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L’Igreja do Carmo de Porto (ou Igreja do Carmo e dos Carmelitas Descalços) est l’un des ensembles baroques les plus emblématiques de la ville. Elle se situe dans le centre historique, près de la Praça de Carlos Alberto, et se distingue par la juxtaposition de deux églises distinctes, presque accolées, l’Igreja dos Carmelitas et l’Igreja do Carmo, séparées par une étroite maison surnommée la Casa Escondida (ou Maison cachée).


L’ordre des Carmelitas Descalças (Carmélites Déchaussées) fut introduit à Porto au début du XVIIe siècle, dans la mouvance de la Réforme thérésienne initiée en Espagne par Sainte-Thérèse d’Avila (1515 - 1582) et Saint-Jean de la Croix. Leur spiritualité, centrée sur la prière intérieure, la pauvreté et la clôture absolue, attira rapidement l’attention des élites portugaises. En 1616, un groupe de religieuses, venues du couvent de Lisbonne, fonda à Porto un nouveau monastère avec le soutien de plusieurs mécènes locaux, dont la famille Menezes. Avec l'autorisation du roi Philippe II, la construction du convento e igreja das Carmelitas Descalças débuta la même année sur un terrain situé hors les murs médiévaux, sur un promontoire dominant la ville, aujourd’hui au cœur du centre historique. Les Carmélites s'y installèrent en 1622. Les travaux furent achevés vers 1628. Ce fut l’un des premiers monastères féminins du nord du Portugal, précédant ceux de Braga et de Guimarães. Le complexe conventuel comprenait, l’église (publique), le cloître réservé aux religieuses, le dortoir, le réfectoire, la cuisine et un jardin clos à l’arrière. En 1632 furent installés dans l'église le retable principal et le tabernacle conçu par Joaquim Teixeira de Guimarães. Les décors intérieurs furent achevés en 1650. Le couvent devint rapidement un centre spirituel majeur de Porto en accueillant jusqu’à 30 à 40 religieuses, souvent issues de la noblesse de Porto. Il servait de refuge spirituel et d’établissement d’éducation pour les jeunes filles de familles aisées.

L'igreja das Carmelitas

L'igreja das Carmelitas
Dès la fin du XVIIe siècle, la Venerável Ordem Terceira (ordre tertiaire du Carmel), composée de fidèles laïcs cherchant à vivre selon la spiritualité carmélitaine sans prononcer de vœux monastiques, souhaita édifier un sanctuaire distinct, mais contigu à celui des moniales. Le terrain nécessaire pour cette construction leur fut donné en 1752. Les travaux de la nouvelle église, dite Igreja do Carmo, débutèrent vers 1756 sous la direction de l’architecte José de Figueiredo Seixas, déjà actif sur plusieurs chantiers baroques majeurs dans le nord du Portugal. Entre l’Igreja dos Carmelitas et la nouvelle Igreja do Carmo, les autorités ecclésiastiques imposèrent la présence d’un bâtiment séparateur, afin de préserver la clôture monastique et d’éviter tout contact entre les religieux et les religieuses des deux communautés. La construction s’acheva en 1768, date de la consécration. L’édifice s’inscrit dans la phase tardive du baroque portugais, déjà teintée d’éléments rococo, avant la pénétration du néoclassicisme à la fin du siècle.

L'igreja das Carmelitas

L'igreja das Carmelitas
Après les réformes libérales portugaises de 1834, les couvents furent désaffectés et sécularisés. Les bâtiments conventuels furent utilisés comme caserne militaire (Quartel do Carmo), fonction qu’ils conservent encore en partie. Les églises demeurèrent affectées au culte. Elles furent restaurées aux XIXe et XXe siècles. La façade latérale de l'Igreja do Carmo fut ornée en 1912 d'une fresque en azulejos réalisée par Silvestre Silvestri, à partir de dessins de Carlos Branco. L'ensemble fut classé Monument National en 2013.

