Suivez les
Lieux-Insolites en France sur INSTAGRAM
![]()
Dominant les rives du Tage dans le quartier de Belém, le Mosteiro dos Jerónimos (Monastère des Hiéronymites) constitue l’un des plus éminents témoignages architecturaux du Portugal des XVe et XVIe siècles. Érigé à l’initiative de Manuel Ier pour célébrer la découverte de la route des Indes par Vasco de Gama, ce monastère, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983, incarne à la fois la puissance du royaume, la ferveur religieuse et la prospérité économique issues de l’expansion maritime.

Au niveau du port de Port de Baia do Restelo, un mouillage avantageux dans l’embouchure du Tage, fut fondé par Henri le Navigateur un ermitage dédié à Santa Maria de Belém. Les navigateurs prirent l'habitude d'y passer la nuit en prière avant d'appareiller pour leurs expéditions. D'après la tradition, le roi Manuel Ier, qui régna entre 1495 et 1521, choisit cet endroit pour y construire un monastère en remerciement lors du retour de Vasco de Gama de son premier voyage en Inde (en août 1499). En réalité, la construction du monastère avait été planifiée avant ce retour puisqu'une bulle du pape Alexandre VI daté du 23 juin 1496 autorisa cette construction. Ce monastère fut confié par le roi à l'ordre des Hiéronymites (ou de Saint-Jérôme), un ordre religieux espagnol dont la vocation était l'entretien du culte funéraire de la dynastie de Castille. Le roi Manuel 1er accueillit cet ordre religieux au Portugal dans un geste de bonne volonté vis-à-vis du roi d'Espagne avec qui il voulait s'allier, notamment par le mariage de sa fille.

Le portail sud

Le portail sud

Le portail sud

Le portail sud
La construction débuta en 1502 et fut financée par un impôt spécifique, le "vintém da pimenta", une taxe de 5 % sur les produits importés d’Afrique et d’Asie (épices, or, ivoire). Sept cent cinquante tonnes d'or furent consacrées par an au chantier du monastère. Le projet initial fut conçu par l'architecte Diogo de Boitaca. En 1517 lui succéda João de Castilho qui donna à la décoration une tournure plateresque. Nicolas Chantereine apporta la touche renaissance alors que Diogo de Torralva, en 1550, et Jerónimo de Ruão, en 1571, retournèrent à plus de classicisme. L'union des royaumes du Portugal et d'Espagne en 1580 retarda les travaux qui ne furent achevés qu'en 1602. En 1604, le roi Philippe d'Espagne déclara le monastère monument funéraire royal uniquement accessible aux membres de la famille royale et aux moines.

La façade sud

La façade sud
En 1625, l'architecte Teodosio Frias réalisa un nouveau portail pour le cloître, une maison des portiers, un escalier et une salle d'entrée pour la partie supérieure de l'église. Le prieur Bento de Siqueira fit construire la bibliothèque en 1640. La confrérie du Senhor dos Passos occupa à partir de 1663 la chapelle de Santo Antonio dont le plafond fut recouvert de tulles dorés en 1669. Le monastère résista sans trop de dommage au séisme de 1755 qui détruisit Lisbonne. En 1720, le peintre Henrique Ferreira fut chargé de réaliser les portraits des rois du Portugal qui furent placés dans la salle des Rois (Sala dos Reis). Les fresques décorant l'escalier furent achevées en 1770. Après l’abolition des ordres religieux en 1834, le monastère perdit sa fonction monastique et fut occupé par la Casa Pia (institut de charité pour enfants) alors que l'église Sainte-Marie devint une église paroissiale. Les bâtiments non entretenus se dégradèrent petit à petit. Ils furent fortement endommagés lorsque les troupes anglaises du duc de Wellington y cantonnèrent lors de la guerre d'Indépendance d'Espagne en 1807.

