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La cathédrale d’Évora (Sé de Évora, ou Basílica Sé de Nossa Senhora da Assunção) est l’un des monuments médiévaux les plus remarquables du Portugal. Dominant le cœur historique de la ville d’Évora (Alentejo), elle est la plus grande cathédrale du pays et un témoignage exceptionnel de la transition entre les styles roman et gothique au Portugal.


La cathédrale d’Évora s’inscrit dans la dynamique de la Reconquête chrétienne du sud du Portugal. Après la prise d’Évora en 1166 par Geraldo Sem Pavor, la ville devint un centre religieux majeur du nouveau royaume portugais. Le roi Sancho Ier (1185–1211) encouragea la construction d’une grande église épiscopale pour affirmer la présence chrétienne dans l’Alentejo. Le chantier débuta officiellement en 1186, sur l’emplacement d’un ancien temple paléochrétien (ou possiblement d’une mosquée). Le premier évêque connu, Soeiro, bénit l’édifice en 1204, bien avant son achèvement complet vers 1250. La première campagne (roman tardif pur) de 1186 à 1204 vit la construction du chevet, du transept et des premières travées de la nef dans un style cistercien épuré, arcs en plein cintre, pilastres massifs, absence de décor figuré. La seconde campagne (transition roman-gothique) de 1204 à 1230 concerna l'élévation des dernières travées et de la façade occidentale. Les arcs brisés furent introduits et la coupole octogonale au croisement du transept fut érigée. Elle vit également l'apparition du triforium et d’un éclairage plus abondant. La dernière campagne de 1230 à 1250 concerna la construction de la façade monumentale à deux tours, d’un équilibre déjà gothique et la pose du portail sculpté et de la grande rosace.


Entre 1280 et 1340, la cathédrale fut agrandie dans un style gothique plus marqué. À partir de 1325, l'évêque Pedro (1322 – 1340) fit construire le cloître en y incorporant sa chapelle funéraire. Le cloître ne sera achevé qu'au XIVe siècle. Avant le départ de la première expédition de Vasco de Gama en 1497, les drapeaux de la flottille furent bénis dans la cathédrale. Au XVIe siècle, des éléments maniéristes et baroques constitués de la chaire, d'un baptistère, de la chapelle du Saint-Sacrement (ou de Notre-Dame du Perpétuel Secours), du retable principal sculpté par Olivier de Gand et Nicolau Chanterene (vers 1516 - 1520) et d'un décor intérieur somptueux de marbres polychromes, vinrent enrichir l’ensemble. La Capela do Esporao (chapelle Notre-Dame de la Piété) fut construite en 1529. En 1578, le cardinal d'Évora, Henrique (1512 – 1580), frère du roi Joao III, succéda au roi Sebastao après son décès lors de la bataille de Alcacer-Quibir.



Durant la Contre-Réforme, la cathédrale devint un centre majeur de l’Église portugaise. Évora fut alors le siège d’une université jésuite et d’un archevêché influent. Le roi Joao V fit construire par l'architecte Johann Friedrich Ludovici entre 1718 et 1746 un nouveau chœur. Les premières restaurations au XIXe siècle permirent la suppression des ajouts baroques afin de retrouver la pureté médiévale de l’édifice. En 1910, la cathédrale fut classée Monument National. À la demande de l’archevêque d'Évora, le pape Pie XI concéda à la cathédrale le titre de basilique mineure en 1930. Les restaurations effectuées entre 1930 et 1980 permirent la consolidation des voûtes, le nettoyage du granite et la restauration du cloître. Depuis 1986, la cathédrale fait partie du Patrimoine mondial de l’UNESCO avec tout le centre historique d’Évora.


La cathédrale domine la partie haute de la ville fortifiée, sur un léger plateau granitique qui surplombe les faubourgs et les plaines de l’Alentejo. Elle est implantée à proximité du forum romain d’Évora (dont subsistent les colonnes du temple de Diane), témoignant d’une continuité sacrée de plus de deux millénaires sur ce site. Les fouilles archéologiques menées en 1974 et 1988 dans les chapelles orientales ont révélé des fondations d’un édifice antérieur à plan basilical (probablement une église wisigothique ou mozarabe du VIIIe - IXe siècle), des fragments de céramiques islamiques (Xe - XIe siècle), attestant la présence d’une mosquée avant la reconquête de 1166, et un mur de péribole romain réemployé dans la maçonnerie du chœur.


La cathédrale présente un plan basilical avec une nef centrale flanqué de deux collatéraux, un transept saillant et un chœur à trois absides (une principale et deux latérales). L’ensemble donne une impression de forteresse religieuse, caractéristique de l’architecture romane portugaise. D'une longueur de 70 m pour une largeur au transept de 40 m, sa hauteur intérieure est de 18 m. La construction est réalisée presque entièrement en granite rose de la région d’Évora, matériau robuste, mais difficile à sculpter, ce qui explique la sobriété décorative des premiers éléments romans. Les murs sont très épais (jusqu’à 2 m à la base), percés de baies étroites en plein cintre dans les parties basses et d’arcs brisés dans les niveaux supérieurs, marquant la transition vers le gothique. Les toitures sont en voûtes de pierre (nef et transept) et non en charpente, un choix rare au Portugal au XIIe siècle, témoignant d’une volonté de monumentalité durable.




