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Les batteries d'artillerie lourde
du Pas-de-Calais

Le littoral du Pas-de-Calais occupe une place particulière dans l'histoire militaire de l'Europe occidentale. Entre le cap Gris-Nez et les falaises de Douvres, le détroit du Pas-de-Calais (Straße von Dover pour les Allemands) ne mesure qu'environ trente-quatre kilomètres dans sa partie la plus étroite. Cette configuration géographique en fait depuis l'Antiquité l'un des principaux points de passage entre le continent européen et les îles Britanniques. Au début de la Seconde Guerre mondiale, cette position stratégique prit une importance considérable. Après la campagne de France de mai-juin 1940, l'armée allemande occupa l'ensemble du littoral de la Manche et de la mer du Nord. Dès le mois de juin, la Kriegsmarine installa ses premières batteries entre Dunkerque et Boulogne-sur-Mer afin de contrôler les routes maritimes empruntées par la Royal Navy et la marine marchande britannique. Les ports de Calais, Boulogne-sur-Mer et Dunkerque devinrent rapidement des bases navales importantes, tandis que les caps Blanc-Nez et Gris-Nez offraient des postes d'observation naturels permettant de surveiller en permanence les mouvements de navigation dans le détroit.

L'installation des premières batteries allemandes répondait d'abord à la préparation de l'opération Seelöwe (Lion de mer), projet d'invasion de la Grande-Bretagne élaboré durant l'été 1940. Les premières positions furent établies avec des moyens relativement modestes. Les pièces d'artillerie, souvent issues des arsenaux de la Kriegsmarine ou provenant de matériels français capturés, furent installées sur des plateformes de campagne, dans des encuvements en terre ou derrière des parapets de béton sommaires. Les servants étaient logés dans des baraquements en bois ou dans des bâtiments réquisitionnés. L'abandon du projet d'invasion à l'automne 1940 ne remit toutefois pas en cause l'intérêt stratégique de ces installations. Le détroit demeurait un axe maritime essentiel pour les Alliés, et les batteries continuaient d'assurer une mission de surveillance et, ponctuellement, de tir contre les navires circulant entre la Manche et la mer du Nord. L'année 1941 marqua une évolution importante. Les batteries provisoires furent progressivement remplacées par des positions permanentes en béton armé. Cette politique s’accéléra après plusieurs événements majeurs comme le raid britannique sur Saint-Nazaire (28 mars 1942), qui démontra la vulnérabilité des installations côtières allemandes, puis le débarquement allié de Dieppe (19 août 1942), révélant la capacité des Alliés à conduire des opérations amphibies de grande ampleur. Le 23 mars 1942, Adolf Hitler ordonna la création d'un vaste système défensif continu sur les côtes occidentales de l'Europe occupée. Cette organisation, bientôt désignée sous le nom de Mur de l'Atlantique (Atlantikwall), ne constitua pas une ligne ininterrompue de fortifications, mais un ensemble de secteurs fortement défendus, organisés autour des ports, des estuaires et des points géographiques jugés essentiels. Le Pas-de-Calais devint rapidement le secteur prioritaire de ce programme. Convaincu que les Alliés choisiraient la traversée la plus courte pour revenir sur le continent, le haut commandement allemand concentra dans cette région une part importante des ressources affectées à la fortification du littoral.

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La batterie de Leffrinckoucke

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La batterie de Leffrinckoucke

Les travaux furent confiés à l'Organisation Todt, organisme de construction créé en 1938 et placé, après la mort de Fritz Todt en février 1942, sous l'autorité d'Albert Speer. Dans le Pas-de-Calais, les chantiers mobilisèrent plusieurs milliers d'ouvriers appartenant à des entreprises allemandes, françaises, belges et néerlandaises. À ces personnels s’ajoutèrent des travailleurs requis, des prisonniers de guerre ainsi que des travailleurs étrangers employés sous diverses formes de contrainte. Les ouvrages les plus importants nécessitèrent des terrassements considérables. Les fondations devaient supporter des blockhaus dont certains murs dépassent 3,50 m d'épaisseur en béton armé. Pour les batteries recevant des pièces navales de très gros calibre, plusieurs milliers de mètres cubes de béton furent coulés pour chaque blockhaus. Les matériaux provenaient principalement des carrières régionales, tandis que le ciment était acheminé par voie ferrée depuis les cimenteries du Nord et du Pas-de-Calais. Les ports de Boulogne et de Calais jouèrent également un rôle important dans l'approvisionnement des chantiers. La défense du littoral fut assurée par deux organisations distinctes. La première relevait de la Kriegsmarine, responsable des batteries de marine (Marineküstenbatterien). Ces unités étaient regroupées au sein des Marine-Artillerie-Abteilungen (M.A.A.), bataillons spécialisés dans la défense côtière. Dans le Pas-de-Calais, les principales batteries étaient notamment servies par la Marine-Artillerie-Abteilung 240, responsable d'une partie du secteur de Wissant, la Marine-Artillerie-Abteilung 242, couvrant le secteur du cap Gris-Nez et la Marine-Artillerie-Abteilung 244, chargée de plusieurs batteries du secteur de Calais. La seconde organisation dépendait de la Heer, qui alignait des Heeres-Küsten-Artillerie-Abteilungen (H.K.A.A.). Celles-ci assuraient principalement la défense des secteurs secondaires et mettaient souvent en œuvre des pièces d'artillerie françaises, belges, soviétiques ou tchèques récupérées après les campagnes de 1940 et de 1941.

Afin d'accélérer la construction des ouvrages, le commandement allemand adopta un système de plans normalisés appelé Regelbau (construction type). Chaque modèle répondait à une fonction précise, blockhaus de tir, abri pour troupe, poste de commandement, soute à munitions, centrale électrique ou observatoire. Toutefois, les principales batteries du Pas-de-Calais comprenaient également de nombreux ouvrages Sonderkonstruktionen (constructions spéciales), conçus spécifiquement pour recevoir des canons navals de gros calibre ou des postes de conduite de tir adaptés aux exigences de la Kriegsmarine. Une batterie importante comprenait généralement des blockhaus d'artillerie, un poste directeur de tir (Leitstand), un ou plusieurs postes d'observation, des soutes à munitions séparées pour les projectiles et les gargousses, des abris pour le personnel, une centrale électrique, des citernes, des ateliers, des garages, des postes radio et téléphoniques, des tobrouks pour armes automatiques, des positions de Flak (canons antiaériens) et un réseau de tranchées, de barbelés et de champs de mines. L'ensemble était relié par un réseau de routes bétonnées facilitant la circulation des véhicules et le transport des munitions. Entre 1942 et 1944, aucune autre portion du Mur de l'Atlantique ne concentra une telle densité de batteries lourdes. Les positions de Sangatte, Wissant, Cap Gris-Nez, Calais, Audinghen et Boulogne-sur-Mer formaient un dispositif continu couvrant l'ensemble du détroit. Certaines batteries disposaient de canons capables d'atteindre les côtes anglaises, tandis que d'autres assuraient la protection rapprochée des plages, des ports et des mouillages. Ce système était complété par de nombreuses batteries secondaires de la Heer ainsi que par des positions de défense antiaérienne. Cette concentration exceptionnelle expliqua l'intensité des bombardements alliés menés contre le Pas-de-Calais entre 1943 et septembre 1944. Malgré les destructions, plusieurs batteries demeurèrent opérationnelles jusqu'à la capitulation des forteresses de Boulogne, Calais et Dunkerque à l'automne 1944. Ci-dessous nous passerons en revue les plus importantes (du nord au sud).

