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L’église Saint-Roch de Lisbonne (Igreja de São Roque) occupe une place singulière dans le paysage religieux portugais. Édifiée entre 1565 et 1573, elle fut la première église jésuite construite au Portugal et l’une des premières au monde. Sa fondation s’inscrit dans le contexte du renouveau catholique et de la Contre-Réforme, marquée par l’expansion missionnaire et éducative de la Compagnie de Jésus.


En 1505, Lisbonne connut une épidémie de peste dévastatrice. Les nombreux morts furent alors inhumés sur une colline située hors des murs de la ville, futur emplacement du Bairro Alto. Le roi Manuel Ier envoya des émissaires à Venise pour y chercher une relique de Saint-Roch, le protecteur des victimes de la peste. La sainte relique fut portée en procession en haut de la colline au milieu des tombes. L'épidémie ayant été circonscrite, le roi fit ériger, en 1515, sur cette colline, une chapelle pour y conserver la relique. Autour de la chapelle se forma progressivement une confrérie de la dévotion à Saint-Roch, chargée d’assurer le culte et d’assister les malades. C’est sur cet emplacement qu’un demi-siècle plus tard allait s’élever la grande église jésuite.


Peu après la fondation de la Compagnie de Jésus (les jésuites) en 1539 le roi Jean III de Portugal obtint du pape Paul III que deux jésuites, François-Xavier et Simon Rodriques, soient envoyés dans les Indes Portugaises. François-Xavier prit la mer en 1451, mais le roi retint près de lui Simon Rodrigues. En 1553, le roi Jean III attribua aux jésuites la chapelle Saint-Roch. Les jésuites y fondèrent le Collège Saint-Antoine puis décidèrent d’y construire leur église principale, destinée à servir de modèle à leur architecture religieuse. En 1555 fut posée la première pierre de la "Casa professa" (maison professe). Le chantier de l'église São Roque débuta en 1565, sous la direction de l’architecte Afonso Álvares, avec l’aide probable du frère jésuite Baltasar Álvares, qui en poursuivit l’aménagement intérieur. L’édifice fut achevé en 1573.


En 1608, Francis Tregian, récusant (chrétien réfractaire à l'Église anglicane) et mort en état de sainteté, fut inhumé dans la nef de l'église. En 1625, son corps fut réinhumé en position debout sous la chaire gauche. Sous le sol de l'autel se trouvent également les tombes de Fernando Martins de Mascarenhas, évêque du diocèse d'Algrave (1596 – 1616), et de Tomas de Almeida, le premier patriarche de Lisbonne, mort en 1754. Le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 laissa l’église Saint-Roch intacte, ce qui renforça son prestige et son aura spirituelle. Les jésuites impliqués dans une révolte de la noblesse contre le roi Joseph 1er et son Premier ministre, le marquis de Pompal, furent expulsés du Portugal en 1759. L’église et la Casa Professa attenante furent attribuées à la Santa Casa da Misericórdia de Lisboa, œuvre de charité fondée au XVe siècle, qui en est toujours propriétaire aujourd’hui. Cette transition assura la préservation du site, qui échappa ainsi à la confiscation ou à la ruine. En 1905, une partie de la maison professe fut utilisée pour y abriter le Museu de São Roque. L'église fut classée Monument national en 1910.


L’église Saint-Roch présente le plan typique des églises jésuites du XVIe siècle, inspiré de l'église du Gesù à Rome. Elle se compose d'une nef unique très vaste (environ 45 m de long sur 15 m de large), sans collatéraux. Cette nef est entourée de huit chapelles latérales, quatre de chaque côté, entre les contreforts. Le transept très peu marqué est un simple élargissement près du chœur peu profond, réservé aux célébrants. Les tribunes hautes, qui courent le long de la nef, permettaient aux jésuites et aux chantres de participer à l’office sans être vus. Elles s’ouvrent sur la nef par des balustrades en bois sculpté et doré. Une sacristie monumentale et des dépendances jésuites sont accolées à l’arrière de la nef. La façade occidentale, d’une grande austérité, contraste avec la richesse intérieure. Elle se compose d'un simple portail encadré de pilastres, surmonté d’un oculus et d’un fronton triangulaire. Au-dessus, un clocher rectangulaire à lanterne, recouvert d’azulejos, domine le quartier du Bairro Alto.


La nef, d’une ampleur majestueuse, est couverte d’un plafond plat en bois peint, décoré d’un ensemble de caissons dorés et polychromes. Ces caissons comportent des médaillons symboliques : le monogramme IHS (symbole du Christ), des étoiles, des fleurs de lys et des emblèmes de la Compagnie de Jésus. La nef est éclairée par des fenêtres hautes surmontant les chapelles latérales, ce qui diffuse une lumière douce et dorée, soulignant le relief des dorures. Le sol est pavé de pierres calcaires et de marbres alternés, dans un dessin géométrique noir et blanc typique du maniérisme portugais. Sur le côté gauche se trouve la chaire baroque, accessible par un petit escalier, richement sculptée et dorée. Le chœur, peu profond, s’ouvre derrière une large arcade cintrée. Le maître-autel, de style baroque tardif, est orné d’un grand tabernacle en argent massif et de chandeliers sculptés. Un crucifix monumental domine l’ensemble. Le retable peint (XVIe siècle) représente la Résurrection et l’Ascension du Christ. Le chœur conserve encore les stalles en bois des jésuites, sobrement sculptés, et une grille de fer forgé fermant l’espace liturgique.

