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L’abbaye Sainte-Odile, située à Baume-les-Dames, constitue l’un des plus anciens centres monastiques féminins de l’Est de la France. D’origine bénédictine, elle est intimement liée à la naissance et au développement de la ville, dont elle a structuré l’espace et l’économie pendant plus d’un millénaire.

L'abbaye aurait été fondée au IVe siècle par Saint-Germain, évêque de Besançon, ou par le comte Garnier, maire du palais du Comté de Bourgogne. Elle portait alors le nom de "Palma" ou de "Palmense Monasterium". Selon la légende, Saint-Germain aurait été décapité en 396 à Grand-Fontaine. Il aurait alors pris sa tête dans ses mains et se serait dirigé vers Baume-les-Dames, où il créa une abbaye dépositaire de son corps. Cette abbaye aurait été détruite par les Huns en 451. Sa reconstruction fait également l'objet d'une légende mettant en jeu un roi de Bourgogne nommé Gontran. S'étant endormi après une partie de chasse à laquelle participait Garnier, le roi fit un rêve ou il vit une belette tentant de traverser un fleuve, lorsqu'un pont de fer apparut. L'animal le traversa et entra dans une caverne où il y avait un grand trésor. À son réveil, il raconta son songe à Garnier qui lui dit qu'il venait justement d'aider une belette à traverser un ruisseau en posant son épée en travers du cours d'eau. L'animal ayant traversé, disparu dans un trou. Les deux hommes retrouvèrent le trou et creusant à cet endroit (lieu nommé plus tard Vigne-du-trésor) découvrirent un important trésor. Le roi qui avait vu s'élever des ruines de l'abbaye un nuage d'où sortait une main aux doigts étendus et dont la paume se tournait vers lui, offrit le trésor pour la reconstruction de l'abbaye de Baume-les-Dames.


La première mention de l'abbaye apparaît dans "La vie de Saint-Ermenfroy" rédigé vers 720 ou 730. Elle est également mentionnée dans le testament d'Anségise, abbé de Luxeuil, daté de 831, et dans un texte du XIe siècle de Glaber, religieux de Saint-Germain d'Auxerre. Dans ce texte, il relate que les religieux de Glanseuil, fuyant l'invasion des Normands, apportèrent les reliques de Saint-Maur, le fondateur de leur abbaye, jusqu'à l'abbaye de Baume-les-Dames. L’abbaye de Baume-les-Dames doit son nom et une grande partie de sa renommée à Odile de Hohenbourg, connue sous le nom de Sainte-Odile d'Alsace. Odile naquit aveugle vers 660 et pour cette raison fut rejetée par son père, Etichon, duc d'Alsace. Il demanda à sa mère, Bereswinde, de faire disparaître l'enfant. Bereswinde cacha alors l'enfant dans le couvent de Baume-les-Dames. Treize ans plus tard, l'évêque de Ratisbonne, Erhard, eut une vision lui commandant de se rendre au couvent pour y baptiser une fillette aveugle en lui donnant le nom d'Odile, signifiant "enfant de lumière". Lorsqu'il lui dit "Au nom de Jésus-Christ, sois désormais éclairée des yeux du corps et des yeux de l'âme", la fillette retrouva la vue. Dès le baptême effectué, Odile se rendit au château de son père où entre temps d'autres enfants étaient nés. Devant ce retour non prévu, son père, qui était très violent, fut pris d'une terrible colère et s'en prit à son fils cadet. Dans sa colère, il le tua en l'accusant de ne pas l'avoir mis au courant. Pris de remords, il transforma, en l'an 690, son château bâti au sommet de la montagne, la Hohenbourg, en couvent pour y terminer sa vie. Devant la grande piété d'Odile qui voulait consacrer sa vie à Dieu afin d'expier les fautes de son père, Etichon lui confia le couvent. À la mort d'Odile, vers 720, l'importance du couvent du Mont Sainte-Odile crût et de plus en plus de pèlerins s'y rendirent. Le culte de Sainte-Odile prit son essor au IXe et au Xe siècle. Le miracle qui se produisit lors du baptême d'Odile attira par la suite beaucoup de monde à Baume-les-Dames.


L'abbaye bénéficia de la protection des souverains carolingiens, notamment sous Charlemagne et Louis le Pieux. Contrairement à de nombreux monastères mixtes ou masculins, Baume-les-Dames fut dès le haut Moyen-âge une abbaye féminine prestigieuse, dirigée par des abbesses issues de la haute noblesse. L’accès au chapitre, composé de quinze chanoinesses, était extrêmement sélectif. Il fallait faire preuve de seize quartiers de noblesse paternelle et maternelle soit quatre générations de noblesse. Les religieuses appartenaient à des lignages influents comme les Montfaucon, les Neufchâtel ou la maison de Bourgogne. Le toponyme même de la ville, Baume-les-Dames, reflète cette origine, les "dames" désignant les religieuses aristocratiques qui occupaient l’abbaye.