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La batterie d'Offekerque

Les batteries d’Oye-Plage

Le secteur d’Oye-Plage, situé à l’est de Calais entre la baie d’Authie et la plaine maritime flamande, occupait une place particulière dans le dispositif allemand du Mur de l’Atlantique dans le Pas-de-Calais. Contrairement aux grandes batteries lourdes de la côte boulonnaise et du Calaisis, les positions d’Oye-Plage ne constituaient pas une grande batterie stratégique comparable à Todt, Lindemann, Großer Kurfürst ou Oldenburg. Elles formaient un ensemble de batteries secondaires et de positions d’appui destinées à compléter la défense du littoral oriental du département. Leur implantation répondait à plusieurs objectifs qui étaient de protéger les approches orientales du port de Calais, d'empêcher un débarquement allié sur les longues plages sableuses entre Calais et Gravelines, de renforcer la continuité du dispositif côtier allemand et d'assurer une couverture d’artillerie entre les grandes batteries du Calaisis et celles du secteur dunkerquois. Le caractère particulier du littoral d’Oye-Plage explique la nature des ouvrages construits, les Allemands privilégièrent ici des positions dispersées, adaptées à un terrain plat et ouvert, plutôt que de vastes blockhaus pour artillerie lourde. Après la défaite française de juin 1940, le littoral compris entre Calais et Dunkerque fut immédiatement considéré comme une zone sensible. Avec ses grandes étendues de plage, ses faibles pentes, l'absence de falaises continues et la proximité des grands axes routiers et ferroviaires, la côte était une zone favorable à une opération amphibie. À partir de 1940, la Wehrmacht et la Kriegsmarine entreprirent donc l’organisation d’un réseau défensif continu. Dans le secteur d’Oye-Plage, les premières installations furent essentiellement destinées à répondre à une menace immédiate. Les premières batteries allemandes installées utilisèrent des pièces françaises récupérées, des matériels allemands disponibles et des installations provisoires en bois et béton. Elles furent intégrées au système général de surveillance maritime mis en place par la Kriegsmarine.

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La principale installation fut la Marine-Küsten-Batterie Oye-Plage (M.K.B. Oye-Plage), intégrée au dispositif de la Küstenverteidigungs-Division B puis placée sous l’autorité de la Marine-Artillerie-Abteilung 204 (M.A.A. 204). Elle était armée de quatre canons de 15 cm SK C/28 installés dans des blockhaus. Le secteur comprenait également plusieurs points d’appui (Stützpunkte) destinés à la défense rapprochée des plages, notamment le Stützpunkt Max, le Stützpunkt Moritz et des positions secondaires des Dunes d’Oye. La batterie principale comprenait quatre blockhaus M270, un poste directeur de tir de type Hochleitstand, un blockhaus R219, un ouvrage M134, plusieurs abris Vf2a, des bâtiments techniques et des positions de Flak. L’ensemble fut construit à partir de 1942 dans le cadre du renforcement du Mur de l’Atlantique. Les travaux nécessitèrent d’importantes quantités de béton transportées par voie ferrée Decauville vers les chantiers du littoral. Le Regelbau M270 (Ouvrage de la Kriegsmarine pour canon de marine de moyen calibre) est un blockhaus destiné aux batteries côtières de marine. Contrairement aux blockhaus de l’armée de terre, le M270 fut conçu pour recevoir un canon naval fixe avec une ouverture frontale de tir. Il a une longueur de 18,70 m, une largeur de 12,80 m et une hauteur de 8,50 m. Le M270 comprend une chambre de tir contenant l’affût du canon, les dispositifs de pointage et les équipements électriques. À l’arrière de la chambre de tir se trouvent un local de stockage des munitions, un local technique et une entrée en sas protégé par deux créneaux pour mitrailleuse. Sur la face arrière se trouve également un tobrouk intégré pour la défense rapprochée. Le Regelbau R219 Doppelschartenstand est un blockhaus à double embrasure pour canon antichar de défense côtière. Il possède deux embrasures opposées permettant une couverture latérale importante. Il a une longueur de 17 m, une largeur de 12 m et une hauteur de 4,50 m. L'épaisseur des murs varie entre 1,5 m et 2 m et l'épaisseur de la dalle est de 2 m. Il comprend une chambre de tir avec une entrée arrière protégée. Le Regelbau M134 est un abri à munitions d'une longueur de 11 m, d'une largeur de 9 m et d'une hauteur de 3 m. Les murs et la dalle avaient une épaisseur de 1 m. Le regelbau Vf2a est un petit abri pour du personnel ou du matériel. Il a une longueur de 8 m, une largeur de 6 m et une hauteur de 3 m. L'épaisseur des murs et de la dalle supérieure est de 1 m.

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Plan d'un regelbau M270

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Plan d'un regelbau R219

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Plan d'un regelbau 134

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Plan des regelbau VF

Le poste directeur de tir d’Oye-Plage constitue l’un des ouvrages les plus remarquables du secteur. À des fins de camouflage, il avait la forme d'un clocher d'église, avec une horloge et des vitraux peints sur ses façades et une croix latine surplombant son toit pyramidal. Sur les quatre niveaux, seuls les deux derniers possèdent une fenêtre d'observation. Le bâtiment présente une base carrée de 10 m de côté sur lequel s'érige la tour de 20 m de hauteur. L'ensemble comprend plusieurs niveaux. Le niveau inférieur comprenait l'entrée et les locaux techniques et de transmissions. Le niveau intermédiaire comprenait la salle de calcul et de conduite de tir et les niveaux supérieurs comprenaient les postes d’observation et les instruments optiques. Le site possédait également une défense contre avions constituée de quatre canons de Flak de 75 et quatre canons de 20 Flak 28. Ces canons étaient disposés dans des encuvements bétonnés. Le Stützpunkt Max protégeait une zone basse de plage grâce à des obstacles antichars, et des blockhaus de type Vf. Situé à l’ouest du secteur Max, le Stützpunkt Moritz complétait la défense des plages. Il comprenait notamment deux Vf5b (abri pour canon antichar), deux Vf2a (abri pour 10 hommes), un Vf7a (soute à munitions), un tobrouk (Ringstand) Vf58c pour mitrailleuse et un ouvrage pour arme antichar.

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Plan du poste de direction de tir d'Oye Plage

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Le poste de direction de tir d'Oye Plage dit la tour penchée

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Vestige du PDT

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Le RDC du PDT

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Le PDT d'Oye Plage

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L'entrée du PDT

À partir de 1943, les positions d’Oye-Plage furent régulièrement surveillées et bombardées par les Alliés. Cependant, leur importance stratégique moindre par rapport aux grandes batteries lourdes expliqua une intensité de bombardement généralement plus faible. Le 2 septembre 1944, alors que les Alliés entamaient la libération du nord de la France, le commandement de la Kriegsmarine ordonna le renforcement du front des forteresses de Boulogne et de Dunkerque, par le transfert de l'artillerie navale située hors de ces places. Les pièces qui ne pouvaient être déplacées devaient être détruites. La batterie de Oye-Plage fut dynamitée par l'armée allemande entre le 5 et le 6 septembre 1944. Les blockhaus M270 furent disloqués avec leur artillerie, et le blockhaus supportant la tour de direction de tir implosa faisant pencher la tour. Le personnel de la batterie rejoignit la poche de Dunkerque. Les traces des batteries d’Oye-Plage sont aujourd’hui plus discrètes que celles des grandes batteries du Mur de l’Atlantique. On peut cependant retrouver des blocs bétonnés, des encuvements et la "tour penchée" de direction de tir. Dans les années 1970, le Conservatoire du Littoral acquit les parcelles de la batterie (sauf celle de la tour penchée) ainsi que d'autres terrains tout autour pour donner naissance à la réserve naturelle nationale du Platier d'Oye.

