Suivez les Lieux-Insolites en France sur INSTAGRAM logo instagram

Rosazza, le village ésotérique

Le sénateur qui fit d’un village un temple

Federico Rosazza Pistolet et l’initiation sculptée dans la pierre de Rosazza – par Riccardo Gambi et Irene Belloni, association White Rabbit Event (Biella) – rosazzaesoterica.it

rosazza 10

C’est la nuit du solstice d’été. Sur les montagnes de la haute vallée du Cervo, au-dessus de Biella, s’allument les grands feux de la Saint-Jean, et au sanctuaire de San Giovanni d’Andorno la fête attire les habitants de toute la vallée. Parmi eux se trouve un homme qui vit à Turin, siège au Sénat et ne revient dans son village natal presque que pour cette nuit-là. Il s’appelle Federico Rosazza Pistolet (1813-1899). En quelques décennies, cet homme va transformer un petit village de montagne en un lieu unique en Europe : un temple à ciel ouvert, où chaque pierre raconte un chemin initiatique.

Voici son histoire, et celle du village qui porte son nom : Rosazza. Depuis dix ans, avec notre association et le projet rosazzaesoterica.it, nous la racontons aux visiteurs qui viennent du monde entier et, en particulier, aux nombreuses loges maçonniques italiennes, suisses et américaines qui viennent la parcourir.

rosazza 44

rosazza 43

Une précision de méthode s’impose. Nous ne disposons d’aucun document de loge concernant le sénateur, et nous ne lui attribuerons pas de grades ou d’affiliations que nous ne pouvons pas prouver, même si sa famille et, surtout, ses œuvres parlent d’elles-mêmes. Nos sources sont les pierres elles-mêmes – les symboles sculptés, peints et gravés que chacun peut vérifier sur place – et les documents conservés dans les archives de la Fondazione Piacenza de Pollone, de la famille Rosazza et de la commune.

rosazza 4

rosazza 16

Un fils de bâtisseurs

Pour comprendre Federico Rosazza, il faut partir de la pierre. La vallée du Cervo est depuis des siècles une terre de tailleurs de pierre, de maçons et d’entrepreneurs, et sa richesse porte un nom : la syénite, une pierre magmatique dure d’un gris violacé. De ses carrières sont sortis, la façade de la basilique du sanctuaire d’Oropa, l’escalier extérieur de la cathédrale de Turin, les dalles de la via Po et de la via Pietro Micca, les revêtements de la gare de Porta Nuova, les bâtiments Olivetti d’Ivrea et jusqu’au socle de la statue de la Liberté. Les hommes de la vallée partaient travailler dans toute l’Europe et outre-Atlantique, et ils comptèrent parmi les protagonistes des grands ouvrages du XIXe siècle, des tunnels des Giovi au tunnel ferroviaire du Fréjus.

rosazza 59

rosazza 7

La famille Rosazza était une dynastie de ces bâtisseurs. Entrepreneurs du bâtiment au service de la maison de Savoie depuis le XVIIIe siècle, les Rosazza avaient construit des routes de col alpines, des ouvrages portuaires à Gênes et des tronçons de la route napoléonienne du Mont-Cenis. Federico grandit donc parmi des hommes qui connaissent la pierre, l’équerre, le fil à plomb et le compas comme des outils de travail quotidiens : des "francs-maçons" au sens le plus ancien et le plus littéral du terme.

rosazza 57

rosazza 55

C’est un détail que tout franc-maçon saura apprécier. Avant de devenir un art spéculatif, la franc-maçonnerie a été un métier : celui des bâtisseurs qui équarrissaient la pierre brute et élevaient des cathédrales selon des proportions qui étaient, tout à la fois, technique et prière. Dans la vie de Federico Rosazza, ce passage s’accomplit de manière presque exemplaire : la pierre que ses ancêtres taillaient pour construire des routes et des ports deviendra, entre ses mains, une pierre à équarrir au sens moral.

rosazza 19

rosazza 21

rosazza 26

rosazza 35

Turin, le Risorgimento et la Lumière

Federico Rosazza vit les années décisives du Risorgimento. Il réside à Turin, capitale du royaume de Savoie, et il est sénateur du royaume d’Italie. Fervent partisan de l’unité nationale, il aurait, selon la tradition locale, payé de sa poche les uniformes des garibaldiens de l’expédition des Mille.

