Suivez les Lieux-Insolites en France sur INSTAGRAM logo instagram

La basilique de Gray

Située au cœur de la ville de Gray, la basilique Notre-Dame constitue l’un des édifices majeurs du patrimoine religieux de la Franche-Comté. Dominant la vallée de la Saône, elle témoigne à la fois des bouleversements politiques qui ont marqué la Franche-Comté et de l’évolution des formes architecturales entre la fin du Moyen-âge et l’époque moderne.

basilique gray 5

basilique gray 46

Dès le XIIIe – XIVe siècle, la ville de Gray fut l’un des principaux centres urbains de la Franche-Comté avec un port actif sur la Saône (axe Rhône – Flandres). La ville fortifiée contrôlée par les ducs de Bourgogne fut une place commerciale majeure (foires, transit de marchandises). La première mention d'une église située à proximité du château de Gray date de 1227. Depuis le XIIe siècle, il est fait mention de la présence de chanoines à la chapelle du château de Gray. Le comte Hugues de Chalon (1220 – 1266) fit construire, en 1266, au sein du château de Gray une chapelle dédiée à Sainte-Élisabeth, récemment canonisée. La mort de Charles le Téméraire en 1477 plongea la région dans le chaos. La Franche-Comté, convoitée par le royaume de France, devint un théâtre d’opérations militaires. Le 29 septembre 1477, les troupes bourguignonnes sous le commandement des Sires de Vaudrey assiégèrent la ville de Gray tenu par les troupes du roi de France, Louis XI. La ville tomba rapidement entre leurs mains et fut incendiée, le gouverneur Jean Salazar prenant la fuite. L’église Notre-Dame, cœur spirituel de la cité, fut gravement endommagée.

basilique gray 8

basilique gray 17

basilique gray 45

Dès 1478, le chantier de reconstruction de l'église fut lancé dans un contexte difficile, marqué par les conséquences économiques et politiques du conflit. Le chantier fut financé notamment par le système des indulgences, pratique fréquente à la fin du Moyen-âge. Le clergé organisait des campagnes d’indulgences, tandis que les notables et les marchands financèrent des chapelles latérales. La construction débuta par le chœur, achevé vers 1484, permettant la reprise du culte notamment par les chanoines privés de la chapelle du château détruite également en 1477. Le chantier progressa ensuite lentement. Les fondations du transept furent posées en 1509. Le chantier connu plusieurs maîtres d’œuvre comme Matthieu Grand en 1513, Philippe Lenfant en 1523 ou Antoine Le Rupt en 1527. Les voûtes de la nef furent terminées en 1531. L'année suivante furent achevés le pavage et la façade occidentale. Le chantier connut une interruption en 1534, la couverture de la nef n'étant réalisée qu'en 1548. L’achèvement vers 1559 du clocher marqua l'aboutissement du chantier qui fut conclu en 1571 par l'escalier de la façade sud. L’édifice naquit dans un contexte politique particulier, la Franche-Comté étant sous domination des Habsbourg. Cette situation favorisa les échanges avec les Pays-Bas, expliquant certaines influences artistiques venues du nord de l’Europe. L’architecture de la basilique conserve la trace de cette longue construction. Le chœur, le plus ancien, est d’un gothique flamboyant très pur. La nef, plus tardive, montre déjà des formes simplifiées, annonçant la transition vers la Renaissance.

basilique gray 41

basilique gray 7

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’église connut plusieurs modifications importantes. En 1610, un incendie détruisit la flèche couverte de fer blanc et ornée de plusieurs clochetons du clocher. Il fut reconstruit par l'architecte Pierre Poivre. C’est également à cette époque que l'église gagna en prestige spirituel. En 1641, elle reçut le cœur de Saint Pierre Fourier (1565 - 1640). Pierre Fourrier est considéré comme l'un des pionniers de la Réforme catholique et comme un pionnier en matière d'éducation (promotion de l'enseignement des filles et de la méthode pédagogique dite "simultanée"). Il fut béatifié le 29 janvier 1730 par le pape Benoît XIII et canonisé le 27 mai 1897 par le pape Léon XIII. Gray devint alors un lieu de pèlerinage régional, attirant fidèles et visiteurs. Sous l’effet de la Réforme catholique, l’église fut transformée pour répondre aux nouvelles pratiques religieuses. En 1660, les fenêtres gothiques furent agrandies en baies en plein cintre, la lumière devint plus abondante, et le décor s’enrichit. En 1697, Jean-François Jobelot commanda à Jean Ligier un imposant retable en bois doré. Son achèvement en 1718 impliqua le murage de la partie inférieure des fenêtres ancienne.