Oye Plage batterie
Vestige d'un M270 de la batterie d'Oye Plage

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Oye Plage blockhaus plage W3

Oye Plage blockhaus plage W4

La batterie Waldam (Marck)

La batterie Waldam, également désignée initialement M I (Marinebatterie I), a été implantée dans les dunes de Waldam, à l’est de Calais, sur la commune de Marck. Elle constituait une position importante du dispositif de défense de la Festung Calais. Elle était placée sous le commandement de la Marine-Artillerie-Abteilung 244 (M.A.A. 244) après son transfert à la Kriegsmarine. Comme dans l'ensemble du Pas-de-Calais, les premières installations allemandes apparurent dès l'été 1940. La priorité fut alors donnée à la mise en place rapide d'un réseau d'artillerie capable de protéger les ports et les zones de débarquement potentielles. Les premiers aménagements comprenaient des positions ouvertes avec trois canons de 170 SK L/40 sur plateformes bétonnées, de petits abris et des installations de transmission. Ces constructions temporaires furent progressivement remplacées par des ouvrages permanents lorsque débuta le programme du Mur de l'Atlantique. À partir de 1942, Waldam fut intégrée au programme général de fortification. Les travaux furent conduits sous l'autorité de l'Organisation Todt. La batterie fut conçue selon le principe des positions dispersées du Mur de l'Atlantique. Les différents bâtiments n'étaient pas regroupés en un seul complexe, mais répartis dans l'espace afin de limiter les effets d'un bombardement aérien. La batterie reçut alors trois pièces de 150 SK C/28 de marine. Deux de ces canons furent installés dans des blockhaus de type M270, tandis que le troisième reçut une construction exceptionnelle : un blockhaus rotatif en béton, unique sur le Mur de l’Atlantique. La batterie comprend donc un mélange très particulier avec des ouvrages de tir spécifiques, des Regelbau de marine, un ancien poste de direction de tir français transformé, des abris normalisés et des ouvrages de défense rapprochée.

Blockhaus Waldam tourelle W2
Le blockhaus à tourelle rotative de Waldam

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Un blockhaus M270 de la batterie Waldam

L’élément le plus remarquable de Waldam est une construction expérimentale destinée à résoudre le principal défaut des blockhaus classiques qui était leur angle de tir limité. Pour cela fut construit un blockhaus tournant en béton, permettant au canon de changer d’orientation sans être déplacé. Ce blockhaus abritait un canon de 150 SK C/28 conservant une possibilité de tir circulaire. Le blockhaus a un diamètre extérieur de 18 m, une hauteur totale de 8 m et a une masse estimée à plusieurs centaines de tonnes. L’ouvrage comprend une plateforme tournante supportant le canon avec son affût et les mécanismes de rotation. Les locaux inférieurs comprennent les mécanismes hydrauliques, les moteurs, les transmissions et locaux techniques.

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Plan du blockhaus à tourelle rotative de Waldam

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Le blockhaus à tourelle rotative de Waldam

Blockhaus Waldam Inscription rotraud
Sous-sol de la tourelle rotative de Waldam

Blockhaus Waldam Tour deutschland
Inscription près de la tourelle rotative de Waldam

La batterie utilisa un ancien poste directeur français transformé par les Allemands qui y ajoutèrent un local radio, des équipements optiques et des moyens téléphoniques. La batterie comprenait plusieurs abris pour personnel de type 622 comprenant deux chambrées, un sas d'entrée, un local de ventilation et un local technique. Pouvant abriter une vingtaine d'hommes, il avait une longueur de 17 m, une largeur de 12 m et une hauteur de 4 m pour un volume de béton d'environ 629 m³. Un tobrouk était intégré dans la façade. S'y trouvaient également plusieurs abris pour personnel de type 501 pour une dizaine d'hommes. Constitué d'une chambrée et d'un sas d'entrée, il avait une longueur de 10 m, une largeur de 8 m et une hauteur de 3,6 m pour un volume de béton d'environ 350 m³. Elle possédait également plusieurs abris à munitions Regelbau 134 d'une longueur de 11 m, d'une largeur de 9 m et d'une hauteur de 3 m. Les murs et la dalle avaient une épaisseur de 1 m. La dispersion des magasins répondait aux principes de sécurité appliqués par la Kriegsmarine. La protection terrestre comprenait un ouvrage de type Regelbau 612, pour un canon antichar, des tobrouks VF58c pour mitrailleuses, des petits bunkers de garde, des positions de Flak légère et des réseaux de barbelés.

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Plan d'un regelbau 622

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Plan d'un regelbau 501

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Blockhaus pour personnel à la batterie Waldam

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Blockhaus à munitions

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Plan d'un regelbau 612

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Poste de direction de tir de la batterie Waldam

À partir de 1943, la batterie Waldam subit plusieurs attaques aériennes alliées. La relative dispersion des ouvrages limita cependant les destructions. Les bombardements causèrent principalement des dégâts aux installations non bétonnées. Lors de l'offensive alliée dans le Pas-de-Calais, la batterie Waldam appartint au système défensif de la forteresse de Calais. Après le débarquement de Normandie, Hitler ordonna aux garnisons des ports de tenir jusqu'au dernier homme. Le secteur de Calais fut attaqué par les forces canadiennes en septembre 1944 lors de l'opération Undergo. Les positions allemandes de Marck participèrent aux combats, mais furent progressivement neutralisées par l'artillerie alliée, les bombardements et la progression des unités terrestres. Après la capitulation allemande de Calais, la batterie cessa définitivement son activité. Les vestiges de Waldam sont aujourd'hui moins spectaculaires que ceux des grandes batteries lourdes. Ces vestiges rappellent le rôle joué par les batteries secondaires dans l'organisation générale du Mur de l'Atlantique.

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(© Bundesarchiv_Bild_101I-113-0004-24)

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Abri pour personnel à la batterie Waldam

La batterie Oldenburg (Calais – Fort Vert)