Le Turin dans lequel il évolue est aussi le berceau de la franc-maçonnerie italienne moderne. C’est là qu’en 1859 naît la loge Ausonia, d’où procède le Grand Orient d’Italie, et quelques années plus tard, en 1864, Giuseppe Garibaldi en est élu Grand Maître. Politique, patriotisme et loges se croisent dans les mêmes milieux, souvent chez les mêmes personnes. Le sénateur respire cet air chaque jour.

La douleur et les voix

Puis sa vie se brise deux fois. Son épouse, Amalia Fasciotti, meurt et le laisse seul avec leur fille Ida, âgée d’à peine deux ans. Des années plus tard, Ida meurt à son tour, à dix-sept ans. Pour un homme qui a bâti toute son existence sur la solidité de la pierre, c’est la découverte de ce qu’aucune pierre ne peut retenir. C’est dans cette douleur que Federico Rosazza se tourne vers le spiritisme, la doctrine née en France avec Allan Kardec et rapidement répandue au Piémont. Il s’abonne à la revue turinoise "Annali dello Spiritismo in Italia" (Annales du spiritisme en Italie), longtemps dirigée, sous le pseudonyme de Niceforo Filaletè, par Vincenzo Scarpa : un enseignant, franc-maçon et républicain, ancien secrétaire du comte de Cavour. Une fois encore, spiritisme, franc-maçonnerie et Risorgimento se rencontrent dans une même figure.

rosazza 36

Surtout, il rencontre l’homme qui va changer le destin de son village : l’architecte et peintre Giuseppe Maffei (1821-1901), figure centrale du mouvement spirite piémontais. Ensemble, ils participent à plus de trois cents séances, au cours desquelles Maffei pratique l’écriture automatique. Selon le sénateur, c’est précisément par ces communications que lui fut indiquée la manière de transformer Rosazza. Ainsi naît ce que tout le monde appelle aujourd’hui encore "le village dessiné par les esprits".

Abattre pour reconstruire

Le premier geste du sénateur est radical : il démolit l’ancienne église du village et fait construire la mairie à sa place. De l’église, il ne reste que le clocher à base carrée, aujourd’hui tour communale.

rosazza 60
La tour communale

tour
La tour communale

Ce n’est pas un détail d’urbanisme, et le sénateur le savait bien. Garibaldi avait écrit qu’il fallait "renverser le monstre papal, édifier sur ses ruines la raison et le vrai, éliminer le prêtre – menteur et sacrilège enseignant de Dieu – et premier obstacle à l’unité morale des nations". À Rosazza, ces mots deviennent architecture : sur les ruines de l’ordre ancien s’élève la maison de la raison et de la communauté. Et le clocher carré resté debout devient, comme nous le verrons, la première moitié d’un symbole.

Un temple au-dessus de la mort

La nouvelle église est élevée en un lieu chargé de sens : sur l’ancien cimetière, que le sénateur fait démanteler, obligeant les familles à transférer les dépouilles de leurs proches dans le nouveau cimetière monumental. Le temple s’élève ainsi, littéralement, au-dessus de la mort : un emplacement qui annonce le sens de tout le parcours.

rosazza 11
Le cimetière monumental

rosazza 47
 

Sur ses murs, Federico Rosazza fait apposer une plaque commémorant la prise de Rome de 1870, l’événement qui mit fin au pouvoir temporel des papes : "Deo optimo maximo, redempta Italia, Fridericus a domo Rosatia hoc templum erexit". Le sénateur n’écrit pas ecclésia, mais templum. Pour un lecteur franc-maçon, le choix du mot se passe de commentaire. Le temple est orienté d’orient en occident, comme les loges : l’Orient d’où vient la Lumière, l’Occident par lequel entre l’apprenti. Et celui qui lève les yeux découvre que la voûte est un ciel : la Voie lactée traverse le plafond comme un fleuve de lumière, entourée de constellations. C’est la voûte étoilée de la loge, qui n’a d’autre toit que le firmament.