La première abbesse dont le nom nous soit connu était Élisabeth vers 1034. Selon les fouilles archéologiques à cette époque l'église possédait une nef unique d'une largeur de 9,30 m. Des sépultures au sein de cet édifice ont été datées par C14 de 1032 à 1202. L’abbesse suivante fut Adèle, qui prit ses fonctions vers 1065. Elle est connue par le traité qu'elle conclut avec Guichard, doyen de l'église Saint-Paul, par lequel ils convinrent que si des serfs de leurs deux monastères se mariaient, leurs enfants seraient partagés entre les deux communautés. En 1147, une charte d'Humbert de Besançon mentionne que l'abbesse Sibile obtint des papes Innocent II et Célestin II le renouvellement des privilèges de la communauté. En 1162, l'abbesse Étiennette de Bourgogne demanda l'arbitrage de l'empereur Frédéric Barberousse, comte de Bourgogne, au sujet d'un grave différend avec le prévôt de Mathay. Le pape Lucius III lui ordonna de veiller à ce que le monastère respecte les règles de vie de Saint-Benoît. L'abbesse Clémence de Bourgogne, entrée en fonction en 1204, quitta la vie monastique en 1212 pour épouser Berthold VI, duc de Zeringen. Elle fut remplacée en 1218 par Blandine de Chalon, fille naturelle du comte de Bourgogne. Elle obtint de l'archevêque Nicolas de Flavigny le patronage de l'église Sainte-Marie-en-Châtel. L'abbesse Nicole de Roche échangea, en 1266, les biens de Chassey contre la seigneurie de Trouvans appartenant à Thièbaud de Rougemont. Elle obtint également d'Henri de Saint-Léger, curé de Villers-le-Sec, le vignoble qu'il tenait de ses ancêtres au lieu-dit Saint-Léger. Le comte palatin Philippe et son épouse Alix confirmèrent en 1276 à l'abbesse Béatrix Ire de Bourgogne, la possession des lavoirs de Pont-les-Moulins que le comte Hugues avait accordés à l'abbaye en 1256. Cette abbesse confirma l'acquisition du fief de Baume-les-Dames par les seigneurs de Neuchâtel. Sibilette de Vaivre, abbesse de 1326 à 1355, ouvrit la grande salle de l'abbaye pour une session du Parlement de Bourgogne. À cette époque, l'abbatiale possédait une nef flanquée de deux collatéraux avec du côté ouest un clocher-porche.


Alix Ire de Montbazon, abbesse de 1355 à 1374, fut élue avec le soutien de Thiébaud de Neuchâtel, vicomte de Baume. Son arbitrage de l’élection fut validé par un groupe de prêtres et de chevaliers qui proclamèrent que le seigneur de Neuchâtel, vicomte de Baume, avait le droit et l'ancienneté de participer à l'élection de l'abbesse avec les dames siégeant au chapitre. Louise de Chalon, fille du comte d'Auxerre, abbesse de 1375 à 1388, fut déposée par Guillaume, archevêque de Besançon, en raison de sa mauvaise administration. Isabelle de Maisonval, abbesse de 1388 à 1418, obtint l'exemption d'impôts pour ses sujets en 1405. Durant son office le pont sur le Doubs fut détruit par d'importantes inondations, les habitants cédèrent alors les droits sur celui-ci à l'abbaye en échange de sa reconstruction et de son entretien. L'abbaye tira de conséquents revenus du péage pour le passage sur ce pont. De 1476 à 1484, l'abbesse fut Alix II de Montmartin. Elle fit déposer les chartes de l'abbaye à Besançon. Sous l'office de l'abbesse Agnès de Ray (1458 à 1475), l'abbaye construisit, en 1464, une papeterie sur le Doubs pour y fabriquer du papier de chiffe récemment inventé. Entre 1510 et 1549, l'abbesse se nomma Marguerite II de Neuchâtel. Son tombeau qui se trouvait dans l'abbaye portait l'épitaphe "Ici repose une dame de haut rang et de grande puissance, Madame Marguerite de Neufchâtel, Dame de Remiremont et abbesse de ce lieu ; fille du seigneur de haut rang et de grande puissance, Sir Claude de Neufchâtel, chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or, et de Dame Bonne de Boulai, seigneur et dame dudit Neufchâtel, de Châtel-sur-Moselle, Beaurepaire, etc., décédée le 3 septembre 1549". L'abbesse Jeanne II de Rye (1571 à 1582) fut nommée par ordre du pape Pie V. Elle tenta en vain de s'opposer à la création d'une commune à Baume-les-Dames. Marguerite III de Genève (1582 à 1618) fit don de terres pour la construction d'un couvent de moines capucins. Sous l'office de l'abbesse Reine-Hélène Ire de Rye, entre 1618 et 1647, en raison des guerres et des maladies qui ravageaient la région de la Baume, les religieuses se réfugièrent à Besançon en emportant les reliques de Saint-Germain. L'abbesse Anne-Gasparine d'Andelot (1648 à 1652) fut élue avec l'approbation du maire de la ville. Suite aux importants bouleversements des années précédentes et pour conserver sa charge, elle accepta de renoncer à ses droits judiciaires sur la ville, céda le pont sur le Doubs et renonça à plusieurs redevances. Nommée par le roi d'Espagne, qui avait participé pendant plusieurs années à l'élection de l'abbesse, Reine-Hélène II du Mouchet de Battefort de Laubespin officia de 1653 à 1661. A cette époque, la vie communautaire fut abandonné. Les onze chanoinesses s’installèrent dans des maisons individuelles construites à la place du dortoir et du réfectoire. Elles y menaient une existence recluse avec leur future successeure, leur "nièce en religion" et une ou deux servantes. Le comté de Bourgogne étant rattaché à la France en 1684, Louis XIV nomma comme abbesse Françoise de Thiard de Bissy qui officia jusqu'en 1725. Angélique de Thiard lui succéda entre 1725 et 1728 puis ce fut Marie-Françoise d'Achey, de 1728 à 1738.


