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Le théâtre romain de Lisbonne (Theatro Romano de Lisboa) est l’un des vestiges archéologiques majeurs de l’époque romaine dans la capitale portugaise. Situé sur la colline du Castelo de São Jorge, au cœur du quartier historique de l’Alfama, il témoigne de la monumentalité et de l’urbanisme de la Olisipo romaine, nom antique de Lisbonne sous l’Empire romain.


Avant la conquête romaine, le site de Lisbonne était occupé par un oppidum préromain d’origine celtibère et phénico-punique, dont la position stratégique, à l’embouchure du Tage, favorisait le commerce maritime. Après les guerres lusitaniennes (IIe siècle av. J.-C.), Olisipo entra durablement dans la sphère d’influence romaine. Sous Auguste, la ville devint une municipalité romaine libre (Municipium Felicitas Julia Olisipo), jouissant de privilèges administratifs et fiscaux. Ce statut s’accompagna d’une romanisation urbaine intense, marquée par la construction de monuments publics : forum, thermes, temples, amphithéâtre probable, et théâtre. Le théâtre servait aux représentations dramatiques, aux lectures publiques et à certaines manifestations civiques et impériales, conformément à la fonction sociale du théâtre romain dans la vie urbaine.


Le théâtre fut construit sous le règne de l’empereur Auguste (- 63 à - 45), probablement vers la fin du Ier siècle av. J.-C. ou au début du Ier siècle apr. J.-C.. Le théâtre, en maçonnerie de granit local, avec des éléments architecturaux en marbre importé avait une structure semi-adaptée à la pente naturelle de la colline. Sa capacité est estimée entre 3 500 et 4 000 spectateurs. L’édifice fut remanié sous Néron (37 – 68), vers 60 apr. J.-C., par la réfection de la façade scénique (scaenae frons) avec de nouveaux décors sculptés et installation de statues impériales dans des niches monumentales. Ces travaux furent financés par l'affranchi Caius Heius Primus. Sous Hadrien, vers 120 apr. J.-C., la cavea du théâtre fut agrandie, le pulpitum (scène) fut réaménagé et un décor en marbre blanc de l’Estremadura et colonnes corinthiennes fut introduit. L’ensemble atteignit alors sa forme définitive, comparable aux théâtres de Mérida (Emerita Augusta) ou de Clunia (Burgos). Sous le règne de Constantin (272 – 337), le théâtre fut partiellement démantelé. Abandonné à la fin du IVe siècle, la scène et un des vomitoires de l'Ima Cavea furent transformés en maison à la fin du Ve siècle ou au début du VIe siècle. Entre le XIIe et le XIIIe siècle, le théâtre servit de carrière de pierre pour la construction de Lisbonne. Après l’abandon du théâtre au Bas-Empire, les structures furent recouvertes d’éboulis et de remblais, les pierres furent réemployées dans les constructions médiévales voisines. La topographie du quartier se modela sur les vestiges antiques, ce qui explique encore aujourd’hui la courbure des rues anciennes autour du site.




Le théâtre fut redécouvert en 1768 lors de travaux de reconstruction après le tremblement de terre de 1755, qui avait gravement endommagé Lisbonne. Les premières fouilles furent réalisées par l'architecte italien Francisco Xavier Fabri. Il mit à jour une partie des gradins (cavea), l'orchestre, la scène et un grand nombre d'éléments décoratifs. Les vestiges furent cependant très rapidement réenfouis. À partir de 1964, et jusqu'en 1971, furent menées plusieurs campagnes de fouilles par Fernando de Almeida puis par Irisalva Moita. De nouvelles fouilles furent effectuées en 1989 et 1990. Ces fouilles permirent le dégagement d'une partie importante de la cavea et de la scaenae frons. Des restaurations ont stabilisé les murs et mis en valeur les volumes originaux, intégrés dans le tissu urbain moderne. Un musée archéologique jouxtant les ruines a été aménagé en 2001. Ce musée présente des fragments d’architecture (chapiteaux, colonnes, corniches), des inscriptions latines et statues découvertes sur le site, des maquettes et restitutions 3D du théâtre antique et une chronologie de l’occupation d’Olisipo depuis la période romaine jusqu’au Moyen Âge. Depuis 2015, des fouilles se poursuivent périodiquement sur le site.