église
Le temple

rosazza 39
La voute du temple

rosazza 33

rosazza 45

Un autel pour le Grand Architecte

Le cœur du temple est son autel, et c’est ici que le sénateur accomplit le choix peut-être le plus audacieux. Sur l’autel resplendit le Delta lumineux avec l’œil qui voit tout. Le symbole, en lui-même, n’est pas étranger à l’iconographie chrétienne : depuis le XVIIe siècle, l’œil de la Providence inscrit dans le triangle apparaît dans de nombreuses églises comme image de la Trinité. Mais en loge, le Delta rayonne à l’Orient, au-dessus du siège du Vénérable Maître, comme signe du Grand Architecte de l’Univers.

rosazza 1

À Rosazza, ce Delta domine un autel auquel manque la pierre sacrée, la dalle consacrée par l’évêque dans laquelle sont scellées les reliques des martyrs et sans laquelle, selon le rite catholique, un autel ne peut être dit consacré. Les chroniques de l’époque confirment que l’église fut seulement bénie, et jamais consacrée. Pour l’homme qui avait écrit templum sur la plaque, ce choix est cohérent : son autel semble s’adresser moins au Dieu d’une confession qu’au Grand Architecte de l’Univers, et il est plus proche, dans son essence, de l’autel d’une loge que de celui d’une paroisse.

L’étoile dans le cercle derrière l’autel

Derrière l’autel, dans la lucarne qui donne sur la crypte, le sénateur fait placer l’un des symboles les plus denses de tout le parcours : un memento mori inscrit dans un cercle, au centre duquel brille une étoile à cinq branches. Le memento mori est la mort de l’homme profane, celle que le candidat contemple dans le cabinet de réflexion avant de recevoir la Lumière. L’étoile est le pentalpha des pythagoriciens, que la tradition maçonnique appelle l’étoile flamboyante : l’homme régénéré, l’initié parvenu à la plénitude de l’état humain, emblème que les frères retrouvent au centre des tableaux de loge du grade de Compagnon. Le cercle est le signe tracé par le compas : l’esprit, l’éternité qui n’a ni commencement ni fin.

rosazza 17

rosazza 41

La mort, la renaissance et l’éternité : trois signes, une seule leçon. Et ce n’est pas un hasard si ce symbole se trouve dans l’espace réservé du chœur, aux limites duquel veillent deux coqs, annonciateurs de la lumière qui renaît. Tout, ici, semble évoquer un cabinet de réflexion. Ce que le cimetière monumental racontera en grand, au terme du parcours, est déjà écrit en petit derrière l’autel du temple.

rosazza 49

rosazza 46

rosazza 14

Roses, pélicans et nombres

Le reste de l’église forme un répertoire de symboles où les signes maçonniques l’emportent sur les signes strictement chrétiens. Dès le fronton, un symbole rosicrucien accueille le visiteur. À l’intérieur reviennent partout les roses, souvent sans épines, emblème des Rose-Croix et de l’âme qui s’épanouit ; les étoiles à cinq branches, le symbole le plus récurrent ; les pélicans qui s’ouvrent la poitrine pour nourrir leurs petits, image du sacrifice que les frères reconnaîtront comme l’emblème du 18e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, celui de Chevalier Rose-Croix. Puis les memento mori, les coqs, les épées et les croix de Malte des vitraux, qui rappellent la présence dans la vallée des chevaliers de Malte – il en subsiste encore une mansio à Andorno Micca – et, auparavant, des Templiers.

rosazza 3

rosazza 8

Sur la nef se déploie une immense Croix du Sud, boussole céleste pour l’exploration du Cosmos et pour l’orientation de l’Homme dans le Temple et dans la Nature. Une grande fresque représente la bataille de Lépante, mais la date qui l’accompagne est fausse : une erreur voulue, car la somme de ses chiffres donne 33, comme le 33e degré.

