L'abbaye de Cherlieu

De cette abbaye cistercienne, une des plus prestigieuses de Franche-Comté, il ne subsiste que quelques vestiges rescapés des destructions de la Révolution française. Ces vestiges ont été sauvés de la destruction totale en 1984 par leurs classements aux Monuments historiques. L'origine du nom de Cherlieu proviendrait d'une noble Dame dont le fils aurait fait une chute mortelle à cet endroit et qui serait alors écriée "Que ce lieu me coute cher".

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Le mur du transept de l'église

Un prieuré fut attesté en ces lieux en 1127 dans une charte d'Anséric, archevêque de Besançon, dont les bienfaiteurs étaient les nobles de Jussey et le comte de Bourgogne, Renaud III. Le prieur et ses disciples vivaient cependant dans une grande misère. L'abbaye fut créée en 1131 avec l'arrivée du premier abbé, Guy, un proche de St-Bernard de Clairvaux. Il s'installa à Cherlieu avec douze moines issus de l'abbaye de Clairvaux. Le comte Renaud III et les chanoines de Besançon favorisèrent alors l'abbaye. Mais l'abbé Guy se heurta aussi aux fortes réticences de Pierre de Traves (doyen de St-Etienne de Besançon) et de l'abbé de l'abbaye de Faverney. L'affaire prit une telle tournure que St-Bernard de Clairvaux qui séjourna à plusieurs reprises à Cherlieu prit fait et cause pour l'abbaye et alla demander l'arbitrage du pape. Malgré cela, Cherlieu continua de recevoir les largesses des seigneurs des environs. La construction de l'église abbatiale débuta en 1150. À la mort de l'abbé Guy, en 1157, l'abbaye avait assis son influence et acquis la protection des papes Innocent II et Eugène III. L'abbé Guy fonda plusieurs abbayes filles et avait autorité sur plus de 600 moines. En 1160, l'abbaye possédait des terres, des fermes et des granges dans plus de vingt villages.

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Les bâtiments conventuels

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L'ancien accès au cloitre

La construction de l'église abbatiale s'acheva en 1220. En forme de croix latine, elle possédait une nef de huit travées avec deux bas-côtés. Longue de 105 m, elle avait un transept large de 54 m. Les voutes croisées d'ogives culminaient à 22 m. Les façades de la nef et du transept étaient ornées de rosaces et l'église était éclairée par cinquante fenêtres. Un petit clocher surmontait le croisement du transept. Le chœur, contenant soixante-dix-huit stalles, était entouré de sept chapelles rayonnantes desservies par un déambulatoire semi-circulaire. Pour sa construction, l'architecte s'inspira de l'abbatiale de Clairvaux pour le chœur et son déambulatoire et de la cathédrale de Langres pour la structure des colonnes de soutien des voutes. Cette église était la plus grande de Franche-Comté. Sa consécration eut lieu certainement en 1204 lorsqu'une assemblée de Prélats se réunit à l'abbaye. Le cloitre attenant à l'église était un carré de quatre fois dix arcades.

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En 1258, Henri 1er de Vergy se fit inhumer dans cette église. Le développement de l'abbaye se poursuivit et en 1300, elle possédait 24 granges, 22 moulins et 8 pêcheries. Le comte palatin de Bourgogne, tué en 1303 durant les combats que menait Philippe le Bel contre les Flamands, avait exprimé le souhait d'être inhumé dans l'abbatiale de Cherlieu. Ce fut chose faite le 5 mars 1309. Ses restes mortels et celle de son frère, Jean de Bourgogne, furent déposés dans un caveau en présence de son épouse la comtesse Mahaut d'Artois, de ses frères, Renaud, comte de Montbéliard, et Hugues de Bourgogne, de l'archevêque de Besançon, des évêques de Negrepont, de Tabarie et de Souda (Crète) et des chefs de tous les monastères des environs. Les funérailles furent suivies par environ 15000 personnes dont 300 chevaliers et 3000 Gentilshommes et nobles Dames. Une autre inhumation d'importance fut celle du comte Robert en 1315.

