Suivez les
Lieux-Insolites en France sur INSTAGRAM
![]()
Situées dans la commune de Baignes, à une dizaine de kilomètres de Vesoul, les forges de Baignes constituent l’un des ensembles sidérurgiques les plus remarquables de Franche-Comté. Leur histoire, longue de plus de quatre siècles, illustre l’évolution de la métallurgie traditionnelle vers l’industrie moderne.

Le magasin des moules en quart de cercle
L’existence des forges est attestée dès 1549, ce qui en fait un établissement précoce dans le paysage sidérurgique comtois. Elles étaient alors exploitées par Jean et François Vatelin. Le site bénéficiait de conditions naturelles particulièrement favorables avec la source de la Baignotte, fournissant l’énergie hydraulique, des forêts abondantes, indispensables à la production de charbon de bois, et des gisements de minerai de fer locaux, sous forme de petit grain à même le sol avec une teneur en minerai de l'ordre de 25 %. Dès la fin du XVIIe siècle, l’établissement comprenait un haut fourneau et un moulin, situés à la source de la Baignotte, et une forge d'affinerie, située 500 m en aval au lieu-dit Petit Baignes. Cependant, les troubles liés à la guerre de Trente Ans freinèrent son développement initial.

Le magasin des moules

La "rue neuve" avec les logements ouvriers

Les logements ouvriers

Les logements ouvriers
Le XVIIIe siècle marqua l’âge d’or des forges de Baignes, dans un contexte où la Franche-Comté fut l’une des grandes régions sidérurgiques françaises. Le haut fourneau fut racheté en 1700 par Gédéon Rochet, ses héritiers rachetèrent la forge en 1733. En 1744, le site se composait d'un haut fourneau, d'une forge et d'une fenderie, qui disparut avant 1772. En 1757, l'usine produisit environ 70 t de fers, expédiés dans les salines, et de la fonte convertie en bombes et boulets. Lorsque Jean-François Rochet en devint propriétaire en 1774, l'établissement métallurgique produisait environ 227 t de fonte et 70 t de fer. En 1789, le site employa 123 ouvriers. Son fils, Claude-François Rochet, entreprit, entre 1795 et 1807, un grand programme de reconstruction qu'il confia à l'architecte comtois Jean-Antoine Guyet. Celui-ci conçut une place en hémicycle autour du haut-fourneau. Cette place était encadrée par deux bâtiments en quart de cercle entre lesquels partait la "rue neuve" bordée des logements pour les ouvriers. Cet urbanisme industriel rappelle les principes rationalistes développés à la même époque (notamment dans les salines royales).

Le bâtiment des haut-fourneaux

Cette sculpture illustrant des fondeurs dans la difficulté et la pénibilité du travail dans des chaleurs extrêmes est une œuvre de l'artiste Jean Michel Oudot. Réalisée par le lycée professionnel Luxembourg de Vesoul avec le concours de l'entreprise MBM (Métallerie Bernard Mercier), elle fut inaugurée le 3 juillet 2016.
Malgré sa prospérité, le site connut un déclin progressif dès le début du XIXe siècle probablement à cause d'un manque de bois et d’eau, de la concurrence des sites utilisant le charbon minéral (coke) et la montée de la grande industrie métallurgique. Le site passa en 1814 aux mains du maître de forges Isaac Blum qui fit reconstruire le haut fourneau en 1818. La forge cessa son activité vers 1820. Le bâtiment en quart de cercle situé du côté sud de la place fut détruit par un incendie en 1821. Il fut remplacé par une vaste halle. En 1825, messieurs Blum père et fils demandèrent l'autorisation d'établir une machine à vapeur de 12 ch, destinée à mouvoir la soufflerie du haut fourneau. Pour abriter cette machine à vapeur, une salle des machines indépendante, abritant également la roue hydraulique, fut édifiée au sud du haut fourneau. Une soufflerie à air chaud et des fours pour la dessiccation du bois (utilisé comme combustible) furent installés vers 1835. Louis de Pourtalès, homme d'affaires suisse et propriétaire des forges d'Athesans et de Magny-Vernois, acquit le site en 1833. Il le loua au maître de forges Joseph Gauthier qui exploitait déjà une vingtaine de sites métallurgiques dans la région. À cette période, le haut fourneau produisait annuellement environ 800 t de fonte qui étaient affinées aux forges de Bonnal et de Villersexel. Joseph Gauthier ayant fait faillite en 1840, le haut fourneau fut repris l'année suivante par Pierre Tiquet et Gustave Robinet. En 1847 une nouvelle machine à vapeur de 12 ch fut installée puis une autre, de marque André, fut mise en place en 1857. Le haut fourneau, probablement reconstruit en 1847, fut acquis en 1857 par Pierre Tiquet et J. A. Pergaud, avant d’être éteint en 1869, puis détruit et remplacé par des cubilots.

Halle à charbon et vestiges du haut fourneau.

La salle des machines

Le magasin industriel

Logement (ancienne orangerie).

Logement (ancienne orangerie).