Le grand escalier

Le cloitre




Les travaux de restauration du monastère commencèrent après 1860, par la façade sud sous la supervision de l'architecte Rafael Silva e Castro puis en 1898 sous celle de Domingos Parente da Silva. La citerne du cloître, les cellules cléricales internes et la cuisine furent démolies à cette époque. En 1863, l'architecte Valentim José Correia fut engagé par la Casa Pia pour réorganiser le deuxième étage de l'ancien dortoir et concevoir les fenêtres (1863-1865). Les tours à l'extrémité ouest des dortoirs furent construites par son successeur Samuel Barret. Celui-ci fut remplacé par les décorateurs italiens Rambois et Cinatti, pour continuer le remodelage à l'intérieur du monastère en 1867. Entre 1867 et 1868, ils modifièrent profondément la façade de l'église pour lui donner son aspect actuel. Ils démolirent la galerie et la salle des Rois, construisirent les tours du dortoir oriental, la rosace du chœur supérieur et substituèrent le toit en forme de pyramide du clocher par un toit en forme de mitre. Le remodelage fut retardé par l'effondrement du dortoir central en 1878. Raymundo Valladas entreprit en 1886 la restauration du cloître et de la salle capitulaire, y compris la reconstruction du plafond voûté. Le tombeau d'Alexandre Herculano, conçu par Eduardo Augusto da Silva, fut placé dans la salle capitulaire en 1888. Les tombes de Vasco de Gama et de Luis de Camoes furent restaurées par le sculpteur Costa Mota en 1894. En 1899, le Musée ethnologique du Portugal (Museu Etnológico Português) fut installé dans la partie nord du monastère.






D'autres travaux de rénovation du monastère furent entrepris en 1898, à la suite des travaux effectués par Parente da Silva en 1895 sur l'aile centrale, désormais simplifiée. En 1938, l'orgue du chœur supérieur fut démonté en même temps qu'une série de vitraux, conçus par Abel Manta et exécutés par Ricardo Leone, furent remplacés sur la façade sud. Dans le cadre des célébrations du centenaire du Portugal moderne en 1939, d'autres travaux de rénovation furent réalisés au monastère et à la tour. En 1940, l'espace devant le monastère fut réaménagé pour l'Exposition Universelle portugaise. La même année, la Casa Pia quitta les lieux et les tombeaux de Camões et de Vasco de Gama furent transférés dans la nef inférieure. Le Musée Maritime (Museu da Marinha) fut installé dans l'aile ouest du monastère en 1963. Classé Monument national depuis 1907, le monastère fut inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1983, conjointement avec la Tour de Belém. En 2007, le monastère servit de cadre lors de la signature du Traité de Lisbonne transformant l'architecture institutionnelle de l'Union.



Le monastère est l’expression la plus parfaite du style manuélin, forme tardive du gothique portugais, caractérisée par la richesse décorative et la symbolique maritime. On y observe une synthèse d’influences gothiques flamboyantes, renaissantes et mudéjares. Le décor foisonnant évoque les symboles des découvertes, sphères armillaires, cordages, ancres, coraux, coquillages, et éléments végétaux tropicaux. Le manuélin traduit ainsi la vision d’un monde unifié sous la foi et la couronne portugaises. L’ensemble se compose de l’église Santa Maria de Belém, vaste nef gothique, d'un cloître à deux niveaux, cœur spirituel du monastère, de bâtiments conventuels (réfectoire, dortoir, salle capitulaire et bibliothèque) et d'espaces secondaires (porterie, cuisines, celliers). Le monument, construit en pierre calcaire de lioz, s’étend sur plus de 300 m de long, dominant la rive du Tage.


