L'ancienne église de Bourgon-Morcourt 

L'ancienne église de
Bourgon-Morcourt

Le clocher en ruine de cette église intrigue le voyageur passant sur le plateau au nord de Crépy-en-Valois. Ce clocher dépasse de la végétation alentour ou rien ne laisse soupçonner la présence d'un quelconque village.

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Et pour cause, le village de Bourgon, probablement d'origine gauloise, ne survécut pas à une chevauchée guerrière, vers 1375, au cours de la guerre de Cent Ans. Le seigneur de Morcourt en profita pour annexer son territoire. Seule l'église romane, construite avant le XIIIe siècle, survécut au village. Il s'agissait d'un édifice constitué d'une nef simple avec un chœur carré. Il fut agrandi au cours du XIIIe siècle par des chapelles latérales dont l'une soutient un petit clocher. Cette église était dédiée à St Étienne. Le bâtiment fut construit en partie à l'aide de pierres calcaires extraites dans une petite carrière exploitée à ciel ouvert dans une strate du lutétien affleurante au bord du ravin à l'arrière du site. Cette carrière, fournissant des pierres très dures, fut exploitée jusqu'à la fin du XIXe siècle. La roche, ne pouvant être équarrie que par éclatement, ne servait que pour les fondations, les bornes ou les emmarchements de calvaire. La carrière fut abandonnée après le refus des cantonniers d'utiliser les pierres qu'ils jugeaient impropres à la réalisation de pavés.

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Passablement ruinée par les conflits du XIVe et du XVe siècle, elle est restaurée pour devenir, en 1516, l'église de Morcourt. Le bâtiment initial est complété par une abside polygonale de style ogival et la hauteur du clocher est doublée. Ce clocher présente en partie inférieure des fenêtres de style roman et en partie supérieure des fenêtres fortement moulurées de style gothique et de dimension très différentes. L'église, dédiée à Notre Dame, a été rebâtie sans fortification de protection comme en sont munies les églises des villages environnants, car le village de Morcourt n'était pas établi à proximité immédiat.

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Les désaccords permanents entre les habitants de Morcourt et les moines de l'abbaye de Lieu-Restauré en ce qui concerne l'entretien de l'édifice et l'indifférence des seigneurs de Morcourt ont conduit au délabrement progressif de l'édifice durant les siècles suivants. Le vandalisme antireligieux y fit également des dégâts bien que l'édifice passa sans dommage la Révolution. Le culte n'y serait cependant pas rétabli en 1802 et l'église fut délaissée. En 1811, une tornade ravagea l'église voisine de Feigneux. Les autorités religieuses autorisèrent alors la déconstruction de l'église de Bourgon-Morcourt pour la restauration de celle de Feigneux. En 1825, la commune de Morcourt fut officiellement supprimée et les quelques habitants furent rattachés à celle de Feigneux. L'église, bien que ruinée, resta un lieu de dévotion du fait du maintien en activité du cimetière.

