La cité étrusque de Marzabotto 

La cité étrusque de Marzabotto

La cité étrusque de Marzabotto est une des rares qui soit librement accessible aux archéologues. Abandonnée au cours du IIe siècle av. J.-C., elle ne fut plus réoccupée depuis. La plupart des cités étrusques sont ensevelies sous les cités romaines, moyenâgeuses et modernes.

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Les Étrusques ont occupé une partie de la péninsule italique avant d'être absorbés par la civilisation romaine. Les Romains les nommaient "Etrusi", les Grecs "Tyrrhenoï" et eux-mêmes "Rasenna". Leur origine date d'environ 800 av. J.-C. et ils seraient issus de la culture de l'âge du fer dit Villanovien (IXe siècle av. J.-C.). Ils ont été fortement influencés par les Grecs au point que certains spécialistes suggèrent qu'ils seraient arrivés en Italie par la mer et auraient mené une guerre de conquête de territoire. Il n'existe pas d'état étrusque proprement dit, mais une confédération de différentes cités. Il vaut donc mieux parler de culture étrusque. Cette culture s'étendait sur l'actuelle Italie centrale. Au début, le territoire occupé était borné au nord par le fleuve Arno (une partie de la plaine du Pô), à l'est par le lac Trasimène, au sud par le fleuve Tibre et à l'ouest par la mer Tyrrhénienne. Les Étrusques s'étendirent au cours du VIe siècle av. J.-C. sur la plus grande partie de la Campagnie.

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Les cités étrusques occupaient une superficie comprise entre 30 et 200 hectares et abritaient une population estimée entre 20 000 et 40 000 habitants (comparable aux cités grecques). La connaissance de ces cités est très incomplète, car la plupart d'entre elles sont enfouies sous les villes actuelles. Pour les Romains, les Étrusques fondèrent les premières cités d'Italie. La société étrusque était très libérale. Les femmes jouissaient des mêmes droits que les hommes. Les auteurs grecs dépeignent les mœurs des Étrusques comme très libres et débauchés et les désignaient sous le terme de "Truphé" que l'on pourrait traduire par mollesse, volupté et débauche. Les banquets et autres orgies étaient visiblement monnaie courante dans les villas de la noblesse étrusque. L'art étrusque fut très influencé par la civilisation grecque. Leurs peintures sont connues au travers des fresques ornant les tombes notamment dans les nécropoles de Tarquinia, Chiusi ou d'Orvieto. Les fresques, datées de 550-540 av. J.-C., représentent des danses, des banquets, des jeux équestres et sportifs. Les fresques plus récentes représentent des thèmes liés à l'au-delà. La glorification de haut fait militaire ou politique est rare. L'apogée de cet art se trouve dans les tombes de la nécropole de Tarquinia. Au cours du VIIe siècle av. J.-C., les Étrusques ont développé une céramique noire et brillante, le bucchero, qui connut un grand succès jusqu'au IIIe siècle av. J.-C.. Ils étaient également passés maitres dans le travail du bronze. La culture étrusque a produit de nombreuses grandes statues et de délicats miroirs de bronze dont plusieurs milliers ont été retrouvés.

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La cité de Marzabotto fut dénommé Kainua par les Étrusques. Kainua est un dérivé du dieu grec Kainos qui présidait aux nouveautés. Elle fut fondée au VIe siècle av. J.-C. sur un site occupé dès le IVe siècle av. J.-C. par les Boïens. Le lieu, situé entre la plaine (Pian di) de Misano et la colline de Missanello, domine la rivière Reno. Elle est située sur l'axe de communication reliant l'Etrurie Tyrrhénienne et l'Etrurie Padane, axe de commerce important notamment pour les métaux de Toscane. L'abondance de l'eau était également essentielle pour la fabrication de céramique.

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La fondation se passa en deux phases. Au cours de la seconde moitié du VIe siècle av. J.-C. (550-500), Kainua était un village de huttes possédant au nord-est du village près d'une source un temple et des autels. Pour ce village furent reconnus une nécropole, un système de canaux d'approvisionnement en eau, une fonderie de bronze et au moins une boutique d'artisanat. Le village connut un important développement au début du Ve siècle av. J.-C.. Une acropole, plusieurs sanctuaires, un aqueduc, un système d'égout et au moins deux nécropoles sont érigés. L'invasion celte de la première moitié du IVe siècle av. J.-C. marqua le début de la fin. Les Celtes occupèrent les villes étrusques les unes après les autres et chassèrent les Étrusques vers les régions côtières. Kainua fut occupé par une garnison chargée de la surveillance de la vallée du Reno. Cette occupation dura jusqu'à la deuxième moitié du IIe siècle av. J.-C.. À cette période débuta la domination romaine. L'axe de communication reliant alors Rome à l'Étrurie Padane se décala vers l'est, contribuant à l'abandon du site qui ne fut plus occupé que par une ferme qui se maintena jusqu'au cours du 1er siècle apr. J.-C.

