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Située à deux pas de la place du Rossio, au cœur historique de Lisbonne, l’Igreja de São Domingos (Église Saint-Dominique) est une des plus grandes églises de Lisbonne. Adossée à la colline du Chiado, au voisinage immédiat du Palácio da Independência et du Théâtre National D. Maria II, elle occupe une position centrale, à la fois géographique et symbolique, dans le tissu urbain de la capitale. Fondée au XIIIe siècle par l’ordre des Dominicains, elle fut longtemps l’un des principaux lieux de culte du royaume du Portugal où furent célébrés les mariages royaux, les baptêmes royaux et les funérailles nationales et royales.


La construction de l’église débuta vers 1241, sous le règne du roi Sancho II, à l’initiative de l’ordre dominicain, nouvellement implanté au Portugal. Le couvent et l’église furent bâtis sur un terrain offert par le roi, à proximité du centre névralgique de la cité médiévale. Le couvent, financé par des dons royaux, fut consacré en 1259 sous le règne du roi Afonso III. Dès lors, São Domingos devint la principale maison dominicaine de Lisbonne, au même titre que Santa Cruz de Coimbra pour les chanoines réguliers. Au début du XIVe siècle, la reine Maria Soares finança la construction d'un nouveau parloir, d'un clocher, d'un cloître et d'une chapelle. En 1387 y fut célébré le mariage du roi João 1er et de Philippa de Lancastre. Sous les règnes des rois João II et Manuel Ier, São Domingos devint l’une des églises les plus prestigieuses du royaume. Le roi Manuel 1er fit agrandir le couvent en 1495.


Au XVIe siècle, São Domingos devint le siège symbolique de l’Inquisition portugaise. Les grands autodafés de Lisbonne, cérémonies d’abjuration publique et d’exécution des hérétiques, se tenaient sur la place du Rossio, devant l’église. Les condamnés, souvent de "nouveaux chrétiens" (juifs convertis) soupçonnés de pratiquer secrètement leur ancienne religion, étaient bénis ici avant d’être livrés au bûcher. Le pogrom de Lisbonne de 1506, au cours duquel des centaines de juifs furent tués par la foule, débuta dans cette église et sur la place attenante. Ce pogrom fit suite à une sévère famine et une épidémie de peste qui ravagea le Portugal. L'église et le couvent, endommagés par le séisme de 1531, furent reconstruits en 1536.


Le chœur de l'église fut reconstruit par Frederico Ludovice en 1748. Le 1er novembre 1755, un violent tremblement de terre suivi d’un incendie détruisit une grande partie de Lisbonne. São Domingos, construite sur une zone de sédiments, subit d’immenses dégâts. Le clocher s’effondra, la toiture et une grande partie de la voûte s’écroulèrent. Les archives du couvent, précieuses pour l’histoire de Lisbonne médiévale, furent réduites en cendres. Seuls résistèrent la sacristie et le chœur en marbre noir fraîchement reconstruit. Sous le règne du marquis de Pombal, elle fut reconstruite dans les décennies suivantes. L’architecte Manuel Caetano de Sousa (1738-1802) entreprit une restauration d’inspiration baroque tardif. Il conserva le plan basilical à nef unique, mais lui conféra une monumentalité nouvelle avec des colonnes colossales corinthiennes en pierre de lioz polie, une voûte en berceau légèrement surbaissée, des chapelles latérales profondes intégrées dans l’épaisseur des murs et un chœur élevé orné d’un maître-autel de marbre polychrome, inspiré des modèles napolitains. Le décor baroque, d’un raffinement extrême, contrastait avec la sobriété extérieure de l’édifice, dont la façade ne fut jamais entièrement achevée. L’église fut rouverte au culte en 1834 en présence de 2000 fidèles. En 1862 y fut ratifié le mariage du roi Luis 1er et de Maria Pia de Savoie.



Le 13 août 1959, un incendie d’origine accidentelle éclata dans la sacristie. Le feu, attisé par les dorures, les boiseries et les retables, dévora en quelques heures l’intégralité de l’intérieur. Les archives paroissiales, les tableaux, les sculptures et les orgues furent irrémédiablement perdus. Les murs de pierre, noircis par la fumée et la chaleur, restèrent debout, mais la structure faillit s’effondrer. Le sinistre marqua profondément la population lisboète. L’église resta en ruine pendant plusieurs décennies, symbole du déclin spirituel et matériel du Portugal de l’époque. Lorsque la restauration fut décidée dans les années 1980, l’État et le Patriarcat de Lisbonne décidèrent de conserver les traces du sinistre. Les murs noircis, fissurés, brûlés, furent consolidés, mais laissés visibles. Le plafond fut reconstruit en béton discret, sans reconstituer les décorations disparues. Le contraste entre la structure survivante du XVIIIe siècle et les marques du feu produit aujourd’hui une atmosphère d’une intensité unique, mélange de ruines, de sacrés et de résilience. En 1994, l’église rouvrit au culte. Classée Monumento Nacional, elle constitue depuis un lieu de mémoire nationale.


Le bâtiment original était de style gothique, à nef unique, avec des chapelles latérales voûtées, une large abside polygonale et un transept à peine marqué. Au fil des siècles, des éléments manuélins (style gothique portugais flamboyant) et baroques furent intégrés, notamment après les campagnes de rénovation du XVIIe siècle. Des chapelles latérales furent ajoutées au XIVe siècle, dont certaines appartenant à de riches familles marchandes. Aujourd’hui, l’intérieur de l’Igreja de São Domingos offre une atmosphère saisissante. Les murs orangés, brûlés par l’incendie, contrastent avec la blancheur du marbre des colonnes massives. Le contraste entre les surfaces calcinées et les restaurations ponctuelles produit une esthétique unique, à la fois dramatique et spirituelle. La nef unique, longue de 56 m, flanquée de puissantes colonnes corinthiennes s’ouvre sur un chœur profond où subsistent quelques éléments baroques restaurés. L’éclairage, produit par les hautes fenêtres en plein cintre sur les murs latéraux, créant un clair-obscur puissant, renforce la solennité du lieu. La nef est flanquée de six chapelles latérales de chaque côté. L’église ne conserve plus d’importantes œuvres d’art, mais son architecture mutilée constitue à elle seule une œuvre d’une rare intensité émotionnelle. En ce qui concerne les reliques, elle conserve une partie du mouchoir de la bergère Lucia et le chapelet de la petite bergère Jacinta, qui toutes deux ont vécu le miracle de Fatima, le 13 mai 1917.



Ces photographies ont été réalisées en septembre 2025.
Cette page a été mise en ligne le 10 décembre 2025
Cette page a été mise à jour le 10 décembre 2025