monuments majeurs qui témoignent de la puissance de l'ancienne maison de Mailly : l'église Saint-Pierre, remarquable exemple du gothique flamboyant picard, et la chapelle Madame, élégant mausolée du XVIIIe siècle. Ces deux édifices, étroitement liés à l'histoire des seigneurs de Mailly, comptent parmi les monuments les plus remarquables de la Somme.


L'église actuelle fut édifiée entre 1509 et 1516 sous l'impulsion d'Isabeau d'Ailly (ou Isabeau de Tilly selon certaines sources anciennes), petite-fille naturelle de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et épouse de Jean III de Mailly, seigneur du lieu. L'édifice remplaçait vraisemblablement une ancienne chapelle castrale devenue insuffisante pour une paroisse en pleine expansion. La construction intervient à une période de prospérité économique où les grands seigneurs picards rivalisaient de magnificence dans leurs fondations religieuses. La famille de Mailly, dont les origines remontent au XIe siècle, figurait parmi les plus puissantes lignées nobles de Picardie. Ses membres participèrent aux croisades, aux guerres de Bourgogne puis aux conflits de la monarchie française. La nouvelle église devait refléter cette puissance tout autant que la piété de ses fondateurs. L'histoire de l'édifice fut rapidement marquée par les conflits qui ravageaient la Picardie. En 1636, durant la guerre franco-espagnole, les troupes espagnoles envahirent la région. Mailly-Maillet fut gravement touché et l'église subit d'importantes dégradations. Les réparations s’échelonnèrent durant tout le XVIIe siècle. Le chœur fut notamment repris en 1673, preuve que les campagnes de restauration se poursuivaient longtemps après les événements militaires. Au XIXe siècle, l'état sanitaire de l'église nécessita une restauration importante. L'architecte Théophile Caudron, spécialiste du patrimoine religieux picard, dirigea plusieurs campagnes de travaux. Son intervention permit de sauver l'édifice, mais modifia certains éléments médiévaux selon les principes de restauration alors en vigueur, parfois critiqués aujourd'hui pour leur caractère interprétatif. La valeur artistique exceptionnelle de l'édifice fut officiellement reconnue par son classement au titre des Monuments historiques en 1901. Au cours de la Première Guerre mondiale le village de Mailly-Maillet se situa à proximité immédiate du front de la Somme. En 1916, lors de la bataille de la Somme, le village fut soumis à des bombardements incessants. L'église fut de nouveau gravement endommagée. La toiture fut détruite, les voûtes partiellement effondrées, les vitraux soufflés et les sculptures mutilées. La restauration entreprise durant l'entre-deux-guerres s'attacha à restituer fidèlement les parties disparues tout en conservant les éléments originaux encore en place.



L'église est construite principalement en pierre calcaire blanche, matériau traditionnel du Santerre et de l'Amiénois. Elle appartient au dernier gothique flamboyant, caractérisé par une ornementation extrêmement abondante, des réseaux de pierre très élaborés, des pinacles finement sculptés et un décor presque entièrement consacré à la sculpture. Si les volumes demeurent relativement sobres, la façade occidentale constitue un véritable manifeste artistique. La façade est unanimement considérée comme l'une des plus belles façades sculptées des églises rurales de Picardie. Elle fonctionne comme une immense Bible de pierre destinée à enseigner les fidèles. Le portail présente une porte géminée en anse de panier, un vaste tympan aveugle et un gâble flamboyant extrêmement développé. Le décor est attribué au maître sculpteur Antoine Morel, installé à Mailly-Maillet au début du XVIe siècle.




Au centre du trumeau se dresse un magnifique Christ de Pitié. Il est entouré d'une véritable procession de saints avec Saint-Pierre, Saint-Antoine ermite, Saint-Adrien, Saint-Jean-Baptiste, Sainte-Anne, Sainte-Marguerite, Sainte-Catherine, Sainte-Jeanne et Sainte-Barbe. Les écoinçons accueillent une scène de l'Annonciation. Chaque statue révèle une remarquable maîtrise anatomique et un traitement particulièrement délicat des draperies. Le tympan constitue une œuvre exceptionnelle. Plutôt que d'illustrer le Jugement dernier, comme c'est souvent le cas, il développe les premiers chapitres de la Genèse. On y découvre successivement l'expulsion d'Adam et Ève du Paradis, le travail des premiers hommes, le meurtre d'Abel, la première famille et la Tour de Babel. Des animaux fantastiques, des dauphins, des créatures marines et des éléments végétaux enrichissent la composition, témoignant de l'imaginaire de la Renaissance naissante.