Le théâtre est adossé à la pente occidentale de la colline du Castelo São Jorge, dominant le Tage. Il est orienté de sorte que la scaenae frons fasse face à l’est / sud-est (ouverture vers la ville et le Tage). Cette configuration correspond à un choix rationnel permettant l'utilisation de la déclivité naturelle du terrain pour soutenir les gradins et intégrer le monument dans le paysage urbain antique, entre le forum (probablement situé plus bas) et la zone résidentielle. Les fouilles ont révélé une surface globale d’environ 4 500 m², inscrite dans un plan semi-circulaire d'un diamètre extérieur d'environ 45 m (rayon 22,5 m).

Plan du théâtre romain inséré dans le réseau urbain actuel de Lisbonne (dessin C.C. Loureiro / Musée de Lisbonne-Théâtre Romain).
Dans Fernandes, Lídia. "Les aditus maximi du théâtre romain de Lisbonne : propagande à travers une structure architecturale". "Les théâtres antiques et leurs entrées", édité par Djamila Fellague et Jean-Charles Moretti, MOM Éditions, 2024.



La cavea (gradins des spectateurs) est une structure semi-circulaire, divisée en trois zones. L'Ima cavea, la plus proche de l’orchestre, était réservée aux notables. La Media cavea était réservé aux citoyens libres et la Summa cavea était réservé à la plèbe et aux esclaves. Construit en blocs de granit liés au mortier de chaux et recouverts de plaques de marbre, elle avait une capacité estimée à 4 000 à 5 000 places. Ces places étaient reparties sur 14 rangées avec une profondeur moyenne de siège de 0,75 m. La circulation des spectateurs se faisait au travers des vomitoria (couloirs radiaux voûtés) donnant accès à chaque niveau de gradins. Ces vomitoria, disposés tous les 10 à 12 m en plan radial, étaient reliés à des escaliers latéraux donnant sur la ville. Les entrées principales se trouvaient à la base de la cavea (ima cavea) par des escaliers depuis la rue qui longeait alors le théâtre. Les accès secondaires se faisaient via le porticus post scaenam. Les substructions de la cavea sont encore visibles sous plusieurs immeubles de la Rua de São Mamede et de la Rua Augusto Rosa.


L’orchestra, espace de transition entre la scène et la cavea, était un demi-cercle pavé de dalles de marbre blanc d'une largeur d'environ 12 m. Elle était bordée par une balustrade basse (balteus) séparant la scène du public. Elle était réservée à l’élite municipale (décurions et magistrats). Sous l’orchestra, un système de drainage a été identifié, assurant l’évacuation des eaux de pluie vers le Tage. Le pulpitum (estrade de jeu) était une estrade en pierre, légèrement surélevée (environ 1,20 m), décorée de bas-reliefs représentant des masques de théâtre, des guirlandes et des figures mythologiques. D'une profondeur estimée à 8 m (depuis le bord arrière de l’orchestra vers la face avant de la scaenae frons), elle avait une largueur de 24 à 28 m proche du diamètre de l’orchestre. La scaenae frons, la façade de scène haute d’environ 15 m, était le véritable joyau de l’édifice. Cette façade était composée de deux niveaux de colonnes corinthiennes en marbre blanc veiné avec entablements décorés de frises sculptées (feuilles d’acanthe, rinceaux) entourant une niche centrale abritant probablement une statue impériale (peut-être d’Hadrien). Deux portes latérales (valvae hospitalis) permettaient l’accès des acteurs. Des fragments retrouvés (chapiteaux corinthiens, bases attiques, corniches moulurées) attestent d’un haut niveau d’exécution artistique, comparable à celui des grands centres provinciaux. Derrière la scène s’élevaient un porticus post scaenam, vaste cour à colonnades servant aux rassemblements du public avant et après les spectacles, des locaux techniques (coulisses, réserves de décors, ateliers) et des murs de soutènement puissants en opus caementicium, encore visibles aujourd’hui.


Ces photographies ont été réalisées en septembre 2025.
Cette page a été mise en ligne le 10 décembre 2025
Cette page a été mise à jour le 10 décembre 2025