Le maitre-autel

Autel des reliques

Autel des reliques
La première chapelle à droite en entrant est la chapelle Notre-Dame de la Doctrine. Elle fut construite en 1634 par la Congrégation des Officiers Mécaniciens ou de Notre-Dame de la Doctrine. Son décor, composé de boiseries sculptées et dorées, est représentatif du baroque de la seconde moitié du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle. Au centre du retable se trouve une image de Sainte-Anne et de la Vierge, en bois polychrome capitonné, datant de la fin du XVIIe siècle. De part et d’autre, des images de Saint-Joachim et de Sainte-Anne. Sur les murs latéraux, des niches protègent des ensembles de reliquaires en forme de bustes.

La chapelle Notre-Dame de la Doctrine

La chapelle Notre-Dame de la Doctrine

La chapelle Notre-Dame de la Doctrine
La chapelle Saint-François-Xavier est dédiée au grand missionnaire jésuite. Elle fut fondée en 1634 par António Gomes de Elvas. Il s'agit d'un retable baroque à colonnes torses (début du XVIIIe siècle), avec une statue du saint portant un crucifix et la croix missionnaire. Le décor évoque les missions asiatiques (coquillages, palmes, exotisme discret).
La chapelle Saint-Roch (São Roque) est la chapelle originelle du sanctuaire primitif, reconstruite au XVIe siècle. Elle contient un retable doré maniériste, représentant Saint-Roch guérissant les pestiférés. Le plafond peint figure des scènes de la vie du saint. Des reliques du saint sont conservées dans un petit reliquaire d’argent.

La chapelle Saint-François-Xavier

La chapelle Saint-Roch (São Roque)
La chapelle du Saint-Sacrement fut fondée en 1636 par Luiza Frois,
bienfaitrice du collège jésuite de Santo Antão et de la maison professe de São
Roque. Elle était initialement dédiée à Notre-Dame de l'Assomption. Son décor
date de la seconde moitié du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle.
Au centre du retable se trouve une image de Notre-Dame de l'Assomption, d'une
grande expression baroque. Les boiseries dorées sculptées se caractérisent par
une remarquable sobriété ornementale. Une partie des murs latéraux est
recouverte de marbre incrusté, d'influence italienne, un travail de pierre
achevé en 1719.

Au plus près du chœur sur le côté gauche se trouve la chapelle Saint-Jean-Baptiste (Capela de São João Baptista). C'est la plus célèbre de l’église et peut-être du Portugal tout entier. Commandée par le roi Jean V en 1740, elle fut conçue à Rome par les architectes Luigi Vanvitelli et Nicola Salvi. Réalisée dans les ateliers du Vatican avec les matériaux les plus précieux (jaspe, lapis-lazuli, agate, améthyste, albâtre, or et argent), elle fut consacrée par le pape Benoît XIV avant d’être démontée, expédiée par mer et réassemblée à Lisbonne en 1747. Cette chapelle, considérée comme la plus coûteuse du monde à son époque, est un chef-d’œuvre de la technique baroque : son autel central figure le Baptême du Christ, entouré de colonnes torses et de mosaïques romaines d’une finesse exceptionnelle. Son décor illustre la puissance du royaume portugais au XVIIIe siècle et l’importance symbolique du Baptiste, patron de Lisbonne.

La chapelle Saint-Jean-Baptiste

La chapelle Saint-Jean-Baptiste
La chapelle Notre-Dame de la Pitié (Nossa Senhora da Piedade) fut fondée en 1613 par Martim Gonçalves da Câmara, qui y est inhumé. Son thème central est le Calvaire, entouré d'une couronne d'anges sur un fond en stuc peint représentant les murs de Jérusalem. Au centre se trouve le tabernacle, orné d'un tableau représentant Notre-Dame des Douleurs et sur lequel repose une belle Pietà en bois polychrome, datant du XVIIe siècle. À l'intérieur du retable se trouve une image de Notre-Dame de la Bonne Mort.
Dédiée au saint lisboète, la chapelle Saint-Antoine de Padoue est décorée d’un retable doré et d’un tableau du saint portant l’Enfant Jésus. Les panneaux d’azulejos (début XVIIe siècle) représentent des miracles de Saint-Antoine.

La chapelle Notre-Dame de la Pitié

La chapelle Saint-Antoine de Padoue
La chapelle de
la Sainte Famille ou de l'Enfant Perdu fut construite et décorée par la
Congrégation des Nobles. Elle présente un décor maniériste sobre et harmonieux,
semblable à celui du chœur et, par conséquent, de la même époque. Le tableau
central représente "Jésus parmi les Docteurs", de José de Avelar Rebelo. De part
et d'autre se trouvent deux autres tableaux du XVIIe siècle,
attribués au peintre André Reinoso, L'Adoration des Rois (à droite) et
L'Adoration des Bergers (à gauche). Au-dessus de l'autel se trouvent trois
sculptures du XVIIe siècle, en bois polychrome et capitonné,
représentant la Sainte Famille.

Accessible depuis le côté droit du chœur, la sacristie de São Roque est un espace remarquable (XVIIe - XVIIIe siècles). Les murs sont revêtus de panneaux d’azulejos illustrant la Vie de Saint Ignace et les Fondations jésuites. Les meubles en bois d’acajou sont incrustés de nacre et d’ivoire, avec des tiroirs pour les ornements liturgiques. Le plafond à caissons peints montre des symboles théologiques. La sacristie communique aujourd’hui avec le Musée São Roque, qui conserve les trésors de l’église (calices, reliquaires, vêtements liturgiques, maquettes de chapelles, mosaïques originales de Rome).

La sacristie

Ces photographies ont été réalisées en septembre 2025.
Cette page a été mise en ligne le 10 décembre 2025
Cette page a été mise à jour le 10 décembre 2025