À gauche de la façade se trouve le monument funéraire de la fondatrice. Sous une tente héraldique richement sculptée apparaît Isabeau agenouillée en prière, présentée au Christ par Sainte-Élisabeth. Cette composition constitue un remarquable exemple de sculpture funéraire du début du XVIe siècle.


L'intérieur, plus sobre, conserve néanmoins un mobilier remarquable. Parmi les œuvres classées figurent une chaire sculptée de 1757, des stalles anciennes, les remarquables grilles du chœur, plusieurs autels latéraux, un maître-autel de la fin du XVIIIe siècle, des statues en bois polychrome du XVIe au XVIIIe siècle, un Christ aux liens et une croix avec Christ en ivoire. Le revers de la façade est décoré de onze scènes retraçant la Passion du Christ autour d'un grand oculus, prolongeant le programme iconographique extérieur.
La chapelle Madame
À quelques centaines de mètres de l'église, au bout d'une majestueuse allée de tilleuls, se dresse la chapelle Madame. Elle occupe la limite de l'ancien couvent des Cordeliers fondé au XVe siècle et formait autrefois un élément du vaste domaine seigneurial des Mailly. En 1753, le marquis Louis-Victor de Mailly fit construire cette chapelle afin d'honorer la mémoire de son épouse Françoise-Antoinette (ou Antoinette) Cadot de Sébeville, morte prématurément à seulement vingt-six ans. Plus qu'une simple chapelle, il s'agit d'un véritable mausolée inspiré des grands monuments funéraires de l'architecture classique française. La réalisation est confiée aux architectes Jean-Baptiste Franque et Christophle. Ils conçurent un édifice très raffiné, où les influences classiques dominent totalement.


La chapelle adopte un plan octogonal, relativement rare dans l'architecture religieuse régionale. Elle est construite en brique avec un décor de pierre de taille. Le volume est couvert par une coupole autrefois surmontée d'un élégant lanternon, disparu puis restitué lors des restaurations contemporaines. Le portail est surmonté des armes sculptées de la maison de Mailly. À l'origine, une superbe grille en fer forgé de Jean Veyren, célèbre ferronnier du XVIIIe siècle, précédait l'entrée. L'intérieur frappe par son élégance. Une salle ovale coiffée d'une coupole est rythmée par des pilastres d'ordre ionique. Au centre se trouve le monument funéraire réalisé par le sculpteur Jean-Baptiste Dupuis. La marquise y est représentée agenouillée devant un prie-Dieu, tandis que deux enfants allégoriques pleurent sa disparition. Au sommet de la composition, un ange tenant une trompette annonce la résurrection des morts, selon une iconographie caractéristique de l'art funéraire du XVIIIe siècle. Sous le monument se trouve une crypte où reposent plusieurs membres de la famille de Mailly, notamment Jean III de Mailly, ancêtre de la lignée dont descendait, plusieurs siècles plus tard, l'impératrice Élisabeth d'Autriche, dite "Sissi". La chapelle fut pillée durant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs éléments décoratifs disparurent, en particulier les ferronneries extérieures. Classée Monument historique le 5 juin 1973, elle bénéficia ensuite d'importantes campagnes de restauration qui permettent de restituer son lanternon et de consolider les maçonneries.


Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.
Y ACCÉDER:
L'église Saint-Pierre se trouve rue Eugène Dupré à Mailly-Maillet. Pour aller à la Chapelle Madame suivre la rue des Cordeliers et prendre la première rue à droite.
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Cette page a été mise en ligne le 20 septembre 2026
Cette page a été mise à jour le 20 septembre 2026