Située dans les dunes du Fort Vert, à l'est de Calais, la batterie Oldenburg est la plus ancienne des grandes batteries lourdes aménagées dans le secteur calaisien. Son implantation fut décidée quelques semaines seulement après l'armistice franco-allemand de juin 1940, alors que le haut commandement préparait l'opération Seelöwe, le projet de débarquement en Angleterre. Le site fut retenu le 22 juillet 1940. Plusieurs critères présidèrent à ce choix tel que la proximité immédiate de la mer (environ 400 m), le relief peu marqué des dunes permettant un excellent camouflage, ainsi que la facilité d'accès depuis le port de Calais. À cette époque, la batterie devait participer à la couverture d'un éventuel débarquement allemand tout en interdisant aux bâtiments britanniques d'approcher des côtes françaises. Les travaux commencèrent dès la fin du mois de juillet 1940. À l'origine, la batterie comprenait deux plateformes circulaires en béton destinées à recevoir les pièces d'artillerie à ciel ouvert. Chaque canon était accompagné de deux soutes à munitions pouvant recevoir une trentaine de projectiles, ainsi que de deux abris pour les servants. Cette première organisation resta relativement sommaire. Les ouvrages peu protégés contre les bombardements et les bâtiments techniques étaient essentiellement constitués de constructions légères. Après l'abandon de l'opération Seelöwe, la batterie conserva une mission permanente de défense côtière. L'année 1942 marqua une transformation profonde de la position. À la suite de la décision de construire le Mur de l'Atlantique, les deux pièces furent progressivement mises sous blockhaus. Les travaux furent confiés à l'Organisation Todt, qui employait près de 660 ouvriers, ingénieurs et techniciens français, belges et allemands. Les anciennes positions ouvertes disparurent au profit de deux imposants blockhaus. Le chantier comprit également la réalisation d'un casernement permanent, de plusieurs abris pour le personnel, de soutes à munitions, d'une centrale électrique, d'ateliers, de postes de garde et d'un poste directeur de tir, dont la construction restera inachevée à la Libération. La batterie appartenait à la 2. Batterie de la Marine-Artillerie-Abteilung 244 (2./M.A.A. 244). En mars 1943, la garnison comptait 175 militaires, répartis entre 3 officiers, 34 sous-officiers et 138 hommes de troupe. Le commandement était assuré par l'Oberleutnant Werner Lokau, qui rejoindra ensuite la batterie Lindemann à Sangatte.

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Blockhaus Osel de la batterie Oldenburg

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Batterie Oldenburg

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Batterie Oldenburg

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Batterie Oldenburg

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Batterie Oldenburg

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Batterie Oldenburg

L'armement principal se composait de deux canons de 240 SK L/50. Construites à l'origine par Krupp avec un calibre de 254 mm, elles furent capturées par l'armée russe durant la Première Guerre mondiale, puis récupérées par l'Allemagne au cours de l'entre-deux-guerres. Elles furent alors réalésées au calibre allemand de 240 avant d'être successivement installées sur l'île de Borkum, puis sur le Westwall, avant leur transfert à Calais en 1940. Leur portée maximale atteignait environ 28 km, ce qui leur permet de contrôler efficacement les approches du détroit. Ces canons furent installés dans deux ouvrages bétonnés spécifiques de type SK (ouvrage spécifique pour canon de marine de 240). Édifiées entre 1941 et 1942, les bunkers abritant les pièces furent baptisés en référence à l'histoire des canons, le blockhaus est étant nommée Borkum (62 m de long pour 34 m de large), Ösel pour le blockhaus ouest (81 m sur 37 m). Leur taille imposante facilitant le repérage de la batterie par l'aviation alliée, les blockhaus furent recouverts avec des filets de camouflage pourvus d'arbustes factices, dans le but de se morfondre dans l'environnement dunaire. De plus, pour éviter que des éclats de projectiles ne pénètrent dans le blockhaus par la fenêtre de tir, celle-ci fut fermée par deux rideaux d'acier, pouvant s'ouvrir. Le blockhaus ouest comporte deux niveaux, tandis que le blockhaus est en possède trois. Chaque ouvrage comprend une chambre de tir ouverte vers la mer, plusieurs soutes à munitions, des locaux techniques, une salle des machines, des installations de ventilation, des escaliers desservant les niveaux inférieurs, des locaux de repos pour les servants et deux accès arrière protégés. Les projectiles et les gargousses étaient stockés dans des soutes distinctes, desservies par de longs couloirs reliant les entrées à la chambre de tir.

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Plan du RDC du blockhaus de la batterie Oldenburg

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Plan du sous-sol du blockhaus de la batterie Oldenburg

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Vue longitudinale du blockhaus de la batterie Oldenburg

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Vue transversale du blockhaus de la batterie Oldenburg

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Couloir du blockhaus de la batterie Oldenburg

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La chambre de tir du blockhaus de la batterie Oldenburg

La conduite des tirs était assurée depuis un Leitstand (PDT) implanté à proximité des blockhaus. Cet ouvrage regroupait les appareils optiques, les télémètres, les installations téléphoniques, les salles de calcul et les locaux du commandement. Le PDT avait une longueur de 18 m, une largeur de 12 m et une hauteur de 10 m. L'épaisseur des murs et de la dalle était de 2 m environ. La tour de direction de tir prévue dans le projet d'origine ne fut cependant jamais complètement achevée avant la Libération. La batterie comprenait deux abris pour personnel de type 622. Sur le site se trouvaient également plusieurs abris pour personnel de type 501, deux soutes à munitions, un poste sanitaire, plusieurs locaux techniques et des baraquements de chantier utilisés par l'Organisation Todt complétaient la position. En 1943, la batterie disposait également d'un armement destiné à assurer sa propre protection. Celui-ci comprenait notamment des canons français de 75, deux canons antichars de 50, deux canons de 40 Flak, deux canons de 20 Flak, deux mortiers belges et plusieurs mitrailleuses MG 34, MG 13 et des mitrailleuses françaises réemployées. Les mitrailleuses étaient installées dans des tobrouks de type Vf58c ou ouvrages équivalents. Pour abriter un des canons antichars fut construit, juste devant la batterie un Regelbau 629, permettant de loger à la fois la pièce et le personnel. Deux Regelbauten 612 (bunker pour canon de campagne) croisaient leur feu vers la mer à presque 200 m de la batterie. Ceux-ci devaient abriter un canon de 75, quatre pièces de ce calibre étant présentes sur place début 1944. Un bunker L411A, au nord-ouest du site, abritait un projecteur utile pour la défense antiaérienne.

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Plan d'un regelbau 629

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Plan d'un regelbau L411A

À partir du printemps 1944, la batterie fut soumise à des bombardements alliés de plus en plus fréquents. Les blockhaus résistaient relativement bien, mais les bâtiments annexes furent fortement endommagés. Lors de l'offensive canadienne contre Calais, la batterie participa à la défense de la forteresse jusqu'à la capitulation de la garnison. Le 1er octobre 1944, les soutes d'un des blockhaus explosèrent lors des opérations de neutralisation conduites par la 3e Division d'infanterie canadienne, provoquant l'effondrement partiel de l'ouvrage. La batterie Oldenburg est aujourd'hui l'un des ensembles les mieux conservés du Mur de l'Atlantique dans le Calaisis. Les deux blockhaus dominent toujours les dunes du Fort Vert. Autour d'elles subsistent plusieurs abris, des soutes à munitions, des tobrouks et différents ouvrages annexes. Depuis la transformation du site en 2017 en une zone naturelle, sous l'égide du Conservatoire du Littoral, ces vestiges constituent un témoignage remarquable de l'architecture militaire de la Kriegsmarine dans le Pas-de-Calais.

