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La Basílica da Estrela (ou basilique du Sacré-Cœur de Jésus) domine la colline de l’Estrela, à l’ouest du centre historique de Lisbonne. Son alliance de baroque triomphant et de rigueur classique, ses marbres chatoyants, sa coupole majestueuse et son histoire profondément liée à la monarchie portugaise en font l’un des sommets de l’art religieux lusitanien du XVIIIe siècle.


Elle fut édifiée à la demande de la reine Maria Ire du Portugal (1734 - 1816). Profondément pieuse, la souveraine fit le vœu de construire une église monumentale dédiée au Sacré-Cœur de Jésus si elle obtenait un fils. Ce vœu fut exaucé avec la naissance du prince Joseph de Portugal (1761 - 1788). Cependant, les troubles politiques et le tremblement de terre de 1755 retardèrent les projets royaux. Les travaux ne débutèrent qu’en 1779, sous la direction de l’architecte Mateus Vicente de Oliveira (élève de Ludovice, l’architecte du palais de Mafra). Après sa mort en 1786, il fut remplacé par Reinaldo Manuel dos Souza, qui donna à l’ensemble une touche plus sobre et néoclassique. Bien que les travaux furent achevés en 1790, la basilique ne fut inaugurée qu'en 1794, devenant la première église au monde dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, culte promu après les révélations de Sainte-Marguerite-Marie Alacoque au XVIIe siècle. Elle fut classée Monument national en 1910.



La basilique faisait partie d’un couvent carmélite, aujourd’hui transformé en Assemblée de la République (le Parlement portugais). L’ancien cloître et les dépendances religieuses ont été largement remaniés au XIXe siècle. La basilique adopte un plan en croix latine, avec une nef unique à trois travées, un transept saillant et un chœur profond flanqué de chapelles latérales communicantes. Les bras du transept forment, avec la nef, une croisée surmontée d’une coupole. La façade principale, orientée à l’ouest, se compose d'un corps central à deux niveaux (portail), de deux tours latérales symétriques et d'une balustrade continue unifiant le tout. Le portail est flanqué de six colonnes corinthiennes soutenant un fronton triangulaire. Dans les niches sont disposées les statues des saints patrons du Carmel, Saint-Élie, Sainte-Thérèse d’Avila, Saint-Jean de la Croix, et d’autres figures de la spiritualité carmélitaine, rappelant l’appartenance de la reine Maria Ire au Tiers Ordre du Carmel. Les entablements et corniches sont finement moulurés, et les frontons brisés au-dessus des fenêtres supérieures confèrent un mouvement mesuré, typiquement baroque portugais. Les tours-clochers, à trois registres superposés, présentent des ouvertures géminées, des colonnes corinthiennes et des dômes à lanternons, formant une silhouette harmonieuse et élancée.



La coupole, élément pivot de la composition, est l’une des plus parfaites du Portugal. Elle repose sur un tambour octogonal ajouré de fenêtres, couronné par une lanterne qui diffuse une lumière zénithale abondante. À l’extérieur, la coupole présente une calotte hémisphérique en pierre, ceinte d’un anneau à balustrade, surmontée d’une croix de bronze. Son diamètre et sa hauteur (environ 22 m pour la calotte, 45 m avec la lanterne) respectent une proportion de 1:2, conférant une impression d’équilibre et de légèreté. La lumière naturelle, diffusée par la lanterne, descend directement sur la croisée du transept et le maître-autel, créant un axe vertical de clarté symbolisant la descente de la grâce divine. L’effet est accentué par les marbres polychromes du sol et des parois, qui reflètent la lumière en nuances irisées.


L’intérieur, vaste et lumineux, est un exemple accompli de l’architecture portugaise de la fin du XVIIIe siècle. La nef unique, bordée de chapelles latérales, conduit vers le transept et le chœur surélevé. Les travées de la nef sont séparées par de grands arcs doubleaux retombant sur des piliers massifs engagés dans le mur, sans bas-côtés véritables, mais avec une succession de chapelles latérales profondes encadrées de colonnes corinthiennes. Les chapelles latérales s’ouvrent sur la nef par de larges arcades en plein cintre. Chacune est encadrée de colonnes corinthiennes jumelées supportant un entablement continu, ce qui unifie visuellement la composition longitudinale. Les autels secondaires sont en marbre polychrome et abritent des retables sculptés dans le style rocaille tardif, où subsistent encore des volutes et des guirlandes. Le transept, bien dégagé, reçoit la lumière latérale par de hautes fenêtres en plein cintre. Le chœur, plus sobre, se distingue par la présence du grand autel en marbre polychrome et du groupe sculpté du Sacré-Cœur de Jésus. La chaire, en marbre blanc et vert, est un chef-d’œuvre d’équilibre entre mouvement baroque et rigueur classique.



L’un des aspects les plus saisissants de l’intérieur est la marqueterie de marbre. Les sols, autels et lambris sont incrustés de pierres de couleur (jaspe rouge, marbre vert d’Estremoz, pierre noire de Sintra, jaune d’Alentejo) formant des motifs géométriques ou floraux. Ces revêtements de marbre sont parmi les plus raffinés du Portugal. Les dalles alternent des tons de gris, de rose, de vert et de jaune, disposés en motifs géométriques complexes formant un véritable tapis minéral. Les sols et les autels sont incrustés de marqueteries de pierre d’une grande finesse, illustrant la tradition décorative portugaise du XVIIIe siècle. Le maître-autel, en marbre et jaspe, est dominé par un grand groupe sculpté représentant le Sacré-Cœur de Jésus, œuvre du sculpteur Machado de Castro, l’un des plus illustres artistes portugais de l’époque. Les chapelles latérales contiennent de remarquables statues et reliefs représentant des saints du Carmel et des épisodes évangéliques.





La basilique abrite, dans le transept droit, le tombeau de la reine Maria Ire, décédée à Rio de Janeiro en 1816, où elle s’était réfugiée pendant les guerres napoléoniennes. Ses restes furent rapatriés au Portugal en 1822. Le monument funéraire, en marbre blanc, s’élève sous un baldaquin orné d’angelots et de symboles royaux, formant un hommage sobre et émouvant à la souveraine.

Le
tombeau de la reine Maria Ire
Ces photographies ont été réalisées en septembre 2025.
Cette page a été mise en ligne le 10 décembre 2025
Cette page a été mise à jour le 10 décembre 2025