Le portail sud



L'entrée du musée de la marine
L’église, à nef unique et très élancée, présente un plan en croix latine d’une grande unité spatiale. La nef est divisée en trois vaisseaux d’égale hauteur par six piliers finement sculptés en forme de palmiers entrelacés. De style manuélin, elle fut conçue par Diogo de Boitaca et João de Castilho. Le transept, de style baroque, ne dépasse que légèrement la nef, formant une croix discrète. Il est couvert d’une voûte en étoile dont les nervures, ornées de fleurs et d’écus royaux, convergent vers des clefs pendantes d’une grande finesse. Le chœur, ajouté sous le règne de Jean III, adopte un style plus classique et abrite les stalles en bois sculpté où priaient les moines hiéronymites. L’accès à la nef se fait par le portail ouest conçu par Nicolas Chantereine. Il est orné de la statue de Manuel 1er et de son épouse Marie d'Aragon et de scènes de l'annonciation, de la Nativité et de l'Adoration des Mages. Ce portail est abrité par un porche construit au XIXe siècle. Le portail sud, chef-d'œuvre de Diogo de Boitaca et João de Castilho est surmonté par la croix des chevaliers du Christ (Templiers). Le trumeau de ce portail est orné de la statue d'Henri le Navigateur et le tympan présente des bas-reliefs inspirés de la vie de Saint-Jérôme. L'église Sainte-Marie contient les tombeaux des quatre rois de la branche Beja de la Maison d'Aviz et de nombreux membres de la famille. Les tombeaux reposent sur des éléphants en marbre et sont situés entre des colonnes ioniques surmontées de colonnes corinthiennes. Dans le chœur de l'église se trouvent les tombeaux de Manuel Ier, de sa seconde épouse Marie d'Aragon, de Jean III et de son épouse Catherine de Castille. Dans le transept nord se trouvent les tombeaux des enfants de Manuel Ier et d'Henri Ier tandis que dans le transept sud se trouvent les tombeaux des enfants de Jean III et un tombeau qui contiendrait le corps de Sébastien Ier (?). À l'entrée de la nef se trouvent les sépultures de Vasco de Gama et du poète Luís de Camões, deux figures emblématiques de l’histoire portugaise.

Entrée de l'église









Le cloître du monastère est l’un des plus somptueux d’Europe. De forme carrée de 55 m de côté, il est constitué de deux galeries superposées (deux étages) voûtées d’ogives. Le rez-de-chaussée, conçu par Diogo de Boitaca, vers 1517, fut surmonté d'un étage par João de Castilho. Les galeries reposent sur des arcades polylobées d’une finesse presque ajourée, où chaque colonne est une œuvre sculptée autonome. Le décor, d’une densité inouïe, conjugue les symboles royaux (sphère armillaire, croix de l’Ordre du Christ, initiales de Manuel Ier) et les allusions cosmiques et maritimes comme les cordages et nœuds (lien entre la foi et la navigation), les coquilles et algues (référence au baptême et à la mer), les sphères armillaires (symbole de l’univers dominé par la raison et la monarchie) ou la croix de l’Ordre du Christ (héritière des Templiers associée aux conquêtes ultramarines). Chaque chapiteau raconte une variation du thème de la création divine et de la découverte du monde. Depuis 1985, il abrite le tombeau du poète Fernando Pessoa (1888 – 1935).


Entrée de la sacristie


Le réfectoire est une salle rectangulaire voûtée d’ogives, décorée d’azulejos du XVIIIe siècle représentant des scènes moralisatrices. Sa structure d’une grande pureté montre l’art portugais de l’adaptation, rigueur gothique, simplicité fonctionnelle et élégance méditerranéenne. La salle capitulaire, couverte d’une coupole sans clé de voûte apparente, servait aux réunions communautaires. Elle abrite les tombeaux du poète et dramaturge Almeida Garrett (1799-1854), de l'écrivain-historien Alexandre Herculano (1810-1877), ainsi que les anciens présidents Teófilo Braga (1843–1924) et Óscar Carmona (1869–1951). La bibliothèque, installée plus tard, abritait des ouvrages de théologie, de cartographie et de cosmographie, témoignant du lien étroit entre foi et science à l’époque des découvertes.