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Intérieur du L411A

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Soute à munitions de la batterie Oldenburg

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Couloir du blockhaus principal

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Le poste de direction de tir de la batterie Oldenburg

La batterie Lindemann (Sangatte)

La batterie Lindemann fut implantée sur le territoire de Sangatte, entre le cap Blanc-Nez et les faubourgs occidentaux de Calais. Son nom rend hommage au Generaloberst Ernst Lindemann, commandant du cuirassé Bismarck, disparu avec son navire le 27 mai 1941. Sa construction s'inscrivit dans la volonté allemande de renforcer considérablement l'artillerie lourde du détroit du Pas-de-Calais. Dès la fin de l'année 1941, le Haut Commandement de la Kriegsmarine décida d'établir une batterie moderne capable de compléter les tirs des batteries Todt et Grosser Kurfürst tout en assurant la couverture du chenal maritime le plus fréquenté de la Manche. Le chantier fut confié à l'Organisation Todt au début de 1942. L'importance des ouvrages imposa d'importants travaux de nivellement, la création de routes d'accès et l'installation d'une voie ferrée de chantier destinée à l'acheminement du béton, des armatures métalliques et des éléments des canons. La batterie fut confiée à la 5./Marine-Artillerie-Abteilung 244, bataillon d'artillerie côtière relevant du Seekommandant Pas-de-Calais. Cette unité fut chargée des principales batteries de la forteresse de Calais. La protection terrestre fut assurée par des détachements d'infanterie de la Heer et par des unités de Flak chargées de la défense antiaérienne du secteur.

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Blockhaus S262 (Turm IV de la batterie Todt)

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Vue actuelle de l'emplacement de la batterie Lindemann

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Obus de 406 mm provenant de la batterie Lindemann

La batterie reçut trois canons de 406 SK C/34, identiques à ceux prévus pour les cuirassés de la classe H (jamais construit). Ces pièces constituaient, avec celles de la batterie Todt, l'armement le plus puissant installé sur le littoral français. Chaque tube mesurait plus de vingt mètres de longueur et pesait plusieurs centaines de tonnes. Les projectiles, dont le poids dépassait une tonne, furent mis en œuvre grâce à un important système de manutention installé à l'intérieur des blockhaus. La portée maximale dépassait quarante kilomètres selon les munitions employées, permettant d'atteindre les eaux du détroit et certains objectifs situés sur la côte anglaise. Les trois canons étaient installés dans des blockhaus du type Sonderkonstruktion S262, spécialement conçus pour recevoir des pièces navales de 406. Chaque blockhaus S262 présente un plan sensiblement rectangulaire, aux angles adoucis afin de mieux répartir les contraintes et de réduire les effets des explosions. Le blockhaus S262 est long de 47 m et large de 29 m. Sa hauteur totale est de près de 20 m, dont une partie était enterrée. Les murs extérieurs atteignent 3,50 m d'épaisseur, tandis que la toiture est constituée d'une dalle de béton armé d'épaisseur comparable. Cette masse de béton représente 12 000 m³ pour un seul blockhaus. La façade tournée vers la mer est percée d'une unique embrasure, soigneusement dimensionnée pour permettre le débattement horizontal du canon tout en limitant la vulnérabilité de l'ouverture. Les parois de cette embrasure étaient renforcées par des éléments métalliques et des dispositifs destinés à limiter les éclats en cas d'impact. Chaque blockhaus comprend une chambre de tir, plusieurs soutes à projectiles, des soutes à gargousses, des monte-charges pour les munitions, une salle des machines avec un groupe électrogène, des installations de ventilation, des réserves d'eau, des locaux techniques et des chambres pour une partie des servants. Les trois blockhaus étaient espacés de plusieurs centaines de mètres afin qu'un bombardement ne puisse neutraliser simultanément plusieurs pièces.

plan détail tourelle todt
Plan d'un blockhaus S262

plan RDC tourelle todt
Plan du RDC d'un blockhaus S262

Le poste directeur de tir était installé dans un imposant Leitstand Regelbau M262 dominant l'ensemble de la batterie. Cet ouvrage comprenait plusieurs postes d'observation, des télémètres de grande base, les salles de calcul balistique, le central téléphonique, les installations radio et les bureaux du commandement. L'ensemble était relié aux trois blockhaus par un réseau enterré de câbles téléphoniques et électriques. Autour des blockhaus principaux furent construits des soutes à munitions, une centrale électrique, des ateliers mécaniques, des dépôts de carburant, des citernes, des garages, des casernements bétonnés, cuisines et infirmerie. Toutes ces installations étaient reliées par un réseau de routes bétonnées permettant la circulation permanente des véhicules de ravitaillement. La batterie était protégée par un important système défensif composé de tobrouks pour mitrailleuses, encuvements pour canons antichars, positions de Flak de 20, 37 et 88, réseaux de tranchées, champs de mines, réseaux de barbelés et obstacles antichars.

plan m262
Plan d'un regelbau M262

cap blanc nez 12
Vestige du M262 au cap Blanc-Nez

À partir de 1943, la batterie Lindemann devint l'un des principaux objectifs de la Royal Air Force puis de l'US Army Air Forces. Malgré plusieurs centaines de tonnes de bombes larguées sur le secteur, les blockhaus résistèrent remarquablement. Les dégâts concernaient surtout les ouvrages annexes et les voies de communication, rapidement réparés par les équipes de l'Organisation Todt. Après la percée de Normandie, la batterie participa à la défense de la forteresse de Calais. Les troupes canadiennes de la 3e Division d'infanterie, appuyées par une artillerie lourde et par l'aviation tactique, entreprirent la réduction progressive des positions allemandes à partir de la seconde quinzaine de septembre 1944. Isolée du reste des forces allemandes, privée d'une partie de ses moyens de communication et soumise à un bombardement continu, la batterie cessa progressivement son activité. La capitulation générale de la forteresse de Calais entraîna la reddition de la garnison. Après la guerre, plusieurs ouvrages furent partiellement démantelés, mais les trois blockhaus S262 demeuraient parmi les plus impressionnantes réalisations de l'Organisation Todt dans le Pas-de-Calais. Dans les années 1980, la zone fut utilisée pour le stockage des remblais lors de la construction du tunnel sous la Manche. Les trois grands blockhaus ont été enterrés, mais il est encore possible de voir quelques traces de la batterie, ainsi que des cratères provenant de nombreux obus et bombes alliés.

Bundesarchiv_Bild_101I-364-2314-09A, Frankreich, Atlantikwall, Batterie Lindemann
Batterie Lindemann (© Bundesarchiv Bild 101I-364-2314-09A)

Bundesarchiv_Bild_101I-364-2314-16A, Atlantikwall, Batterie Lindemann
Batterie Lindemann (© Bundesarchiv Bild 101I-364-2314-16A)

Bundesarchiv Bild 146-1977-050-03, Atlantikwall, Geschützbunker
Batterie Lindemann (© Bundesarchiv Bild 146-1977-050-03)

German coast artillery in the Pas-de-Calais area 01
Batterie Lindemann en construction (© Wikipédia)

La batterie Großer Kurfürst (Audinghen – Cap Gris-Nez)