La façade principale, flanquée de deux tours asymétriques, est l’un des éléments les plus célèbres du monument. La tour sud, coiffée d’une flèche conique est de style roman. La tour nord, plus élancée, date du XIVe siècle et présente des ajouts gothiques. Le portail principal, d’un style roman tardif (début XIIIe siècle), s’orne d’un remarquable décor sculpté composé d'archivoltes à motifs géométriques et végétaux et de colonnes ornées de statues d’apôtres (des copies, les originaux étant conservés à l’intérieur). Au-dessus du portail, une grande rosace éclaire la nef, et un balcon gothique relie les deux tours, conférant à la façade un aspect défensif et monumental. Le toit-terrasse, unique au Portugal, résulte d’un système de voûtes croisées renforcées et d’un pavement de dalles de granite légèrement inclinées pour l’écoulement des eaux. La tour lanterne centrale de la coupole, pyramidale à huit pans, est ajourée de petites baies.


La nef se compose de six travées couvertes d’une voûte en berceau brisé. Les collatéraux sont couverts de voûtes d’arêtes légèrement brisées. Les piliers sont cylindriques, à bases carrées, et les chapiteaux présentent un décor végétal stylisé. Le triforium est réduit à une étroite galerie d’arcs aveugles. L’éclairage provient de petites baies en plein cintre dans les bas-côtés et de fenêtres ogivales dans les murs hauts. Les vitraux médiévaux ont disparu, les verrières actuelles datent du XIXe siècle. Quelques peintures murales gothiques subsistent dans le transept (figures d’évangélistes, Christ bénissant). La transition stylistique se perçoit clairement, les deux premières travées relèvent du roman pur, tandis que les dernières adoptent des arcs brisés et un début d’élévation gothique.


Le transept, massif, s’élève à la même hauteur que la nef, soulignant la robustesse de l’ensemble. Chacun des bras du transept contient une chapelle latérale profonde avec des tombeaux gothiques à effigies couchées (évêques et chanoines). Au croisement s’élève une coupole octogonale sur trompes, couverte extérieurement d’un clocher-lanterne pyramidal. Cette coupole, construite vers 1250, est l’un des premiers exemples d’un tel dispositif au Portugal.



Le chevet est formé d’une abside principale polygonale, flanquée de deux absidioles semi-circulaires. Les absides gothiques, éclairées par des fenêtres à lancettes, présentent un système de contreforts discrets. Reconstruit sous Manuel Ier au début du XVIe siècle, le chœur marque l’introduction de la Renaissance portugaise dans un cadre gothique. Dans le chœur se trouve le retable majeur sculpté entre 1516 et 1520 par le flamand Olivier de Gand et le français Nicolau Chanterene. C'est une structure en bois doré et marbre polychrome, composée de figures monumentales représentant l’Assomption, l’Annonciation et des épisodes de la vie du Christ. Les stalles du chapitre (48 sièges), en bois de chêne du XVIe siècle, sont décorées de miséricordes sculptées représentant des animaux fabuleux, des monstres et des symboles moraux.



Le déambulatoire et les bas-côtés contiennent plusieurs chapelles remarquables. La chapelle du Saint-Sacrement (Capela do Santíssimo Sacramento) possède un décor baroque de marbres polychromes et de dorures (XVIIe siècle). La chapelle de la Vierge du Rosaire contient un retable maniériste du XVIe siècle à colonnes torses, angelots et dorures. La chapelle du Fondateur (São Durando) abrite la tombe de l’évêque Dom Durando, un gisant roman du XIIIe siècle. La chapelle de Saint-Blaise est de style gothique flamboyant, avec une voûte nervurée. Certaines chapelles révèlent encore des fresques médiévales fragmentaires (figures de saints, motifs géométriques) et dans la chapelle du Trésor sont conservées des pièces d’orfèvrerie et des reliquaires précieux.






Situé au sud de la cathédrale, le cloître gothique (vers 1325-1350) est un chef-d’œuvre de pureté et d’équilibre. Il se compose de quatre galeries ogivales à double archivolte et de colonnettes jumelées. Chaque angle du cloître donne accès à une chapelle funéraire. Le centre est occupé par un petit jardin avec une fontaine centrale. Dans la galerie ouest, un escalier en vis mène au toit-terrasse, d’où l’on découvre une vue spectaculaire sur la ville d’Évora et sur la coupole octogonale du transept, coiffée d’une lanterne pyramidale. Cette terrasse servait aussi à des processions et à la surveillance symbolique de la ville.



Conservé dans la sacristie et le musée épiscopal, le trésor comprend des reliquaires en argent doré des XVe - XVIIe siècles, dont le reliquaire du Saint-Sépulcre (argent doré, XVe siècle) et le Reliquaire de la Vraie Croix (XVIe siècle), des vêtements liturgiques brodés d’or, des mitres et chasubles brodées d’or et de soie de Lyon, des manuscrits enluminés (Missel d’Évora du XIVe siècle) et des objets liés à la liturgie royale et des croix processionnelles et ostensoirs du XVIe siècle.






Ces photographies ont été réalisées en septembre 2025.
Cette page a été mise en ligne le 10 décembre 2025
Cette page a été mise à jour le 10 décembre 2025