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Le Palais Royal de Queluz est l’une des résidences royales les plus emblématiques du Portugal, situé dans la municipalité de Sintra, à environ 15 km au nord-ouest de Lisbonne. Construit au XVIIIe siècle, il est souvent surnommé le "Versailles portugais" pour son raffinement et sa richesse décorative, mais Queluz reste plus intime. Véritable symbiose entre architecture, art et paysage, il illustre parfaitement le goût rococo portugais et la transition vers le néoclassicisme.

À la fin de l'autorité espagnole sur le Portugal en 1640, le roi Joao IV confisqua la propriété et le pavillon de chasse du marquis de Castel Rodrigo accusé de collaboration avec les Espagnols. Par la suite, ce domaine fut transmis à Pedro II de Bragnaça, le deuxième fils du roi Joao V. En 1747, le prince Pedro III de Bragança, futur roi Pedro III (époux de la reine Maria Ire), décida d’y édifier une résidence de plaisance sur l’emplacement de l'ancien pavillon de chasse. Il souhaitait y créer une résidence intime, loin du protocole de la cour de Lisbonne, mais néanmoins fastueuse et digne d’un prince du sang. Les travaux débutent en 1747 sous la direction de l'architecte Mateus Vicente de Oliveira, formé au chantier monumental du couvent-palais de Mafra. Son architecture conjugue une rigueur classique à un goût prononcé pour la grâce rococo. Entre 1747 et 1752 furent construits le corps central et la façade principale. Le tremblement de terre de 1755 qui détruisit Lisbonne interrompit les travaux, les ouvriers étant réquisitionnés pour la reconstruction de la capitale. Les travaux reprirent en 1758. Les plans furent modifiés avec des bâtiments bas et long afin de mieux résister aux séismes. Entre 1758 et 1764 furent rajoutés les salons d’apparat, la chapelle et les premiers jardins par l'architecte Jean-Baptiste Robillon (qui apporta le style rococo français).




En 1760, le marquis de Pompal arrangea le mariage de Pedro III avec sa nièce Maria, la fille de Joseph Ier et héritière du trône. Il encouragea le couple à aller vivre dans le palais inachevé de Queluz loin du siège du gouvernement. Maria devint reine du Portugal en 1777. Elle écarta alors le marquis de Pompal du gouvernement pour gouverner elle-même avec son époux Pedro III. Entre 1770 et 1786 les travaux au palais de Queluz consistaient principalement en embellissement intérieur, en grandes décorations, mises en place du canal d’azulejos et en aménagements hydrauliques dans les jardins. À la mort de Pedro III en 1786, le palais était achevé. À la suite du décès de son époux, la santé mentale de Maria Ire se dégrada au point que son fils, Joao VI, gouverna à sa place en tant que régent. L'architecte Manuel Caetano de Souza érigea, entre 1785 et 1792, le pavillon de la reine Maria. Ce pavillon est actuellement utilisé comme résidence d'accueil des chefs d'État étrangers en visite au Portugal. En 1794, le palais de Queluz devint le lieu discret de l'internement de Maria Ire atteint de démence.




Après l'incendie en 1794 du palais d'Ajuda, bâtiment temporaire en bois occupé par la famille royale depuis le séisme de 1755, le prince régent Joao VI et sa femme Carlota Joaquina emménagèrent au palais de Queluz. L'aile Robillon fut alors élargie et rehaussée d'un étage pour l'usage de la princesse et de ses neuf enfants. Ce rajout fut détruit par un incendie en 1934. Lors de l’invasion napoléonienne en 1807, la famille royale s'exila au Brésil. La force d'occupation française occupa le palais et le général Jean Andoche Junot fit des travaux de modification de certains bâtiments. À leur retour d'exil, en 1821, le roi Joao VI s'installa à Mafra. La reine Carlota Joaquina, en raison d'une accusation de conspiration contre son mari, reprit avec sa sœur, la princesse Maria Francisca Benedicta, sa résidence au palais de Queluz. Le roi lui rendit visite de manière très irrégulière. Lors d'une de ses visites, en 1826, le roi Joao VI décéda dans la chambre royale. Sa femme Carlota Joaquina mourut en 1830. À partir de ces années, le palais perdit peu à peu les faveurs des souverains. Durant la guerre civile portugaise (1828 – 1834), le roi Michel, qui se battait contre son frère Pedro IV, résida au palais. En 1834, Michel dut abdiquer et partit en exil. L'année suivante, son frère Pedro IV, qui avait pris le pouvoir, mourut au palais de Queluz de la tuberculose. Sa fille Maria II qui n'avait que 7 ans fut nommée régente. Son fils Pedro V lui succéda en 1853. À son décès en 1861, le trône passa à son frère Luis. Ces rois vécurent principalement à Lisbonne au palais d'Ajuda.