Le cap Gris-Nez constitue le point culminant de la côte boulonnaise entre Wissant et Audinghen. Dominant la Manche d'une cinquantaine de mètres, il offre un panorama exceptionnel sur le détroit du Pas-de-Calais et les falaises de Douvres. Dès le XIXe siècle, le site fut reconnu comme un excellent observatoire maritime. Les autorités militaires françaises y aménagèrent plusieurs positions de surveillance, dont certaines furent réutilisées après juin 1940 par les Allemands. Lorsque les troupes allemandes atteignirent le cap Gris-Nez le 23 mai 1940, elles comprirent immédiatement l'intérêt stratégique du site. La proximité de l'Angleterre permettait une observation permanente du trafic maritime allié, tandis que la topographie offrait des conditions idéales pour l'installation d'artillerie lourde. Dans un premier temps, seules des positions de campagne furent établies. Quelques pièces furent installées dans des encuvements en terre, complétées par des postes d'observation provisoires et des baraquements destinés aux servants. Ces installations devaient assurer la surveillance du détroit dans l'attente de la réalisation d'une batterie permanente. La décision de construire une batterie lourde fut prise au cours de l'année 1941. Le chantier fut confié à l'Organisation Todt, qui entreprit d'importants travaux de terrassement sur le plateau situé au sud-ouest du phare du cap Gris-Nez. Les premiers ouvrages furent coulés durant l'hiver 1941-1942. Les travaux s’intensifièrent après la mise en œuvre du programme du Mur de l'Atlantique, au printemps 1942. Les difficultés furent nombreuses : le sous-sol crayeux nécessita des fondations profondes et les vents violents compliquaient le montage des coffrages. Comme sur les autres grands chantiers du Pas-de-Calais, plusieurs entreprises allemandes travaillèrent aux côtés d'entreprises françaises réquisitionnées. Les matériaux arrivaient principalement par voie ferrée jusqu'à Marquise, avant d'être transportés par camions vers le chantier. La batterie fut intégrée à la Marine-Artillerie-Abteilung 242 (M.A.A. 242), unité créée pour assurer la défense côtière du secteur compris entre le cap Gris-Nez et le cap Blanc-Nez. La M.A.A. 242 fut organisée en plusieurs batteries réparties sur le littoral. Chaque batterie possédait son propre commandement, mais dépendait de l'état-major du bataillon pour les opérations, les transmissions et la logistique. La défense terrestre était renforcée par des éléments de la Heer chargés d'occuper les positions périphériques.

Bunker grozer kurfurst
Soute à munitions de la batterie Großer Kurfürst

Bunker grozer kurfurst 1
Soute à munitions de la batterie Großer Kurfürst

La batterie reçut quatre canons navals de 280 SK L/50, provenant des réserves de la Kriegsmarine. Ces pièces étaient capables d'engager des objectifs situés à plusieurs dizaines de kilomètres. Leur rôle consistait principalement à interdire la navigation dans le détroit et à compléter les tirs des autres batteries lourdes du secteur. L'artillerie principale était complétée par plusieurs armes destinées à la défense rapprochée. La batterie s'étendit sur plusieurs hectares. Les différents ouvrages étaient volontairement dispersés afin de limiter les effets d'un bombardement. Les quatre canons étaient montés dans des tourelles blindées permettant un tir tous azimuts. Ces tourelles reposaient sur des ouvrages spécifiques de la Kriegsmarine Sonderkonstruktion S412 (Bettung für 280 Turmgeschütz). Ces blockhaus avaient une longueur de 22 m, une largeur de 18 m et une hauteur de 10 m dont 5 étaient enterrées. La dalle supérieure et les murs avaient une épaisseur de 2 m. Chaque ouvrage comprenait au niveau supérieur la tourelle blindée avec ses mécanismes de rotation et système d'élévation et les accès techniques. Au niveau inférieur se trouvaient les locaux électriques, les salles de commande, les réserves techniques et les monte-charge à munitions. La batterie ne possédait pas un Leitstand standard de type Heer, mais un poste de direction adapté à une batterie navale lourde. Il avait une longueur de 18 m, une largeur de 12 m et une hauteur de 10 m. Les murs et les dalles avaient une épaisseur de 2 m. À partir de 1943, la batterie fut associée à un radar de surveillance maritime de type FuMO 214 Würzburg Riese installé dans le secteur de Cran-aux-Œufs. Plusieurs observatoires secondaires étaient répartis à proximité des falaises. La batterie comprenait plusieurs abris pour personnel de type 622 et plusieurs abris pour personnel de type 501. La batterie possédait des soutes à munitions séparées pour les obus de 280 et les charges propulsives. Chaque magasin avait une longueur de 20 à 30 m, une largeur de 6 à 10 m et une hauteur intérieure de 3 à 4 m. La dalle en béton avait une épaisseur de 2 m et les murs une épaisseur de 1,5 à 2 m. La batterie possédait également plusieurs soutes à munitions Regelbau 134. La batterie possédait également un petit ouvrage sanitaire. La défense rapprochée comprenait plusieurs tobrouks de type Vf58c armées d'une mitrailleuse, des emplacements de Flak légère, des positions pour mortiers, des tranchées bétonnées, des réseaux de barbelés, des champs de mines et des obstacles antichars. L'ensemble formait un périmètre défensif autonome capable de résister à une attaque terrestre.

plan s412
Plan d'un regelbau S412

À partir de 1943, la batterie fit l'objet de bombardements réguliers de la Royal Air Force puis de l'United States Army Air Forces. Si les ouvrages annexes subirent des dégâts parfois importants, les blockhaus résistèrent dans l'ensemble aux bombes conventionnelles grâce à leur construction particulièrement robuste. Après la percée alliée de Normandie, les forces canadiennes entreprirent la réduction des positions allemandes du Boulonnais dans le cadre de l'opération Wellhit. La batterie participa à la défense du cap Gris-Nez en coordination avec les autres positions de la M.A.A. 242. Soumise à de violents bombardements terrestres et aériens, elle fut progressivement isolée. Les communications devinrent difficiles et plusieurs ouvrages furent neutralisés. À la fin du mois de septembre 1944, après la chute de Boulogne-sur-Mer et l'effondrement des positions voisines, la garnison déposa les armes avec le reste des unités allemandes du secteur. Après 1945, plusieurs ouvrages furent dynamités ou partiellement ensevelis afin de sécuriser le site. Malgré ces destructions, la batterie conserve aujourd'hui un nombre important de vestiges.

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La batterie FjellFestning en 1963 (identique à la batterie Großer Kurfürst)

La batterie Todt (Haringzelles – Audinghen) (voir la page dédiée)

La batterie Friedrich August (Wimille)

Parmi les grandes batteries navales établies sur le littoral du Pas-de-Calais, la batterie Friedrich August occupe une place particulière. Contrairement aux batteries de Sangatte ou du cap Gris-Nez, essentiellement tournées vers le détroit du Pas-de-Calais, elle fut implantée au nord de Wimille, sur les hauteurs dominant la côte entre Boulogne-sur-Mer et Wimereux. Son altitude, supérieure à 80 m, offrait un vaste champ d'observation sur la Manche et permit de couvrir les approches maritimes du port de Boulogne. La batterie fut aménagée dès l'été 1940, dans le contexte de l'opération Seelöwe. Sa mission initiale était de participer à la couverture du futur débarquement allemand en Angleterre tout en protégeant les concentrations navales installées dans le port de Boulogne. Après l'abandon du projet d'invasion, elle devint un élément permanent du dispositif de défense du littoral et fut progressivement intégrée au Mur de l'Atlantique.

Les premiers travaux débutèrent durant l'été 1940. Les trois pièces d'artillerie furent d'abord installées sur des plateformes ouvertes protégées par des remblais de terre. Les servants étaient logés dans des baraquements en bois et des abris semi-enterrés. À partir de 1941, l'Organisation Todt entreprit la transformation complète de la position. Les anciennes plateformes furent remplacées par de puissants blockhaus. Le chantier mobilisa plusieurs centaines d'ouvriers et nécessita des volumes considérables de béton et d'acier. Les travaux se poursuivirent durant l'année 1942 avec la construction des ouvrages annexes, abris pour le personnel, magasins à munitions, centrale électrique, poste directeur de tir, voies de circulation bétonnées et positions de défense rapprochée. La batterie dépendait de la Marine-Artillerie-Abteilung 240, bataillon d'artillerie côtière chargé de la défense du secteur de Boulogne-sur-Mer. Créée en mai 1940, cette unité fut transférée dès le mois de juin sur la côte du Pas-de-Calais. Son état-major s'installa dans le secteur de Wimereux et coordonna plusieurs batteries de la région, notamment Friedrich August, les deux batteries du fort de la Crèche, la batterie du Mont de Couple et diverses positions installées autour du port de Boulogne.

