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Le monastère de
Sao Vicente de Fora

Dominant le quartier d’Alfama, sur la colline orientale de Lisbonne, le Mosteiro de São Vicente de Fora s’étend sur un promontoire qui surplombe le fleuve Tage et le Campo de Santa Clara. Le terme "de Fora" (en dehors) rappelle qu’à sa fondation, au XIIe siècle, le monastère se trouvait hors des murailles d’alors, à l’extérieur de la ville médiévale.

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Le premier monastère fut fondé peu après 1147, date de la prise de Lisbonne par les troupes chrétiennes menées par le roi Afonso Henriques, fondateur du royaume du Portugal. L’ordre des Chanoines réguliers de Saint-Augustin reçut le terrain pour y construire un monastère dédié à Saint Vincent de Saragosse, diacre martyr dont les reliques furent transférées d’Algarve à Lisbonne en 1173. Il devint dès lors le saint patron de la ville. Ce monastère médiéval, bâti en style roman tardif, était assez modeste. Il comprenait un cloître, une église à nef unique, un réfectoire, un dortoir et une citerne. Seule cette dernière subsiste aujourd’hui. Sous le règne de Philippe Ier du Portugal (Philippe II d’Espagne), après l’Union ibérique (1580-1640), le monastère fut entièrement rebâti dans le style maniériste, entre 1582 et 1629, sur les plans de l’architecte Juan de Herrera ou selon d’autres sources de l'italien Filippo Terzi. Les travaux furent suivis et les plans modifiés par Leonardo Turriano puis entre 1597 et 1624 par Baltasar Álvares. En 1624, les travaux furent repris par Pedro Nunes Tinoco puis, à partir de 1641, par Joao Nunes Tinoco.

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Le cloitre

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Le cloitre

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La Portaria

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La Portaria

Le tremblement de terre de 1755 causa d’importants dommages. La coupole, les chapelles, le chœur, les cloîtres, les escaliers, la sacristie et les dortoirs s’effondrèrent. Les restaurations, menées au XVIIIe siècle, intégrèrent des éléments baroques, notamment dans la décoration intérieure (autels, retables, marbres, azulejos). Après la suppression des ordres religieux en 1834, le monastère fut incorporé au Trésor national puis devint le siège épiscopal de Lisbonne. À partir de 1855, le Panthéon royal des Bragance fut aménagé dans l’ancien réfectoire et des salles voûtées du sous-sol. Il rassemble la plupart des souverains portugais depuis João IV (1640) jusqu’à Manuel II (1910), dernier roi du Portugal, ainsi que les reines, princes et princesses. Le monastère fut classé Monument national en 1910. Les bâtiments des dépendances du monastère furent utilisés à partir de 1940 pour y loger le lycée Gil Vincente. En 1952, l'ancienne salle capitulaire fut utilisée pour y abriter le Panthéon des Patriarches où reposent depuis les cardinaux-patriarches de Lisbonne. En 1992, les bâtiments devinrent la propriété de l'Institut Portugais du Patrimoine Architectural. Des travaux dans la cour de l'Orangerie en 1995 en firent la nouvelle entrée du monastère. Des risques d'effondrement des stucs conduisirent en 2008 à la fermeture de l'église. Les travaux de restauration prirent quatre ans.

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La façade de l'église, maniériste et monumentale, se compose d’un corps central flanqué de deux tours carrées coiffées de lanternons. La façade, en calcaire blanc de l’Arrábida, présente trois niveaux, un rez-de-chaussée rythmé par des pilastres et trois portails, un étage médian orné de niches avec statues (Saint-Augustin, Saint-Vincent, Saint-Sébastien) et un fronton triangulaire surmonté d'une croix et encadré par les tours. L’église adopte un plan en croix latine à nef unique, un transept peu saillant, un chœur profond, des chapelles latérales communicantes et une coupole surmontant la croisée du transept. La nef se distingue par la sobriété de ces murs nus, des piliers doriques, de la voûte en berceau à caissons et l'absence d’ornementation excessive. Les chapelles latérales sont encadrées d’arcs en plein cintre et ornées d’autels baroques du XVIIIe siècle, avec des statues en bois doré. Le chœur abrite un maître-autel monumental, en marbres polychromes, surmonté d’un retable sculpté représentant Saint-Vincent glorifié. L'église abrite le plus grand orgue de Lisbonne, datant de 1765.