Couloir des Azulejos

Couloir des Azulejos
Après l’assassinat du roi Carlos 1er et de son fils, le prince Luis Filipe, le 1er février 1908, et la proclamation de la République en 1910, le palais devint propriété d’État. Il fut classé Monument national en 1910. En 1934, un incendie détruisit un tiers des décors intérieurs. Après d’importantes campagnes de restauration, le palais fut ouvert au public en 1940. Le pavillon de la reine Maria fut rénové en 1957.

Couloir des Azulejos

Couloir des Azulejos

Couloir des Azulejos
Le palais présente un plan en "U", orienté au sud-ouest, ouvert sur la cour d’honneur et sur les jardins à la française. L’aile centrale abrite les appartements royaux et les salles d’apparat. L’aile ouest contient les salons privés et les espaces de réception et l’aile est regroupe les chapelles, les logements de service et les galeries. Le palais est bâti en maçonnerie de pierre calcaire locale recouverte d’un enduit peint. Les toitures sont couvertes de tuiles traditionnelles portugaises (teja cerâmica) avec des lucarnes et des frontons sculptés. Les planchers et plafonds sont en bois, décorés de stucs et de peintures. L’ornementation intérieure associe boiseries sculptées, azulejos (faïences vernissées), marbres polychromes, miroirs et dorures. Le palais de Queluz est réputé pour la richesse et la variété de ses intérieurs, qui combinent rococo français, baroque portugais et influences néoclassiques. Le palais conserve des collections uniques qui illustrent le goût et le raffinement de la cour portugaise. On peut y admirer des tapisseries flamandes et portugaises représentant des scènes historiques et mythologiques, du mobilier rococo et néoclassique, dont fauteuils, commodes et lits à baldaquin, des céramiques et porcelaines européennes, importées de France, de Chine et d’Allemagne et des objets d’art et orfèvrerie, souvent offerts lors de missions diplomatiques.


Chambre de la reine

La façade principale et la cour d’honneur, sobre et équilibrée, s’ouvrent sur un grand parvis. L’avant-corps central est rythmé par quatre colonnes ioniques soutenant un fronton brisé orné d’armes royales et d’allégories sculptées. De part et d’autre, les ailes s’étirent en pavillons légèrement saillants, terminés par des toits à pans coupés. Les fenêtres à linteaux cintrés, les encadrements de pierre moulurés et les balustrades de pierre confèrent au tout une grande légèreté visuelle.



La Salle du Trône (Sala do Trono) est la pièce la plus somptueuse du palais. De plan rectangulaire, elle est couverte d’un plafond peint représentant l’Apothéose de la monarchie portugaise, œuvre de Giovanni Berardi. Les murs sont revêtus de stucs dorés, de glaces murales, et de boiseries sculptées représentant trophées, guirlandes et symboles royaux. Les lustres en cristal de Bohème, les sols en marqueterie et les fauteuils dorés soulignent la fonction cérémonielle du lieu, réservé aux audiences et aux grandes fêtes de cour.




La Salle des Ambassadeurs (Sala dos Embaixadores), également appelée Salle des Miroirs, servait aux réceptions diplomatiques. Les parois alternent miroirs, panneaux peints et boiseries blanches et or, créant un effet d’illusion d’espace. Le plafond est orné d’un médaillon central figurant des allégories du Portugal maritime et de la puissance royale. Les colonnes corinthiennes, le mobilier doré et les candélabres à multiples branches rappellent les salons versaillais.