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Victor Offroy, dans un article paru le 18 octobre 1851 dans le Journal de Senlis évoque l'endroit en ces termes : "Au bout de la vallée s'élèvent, solitaires, au bord de la plaine, l'église et le cimetière de ce village; un petit sentier frayé sur une pente y conduisait; mais depuis quelque temps, l'église est en ruines, le cimetière est abandonné, et le sentier, infréquenté, a disparu sous l'herbe qui le recouvre : ainsi tout finit ! En sortant de Morcourt, j'allai visiter cette église. C'est un vaisseau régulièrement construit et dont l'architecture me parut remonter au quatorzième siècle. L'autel et son tabernacle surmonté d'une statue de la Vierge est tout ce qu'on y voit encore. Un petit cierge brûlait sur cet autel et une couronne de fleurs blanches paraissait nouvellement déposée aux pieds de la Vierge. Mais les stalles, les bancs, les vitraux des saints, des cadres de tableaux, l'urne baptismale, le bénitier, jonchaient de leurs débris l'enceinte déserte de cette église et disparaissaient sous les fragments de voûte, sous des pans de toiture qui se détachent chaque jour, tombent et menacent le visiteur. Quelques branches d'ogives restées debout dans le vide n'attendent que le jour où la tour de beffroi déjà toute crevassée s'affaissera sur elle-même pour crouler avec elle et tout ensevelir sous leur chute. Le vent qui siffle parmi ces ruines est le seul bruit qui fasse dans ce vieux temple dont le clocher est muet. Près de là dorment, délaissés et inconnus, des morts qui lorsqu'ils passèrent dans la vie, étaient des fidèles de cette paroisse; leurs croix, leurs tombes se dégradent, s'effacent et le temps porte ici la ruine jusque dans la mort même. Une femme en deuil se tenait agenouillée sur l'une de ces tombes; la terre en était fraiche encore, et sur sa croix de bois nouvellement peinte, on voyait appendue une couronne, semblable à celle qui était dans l'église; sans doute la même main les avait placées et avait allumé ce petit cierge qui brûlait pendant que cette femme priait sur cette tombe. On y lisait cette épitaphe: "ci-git Virginie, décédée à Morcourt le 17 avril 1851, âgée de 17 ans. Passant priez pour elle". Pauvre jeune fille, morte dans le printemps de l'année au printemps de ton âge! Ah! Oui, moi, passant, je priai pour toi, et je partageai en secret les regrets de cette mère qui venait te recommander à cette Vierge, solitaire, et parer ta tombe de ces fleurs de la vallée dont sans doute tu te parais toi-même quand le dimanche tu venais prier ici. Quand cette femme me vit, elle se leva et parut troublée, se croyant seule en ce lieu; elle m'apprit que sa fille était la dernière qui ait été inhumée ici; qu'elle y venait souvent; que Morcourt était annexée à une autre paroisse, mais que cette église malgré ses ruines, ce cimetière malgré son abandon avaient pour elle des consolations, des souvenirs, un trésor qu'elle ne pouvait trouver que là et qui l'attirait sans cesse. C'est ainsi que dans une âme pieuse et sensible, le culte de ce qui nous fut cher survit à tout. Je saluai cette pauvre mère qui retourna silencieuse, sur la tombe de sa fille et côtoyant toujours les bords ombragés et accidentés de la belle vallée d'Autonne, j'arrivai à Crépy."

Les registres paroissiaux ne mentionnent nulle part une personne portant le prénom de Virginie. Il s'agit probablement d'une invention de Victor Offroy afin de donner un aspect plus poignant à ce lieu.

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En 1909, le site fut vendu au prix de la pierre. L'acquéreur fit effectuer quelques travaux de restauration qui ralentirent un peu le délabrement. La désaffectation du cimetière en 1913 au profit du nouveau cimetière de Feigneux laisse le champ libre au pillage de l'édifice par les "amateurs d'art". Une des cloches de l'église fut retrouvée en 1980 à la sucrerie de Vauciennes ou elle rythmait les horaires de travail, malheureusement elle fut à nouveau perdue. Actuellement, des travaux de restauration sont entrepris par de courageux bénévoles afin de préserver ce patrimoine.

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Ces photographies ont été réalisées en août 2013.

 

Y ACCÉDER:

De Compiègne, prendre la direction de Senlis par la D932A. À la Verberie, prendre la direction de Villers-Cotterêts. À Fresnoy-la-Rivière, prendre à droite la D335 pour Crépy-en-Valois. Après la montée sur le plateau, prendre le chemin à droite vers Morcourt (avant l'embranchement pour Feigneux). Prendre le 1er chemin à droite pour contourner le site et accéder au petit parking d'où part le sentier d'accès à l'église.

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 16 novembre 2013

Cette page a été mise à jour le 21 février 2015