basilique gray 12
Chapelle Saint-Pierre Fourier

basilique gray 13
Piéta du XIXe siècle dans la chapelle Vandenesse

Un violent orage détruisit à nouveau le clocher en 1725. Il fut reconstruit selon un modèle plus simple en remplaçant la flèche par une lanterne surmontée d'un clocheton par l'architecte Pierre Simon Sauvaget. Au XVIIIe siècle, l’église connut une période de prospérité. Elle se dota d’un riche décor baroque et d’un orgue important. La Révolution française marqua une nouvelle rupture. Le mobilier et la statuaire furent en grande partie détruits et le culte fut interrompu. Après la reprise du culte en 1801, l'église accueillit, en 1802, la statue miraculeuse de Notre-Dame de Gray. Cette petite statue fut sculptée en 1613 par Jean Brange de Salins-les-Bains dans un morceau de chêne de Montaigu en Brabant rapporté en Franche-Comté par Jeanne Bonnet. Elle fut offerte à Rose de Bauffremont, la femme du gouverneur de Gray, Jérôme d'Achey. Donnée en 1616 au couvent des Capucins de Gray, elle se signala par une suite ininterrompue de miracles. En 1807, une chapelle de l'église de Gray lui fut dédiée. En 1909, les têtes de la Vierge et de l'Enfant Jésus reçurent deux petites couronnes en or réalisées par l’orfèvre Joseph Armand Calliat.

basilique gray 18
Chapelle Notre-Dame de Gray
Tableau "L'annonciation" de Joseph Montesanto (1760)

basilique gray 20
Vitrail de la reconnaissance par Charles Lévêque (1873)

basilique gray 23
Notre-Dame de Gray

basilique gray 22
Notre-Dame de Gray

Au XIXe siècle, dans le contexte du renouveau religieux, l’édifice fut restauré. Les verrières du chœur furent restaurées en 1849. En 1857, le portail occidental fut reconstruit dans un style néogothique, influencé par les théories de Eugène Viollet-le-Duc, par l'architecte Victor Baille. Le sculpteur Constant Grandgirard réalisa en 1863 les sculptures du portail. Le retable, installé en 1718, fut retiré en 1927. La 2e Guerre mondiale apporta son lot de destructions. Le 15 juin 1940, le clocher fut gravement endommagé par un bombardement. Il fut reconstruit à l'identique dans les années 1950, avec des techniques modernes. Le 16 juillet 1948, l’église fut élevée au rang de basilique mineure par le pape Pie XII, consacrant son importance religieuse. En 1950, l'évêque Georges Béjot consacra un nouvel autel au sein du chœur. Classé Monument historique en 1988, l’édifice fit depuis l’objet de restaurations régulières.

basilique gray 3
Portail sud avec la statue de Saint-Pierre Fourier

basilique gray 6
Portail central

basilique gray 1

basilique gray 40
Chapelle Saint-Pierre Fourier

basilique gray 44

basilique gray 34
Saint-Roch (1587)

La basilique, longue de 40 m, présente un plan classique en croix latine comprenant une nef centrale flanquée de deux bas-côtés, un transept saillant et un chœur terminé par une abside polygonale. Des chapelles latérales, fondées par les familles bourgeoises entre la fin du XVe et le milieu du XVIe siècle, s’ouvrent sur les bas-côtés. La basilique présente un style hybride caractéristique de la fin du Moyen-âge. Le gothique flamboyant domine l’essentiel de la structure avec des voûtes à nervures complexes, parfois en étoile, des arcs brisés et une élévation verticale marquée. La nef est particulièrement remarquable par sa voûte entièrement nervurée en étoile, exemple exceptionnel du gothique flamboyant régional. Certains éléments traduisent l’influence de la Renaissance avec l'élargissement des baies en plein cintre au XVIIe siècle, un décor plus sobre dans certaines parties et un portail occidental remanié au XIXe siècle dans un style néogothique. Le chœur de la fin du XVe siècle avec son appareil régulier et homogène, sa modénature gothique flamboyante pure et ses voûtes complexes présente la partie la plus cohérente stylistiquement. Le transept et la croisée (début XVIe siècle) montrent une transition stylistique perceptible avec la simplification progressive du décor et l'introduction de volumes plus massifs. La nef du XVIe siècle avancé, avec ses voûtes étoilées spectaculaires, son élévation plus ample et un traitement plus répétitif des supports, témoigne d’un changement d’organisation du travail (moins artisanal, plus standardisé). Le chantier fut ralenti par les difficultés financières, l'instabilité politique (passage sous domination des Habsbourg) et l'évolution des goûts artistiques, expliquant certaines ruptures visibles comme les différences de proportions entre le chœur et la nef, les variations dans les profils de nervures et des incohérences mineures dans les alignements. Le clocher, situé à la croisée du transept, constitue un élément majeur de la silhouette urbaine, visible de loin dans la vallée de la Saône.