Le Salon de la Musique, une pièce ovale, à l’acoustique soigneusement étudiée, accueillait les concerts et divertissements. Les parois sont décorées de stucs blancs et bleus, avec des médaillons en relief représentant des instruments et des muses. Au centre, un piano-forte d’époque subsiste, et la pièce s’ouvre par de grandes baies sur les jardins.


L'appartement de Dom Pedro (Pierre III) s’ouvre par une antichambre, suivie d’une chambre à alcôve ornée d’azulejos bleus et blancs du XVIIIe siècle. Les plafonds sont peints de motifs floraux et de trophées de chasse. Les pièces sont modestes par leur taille, mais raffinées par leur décor. La reine Maria 1re vécut ses dernières années à Queluz, atteinte de démence. Sa chambre, d’une sobriété presque mélancolique, contraste avec le faste environnant. Les murs sont tendus de soieries vert pâle, et le mobilier est de style transition Louis XV - Louis XVI, marqué par une élégance néoclassique. Les chambres possèdent des lits à baldaquin avec des tentures en soie et dorures. Les salons de compagnie sont meublés avec des meubles Louis XV et des commodes ornées de bronzes dorés. La bibliothèque possède une collection de manuscrits et ouvrages scientifiques, témoignant de l’érudition de la cour.








La chapelle royale se situe dans l’aile orientale. Son plan rectangulaire, à abside semi-circulaire, présente un décor de marbres polychromes, dorures, et stucs sculptés. Le retable majeur, dessiné par Robillon, associe colonnes torsadées, anges dorés, et tabernacle en jaspe. Les azulejos à fond bleu illustrent des épisodes bibliques. La voûte peinte représente l’Assomption de la Vierge.




Les jardins du Palais de Queluz représentent l'un des plus beaux exemples du style rococo portugais, alliant art, paysage et mythologie. Conçus entre 1758 et 1780 par l'architecte Jean-Baptiste Robillon avec l'aide du jardinier hollandais Gérald Van der Kolk, ils s'organisent en vastes parterres, terrasses et allées bordées de sculptures et de fontaines, dans la tradition des jardins à la française inspirés d'André Le Nôtre. Le Canal des Azulejos (canal dos Azulejos), véritable chef-d’œuvre du rococo portugais, est un long canal de plus de 100 mètres, bordé de murs couverts d’azulejos peints illustrant des scènes fluviales, des batailles navales, des allégories de la navigation et des paysages idéalisés. Il servait autrefois à des fêtes nautiques où des maquettes de navires défilaient lors de fêtes champêtres. Les fontaines de Neptune, d’Apollon et des Tritons sont parmi les plus célèbres. Les sculptures en pierre calcaire représentent des divinités antiques, des saisons, des continents et des allégories morales. Elles proviennent souvent d’ateliers italiens ou flamands du XVIIIe siècle. On y trouve aussi une cascade artificielle, la première construite près de Lisbonne, et une célèbre collection de statues en plomb réalisées par le sculpteur britannique John Cheere. L'ensemble, entouré de haies de cyprès, d'ifs, de magnolias et de mûriers plantés à l'époque napoléonienne, forme aujourd'hui un paysage historique unique mariant grâce au rococo et à l'harmonie naturelle.

Le canal des Azulejos

Le canal des Azulejos

Le canal des Azulejos

Le canal des Azulejos


Dans les jardins se trouvent également des pavillons et des dépendances. Le Pavillon de la Musique (rococo tardif) présente un décor peint de guirlandes et de putti, espace intime pour concerts. Les Écuries royales, édifiées vers 1787, forment un grand quadrilatère à arcades, orné d’un fronton aux armes royales. Les serres et orangeries témoignent du goût botanique de la cour et de l’introduction d’espèces exotiques venues du Brésil.


Les serres

La cascade

La cascade




Ces photographies ont été réalisées en septembre 2025.
Cette page a été mise en ligne le 10 décembre 2025
Cette page a été mise à jour le 10 décembre 2025