Le château de Cléron

Le magnifique château de Cléron surveille, depuis le XIVe siècle, le passage sur la Loue. Depuis sa construction, il ne fut la propriété que de trois familles, dont la dernière, les Montrichard, en prirent possession en 1850. Toujours habité, le château n'est pas ouvert aux visites, seuls les jardins sont accessibles en juillet et en août.

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Les débuts du château sont légendaires. L'empereur Charles le chauve, après avoir défait au bord du Doubs le comte de Bourgogne, voulut récompenser un guerrier bourguignon qui s'était vaillamment battu à ses côtés. Il lui dit "Je te donne le clairon d'or de mon grand-père Charlemagne. Sonne de ce clairon, tout le pays où on l'aura entendu sera à toi". Le guerrier s’exécuta en bord de la Loue et tout le pays où le son du clairon avait été entendu lui revint. Sur le rocher où il avait sonné, il construisit son château "du clairon".

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L'entrée des jardins

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C'est en 1320 qu'Humbert de Cléron fit construire sur l'emplacement d'un castrum romain une maison forte. Elle lui permit de contrôler le gué sur la Loue qu'empruntait la route du sel reliant Salins à Besançon. La maison forte, de forme rectangulaire, possédait à chaque angle une tour avec une cinquième tour en flanquement. Elle possédait également une chapelle (à l'emplacement de l'actuelle église). En 1384, le gué fut remplacé par un pont en bois. Au cours du XVe siècle fut rajouté l'aile donnant sur la Loue et la tour qui prit l’appellation de "Tour de la Folle". La salle de garde, installée dans l'aile, permettait la surveillance du passage sur la Loue.

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La tour de la folle

Au cours de la deuxième moitié du XVe siècle, des charbonniers établis dans le vallon de Fertrans se mirent à détrousser les voyageurs dont ils jetaient les corps dans le puits de Milley. Leur chef était un bâtard d'une grande famille de Bourgogne. Un jour, ils enlevèrent une femme de Cléron. Simon de Cléron rassembla alors ses soldats et les hommes du village pour une expédition punitive. Les brigands furent massacrés, mais leur chef parvint à s'enfuir en Suisse. La femme fut libérée saine et sauve, mais son mari ayant été tué dans la bataille, elle sombra dans la folie et fut enfermée dans la tour du château. En 1467, Charles le Téméraire devint duc de Bourgogne (dont la Franche-Comté faisait partie). Il chercha à unifier un grand territoire allant jusqu'à la mer du Nord en passant par l'Alsace et la Lorraine. Il s'en suivit une guerre avec le roi de France, Louis XI. En 1468, Louis XI fut fait prisonnier par Charles le Téméraire qui lui imposa, pour sa libération, la signature d'un traité en sa faveur. Les Helvètes inquiets de ce puissant voisin lui déclarèrent la guerre en 1476. Avec leurs alliés, ils battirent les bourguignons lors des batailles de Grandson et de Morat, ce qui leur permit d'occuper une partie du duché de Bourgogne. Charles le Téméraire mourut en 1477 avec pour seule héritière sa fille Marie. En vertu de la loi salique (les femmes ne peuvent hériter), Louis XI annexa alors la Bourgogne au royaume de France. Les nobles de Franche-Comté refusant cet état de fait se révoltèrent. Entre 1478 et 1480, les troupes françaises ravagèrent en représailles la Franche-Comté. En 1480, l'assaut fut donné au château de Cléron. Le feu prit dans la grande tour et gagna tout le bâtiment. Simon de Cléron, blessé, passa du donjon à la "tour de la Folle" par une frêle passerelle en bois, quand un soldat se jeta sur lui en criant "Péris de la main de ton plus implacable ennemi". Simon faillit succomber lorsque la folle ébranla la passerelle. Déséquilibré, le soldat parvint à s'accrocher aux barreaux de sa fenêtre. Saisissant son casque, la folle reconnut alors le chef des brigands qui, effrayé, lâcha prise pour s'écraser au pied de la tour. Simon, sauvé, put s'enfuir du château en feu, mais la folle refusa de le suivre et fut ensevelie lorsque la tour s’effondra.

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Façade "Jean de Vienne"

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La façade avec la tour de l'horloge

Marie de Bourgogne décéda en 1482 à 25 ans d'une chute de cheval en laissant comme seule héritière sa fille Marguerite. Par le traité d'Arras, conclu en 1483 entre Louis XI et Maximilien d'Habsbourg, Marguerite fut promise au Dauphin, Charles VIII, apportant ainsi la Franche-Comté en dot au royaume de France. En 1488, Charles VIII épousa Anne de Bretagne en rejetant Marguerite. Outré par cette trahison, Maximilien s'engagea en une reconquête militaire de la Franche-Comté. Triomphant en 1493 à la bataille de Nans-sous-Sainte-Anne, Maximilien ramena la Franche-Comté sous la domination des Habsbourg. En 1490, Simon de Cléron reconstruisit son château.

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La façade "Jean de Vienne"

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Au cours de la guerre de Dix ans (1634-1644), les Français repartirent à la conquête de la Franche-Comté. En 1639, Cléron fut ravagé par les mercenaires suédois du duc de Saxe-Weimar à la solde de Richelieu. Le village fut à nouveau détruit par les troupes françaises en 1641. La Franche-Comté fut définitivement rattachée à la France en 1674. Louis XIV fit alors démanteler 19 châteaux forts de la région. Le rôle modeste que jouait le château de Cléron lui valut d'être épargné.

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Le pont routier et derrière le pont ferroviaire sur la Loue

Le château fut vendu en 1691 à la famille Terrier qui entreprit la transformation du logis. Au cours du XVIIIe siècle, Nicolas Terrier rajouta du côté des jardins la façade "Jean de Vienne" pour rendre le bâtiment plus logeable. Le rez-de-chaussée abrite des salons et l’étage des chambres. Toutes sont éclairées par de grandes fenêtres protégées par des grilles à l'espagnole. Riche aristocrate, Monsieur Terrier fut emprisonné en 1789 lors de la Révolution française. Le château fut converti en ferme. Après la Révolution, appauvri, il put épouser une riche héritière ce qui lui permit de restaurer le château. En 1840, le château fut réaménagé, mais en lui conservant son aspect médiéval. Le domaine passa en 1890 par mariage entre les mains de la famille Montrichard, les actuels propriétaires.

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Façade "Jean de Vienne"

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Le cloitre

Un nouveau remaniement du château eut lieu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. En 1894 fut érigée au fond du jardin Brimborion (terme signifiant au XIXe siècle sans importance) une grande maison de poupée. À cette époque, la tour de l'horloge remplaça une ancienne tour qui fut détruite. Un pavillon fut rajouté à l'extrémité du château ainsi que le cloître, recouvert de lauze. La façade "Jean de Vienne" fut décorée avec deux lions en pierre en provenance de l’hôtel Terrier à Besançon. Le kiosque, dessiné en 1780 par l'architecte comtois A. Bertrand pour l’hôtel Terrier, fut également transféré de Besançon à Cléron. Afin de le protéger, ce kiosque fut démonté en 1940. Il ne fut réinstallé qu'en 1971.

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La maison de poupée

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Le kiosque

Ces photographies ont été réalisées en août 2019.

 

Y ACCÉDER:

Le château se trouve en bord de la Loue dans le petit village de Cléron.

Le château n'est pas ouvert au public, mais les jardins peuvent être visités en juillet et en août.

 



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Cette page a été mise en ligne le 2 novembre 2019

Cette page a été mise à jour le 2 novembre 2019