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Les fours à chaux de Chalezeule

Les fours à chaux de Chalezeule constituent un témoignage remarquable du patrimoine industriel rural du XIXe siècle. Ces structures, aujourd’hui restaurées, rappellent l’importance de l’exploitation du calcaire et de la fabrication de la chaux dans l’économie locale, activité qui a profondément marqué l’histoire et même le nom du village.

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L’exploitation de la chaux dans la région de Chalezeule remonte au moins au Moyen-âge. Dès le XIIe siècle, la production de chaux semble constituer l’activité principale du village qui s'appelait alors Calisola. Ce toponyme ancien dériverait du mot "chaux". La présence de formations calcaires abondantes dans les collines environnantes explique cette vocation. La pierre calcaire extraite localement servait à produire de la chaux hydraulique, matériau essentiel dans la construction traditionnelle, la fabrication de mortiers pour la maçonnerie, d'enduits et badigeons et d'amendement des sols agricoles. À partir du XIXe siècle, avec l’essor des travaux publics et de l’urbanisation, la demande en chaux augmenta fortement, ce qui conduit à la création de structures de production plus organisées. En 1864, Pierre Bertin, artisan chaufournier du village, obtint l’autorisation d’édifier deux fours à chaux accolés destinés à la calcination du calcaire. Il les implanta au lieu-dit les Maurivelles, où l’extraction de pierre calcaire était déjà pratiquée depuis au moins 1844. Les carrières proches alimentaient directement les fours, réduisant les coûts de transport. Ces fours formaient un petit complexe artisanal comprenant les deux fours de cuisson, des zones de stockage du calcaire, des espaces de refroidissement et d’extinction de la chaux et des aménagements hydrauliques permettant d’amener l’eau depuis le Doubs pour l’extinction de la chaux vive.

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Les deux fours de Chalezeule fonctionnaient en alternance afin de maintenir une production régulière. Une dizaine de chaufourniers y travaillaient lors des périodes d’activité intense. Ils percevaient un salaire moyen d’environ 3,50 francs par jour, ce qui correspondait au niveau de rémunération courant pour les métiers artisanaux du bâtiment à cette époque. La production des fours de Chalezeule était étroitement liée au développement urbain de Besançon au XIXe siècle. La chaux produite alimentait notamment les chantiers de construction des quais de la rive droite du Doubs, dont le quai Veil-Picard et le quai de Strasbourg. Ces travaux, menés entre les années 1860 et 1881, nécessitaient d’importantes quantités de mortier à base de chaux pour la maçonnerie des quais et des ouvrages de soutènement. L’activité des fours déclina progressivement à la fin du XIXe siècle. La concurrence d’autres centres de production de chaux dans le Jura et la Bourgogne, la difficulté de recrutement de main-d’œuvre et la diffusion progressive du ciment Portland, matériau plus performant dans certaines applications, expliquent ce déclin. La production cessa définitivement vers 1914, peu avant la 1re Guerre mondiale, et les installations furent abandonnées après le conflit. Après des décennies d’abandon, les fours furent restaurés en 1997 grâce à l’action de l’association Calisiola, qui œuvre pour la valorisation du patrimoine local.

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Le gueulard

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Vue de la chambre de chauffe depuis le gueulard

La chaux est obtenue par la calcination de pierre calcaire à environ 900 °C. Ce qui produit du CO2 et de l'oxyde de calcium (CaO) nommé couramment de la chaux vive. Celle-ci est éteinte par immersion dans de l'eau. La réaction exothermique qui en résulte transforme l'oxyde de calcium (CaO) en hydroxyde de calcium (CaOH2) nommé chaux éteinte. Au cours du XIXe siècle selon les localités de France pour calciner le calcaire, était utilisé comme combustible le bois, des fagots, de la bruyère, de la houille, de l'anthracite, de la lignite, de la tourbe ou du coke. Le charbon de bois était rarement utilisé. La forme du four dépend du combustible. Pour un combustible produisant une longue flamme comme le bois, le four possède une vaste chambre en brique ou pierre réfractaire de forme prismatique ou cylindrique plus haute que large et munie d'une petite ouverture en partie basse. Le four était rempli avec des pierres calcaires de la taille d'un petit moellon en formant en bas une voûte. C'est à cet endroit qu'est brûlé le combustible. Les flammes passant entre les pierres pour s'échapper par l'ouverture du haut. Pour un four d'une capacité de 75 à 80 m³ de pierre, la cuisson prenait entre 100 et 150 heures. Pour 1 m³ de pierre, il fallait 1,66 stère de chêne ou 22 stères de fagots ou 30 stères de bruyères. Pour les combustibles sans flamme (coke, houille, anthracite), le four est ovoïde, en cône renversé ou en entonnoir. Le chargement se fait par couches successives, alternant de la pierre et du combustible, par le haut au fur et à mesure que la pierre cuite est extraite en partie basse. Pour calciner 1 m³ de pierre, il fallait 0,33 m³ de coke.