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Le maitre autel

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Le maitre autel

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Le monastère compte deux cloîtres à deux étages disposés au sud de l’église. Les deux cloîtres sont séparés par la sacristie. L'étage inférieur de chaque cloître, de style maniériste, présente des galeries voûtées sur croisées d’ogives, autour d’un jardin central. Les étages supérieurs des cloîtres sont ornés de panneaux d’azulejos du XVIIIe siècle. Les cloîtres entourent les espaces fonctionnels (réfectoire, cuisines, dortoirs, etc.) du monastère.

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Chapelle des enfants de Palhava

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Chapelle Saint-Antoine

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La sacristie, joyau du monastère, présente un décor de marbres polychromes, des boiseries sculptées et un plafond peint, attribué à Vincenzo Baccarelli (1710), représentant "Le triomphe de Saint-Augustin sur l’Hérésie". Dans le sous-sol de la sacristie ont été découvertes plusieurs tombes anthropomorphes identifiées comme étant les tombes des croisés ayant aidé le roi Afonso Henriques lors de la reconquête de Lisbonne.

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Le monastère possède l’une des plus importantes collections d’azulejos baroques du Portugal, in situ. Il s'agit de plus de 100 000 pièces réparties en 220 panneaux décoratifs. Les carreaux sont en faïence émaillée blanche, peints au cobalt bleu, produits dans les ateliers de Lisbonne vers 1710-1730. Ils couvrent couloirs, escaliers, galeries et salles. La thématique principale concerne la fondation et la reconquête du Portugal avec des scènes montrant l’histoire fondatrice du Portugal, notamment Afonso Henriques recevant les clés du monastère, la conquête de Lisbonne, etc. Ces scènes sont destinées à souligner la légitimité de la dynastie Bragança après la restauration de l’indépendance en 1640, en évitant la glorification de la période philippine (les rois espagnols). D'autres scènes concernent la vie monastique et des allégories religieuses comme les vertus augustiniennes, la Sagesse, la Foi, la Charité. Dans les 40 arches des cloîtres se trouvaient 38 panneaux représentant les fables de la Fontaine, inspiré des dessins de Jean-Baptiste Oudry. Réalisées entre 1729 et 1734, elles sont illustrées de scènes de la vie rurale, de chasse, de nature, etc. Ces panneaux sont actuellement exposés dans les étages supérieurs du monastère.

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Le Panthéon royal de la dynastie de Bragance accueille les dépouilles de 59 membres de la deuxième maison de Bragance qui a régné sur le Portugal de 1640 à 1910. Les sarcophages sont de marbre blanc, disposés avec une sobriété classique. Les murs sont ornés d’armoiries et d’inscriptions funéraires.

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Panthéon royal des Bragance

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Panthéon royal des Bragance

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Panthéon royal des Bragance

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Panthéon royal des Bragance

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Chapelle des enfants de Palhava

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Panthéon royal des Bragance

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Panthéon des Patriarches

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Panthéon des Patriarches

La Portaria (la "porte noble" / accueil) possède des décors du XVIIIe siècle, avec marbres, azulejos, et une peinture au plafond attribuée à Vincenzo Baccarelli (1710) sur le thème du Triomphe de Saint Augustin contre l’hérésie. Cette peinture est l’une des rares survivantes du tremblement de terre. Une citerne médiévale datant du XIIe siècle, vestige du monastère originel, est utilisée pour recueillir l’eau de pluie. Elle est constituée d'une salle voûtée soutenue par des piliers romans.

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La citerne médiévale

Ces photographies ont été réalisées en septembre 2025.

 

 

 

 

Cette page a été mise en ligne le 10 décembre 2025

Cette page a été mise à jour le 10 décembre 2025