La salle du chapitre

La salle du chapitre

La sacristie

Entrée de la sacristie

Le refectoire

Le refectoire
Liste complète des membres de la famille royale inhumés dans l'église :
- Manuel Ier de Portugal, roi de Portugal et des Algarves
(31/05/1469 - 13/12/1521) (fils de Ferdinand de Portugal et de Béatrice de
Portugal, petit-fils d'Édouard Ier de Portugal).
- Marie d'Aragon, reine consort de Portugal et des Algarves (29/06/1482 -
7/03/1517) (seconde épouse de Manuel Ier de Portugal).
- Louis de Portugal, infant de Portugal, duc de Beja (3/03/1506 - 27/11/1555)
(fils de Manuel Ier de Portugal et de Marie d'Aragon).
- Ferdinand de Portugal, infant de Portugal, duc de Guarda et de Trancoso
(5/06/1507 - 7/11/1534) (fils de Manuel Ier de Portugal et de Marie
d'Aragon).
- Alphonse de Portugal, infant de Portugal, cardinal (23/04/1509 - 21/04/1540)
(fils de Manuel Ier de Portugal et de Marie d'Aragon).
- Marie de Portugal, infante de Portugal (1511 - 1513) (fille de Manuel Ier
de Portugal et de Marie d'Aragon).
- Édouard de Portugal, infant de Portugal, duc de Guimarães (7/10/1515 -
20/09/1540) (fils de Manuel Ier de Portugal et de Marie d'Aragon).
- Antoine de Portugal, infant de Portugal (9/09/1516 - 9/09/1516) (fils de
Manuel Ier de Portugal et de Marie d'Aragon).
- Charles de Portugal, infant de Portugal (18/02/1520 - 15/04/1521) (fils de
Manuel Ier de Portugal et d'Éléonore de Habsbourg).
- Jean III de Portugal, roi de Portugal et des Algarves (6/06/1502 -
11/06/1557) (fils de Manuel Ier de Portugal et de Marie d'Aragon).
- Catherine de Castille, reine consort de Portugal et des Algarves (14/01/1507
- 12/02/1578) (épouse de Jean III de Portugal).
- Alphonse de Portugal, infant de Portugal (24/02/1526 - 12/04/1526) (fils de
Jean III de Portugal et de Catherine de Castille).
- Isabelle de Portugal, infante de Portugal (29/04/1529 - 23/07/1530) (fille de
Jean III de Portugal et de Catherine de Castille).
- Béatrice de Portugal, infante de Portugal (15/02/1530 - 01/08/1530) (fille de
Jean III de Portugal et de Catherine de Castille).
- Manuel de Portugal, infant de Portugal (01/01/1531 - 14/04/1537) (fils de
Jean III de Portugal et de Catherine de Castille).
- Philippe de Portugal, infant de Portugal (25/03/1533 - 29/04/1539) (fils de
Jean III de Portugal et de Catherine de Castille).
- Denis de Portugal, infant de Portugal (16/04/1535 - 1/01/1537) (fils de
Jean III de Portugal et de Catherine de Castille).
- Jean de Portugal, infant de Portugal, prince héritier de Portugal (3/06/1537
- 2/01/1554) (fils de Jean III de Portugal et de Catherine de Castille, père de
Sébastien Ier de Portugal).
- Antoine de Portugal, infant de Portugal (9/03/1539 - 20/01/1540) (fils de
Jean III de Portugal et de Catherine de Castille).
- Sébastien Ier de Portugal, roi de Portugal et des Algarves
(20/01/1554 - 4/08/1578) (fils de Jean de Portugal et de Jeanne d'Autriche,
petit-fils de Jean III de Portugal et de Catherine de Castille) (Tombeau vide
?).
- Henri Ier de Portugal, cardinal puis roi de Portugal et des
Algarves (31/01/1512 - 31/01/1580) (fils de Manuel Ier et de Marie d'Aragon).

Tombeau de Vasco de Gama

Tombeau de Luís de Camões



Tombeau d'Alexandre Herculano

Ces photographies ont été réalisées en septembre 2025.
Cette page a été mise en ligne le 10 décembre 2025
Cette page a été mise à jour le 10 décembre 2025