rosazza 22

rosazza 25

Sous la fresque s’achève le chemin de croix, qui, à Rosazza, se déroule dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, contrairement à l’usage qui, jusqu’au début du XXe siècle, imposait presque exclusivement le sens horaire. La dernière station, la quatorzième, présente une composition qui rappelle les cartes du tarot de Marseille, et son numéro est écrit XIIII au lieu de XIV. C’est la carte de la Tempérance, la vertu cardinale qui modère les passions et préserve l’équilibre intérieur, et qui, dans le tarot, vient juste après la carte numéro 13, la Mort, entendue comme transmutation. Le chemin du fidèle est, ici, aussi un chemin initiatique.

rosazza 30

rosazza 31

La Via Pulchra : le sénateur se fait représenter sur le seuil

En sortant de l’église, le visiteur s’engage sur la Via Pulchra, la "belle voie" : non pas une simple rue, mais un véritable parcours initiatique, fait d’étoiles, de roses et d’un escalier initiatique. À l’entrée se dressent deux colonnes qui rappellent Jakin et Boaz, le masculin et le féminin : sur l’une figure un tailleur de pierre occupé à dégrossir la pierre pour la rendre cubique, sur l’autre, sa fille.

Et c’est ici que le sénateur choisit de se faire représenter. Derrière les colonnes, on trouve, d’un côté, Federico Rosazza, la main posée sur la maquette de son temple : l’église, dépourvue de toute effigie chrétienne. De l’autre côté se tient Giuseppe Maffei, la main posée sur son projet, mais les jambes croisées comme les dadophores des temples mithriaques, l’autre main portée sur sa veste, exactement à la hauteur du plexus cardiaque. Le commanditaire et l’architecte, la volonté et le dessin montent la garde sur le seuil du chemin.

rosazza 42

rosazza 13

rosazza 50

rosazza 52

rosazza 54

On entre par un portail monumental qui fait office de seuil rituel. Le premier symbole qui frappe est un svastika : nous sommes au XIXe siècle, des décennies avant que le nazisme ne se l’approprie, et le svastika est ici un très ancien symbole solaire et cosmique qui représente, selon toute vraisemblance, la Grande Ourse tournant autour de l’étoile Polaire. L’ourse est aussi l’emblème de Biella. Et le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, la Grande Ourse apparaît exactement au-dessus du portail : la nuit même des feux auxquels le sénateur ne manquait jamais. Aucun franc-maçon n’a besoin qu’on lui rappelle la signification de cette date, la Saint-Jean d’été, l’un des deux piliers du calendrier des loges, qui ne se disent pas pour rien "de Saint-Jean".

À côté du svastika brille une étoile à cinq branches inscrite dans un cercle : de nouveau l’étoile flamboyante, l’homme avec la tête, les bras et les jambes écartés, comme l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci. Le cinq, somme du trois et du deux, du masculin et du féminin, est le nombre de l’union des contraires et du microcosme ; le cercle est l’esprit qui le contient. L’étoile dans le cercle est l’homme inscrit dans le cosmos. Et sa proximité avec le svastika n’est pas fortuite : si l’un est le ciel qui tourne, l’autre, que la tradition maçonnique identifie à l’étoile Polaire, en est le centre immobile, le centre de la loge et le centre de l’homme. Sur l’architrave, enfin, le visiteur attentif découvre un autre Delta avec l’œil qui voit tout.

rosazza 29

rosazza 32

Cette même étoile, la "Stella d’Italia", est devenue l’emblème de la République italienne, issue de ce Risorgimento auquel le sénateur avait cru et dans lequel la franc-maçonnerie joua un rôle fondamental.

En parcourant le village, on découvre que le sénateur a dessiné, avec l’architecture elle-même, le symbole maçonnique par excellence. D’un côté se dresse l’ancien clocher à base carrée, rescapé de la démolition de l’église : le carré, c’est l’équerre, c’est-à-dire la matière, la terre, le monde mesurable. De l’autre, la tour du château néogothique, crénelée et à base circulaire, qui domine le torrent : le cercle est celui que trace le compas, c’est-à-dire l’esprit, le ciel, l’infini.

rosazza 34

rosazza 56

L’équerre et le compas, la matière et l’esprit, la terre et le ciel se font ainsi face à travers le village. Leur union est l’équilibre des contraires que recherchaient les francs-maçons du XIXe siècle, et que le sénateur a voulu rendre visible à quiconque lève les yeux.