Arrière du magasin des moules
Resté seul propriétaire, Pierre Tiquet implanta une fonderie de seconde fusion. Entre 1884 et 1888, un atelier abritant des cubilots fut édifié contre les vestiges du haut fourneau. Un dépôt de châssis et un magasin furent également construits. En 1893, la fonderie Tiquet fils exploitait un cubilot, activé par une roue hydraulique, et une scierie comprenant une scie verticale et deux scies circulaires, entraînées par une turbine. La production se tourna alors vers des objets du quotidien comme des poêles, des chaudrons, des gaufriers ou des fers à repasser, du matériel agricole, des poids pour balances, etc.. La fonderie employait alors 51 personnes, et la scierie avait 7 ouvriers. De nouveaux bâtiments de production (magasin et atelier dit sablerie) furent construits entre 1907 et 1913. À cette période, la production atteignit 1300 t. avec 80 ouvriers. Durant la 1re Guerre mondiale, le site se tourna vers l'industrie de l'armement et produisit environ 140 000 obus en fonte aciérée. Dans l'entre-deux-guerres, le site se spécialisa dans la fabrication de poêles, cuisinières, fourneaux et lessiveuses, dont certains modèles étaient émaillés dans les fonderies de Pont-de-Planches et de Vy-le-Ferroux. La fonderie fut équipée d'une machine à mouler en 1920 et une nouvelle turbine de 12 ch fut installée en 1931. Après la 2e Guerre mondiale, la vente d'appareils de chauffage déclina, et la société travailla en sous-traitance. En 1950, elle produisait encore 250 t de pièces avec un effectif de 32 ouvriers, mais la fonderie s’arrêta en 1961 et l'activité cessa définitivement en 1963 après la liquidation des stocks. Une partie des ateliers de fonderie fut détruite en 1997. Le site fut inscrit au titre des Monuments historiques en 1978 et 2007 puis classé Monument historique en 2012. En 2008, il subsistait deux cubilots en place, en très mauvais état, et des éléments de transmission dans la salle des machines. La plupart des bâtiments subsistants, ainsi qu'une collection de modèles et moules de fonderie, ont été acquis par le Conseil général de la Haute-Saône vers 2000.

La source de la Baignotte

La maison du maitre de forge

Le pigeonnier

Halle à charbon convertie en logements
Le haut fourneau de Baignes appartenait au type comtois au charbon de bois, caractérisé par une hauteur modérée (8 à 12 m environ), un fonctionnement discontinu (campagnes) et une dépendance forte au combustible forestier. Une campagne typique de production comprenait plusieurs étapes avec la mise à feu progressive, la montée en température, le régime stabilisé puis la coulée régulière (toutes les 12–24 h) pour produire de la fonte en gueuses et des sous-produits (laitiers). La production était soumise à des contraintes techniques majeures. Le minerai local étant argiloferrugineux et irrégulier en teneur, il nécessitait un tri et parfois un grillage préalable. La fabrication du charbon de bois impliquait des charbonnières en forêt et une logistique lourde. La production d'une tonne de fonte nécessitait environ 8 à 12 stères de bois. Contrairement à l’image souvent centrée sur le haut fourneau, c’est l’affinerie qui produisait le matériau utile en transformant la fonte en fer. La refonte partielle en oxydant le carbone formait d’une masse pâteuse (loupe) qui était ensuite martelée, épurée et étirée. Le martinet est la machine emblématique de la forge. Le marteau du martinet, d'un poids compris entre 100 et 300 kg, était entraîné par une roue hydraulique à une cadence régulière (plusieurs dizaines de coups/minute).

Schéma d'un haut-fourneau (© Wikipédia)

Schéma d'un haut-fourneau (© Wikipédia)

Schéma d'un
cubilot (© Wikipédia)

Un des cubilots survivants
Les forges de Baignes constituent aujourd’hui un ensemble patrimonial exceptionnel, classé et bien conservé. Y sont encore visibles la maison du maître de forges, les bâtiments industriels, le magasin de stockage du minerai et du charbon de bois, le magasin en quart de cercle, les logements ouvriers et les bâtiments annexes comme les écuries, l'orangerie (prestige du maître de forges) et le colombier (symbole de statut). Le haut fourneau, en revanche, a disparu. L’ensemble est remarquable par sa cohérence architecturale, son plan organisé et son état de conservation. On est proche d’une architecture industrielle savante, comparable dans son esprit à la Saline royale d'Arc-et-Senans. Le site, propriété du Conseil général de la Haute-Saône, est aujourd’hui animé par une association patrimoniale qui l'ouvre au public à travers de visites guidées, d'expositions et d'évènements culturels.

La salle des machines

Le magasin des moules
Ces photographies ont été réalisées en mars 2026.
Y ACCÉDER:
Les forges sont visibles au village de Baignes situé au sud-ouest de Vesoul.
Pour les visites : voir sur le site de l'association ICI
Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.
Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.
Cette page a été mise en ligne le 11 avril 2026
Cette page a été mise à jour le 11 avril 2026