plan

basilique gray 4

basilique gray 9
Apparition du Sacré-Cœur à Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial.
Œuvre de Constant Grandgirard (1878)

basilique gray 10
La chaire à prêcher
attribué à Martin Chaulmont (1612)

basilique gray 28
Sainte-Elisabeth de Hongrie (début XXe siècle)

La nef de trois travées constitue l’élément le plus remarquable. Les piles présentent des faisceaux de colonnettes engagées, des noyaux cylindriques ou polygonaux avec une continuité verticale jusqu’aux nervures des voûtes en étoile à liernes et tiercerons où la multiplication des points de rencontre crée un effet de résille décorative. Ces voûtes ne sont pas seulement structurelles, mais deviennent un élément esthétique autonome. L'élévation de la nef montre une transition vers la modernité avec l'absence de triforium développé, des murs pleins et de grandes baies élargies au XVIIe siècle. On observe un glissement vers une architecture plus lumineuse et moins verticale. La lumière pénètre largement par les baies, accentuant la lisibilité des volumes.

basilique gray 16
Transept sud

basilique gray 27
Fresque du XVIe siècle
représentant Sainte-Reine et Sainte-Cyre

basilique gray 32
Le Christ au tombeau
Œuvre de Claude Arnoux dit Lulier (1553)
et retable du XIXe siècle

basilique gray 25
La Vierge remettant le collier à
Sainte-Thérèse d'Avila.
Œuvre de Ludovico Mazzanti (XVIIIe siècle)

basilique gray 26
Saint-Nicolas protégeant la Saône et la ville de Gray.
Charles Couche (1820)

basilique gray 39
Apparition du Sacré-Cœur à Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial.
Œuvre de Constant Grandgirard (1878)

La basilique conserve un riche décor intérieur, révélateur de plusieurs siècles d’enrichissement artistique. Parmi les vitraux celui du chœur représentant un arbre de Jessé du XVIe siècle, d’influence flamande, est particulièrement remarquable. De nombreux vitraux historiés retracent la dévotion locale. Parmi les sculptures, il faut citer "Le Christ mort" en albâtre réalisé vers 1553 par Claude Arnoux dit Lullier, la statue en bois polychrome de Saint-Roch (fin XVIe siècle), le christ en croix (XVe siècle) ou le retable du Sacré-Cœur réalisé par Constant Grandgirard en 1878. Parmi le mobilier liturgique se trouve une chaire en pierre (1612) signée de Martin Chaulmont et les stalles en chêne sculpté du XVIe siècle. L'orgue monumental fut construit en 1728 par Claude Valentin et achevé par Charles-Joseph Riepp en 1759. En 1834, Joseph Callinet reconstruisit la partie instrumentale.

basilique gray 14
Le choeur

basilique gray w3
L'arbre de Jessé

basilique gray 31
Vitrail de Jeanne d'Arc et ses voix

basilique gray 35
Chapelle de Sainte-Philomène

basilique gray 37
Sainte-Philomène par Constant Grandgirard (1878)
Le visage serait celui de son épouse.

L’extérieur, relativement sobre, est marqué par un porche néogothique occidental (XIXe siècle), un tympan sculpté et des contreforts puissants. L’édifice conserve ainsi une allure massive, héritée de son origine médiévale, tout en intégrant des éléments de remaniements successifs.

basilique gray 2

basilique gray 47

basilique gray 48

Ces photographies ont été réalisées en mars 2026.

 

Y ACCÉDER:

La basilique se trouve au centre-ville de Gray.

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 11 avril 2026

Cette page a été mise à jour le 11 avril 2026