La massacre de Monte Sole 

Le massacre de Monte Sole

Les montagnes de Monte Sole furent, à l'automne 1944, le théâtre du plus important massacre de civils perpétué par les nazis en Europe occidentale. Connu sous la dénomination de "Eccidio di Monte Sole", il s'agit de l'Oradour-sur-Glane italien.

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Le monument au bord de la route d'accès au site

Fin août 1944, après la libération de Florence, les alliés affrontèrent les troupes allemandes, soutenues par les miliciens de la République de Salo, sur la ligne "gothique" allant de Massa-Carrara sur la côte Tyrrhénienne à Pesaro sur la côte Adriatique. La zone de Monte Sole, situé entre la vallée de la rivière Reno et la vallée de la rivière Setta, était sous le contrôle de l'arrière-garde SS. Actuellement, la zone est partagée entre les villes de Marzabotto, Monzano et Crizzana. Dans cette zone se forma, fin octobre 1943, la brigade de partisans "Stella Rossa" commandés par Mario Musolesi dit Lupo. Elle était constituée d'habitants de la région de différents horizons politiques et culturels. Comme les maquisards français, les partisans italiens harcelèrent les troupes allemandes et les nazis.

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Monument San Martini

À la mi-septembre 1944, les SS décidèrent d'une opération de "destruction des groupes de partisans et de nettoyage du territoire". Cette opération n'était pas une opération de représailles, mais un ratissage systématique, une stratégie appliquée en 1944/1945 par les SS en Italie. Elle visait à terroriser la population pour éliminer toute forme de résistance et fut nommée "domination de la terreur". Le commandement de l'opération fut confié au major autrichien Walter Reder. Celui-ci s'était déjà illustré le 12 août 1944 par le massacre de Sant' Anna Stazzema où 560 civils trouvèrent la mort. On lui attribue la mort de plus de 3000 civils dans le nord de l'Italie.

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Monument près du cimetière San Martini

Le 29 septembre 1944, la 16e Panzergrenadierdivision SS Reichsfuhrer SS accompagnée par des membres de La Garde Nationale Républicaine italienne, les "chemises noires", miliciens de la République de Salo, encerclent la région de Monte Sole. Mille hommes, regroupés en quatre pelotons, passèrent la région au peigne fin, brûlant les maisons et tuant les hommes, les femmes, les enfants et les animaux. Plus de 115 lieux de massacre ont été dénombrés.

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Chapelle du cimetière San Martini

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Stèle dans ce cimetière

Le hameau de Caprara était le lieu le plus peuplé de la région. S'y trouvaient des magasins, une auberge, un bureau de tabac et le point d'eau le plus important de la montagne. C'était également un lieu de foire. Environ 50 familles y habitaient à l'époque auquel s'ajoutaient de nombreux réfugiés ayant fui les bombardements alliés de Bologna. Les SS y trouvèrent par conséquent beaucoup de monde. L'église la plus importante de la région était celle de Casaglia. C'était le point de rassemblement de la communauté lors des fêtes religieuses. Dès le début du massacre, plus d'une centaine de personnes s'y réfugièrent en pensant y être en sécurité. Les SS les emmenèrent au cimetière pour les abattre à la mitrailleuse. À Cadotto, quatre familles furent brulées dans une ferme. À Cerpiano, cent vieillards furent abattus dans le cimetière. À Creda, les habitants, enfermés dans une grange, furent tués à la grenade et à la mitrailleuse puis le village fut réduit en cendre. Du hameau de Vado di Monzuno, seuls deux enfants, Fernando Piretti (8 ans) et Paolo Rossi (6 ans), et l'institutrice Antonietta Benni (qui feignit la mort durant 32 heures) échappèrent à la mort. Le commandant Lupo figura parmi les premières victimes du massacre. Le massacre prit fin le 5 octobre 1944 avec le retrait des SS.

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Ruine de l'église San Martini

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Ruine de l'église San Martini

Le bilan varie de 770 à 1839 morts. Parmi les victimes, 45 avaient moins de 2 ans, 110 avaient entre 2 et 10 ans, 95 avaient entre 10 et 16 ans et 142 avaient plus de 60 ans. Y figurent 316 femmes et 5 prêtres. À ce macabre décompte, il faut rajouter les 55 morts qui de 1944 à 1966 furent victimes des mines cachées par les SS.

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Ruine de Caprana

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Ruine de San Martini

Walter Reder se cacha en Bavière à la fin de la guerre. Il ne fut arrêté par les Américains puis extradé en Italie qu'en 1948. Le tribunal de Bologna le condamna en 1951 à la prison à perpétuité. En 1966, il demanda l'abolition de la peine d'emprisonnement à perpétuité pour raison humanitaire. Selon la loi italienne, cela n'est possible que si les victimes accordent préalablement leur pardon. Un vote fut organisé le 16 juillet 1967 parmi les 288 survivants. Seuls quatre d'entre eux prononcèrent leur pardon. Le gouvernement autrichien obtient finalement sa remise en liberté le 24 janvier 1985 après que Walter Reder eut envoyé aux habitants de Marzabotto une lettre dans laquelle il exprima son profond repentir et ses regrets. Accueilli à Vienne avec les honneurs militaires, il retira tout de suite les excuses prononcées.

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Ruine de Caprana

Deux des miliciens italiens ayant participé au massacre furent traduits en 1946 devant le tribunal de Brescia. Lorenzo Mingardi fut condamné à mort, condamnation réduite ensuite en prison à perpétuité. Giovanni Quadri écopa de 30 ans de prison qui furent ensuite réduits à 10 ans. Les deux furent remis en liberté à la suite d'une amnistie générale. En 2006, un nouveau procès eut lieu devant le tribunal militaire de La Spezia. Des dix-sept prévenus, dont seulement un était présent (il plaida non coupable), dix furent condamnés à la prison à perpétuité. Les autres furent relaxés par manque de preuves.

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Ruine de Caprana

Ces photographies ont été réalisées en novembre 2015.

 

Y ACCÉDER:

De Bologna, prendre la SS64 en direction de Caslecghio di Reno puis de Marzabotto. Poursuivre sur cette route vers Pianti di Venola. De là, suivre le fléchage "Site historique Monte Sole" qui vous mènera vers les vestiges des hameaux dans la montagne.



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Cette page a été mise en ligne le 20 février 2016

Cette page a été mise à jour le 5 novembre 2016