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Le Torre de Belem

Dressée sur la rive droite du Tage, à l’ouest de Lisbonne, la tour de Belém (Torre de São Vicente de Belém) est l’un des monuments les plus célèbres du Portugal. Construite au début du XVIe siècle, elle incarne à la fois la puissance maritime du royaume à l’apogée de son expansion et l’art manuélin, expression architecturale de cet âge d’or. À la fois forteresse, porte d’entrée symbolique de Lisbonne et chef-d’œuvre décoratif, la tour est depuis 1983 inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

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Afin de protéger l'embouchure du Tage et la capitale des intrusions ennemies, le roi Jean II de Portugal, régnant entre 1455 et 1495, fit construire les forts de Cascais (sur la rive nord) et de Sao Sebastiao da Caparica (sur la rive sud). Les rivages de Belém furent mis sous la protection du vaisseau "La grande Nau" mouillé près de la plage. Sous le règne de son successeur Manuel Ier (1495-1521), le Portugal domina les routes maritimes de l’Atlantique et de l’océan Indien. Ce fut l’ère des grandes expéditions : Vasco de Gama avait atteint les Indes en 1498, Pedro Álvares Cabral avait découvert le Brésil en 1500, et les navires portugais assuraient le commerce des épices, de l’or et de l’ivoire. Pour remplacer le vaisseau protégeant les rivages de Belém, Manuel 1er fit construire entre 1514 et 1519, une tour de défense. Celle-ci fut conçue par Francisco de Arruda, ingénieur et architecte militaires, connu pour avoir travaillé en Afrique du Nord (notamment à Ceuta) où il observa les fortifications bastionnées, adaptées à l’artillerie moderne. La tour fut édifiée sur un îlot basaltique (l’Ilhéu de Belém) à environ 200 m du rivage sous la direction du roi Manuel Ier, qui souhaitait non seulement un ouvrage militaire, mais aussi un monument symbolique célébrant la gloire des découvertes portugaises. La décoration de la tour dans le style manuélin fut certainement réalisée en 1520 par Diogo de Boitaca, l'architecte du monastère dos Jeronimos.

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Le premier commandant de la tour fut, en 1520, Gaspar de Paiva. Au cours de la lutte pour la succession du royaume du Portugal, Lisbonne fut envahi, en 1580, par les troupes espagnoles. La tour assiégée se rendit au duc d'Albé, Ferdinand Alvare de Tolède. La tour fut après cet épisode utilisée comme prison et dépôts d'armes. Les cellules situées dans les parties basses étaient régulièrement noyées lors des grandes marées. La tour garda sa fonction de prison politique jusqu'en 1830 et sa fonction de dépôts d'armes jusqu'en 1640. Avec le perfectionnement de l’artillerie, la tour perdit toute efficacité stratégique. À partir de 1655, elle servit de poste de douane. La tour résista relativement bien au séisme de 1755, malgré des fissures importantes et l’effondrement partiel du rivage. Elle fut ensuite négligée pendant près d’un siècle. En 1810, elle accueillit une station télégraphique.

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Au XIXe siècle, sous l’influence du romantisme et du goût néo-médiéval, la tour devint un symbole du passé glorieux du Portugal. Sous l'impulsion de l'écrivain Almeida Garett, le roi Ferdinand II finança la restauration de la tour. Celle-ci fut menée, à partir de 1846, par l’ingénieur Domingos Parente da Silva lui donnant son apparence actuelle, parfois idéalisée. En 1865, un phare fut mis en place sur la terrasse du bastion. Classée Monument national en 1910, la tour fut à nouveau restaurée en 1940 à l'occasion de l’Exposition du Monde Portugais. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1983, conjointement avec le monastère des Hiéronymites, la tour fit l'objet de plusieurs campagnes de restauration entre 1999 et 2018. Une nouvelle campagne de restauration débuta en aout 2025.