La batterie était équipée de trois canons Škoda de 305 SK L/50, modernisée par Krupp avant leur installation sur le littoral français. Ces pièces, d'origine austro-hongroise puis tchécoslovaque, disposaient d'une portée d'environ cinquante kilomètres, leur permettant de couvrir une grande partie de la Manche orientale. Contrairement aux grandes batteries de type Todt ou Lindemann, Friedrich August n’était pas constitué de gigantesques blockhaus pour pièces sous béton, mais d’un ensemble mixte comprenant trois plateformes de tir bétonnées, des abris Regelbau, un poste directeur de tir, des soutes à munitions et des ouvrages de défense rapprochée. Les emplacements de tir pour canons de 305 étaient des ouvrages spécifiques de la Kriegsmarine (Bettung für 305 SK L/50). Le diamètre de la plateforme était de 14 m. La longueur totale de l’ensemble bétonné était d'environ 18 m pour une largeur de 15 m. Chaque position comprenait une plateforme circulaire, des rails ou chemins de roulement, des niches à munitions et les abris pour servants. Les charges et obus étaient stockés dans des locaux séparés. Un ouvrage de type Regelbau 637 fut associé au secteur de Wissant et du Boulonnais pour les fonctions d’observation et de conduite de tir. Le Regelbau 637 servait principalement de poste d’observation, de poste télémétrique et d'installation de mesure. Le Regelbau 637 comprenant une salle d'observation, un local de calcul, un local de transmission et un sas d'entrée. Il avait une longueur de 11,40 m, une largeur de 8,40 m et une hauteur de 4,50 m pour un volume de béton d'environ 445 m³.

plan 637
Plan d'un regelbau 637

La batterie comprenait plusieurs abris de type 622 et plusieurs abris pour personnel de type 501. Elle possédait également plusieurs soutes à munitions Regelbau 134. Les canons de 305 nécessitaient d’importantes réserves. Les soutes étaient séparées entre les projectiles et les charges propulsives. Chaque soute avait une longueur de 30 m, une largeur de 10 m et une hauteur intérieure de 4 m. Les murs avaient une épaisseur de 1,5 à 2 m et la dalle une épaisseur de 2 m. L'ensemble de la batterie était entouré d'un dispositif défensif comprenant des tobrouks pour mitrailleuses, des encuvements pour armes automatiques, des positions de Flak légère, des réseaux de tranchées, des champs de mines et d'un réseau de barbelés.

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Canon antiaérien (FLAK) de 88 mm

À partir de 1943, la batterie Friedrich August fut régulièrement bombardée par la Royal Air Force. Les attaques s’intensifièrent durant l'été 1944 afin de neutraliser les positions côtières protégeant Boulogne-sur-Mer. Les blockhaus résistèrent globalement aux bombardements, mais les bâtiments annexes, les voies de circulation et plusieurs installations techniques furent fortement endommagés. Lors de l'opération Wellhit, lancée contre la forteresse de Boulogne, les unités canadiennes atteignirent le secteur de Wimille le 18 septembre 1944. Après deux jours de combats et de bombardements, la batterie fut réduite au silence le 19 septembre 1944, en même temps que les autres positions allemandes couvrant les approches nord de Boulogne-sur-Mer. Une partie des ouvrages est encore conservée. Si plusieurs blockhaus demeurent visibles, certains sont situés sur des terrains privés. Subsistent également des tobrouks, des abris, des soutes à munitions ainsi que des tronçons de voirie militaire.

Les batteries de la Crèche (Wimereux) (voir la page dédiée)

Les batteries du sud du Pas-de-Calais

Le sud du Pas-de-Calais occupait une place différente dans l’organisation allemande du Mur de l’Atlantique. Contrairement au secteur du détroit, concentrant les plus grandes batteries de la Kriegsmarine, la côte comprise entre Berck-sur-Mer, Merlimont et Étaples constituait une zone de défense intermédiaire. Cette portion du littoral présentait néanmoins un intérêt stratégique important. Les longues plages sableuses qui s’étendent entre la baie d’Authie et l’estuaire de la Canche offraient des possibilités favorables à une opération amphibie alliée. Les batteries de Berck, Merlimont et Étaples ne possédaient pas la puissance des grandes batteries lourdes du nord du département, mais elles constituaient des éléments indispensables de la défense en profondeur. La côte sud du Pas-de-Calais relevait du dispositif général de la Küstenverteidigung allemande. Les batteries étaient placées sous l’autorité du Heeres-Küsten-Artillerie-Abteilungen (H.K.A.A.), unités de défense côtière rattachées à la Wehrmacht. Contrairement aux grandes batteries de la Kriegsmarine autour de Calais et Boulogne, ces positions étaient davantage orientées vers la défense terrestre, l’interdiction des plages et le tir contre les embarcations de débarquement. Les effectifs étaient donc plus réduits et les infrastructures moins importantes. Les batteries du sud du Pas-de-Calais furent moins bombardées que les grandes positions du détroit. Les Alliés concentrèrent leurs efforts sur les batteries lourdes, les ports et les centres de commandement. Cependant, les installations de Berck, Merlimont et Étaples firent l’objet d’une surveillance aérienne et de frappes ponctuelles. Les dégâts concernèrent principalement les ouvrages légers, les installations extérieures et les réseaux de communication. Lors de la libération du littoral sud, contrairement aux secteurs fortifiés de Boulogne et Calais, les batteries du sud du département n'opposèrent pas une forte résistance. Lors de l’avance alliée de septembre 1944, les unités allemandes abandonnèrent progressivement ces positions. Les troupes alliées progressèrent rapidement vers le nord après la rupture du front allemand. Les batteries cessèrent donc leur activité sans livrer de combats prolongés.

La batterie d’Étaples

La batterie d’Étaples protégeait l’embouchure de la Canche, secteur considéré comme sensible. L’estuaire constitue une voie naturelle pouvant être utilisée par des forces débarquées souhaitant progresser vers l’intérieur des terres. Après 1940, les Allemands installèrent plusieurs positions autour d’Étaples. Le secteur bénéficia déjà d’infrastructures militaires héritées de la Première Guerre mondiale et de l’entre-deux-guerres. Les ouvrages du Mur de l’Atlantique renforcèrent progressivement ce dispositif. La batterie était équipée de canons Krupp K18/L50 de 170 d'une portée de 29 km. Elle était servie par le 8./HKAR 1245. Les canons furent installés dans quatre blockhaus R688. Le Regelbau 688 est un blockhaus pour un canon de campagne. Long de 20 m, large de 18,50 m et haut de 3,80 m, il représente un volume de 1750 m³ de béton. Les murs et les dalles ont une épaisseur de 12,50 m. Il comprend une chambre de tir avec embrasure de type Todt, deux locaux pour le stockage des munitions et une entrée pour le personnel. Le secteur était complété par des tobrouks pour mitrailleuses, des réseaux de tranchées et des obstacles côtiers.

plan 688
Plan d'un regelbau 688

bunker etaples
Un blockhaus 688 de la batterie d'Etaples (© Wikipédia)