Couvent des carmélites

Le trésor du couvent
L'igreja das Carmelitas Descalças.
L'igreja das Carmelitas Descalças appartient au type des églises conventuelles féminines de la Contre-Réforme, inspiré des modèles jésuites (église de São Roque à Lisbonne), mais adapté à la clôture monastique. Elle est constituée d'une nef unique rectangulaire, sans transept marqué, avec un chœur profond à chevet plat, surélevé d’une marche. Des chapelles latérales sont intégrées dans l’épaisseur des murs. Sur le côté ouest se trouve une tribune haute, réservée aux religieuses, séparée du sanctuaire par une grille de bois tourné. La sacristie, attenante au chevet, ouvre sur les bâtiments conventuels. L'église, construite en granite local soigneusement appareillé, est couverte d'une charpente en bois de chêne, recouverte de tuiles canal. La façade principale présente un ordonnancement classique à trois registres verticaux. Le portail central, sobre, est flanqué de pilastres toscans et surmontés d’un fronton semi-circulaire. Une niche au-dessus de la porte abrite une statue de Sainte-Thérèse-d’Avila. Au-dessus se trouve une fenêtre rectangulaire (éclairage de la nef) à encadrement mouluré, surmontée d’un fronton triangulaire, avec croix et urnes sphériques sur acrotères. La façade est flanquée sur la gauche d'un clocher, de plan carré, à deux registres, couronnés d’une coupole pyramidale avec lanternon.



La nef possède une voûte en berceau lambrissée, peinte de motifs célestes et encadrés de moulures dorées. Son éclairage se fait par les fenêtres latérales, créant un clair-obscur propice à la méditation. Des panneaux d’azulejos (bleu et blanc, XVIIIe siècle) à motifs floraux et géométriques couvrent les parties basses des murs. Une chaire à prêcher en bois doré est adossée au mur nord. Six chapelles latérales sont intégrées dans les murs. Ces chapelles sont dédiées à Sainte-Thérèse d’Avila, à Saint-Jean de la Croix, à Saint-Joseph, à Notre-Dame du Carmel, à Sainte-Madeleine de Pazzi et aux Âmes du Purgatoire. Chaque autel latéral présente un retable en bois doré de style baroque national, avec colonnes torsadées, corniches en volutes, guirlandes, anges et flammes.




Le chœur contient un maître-autel monumental à gradins, surmonté d’un retable doré (vers 1700). La niche centrale abrite la Vierge du Carmel offrant le scapulaire à Saint-Simon Stock. Les panneaux latéraux représentent des épisodes de la vie de la Vierge et de Sainte-Thérèse. L’autel est encadré de deux porte-anges porteurs de cierges. Derrière, la tribune d’orgue du XVIIIe siècle, à buffet doré et tuyaux en étain, surplombe le chevet. Le chœur des religieuses est l’un des éléments les plus caractéristiques du Carmel féminin. Situé au-dessus du vestibule, derrière une grille épaisse en bois tourné, il est divisé en deux niveaux, un espace principal pour les offices et une tribune pour la musique. Les sœurs y assistaient à la messe sans être vues. Le plafond peint représente un ciel lumineux, symbole de la contemplation divine.



La sacristie est accessible depuis le chevet. Elle contient un mobilier en bois sombre sculpté, avec tiroirs à ferrures baroques, et un lavabo en pierre à cuve circulaire. Y est présentée une collection d’objets liturgiques, calices, ostensoirs, reliquaires (XVIIe - XIXe siècles).






Le couvent, attenant à l’église, suivait un plan en quadrilatère autour d’un cloître central. Le cloître carré formé de galerie à arcades de granite renfermait un jardin central, avec puits, souvent utilisé comme oratoire en plein air. Les galeries couvertes desservaient les ailes conventuelles. L'aile orientale renfermait les dortoirs, l'aile méridionale, le réfectoire et la cuisine et l'aile septentrionale, la salle du chapitre. Les bâtiments étaient reliés par des couloirs étroits. Les Carmélites fabriquaient des hosties, broderies, cierges et scapulaires. Le couvent abritait une école de jeunes filles nobles, où l’on enseignait la lecture, la musique et la religion.