L’eau, la rose et les dieux antiques

Le long du parcours, le sénateur a aussi disséminé des fontaines parlantes, qui portent des inscriptions adressées directement au passant. L’une d’elles est ornée d’une coquille et d’étoiles, symboles du pèlerin et du ciel : le voyage, thème cher à tout rituel. Plus loin, la fontaine de la Rose reprend la fleur que Federico Rosazza a semée dans tout le village comme un code silencieux, presque une signature sur son propre nom.

rosazza 24

rosazza 20

rosazza 37

Dans le parc communal, enfin, symboles et architectures évoquent Hermès, patron de l’hermétisme, Vesta, gardienne du feu sacré, Horus, dont l’œil est le symbole égyptien de la totalité, ainsi que les constellations du ciel boréal. Hermétisme, tradition classique et Égypte : les trois sources de l’imaginaire maçonnique du XIXe siècle réunies dans un même jardin.

rosazza 48

rosazza 15

Le cimetière : là où tout conduit

rosazza 5

Le parcours s’achève dans le cimetière monumental, celui où les familles avaient transféré leurs morts lorsque le sénateur avait fait construire le temple sur l’ancien cimetière. Ici, les tombes racontent l’histoire de la franc-maçonnerie dans la vallée : l’alpha et l’oméga, les grenades, les temples égyptiens, les nœuds de Salomon, les damiers comme le pavé mosaïque des loges, les équerres et les compas, les sabliers ailés, les crânes et les tibias croisés. Une tombe en particulier raconte, scène après scène, l’initiation d’un franc-maçon.

rosazza 28
 

rosazza 58
Le pont d'accès au cimetière

Le sens est clair : on meurt pour renaître. Meurt la part profane de l’homme, liée aux sens et à la matière, afin que puisse naître l’initié, ouvert à la connaissance. C’est l’enseignement du cabinet de réflexion et de son inscription V.I.T.R.I.O.L. : "Visite l’intérieur de la terre et, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée". Le chemin que le sénateur a tracé, de l’église construite sur l’ancien cimetière jusqu’au nouveau cimetière monumental, est au fond un grand V.I.T.R.I.O.L. à ciel ouvert : une descente dans la terre pour retrouver la pierre cachée.

rosazza 40
Le pont du cimetière

L’ultime signature

Et pourtant, Federico Rosazza ne repose pas dans son village. À sa mort, en 1899, il est inhumé au sanctuaire de San Giovanni d’Andorno, le seul sanctuaire alpin dédié à saint Jean-Baptiste, patron de la franc-maçonnerie : le lieu même où, chaque année, il revenait pour les feux du solstice d’été. Son histoire s’achève là où la nôtre avait commencé.

rosazza 6

rosazza 27

Sur la route du sanctuaire, le sénateur avait aussi fait creuser à la main une galerie, à 1488 m d’altitude, qui relie la vallée du Cervo à la vallée d’Oropa. Elle unit le sanctuaire de San Giovanni, lié au Cernunnos des Celtes, au sanctuaire d’Oropa, dont le nom est la traduction d’Épona, la déesse celte des chevaux : le principe masculin et le principe féminin. Ici encore, comme entre l’équerre et le compas, le dernier mot du sénateur est l’équilibre des contraires.

De Rosazza à Rennes-le-Château

Rosazza est souvent appelé "la Rennes-le-Château italienne", et les deux villages sont jumelés depuis 2023. Ici aussi, la même prudence s’impose : aucun document ne prouve que l’abbé Bérenger Saunière ait appartenu à une loge, et nous n’entendons pas l’affirmer. Mais dans ses œuvres – l’église Sainte-Marie-Madeleine, le jardin du Calvaire, la tour Magdala, la villa Béthania – apparaît une symbolique de matrice initiatique étonnamment proche de celle du sénateur : des églises liées à un ancien lieu de sépulture et orientées d’orient en occident, des voûtes étoilées, des chemins de croix dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, des roses, des memento mori, la figure centrale de Marie-Madeleine, présente aussi à Rosazza sur un tableau ancien.