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Une échauguette

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La cour

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À l’origine isolée au milieu du fleuve, la tour a depuis été rattachée à la rive par l’envasement progressif du Tage et les remblais successifs des XIXe et XXe siècles. La tour se compose de deux parties distinctes, une batterie basse pentagonale, le bastion, adapté aux canons tournés vers le fleuve, et d'une tour carrée de quatre étages, rappelant le modèle médiéval des donjons, mais ornée selon le goût manuélin. Construite en calcaire de lioz, pierre blanche et compacte extraite des carrières de la région de Lisbonne, l'ensemble, figurant la proue d'une caravelle, a une emprise au sol d’environ 30 m sur 25 m.

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L'entrée de la tour

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L'entrée de la tour

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La cour

Le bastion, orienté vers le fleuve, servait à barrer l’accès au port de Lisbonne. Il comprend une pièce voûtée, la casemate, et le rez-de-chaussée de la tour formant le magasin à poudre. La casemate aux murs épais de 3,50 m possède 16 embrasures pour canons de fort calibre. Elle est couverte par des voûtes en berceau épaisses et basses destinées à résister aux tirs. Au centre, le toit est ouvert pour permettre l'évacuation des fumées des tirs. La plateforme supérieure, aujourd’hui terrasse panoramique, était autrefois utilisée pour la surveillance fluviale et pouvait accueillir des pièces d’artillerie légère. Les coins de la plateforme (et le haut de la tour) sont munis d’échauguettes. Les bases de ces échauguettes sont ornées de sculptures d'animaux dont un rhinocéros, première sculpture de cet animal en Europe. Le bastion est relié à la tour par un escalier hélicoïdal.

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La casemate

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La casemate

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La casemate

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Embrasure de tir pour canon

La tour présente une silhouette élancée surmontée de mâchicoulis à consoles ornées et d’une loggia vénitienne sur la façade tournée vers le fleuve. La tour de section carrée de 13 m de côté est haute de 35 m. Un escalier en colimaçon relie les différents étages. Le premier étage abrite la salle du gouverneur, une pièce voûtée d’ogives, au centre de laquelle s’élève un pilier central soutenant la voûte à nervures. Elle abritait le commandant du poste et les accès aux salles d’armes. Les murs de 3,30 m d’épaisseur témoignent de la fonction défensive.

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Au deuxième étage se trouve la salle des rois, salle de réception et d’apparat, dotée de fenêtres jumelées à arcs trilobés, de voûtes à croisée d’ogives et d’un balcon loggia donnant sur le Tage. C’est ici que le roi Manuel Ier aurait assisté à des revues navales. Au troisième étage se trouvent la salle d’audience et la chapelle ornées d’un autel en pierre et de petites fenêtres gothiques. On y remarque les croix de l’Ordre du Christ sculptées dans les écoinçons des arcs. Le dernier étage est formé par la terrasse, couronne défensive coiffée de mâchicoulis et de crénelages décoratifs. Quatre échauguettes cylindriques d’angle à coupoles hémisphériques, d’inspiration mauresque, servaient d'abris aux guetteurs.

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La salle des Rois

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La loggia balcon

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La salle des Audiances

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La salle des Audiances

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La chapelle

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Plafond de la chapelle

La tour de Belém est un chef-d’œuvre du style manuélin, un art typiquement portugais combinant le gothique flamboyant tardif, pour les formes architecturales (arcs polylobés, voûtes nervurées), les influences mudéjares (motifs géométriques, coupoles bulbeuses, arcs en fer à cheval), des références maritimes et exotiques, reflet des conquêtes ultramarines et une ornementation naturaliste (cordages, algues, coraux, coquilles, végétaux tropicaux). Les éléments décoratifs sont constitués de cordages sculptés en pierre s’enroulant autour des balustrades, de croix de l’Ordre du Christ, rappelant que les expéditions maritimes étaient bénies par cet ordre religieux-militaire, de sphères armillaires, emblèmes de Manuel Ier, symbolisant la conquête du monde, et de motifs végétaux et animaliers (coraux, monstres marins, têtes humaines et de lions).

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Ces photographies ont été réalisées en septembre 2024.

 

 

 

 

Cette page a été mise en ligne le 10 décembre 2025

Cette page a été mise à jour le 10 décembre 2025