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La chambre de chauffe

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Galerie gueule du four

Les deux fours de Chalezeule appartiennent à la catégorie des fours verticaux intermittents, également appelés fours à gueulard, fonctionnant par fournées successives. Chaque four fonctionne indépendamment, ce qui permettait d’alterner les cycles de cuisson. Les fours sont intégrés dans un massif de maçonnerie rectangulaire constitué de moellons calcaires extraits localement assemblé par un mortier de chaux avec un chaînage en pierres plus régulières aux angles. L’ensemble forme un bloc compact destiné à résister aux contraintes thermiques élevées et à contenir la poussée des matériaux chauffés. L’épaisseur des murs atteints souvent 1 à 1,50 m dans ce type d’installation. Les fours de Chalezeule ont une hauteur de 6,20 m. La façade aval présente les ouvertures de tirage et de défournement, tandis que la partie amont est partiellement enterrée dans le talus. À l’intérieur du massif se trouve la cuve de calcination, véritable cœur de l’installation. La cuve a une forme cylindrique ou légèrement tronconique. Cette forme favorise la descente progressive de la charge et une meilleure circulation des gaz chauds. D'un diamètre compris entre 2 et 3 m, la cuve a une hauteur de 3,40 m. Les parois internes sont constituées d’une couche de matériau réfractaire.

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Plan d'un des fours de Chalezeule

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Le foyer d'un des fours

Le sommet du four comporte une ouverture circulaire appelée gueulard permettant l'introduction du calcaire, l'alimentation en combustible et l'évacuation des gaz de combustion. Le gueulard se situe au niveau de la plateforme supérieure, accessible par un chemin ou une rampe. Les gueulards des fours de Chalezeule ont un diamètre de 3,30 m. Lors du chargement, les ouvriers empilaient les matériaux en alternant les couches de combustible avec les couches de pierres calcaires. À la base du four se trouvent les alandiers, ouvertures servant à alimenter le foyer. Elles permettaient l'introduction du combustible, le réglage du tirage du four et le contrôle de la combustion. Ces ouvertures sont voûtées en pierre et renforcées pour résister aux températures élevées. Au-dessus des alandiers se trouve la zone de combustion, où brûle le combustible. Les températures atteignent environ 900 à 1000 °C. Au-dessus du foyer, d'un diamètre de 2 m et d'une hauteur équivalente, se développe la zone de calcination, endroit où la pierre calcaire se décompose, le dioxyde de carbone s’échappe et se forme la chaux vive. Plus haut dans la cuve, la matière commence à se refroidir. Les gaz chauds montants préchauffent les pierres calcaires encore crues, ce qui améliore le rendement thermique. Ce principe de contre-courant thermique est essentiel au fonctionnement du four. À la base du four se trouve une ouverture appelée l'ébraisoir. Elle sert à extraire la chaux vive et à réguler l’arrivée d’air. Un cycle de cuisson dans ce type de four pouvait durer entre 5 à 7 jours. Autour des fours se trouvaient plusieurs installations nécessaires à l’exploitation. Les aires de stockage étaient destinées à accumuler le calcaire extrait et à stocker le combustible (bois ou charbon). Les bassins d’extinction où la chaux vive était éteinte avec de l’eau. Cette opération produisait de la chaux éteinte (hydroxyde de calcium) sous forme de pâte ou de poudre. Après séchage, la chaux était mise en sacs ou conservée en tas pour être transportée.

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Ces photographies ont été réalisées en février 2026.

Y ACCÉDER:

Les fours à chaux sont situés rue des fours à chaux à Chalezeule.

 



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Cette page a été mise en ligne le 25 mars 2026

Cette page a été mise à jour le 25 mars 2026