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Temple de l'acropole

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Les vestiges de Kainua furent redécouverts en 1551 par le frère Leandro Alberti qui mentionna une ville ancienne sur le plateau de Misano. Des mentions sporadiques apparaissent dans les écrits du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle. L'abbé Serafino Calindri parla au XVIIIe siècle de découverte de reliques. En 1831, le comte Guiseppe Aria acheta les terres agricoles du Pian di Misano et la Villa Misanello (ou Villa Bardazzi) attenante. Lors des travaux de rénovation et la création d'un parc à l'anglaise avec un lac artificiel furent découvert des statuettes en bronze et les tombes formant la nécropole nord. En 1856 furent mis à jour les bâtiments de l'acropole. Le comte d'Aria confia en 1862 à Giovanni Gozzadini la tâche de fouiller le site. Associé à Gaetano Chierici, il y consacra 10 ans. Les fouilles furent reprises en 1888 par Edward Brizio. Les différentes découvertes furent entreposées à la villa Misanello. L'état italien racheta le site et la Villa en 1933 et créa en 1938 un nouveau musée. En 1944, un bombardement détruisit en partie le site et le musée qui seront restaurés en 1949. Le musée fut agrandi en 1958 puis remplacé par l'actuel en 1979. L'université de Bologna organisa de nouvelles fouilles en 1988.

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La nécropole est

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La cité de Kainua s'étend sur une superficie de 25 hectares et possède deux entrées monumentales au nord et à l'est. Le plan de la cité est orthogonal (à la manière des colonies grecques). Elle est parcourue par une large avenue nord/sud, de 15 m de largeur, recoupés perpendiculairement par trois avenues est/ouest, également large de 15 m. Ces avenues divisent la cité en huit zones. Des rues secondaires larges de 5 m recoupent ces zones en quartiers rectangulaires. Les chaussées étaient faites avec des galets de rivière et les trottoirs en graviers. Au niveau des avenues principales, la chaussée, large de 5 m, était bordée de deux trottoirs de 5 m de large servant d'étal aux commerçants. Le plan de la ville était déterminé par l'observation céleste faite par l'Augure, le prêtre chargé de l'interprétation des signes divins. Les fouilles ont retrouvé, enterré à l'intersection des avenues au centre de la cité, quatre galets dont l'un gravée d'une croix et orienté selon les points cardinaux. Afin de déterminer le centre de la cité, l'Augure se plaçait au point le plus élevé de la cité, l'emplacement de l'acropole ou Auguraculum, pour effectuer ses observations. À Kainua, une ligne passant entre le galet gravé et l'Auguraculum coïncide avec l'endroit de l'horizon où le soleil se couche au solstice d'hiver.

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L'acropole est située au nord-ouest sur un plateau dominant de 15 m la cité. Ce plateau a été modelé par les Étrusques pour en faire deux terrasses. Sur la terrasse supérieure se trouve un édifice correspondant à l'Auguraculum. La terrasse inférieure supporte trois bâtiments et deux autels. À l'heure actuelle, ne subsistent de ces bâtiments que les fondations. Un des autels recouvre un puits sacré dans lequel furent retrouvés des ossements d'animaux correspondant à des offrandes aux divinités infernales.

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L'acropole

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L'acropole

À côté de l'entrée nord de la ville, les fouilles de 1999 mirent à jour les vestiges d'un grand temple consacré au roi des dieux Tinia (d'après un fond de céramique portant l'inscription "TINS" traduit par "à Tinia"). Ce temple présente un plan classique des temples grecs construit sur un podium avec escalier. Il était entouré d'une colonnade dont toutes les embases subsistent. Les colonnes étaient au nombre de 8 sur chaque côté, 5 à l'arrière et 4 à l'avant. Muni de deux entrées, le temple avait 35,50 m de longueur et 21,75 m de large.

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Le temple de Tinia

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Le temple de Tinia

Au nord-est de la cité, à proximité d'une source, se trouve le sanctuaire de la Fontaine. Le bâtiment de 9 m sur 7,50 m était consacré au culte de l'eau comme en témoigne le réservoir rectangulaire recevant l'eau de la source au travers d'un canal constitué de galets de rivière. De nombreuses offrandes en forme de partie de corps humains (bras, jambes et pieds) furent retrouvées à cet endroit. Des statues votives dans la pose de l'Oronte, des fragments de navires et des cuves en céramique, bronze, marbre ou terre cuite figuraient également parmi les découvertes.