tour magdala 4
La Tour Magdala à Rennes-le-Château

villa bethanie 12
La Villa Béthanie à Rennes-le-Château

Le lien entre les deux hommes, c’est d’abord l’époque, la fin du XIXe siècle, avec son climat d’occultisme, de spiritisme et de renouveau de la franc-maçonnerie et des ordres rosicruciens. Mais c’est surtout la matrice initiatique que tous deux ont laissée dans les symboles de leurs œuvres. Et il existe un fil plus ancien encore : le Razès est la terre des cathares, qui professaient une croyance dualiste d’origine gnostique, où l’esprit est une étincelle de lumière à libérer par la connaissance. C’est la même lumière que la franc-maçonnerie du XIXe siècle invitait à conquérir, la même pierre brute à transformer. Il n’est pas étonnant qu’à Rennes-le-Château comme à Rosazza la mort soit représentée non comme une fin, mais comme un passage.

Une question de méthode

Rennes-le-Château a été submergé, à partir des années 1950, par des couches de légendes : la publicité hôtelière de Noël Corbu, les parchemins de Pierre Plantard et de Philippe de Chérisey, le prétendu Prieuré de Sion, jusqu’aux best-sellers internationaux. Nous sommes les premiers à considérer ces constructions comme dépourvues de fondement. À Rosazza, du reste, elles sont inutiles : le projet est revendiqué par ses propres auteurs et documenté dans les archives. Le mystère ne réside pas dans un secret caché, mais dans la lecture du message. C’est ce que nous appelons la méthode Rosazza : replacer les symboles dans leur époque et dans leur territoire, sans les réduire à des extravagances ni les noyer dans des théories invérifiables.

rosazza 9

rosazza 2

rosazza 18

C’est dans cet esprit que paraîtra prochainement le livre de Riccardo Gambi, vice-président de l’association White Rabbit Event, "Rennes-le-Château : le secret dans la tombe – Au-delà du mythe, enquête ésotérique entre codes, symboles et sociétés secrètes", en italien, en français, en espagnol et en anglais : une recherche historique et anthropologique consacrée non seulement à Rennes-le-Château, mais à l’ensemble du pays de langue d’oc.

Visiter Rosazza

Depuis dix ans, l’association White Rabbit Event organise Rosazza Esoterica, la visite symbolique du village, et accueille des loges, des groupes néotempliers, des chercheurs et de simples curieux du monde entier. Nous proposons des visites guidées de jour, des visites nocturnes aux flambeaux et des visites privées pour les loges et les associations, sur réservation, en italien, en français et en anglais. Le 24 juin, jour de la Saint-Jean, est la date idéale pour voir la Grande Ourse au-dessus du portail de la Via Pulchra et pour vivre, comme le sénateur, la nuit des feux.

rosazza 53

rosazza 51

Informations et réservations : https://rosazzaesoterica.it/ – info@rosazzaesoterica.it – +39 351 979 2609.

Federico Rosazza Pistolet a écrit son histoire non sur le papier, mais dans la pierre, comme le faisaient les bâtisseurs dont il descendait. Comme tout livre initiatique, son village ne se laisse pas lire par tous de la même manière : à chacun, il révèle ce qu’il est prêt à voir. Nous serons heureux de vous accueillir dans la vallée du Cervo et de parcourir ce chemin avec vous.

rosazza 23

Les auteurs :

Riccardo Gambi est chercheur indépendant et auteur de "Rennes-le-Château : le secret dans la tombe". Irene Belloni, docteure et chercheuse, est originaire de Campiglia Cervo, le village voisin de Rosazza. Ensemble, ils ont fondé l’association White Rabbit Event, qui organise des visites et des voyages ésotériques entre l’Italie et la France, de Rosazza à Rennes-le-Château. Site : https://rosazzaesoterica.it/

 

Ces photographies ont été réalisées par l’association White Rabbit Event

 

 

Cette page a été mise en ligne le 20 octobre 2026

Cette page a été mise à jour le 20 octobre 2026