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Les bâtiments conventuels

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L'entrée de l'abbaye

L'abbaye fut grandement affectée entre 1340 et 1364 par la peste, la famine et les guerres. Entre 1437 et 1439, l'abbaye subit les raids des bandes des Écorcheurs (mercenaires désœuvrés à la solde de Charles VII). L'abbé Étienne fut pris en otage pendant plusieurs mois et relâché après le paiement d'une forte rançon. En 1475, l'abbaye fut pillée et incendiée par les troupes du roi de France Louis IX commandé par Pierre de Caron. L'abbé Gilles de la Cour fut pris en otage en 1476 par les Allemands puis libéré contre une rançon. Durant les guerres de religion, Guillaume de Nassau vint, en 1569, à la rescousse des protestants français. Ses troupes, commandées par Wolfgang de Bavière, duc des Deux-Ponts, et le baron de Savigny, incendièrent l'abbaye en avril 1569. Les tombeaux situés dans l'église furent profanés et détruits. En mai 1569, l'abbaye fut abandonnée. Ce n'est qu'en 1598 que l'abbaye de Cîteaux renvoya sept moines reprendre possession des lieux. Leur abbé, Ferdinand de Rye, s'attacha à restituer à l'abbaye ses titres et ses biens anciens. Le calvaire visible actuellement sur les lieux fut érigé en 1613 par cet abbé. Durant la guerre de Trente Ans (1618-1648), l'abbaye fut pillée en 1636 par les Français, puis en 1637 par les Suédois. Les troupes françaises commandées par Du Hallier, maréchal de l'Hôpital, ravagèrent les lieux en 1641.

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Les bâtiments conventuels et le cloitre furent reconstruits en 1701. L'abbé Mathias Poncet de la Rivière, ancien évêque de Troyes, entreprit en 1772 la construction d'un nouveau palais monastique. L'abbaye de Cherlieu était alors la plus riche de la province de Franche-Comté. L'architecte Charles Saint-Père, conçu un cloitre circulaire avec vingt-quatre colonnes doriques situé au centre de quatre corps de logis. Les chambres des moines se trouvaient à l'étage, le réfectoire et les cuisines étaient au rez-de-chaussée. Au rez-de-chaussée se situait également l'espace pour les hôtes constitués d'une entrée spécifique, de logements, d'une salle à manger et d'un salon. Une terrasse ornée de huit colonnes ioniques ouvrait sur le jardin. Les sous-sols abritaient la cuverie, le pressoir, la brulerie et la boulangerie. Les travaux furent interrompus par la Révolution française. En 1789, les trente villages dépendant de l'abbaye de Cherlieu réclamèrent les titres de redevances seigneuriales. Les moines furent contraints sous la menace des armes de signer la renonciation à leurs droits. Les archives de l'abbaye furent brulées. Le 14 juin 1791, les biens de l'abbaye furent vendus comme bien national. La vente dura onze jours. Le nouveau palais monastique et l'église furent transformés en carrières de pierre. Les tombeaux de l'église furent mis en pièces et le démontage de l'église dura plus de 30 ans.

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Le calvaire de l'abbé Ferdinand de Rye

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À cette frénésie de démolition résistèrent les bâtiments conventuels et la maison de l'abbé du XVIIe et du XVIIIe siècle transformé actuellement en ferme. Les anciennes maisons des domestiques, la maison du notaire royal et la maison du portier abritent actuellement des habitations et un gite touristique. L'ancienne prison est délaissée. De la plus grande église de Franche-Comté ne subsiste qu'un seul pan de mur du transept. Des sondages archéologiques effectués en 1993 permirent d'établir l'emprise de l'église. Les vestiges de cette église et le calvaire de l'abbé Ferdinand de Rye sont classés Monuments historiques depuis 1984. Les façades et les toitures de bâtiments conventuels bénéficient depuis cette date d'une inscription sur la liste supplémentaire des Monuments historiques auquel a eu droit le logement du portier en 1998.

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Les bâtiments conventuels

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Une des maisons des portiers et au fond la prison

Ces photographies ont été réalisées en avril 2017.

 

Y ACCÉDER:

De Port-sur-Saône, suivre la N19 en direction de Langres. À Cintray, prendre la direction de Preigney, puis de Montigny-lès-Cherlieu. À l'entrée du village, prendre le chemin à droite. À la fourche suivante, prendre également à droite puis suivre le chemin jusqu'à l'abbaye.

 



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Cette page a été mise en ligne le 30 mai 2017

Cette page a été mise à jour le 30 mai 2017