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Le temple de la Fontaine

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Le temple de la Fontaine

Chaque zone délimitée par les rues secondaires était occupée par une villa. La plus grande occupait une superficie de 800 m2. Chaque villa était divisée en une zone artisanale, la plus proche de la rue, et une zone résidentielle. Les villas possédaient un étage et étaient agencées autour d'une cour intérieure (atrium) possédant un puits et une citerne. L'entrée donnait sur un couloir traversant toute la villa. Les villas étaient adjacentes, mais ne possédaient pas de murs communs. Elles étaient séparées par un canal de drainage. De même, toutes les avenues et rues étaient munies d'égouts de 50 cm de largeur séparant les villas de la route. Ces égouts étaient couverts de pierres plates et possédaient une pente évacuant l'eau vers la rivière Reno.

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Le réseau d'égout

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Les égouts

Pour l'approvisionnement en eau des villas, une source fut captée près de l'acropole. L'eau était décantée dans un réservoir de 1,85 m sur 1,20 m et profond de 5 m avant de se déverser dans deux canalisations empruntant l'une la direction nord/sud et l'autre la direction ouest/est. La canalisation avait une forme parallélépipédique à l'extérieur et circulaire d'un diamètre de 14 cm à l'intérieur. L'eau était distribuée dans toute la zone urbaine.

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Tuyaux d'alimentation en eau

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Tombe en casette

Dans la partie nord de la cité se trouvait un grand four à céramique ou à brique. Il fut daté de la fin du VIe siècle av. J.-C.. Le bâtiment l'abritant était divisé en trois zones. L'une était consacrée au travail de l'argile, la deuxième, protégée par un toit (d'après les trous de poteaux restants), était consacrée au séchage des produits façonnés et la troisième constituait le four. De manière plus inhabituelle, le centre de la cité était consacré au travail des métaux. Cette position centrale démontre l'importance de cette industrie pour la cité. La partie la plus ancienne fut datée du VIe siècle av. J.-C.. La structure fut agrandie au Ve siècle av. J.-C. puis l'ensemble fut restructuré à la fin du Ve siècle av. J.-C.. L'étude des déchets montre que l'activité principale de cette fonderie était le travail du bronze pour la fabrication de poteries, de boucles et de statues votives. Les métaux étaient importés depuis l'Étrurie Tyrrhénienne, car il n'existe aucun gisement de minéraux dans la région.

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Tombes de la nécropole est

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Deux nécropoles étaient implantées à l'extérieur des portes de la ville de part et d'autre des routes d'accès. Celle du nord comprenait 168 tombes et celle de l'est comprenait 125 tombes. Les tombes étaient enterrées et leur emplacement était signalé par un galet de rivière, un cône de pin en marbre, une pierre en forme de bulbe ou par une colonne. Les tombes de la nécropole nord, retrouvée dès 1839, furent déplacées lors de l'aménagement du parc de la villa Misanello. Ces tombes étaient probablement alignées sans distinction de classe sociale. Ces tombes de cette nécropole, souvent réalisée en marbre, sont les plus riches de la cité.

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La porte est

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La nécropole est

Dans les nécropoles sont regroupés trois types de tombes. Les tombes dites en cassettes sont de forme rectangulaire et sont constituées de dalles verticales. Elles contenaient les cendres des défunts. Les tombes à urnes ont une forme circulaire formée en pierre sèche et contiennent une urne renfermant les cendres et des offrandes. Dans les tombes en fosse le défunt était enterré avec ses habits, bijoux et ornements et des offrandes. La tombe était en pleine terre ou munie de murs en pierre sèche. Chaque mort non incinéré portait dans la main droite une pièce de monnaie correspondant à l'offrande nécessaire pour payer le passage dans le monde des morts.

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À Kainua, les tombes étaient surmontées d'un bloc ovale en forme d'œuf. L'œuf était un symbole de la renaissance et du culte de la grande déesse. Il se pourrait également qu'il s'agisse d'un rappel à la montagne sacrée des Étrusques, le mont Monterolo situé à l'ouest de Kainua. Sur ce mont fut mis à jour un temple dont il fut déterminé qu'il était pour les Étrusques l'équivalent de l'oracle de Delphes pour les Grecs.

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Ces photographies ont été réalisées en novembre 2015.

 

Y ACCÉDER:

Les vestiges de la cité de Kainua sont situés le long de la SS64 à la sortie sud du village de Marzabotto (via Porrettana).

L'accès au musée est payant (3 € en 2015).



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

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Cette page a été mise en ligne le 20 février 2016

Cette page a été mise à jour le 20 février 2016