Angélique-Henriette Damas de Crux officia de 1738 à 1767. L'abbesse qui prit le titre d'"illustre et révérende dame" engagea les travaux de construction de l'abbatiale actuelle. L’architecte bisontin Nicolas Nicole conçut une église de plan cruciforme long de 44 m. Le bâtiment de style néoroman possédait un décor mêlant classicisme et baroque avec des colonnes en marbre blanc et rose de Sampans (Jura), un autel en marbre d'Italie et un dallage en pierre de différentes couleurs. Une coupole monumentale (environ 24 m) coiffait la croisée du transept et un porche surmonté d'un clocher devait composer la façade occidentale. Les travaux débutèrent en 1738, mais furent interrompus en 1760 faute de financement. Le projet trop ambitieux mit à mal la prospérité de l'abbaye. Seuls le chœur, le transept et deux travées de la nef furent érigés. On ferma le bâtiment par une façade provisoire avec pour entrée le porche remonté de l'ancienne église. Marie-Philippine-Léopoldine d'Andelot, chanoinesse depuis le 6 août 1738, fut nommée abbesse le 15 novembre 1767 par le roi Louis XV. Cette nomination fut vivement critiquée puisque la dame était née à l'étranger. En réponse à ces critiques, le roi accorda à l'abbesse des lettres de naturalisation considérant que son frère, le comte d'Andelot, avait servi le roi et possédait d'importants biens en Bourgogne, notamment en Franche-Comté. La nomination fut confirmée par une bulle papale le 9 février 1768. Voulant confirmer l'origine de l'abbaye, cette abbesse fit ouvrir le tombeau du comte Garnier où l'on trouva des ossements très anciens.


La dernière abbesse fut Marie-Françoise du Mouchet de Battefort de Laubespin, de 1787 à 1791. L’abbaye fut supprimée en 1791, lors de la Révolution française. Les religieuses se dispersèrent. L'abbesse, avec quelques religieuses, se retira en Suisse. Elle retourna à Besançon quelques années plus tard et y mourut dans la pauvreté. Les biens de l'abbaye, confisqués comme biens nationaux, furent vendus. Les reliques et les tombeaux furent détruits et les ossements déposés au cimetière de Cour-les-Dames. L'abbaye cessa alors définitivement d’être un lieu monastique. L'abbatiale fut rachetée par la ville de Baume-les-Dames en 1811. Elle servit par la suite tour à tour d'entrepôt, de halle aux grains, de salle de fête, de salle de cinéma et de garage. En 1825 fut construit sur l'ancien logis abbatial l’hôtel de ville. L'abbatiale fut classée Monument historique en 1886. En 1982, des travaux de consolidation furent réalisés sur la façade. À partir de 2001, une grande campagne de réhabilitation transforma l'abbatiale en lieu culturel pour des concerts, des expositions et des spectacles devenant un élément central du patrimoine urbain de Baume-les-Dames.


Ces photographies ont été réalisées en mars 2026.
Y ACCÉDER :
L'abbatiale Sainte-Odile se trouve au centre-ville de Baume-les-Dames. L'abbatiale est fermée sauf en cas d'exposition. La visite de l'intérieur est possible en participant à une visite guidée complète du cœur historique qui sont organisées par l'office du tourisme tous les mardis matin en juillet et août.
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Cette page a été mise en ligne le 11 avril 2026
Cette page a été mise à jour le 11 avril 2026