La Casa Escondida.
Entre l’Igreja dos Carmelitas et l’Igreja do Carmo se trouve une étroite construction surnommée Casa Escondida (maison cachée). Large de 0,9 à 1,10 m, elle fut construite pour séparer les deux congrégations religieuses, les Carmélites (religieuses) et les Carmes (religieux). Cette maison se compose de sept niveaux extrêmement étroits reliés par un escalier. Elle abritait autrefois un sacristain et un portier chargés de servir les deux couvents sans enfreindre la séparation canonique interdisant tout contact direct entre moines et moniales. Aujourd’hui, elle est visitée comme curiosité patrimoniale, un exemple unique au monde d’habitat interstitiel à fonction religieuse.





L'Igreja do Carmo.
L’Igreja do Carmo est un édifice à façade baroque rococo, richement décorée, qui illustre la transition entre le baroque tardif et le néoclassicisme portugais. Réalisée en granite local, la façade présente une structure tripartite avec un registre central légèrement saillant encadré de deux corps latéraux plus bas. Le portail monumental à double vantail est encadré de colonnes torsadées à chapiteaux composites et surmontés d’un fronton brisé. Une niche centrale abrite une statue de Notre-Dame du Mont-Carmel, entouré d’anges. La baie haute en plein cintre éclairant la nef est soulignée par un encadrement à volutes. Le fronton triangulaire est orné du blason de l’ordre carmélitain, la montagne du Carmel surmontée d’une croix et d’étoiles.





L’un des éléments les plus célèbres de l’édifice est la façade latérale orientale, entièrement recouverte d’un immense panneau d’azulejos bleu et blanc. Ce revêtement d’environ 180 m², composé de milliers de carreaux bleu et blanc, fut ajouté en 1912 par Silvestre Silvestri, sur un dessin du peintre Carlos Branco. Les azulejos furent réalisés par les usines de Senhor do Alem et Torrinha à Vila Nova de Gaia. Les carreaux représentent des scènes allégoriques liées à la fondation de l’Ordre du Carmel (la vision du prophète Élie sur le Mont-Carmel et la reconnaissance de l’ordre par le pape Honoré III) et les apparitions de la Vierge-Marie à Saint-Simon Stock et à Sainte-Thérèse d’Avila. Cette paroi monumentale, visible depuis la rue, constitue aujourd’hui l’un des motifs iconographiques les plus photographiés de Porto, illustrant la fusion entre architecture et art céramique dans la tradition portugaise.


L’église adopte un plan longitudinal avec une nef rectangulaire unique, flanquée de chapelles latérales insérées dans l’épaisseur des murs, un transept très peu saillant, intégré dans le volume de la nef et un chœur surélevé et profond, abritant le maître-autel monumental. La sacristie et les dépendances conventuelles sont accessibles par le chevet. La nef est voûtée en berceau lambrissé, décorée de stucs dorés et de peintures représentant des motifs célestes. Les murs latéraux abritent six chapelles encastrées, chacune dédiée à un saint carmélitain ou à une figure mariale. Chaque autel latéral présente un retable en bois doré (talha dourada), de style rococo avec colonnettes torsadées, corniches enroulées, anges musiciens, guirlandes et palmettes. Les pavements alternent le granite gris et la pierre blanche de Lisbonne. Dans le chœur est placé le maître-autel, œuvre monumentale en bois doré sculpté, attribué à Francisco Pereira Campanhã (vers 1760). Sa composition à colonnes salomoniques et baldaquin central abrite la statue de Notre-Dame du Mont-Carmel, vêtu d’un manteau brodé offert par les tertiaires au XIXe siècle. Derrière l’autel, une tribune d’orgue baroque, à tuyaux verticaux, orne la partie supérieure du chevet. La nef possède un décor d'azulejos bleus et blancs du XVIIIe siècle, représentant la Vie de la Vierge, la Remise du scapulaire à Saint-Simon Stock et des motifs floraux et rococo. Ces décors combinent un fond narratif religieux et un vocabulaire décoratif typique des églises du nord du Portugal, apparenté à ceux de Braga ou de Guimarães. La sacristie conserve des armoires en bois sculpté, des chapes brodées du XVIIIe siècle et plusieurs toiles votives. Un petit musée y expose les objets liturgiques et documents de la confrérie tertiaire.



Ces photographies ont été réalisées en septembre 2025.
Cette page a été mise en ligne le 10 décembre 2025
Cette page a été mise à jour le 10 décembre 2025