La batterie de Merlimont

La batterie de Merlimont (9/AR149) constituait une position intermédiaire entre Berck et l’estuaire de la Canche. Créée après 1940, elle fut renforcée à partir de 1942 dans le cadre du Mur de l’Atlantique. Elle était armée de quatre obusiers FH414 de 155 installés dans des encuvements en plein air (en cours de mise en place dans des blockhaus). Elle comprenait deux blockhaus R669, quatre abris antichars, un blockhaus R128 et un canon Flak 30 de 20 mm. Le Regelbau 128 est un abri pour vingt personnes qui comprend deux chambrées avec deux sas d'entrée. Il avait une longueur de 20 m, une largeur de 9 m et une hauteur de 4 m pour un volume de béton d'environ 406 m³. Le Regelbau 669 est un blockhaus pour un canon de campagne. Long de 14,70 m, large de 8,50 m et haut de 3,80 m, il représente un volume de 495 m³ de béton. Les murs et les dalles ont une épaisseur de 1,50 m. Il comprend une chambre de tir avec embrasure blindée, deux locaux pour le stockage des munitions et une entrée pour le matériel.

plan L669
Plan d'un regelbau L669

plan 128
Plan d'un regelbau 128

vue aérienne batterie merlimot 1916
Vue aérienne de la batterie de Merlimont

La batterie Berck Nord

La batterie Berck Nord était implantée au nord de la ville de Berck-sur-Mer, dans un secteur de dunes dominant le littoral. Les premières installations apparurent après l’occupation allemande de 1940. Elle constituait une position importante du secteur sud du Pas-de-Calais. Elle était équipée de trois canons de 170 SK L/40 installés en plein air sur des plateformes circulaires en béton. Le poste directeur de tir de Berck Nord était un ouvrage Regelbau R636a. Il est aujourd’hui détruit. Ce blockhaus avait une longueur de 20,80 m, une largeur de 14,50 m et une hauteur de 5,50 m. L'épaisseur des murs et des dalles était de 2 m. Le bâtiment comprenait une salle d’observation, une salle de calcul, un local radio, un local pour le personnel et un sas d’entrée. La batterie possédait également un Regelbau 621 (abri pour dix hommes), un Regelbau 127 (abri pour 10 hommes), cinq Regelbau 630 (blockhaus pour mitrailleuse), deux Regelbau 611 (canon de campagne), un Regelbau 624 (poste de combat), un Regelbau 105b (blockhaus pour mitrailleuse), quatre abris Vf2a et plusieurs soutes à munitions Vf7a/Vf7b. Le Regelbau 621 comprenant une chambrée, un sas d'entrée, un local de ventilation et un local technique. Pouvant abriter une dizaine d'hommes, il avait une longueur de 10 m, une largeur de 12 m et une hauteur de 4 m pour un volume de béton d'environ 356 m³. Un tobrouk était intégré dans la façade arrière. Le Regelbau 630 est un blockhaus pour mitrailleuse. Long de 8,50 m, large de 7,60 m et haut de 3,50 m, il représente un volume de 610 m³ de béton. Les murs et les dalles ont une épaisseur de 1,50 m. Il comprend une chambre de tir avec embrasure blindée, un local pour les servants et une soute à munitions. Le Regelbau 611 est un blockhaus pour un canon de campagne. Long de 22,80 m, large de 16 m et haut de 3,60 m, il représente un volume de 1330 m³ de béton. Les murs et les dalles ont une épaisseur de 2,50 m. Il comprend une chambre de tir avec embrasure blindée, un local pour les servants, deux locaux pour le stockage des munitions, une entrée pour le matériel et un sas d'entrée pour le personnel protégé par un créneau pour mitrailleuse. Un tobrouk est intégré dans la façade arrière. Le Regelbau 624 est un poste de combat / abri pour arme automatique. Il a une longueur de 9 m et une largeur de 8 m pour un volume de 590 m³. Le Regelbau 105b est un blockhaus pour mitrailleuse avec flanquement. Il a une longueur de 11 m et une largeur de 10 m pour un volume de 564 m³.

plan 636
Plan d'un regelbau 636

plan 621
Plan d'un regelbau 621

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Plan d'un regelbau 127

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Plan d'un regelbau 630

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Plan d'un regelbau R611

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Plan d'un regelbau R105

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Plan d'un regelbau 624

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Un tobrouk

La batterie Berck Sud

La batterie de Berck Sud complétait la position nord en direction de la baie d’Authie. Elle possédait une organisation plus légère. Elle comprend principalement des positions d’artillerie ouvertes, plusieurs abris Regelbau 622 et 501 et tobrouk Vf58c.

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Blockhaus sur la plage de Berck-sur-Mer

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Blockhaus sur la plage de Berck-sur-Mer

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Blockhaus sur la plage de Berck-sur-Mer

Les traces des batteries du sud du Pas-de-Calais sont aujourd’hui fragmentaires. Elles comprennent encore certains encuvements, des blocs bétonnés, des abris et des éléments de défense rapprochée. L’érosion littorale a fortement affecté plusieurs ouvrages, notamment dans les secteurs dunaires. La disparition progressive des structures est également liée au démantèlement après guerre, à la récupération des matériaux et aux aménagements touristiques.

Le Pas-de-Calais a constitué l’un des secteurs les plus fortement militarisés du Mur de l’Atlantique. La concentration exceptionnelle des ouvrages s’explique par la situation géographique du département : proximité de l’Angleterre, importance du détroit, présence des ports de Boulogne, de Calais et de Dunkerque et la crainte permanente d’un débarquement allié. Les grandes batteries lourdes, Todt, Lindemann, Großer Kurfürst, Oldenburg et Friedrich August formaient l’ossature offensive et défensive du dispositif allemand. Autour d’elles, des dizaines de batteries secondaires et de positions d’appui assuraient une défense en profondeur. La puissance de ces ouvrages ne permit cependant pas aux Allemands de conserver le contrôle du littoral. Après le débarquement allié en Normandie, les batteries du Pas-de-Calais devinrent des positions isolées. Les opérations canadiennes de septembre 1944 réduisirent successivement les poches de Boulogne, de Calais et les dernières positions côtières. La plupart des batteries cessèrent alors définitivement leur activité. Aujourd’hui, les vestiges du Mur de l’Atlantique dans le Pas-de-Calais constituent un patrimoine historique majeur. Les blockhaus massifs de Todt, Lindemann, Oldenburg ou Großer Kurfürst rappellent l’importance stratégique accordée au détroit. Les ouvrages plus modestes de Berck, Merlimont, Oye-Plage ou Marck témoignent quant à eux de la volonté allemande de fortifier l’intégralité du littoral. En moins de quatre années, les côtes du Pas-de-Calais furent transformées en une gigantesque ligne d’artillerie et de béton, dont les vestiges demeurent aujourd’hui parmi les témoignages les plus importants de la fortification allemande de la Seconde Guerre mondiale en Europe occidentale.

Les Dombunker et les canons ferroviaires Krupp K5(E) dans le Pas-de-Calais

Parmi toutes les armes déployées sur le littoral du Pas-de-Calais entre 1940 et 1944, les canons sur voie ferrée de type 280 K5(E) figurent parmi les plus impressionnants. Destinés à bombarder la côte anglaise depuis la France occupée, ils constituent un complément mobile aux grandes batteries côtières fixes comme la batterie Lindemann, Grosser Kurfürst ou Todt. Afin d'assurer leur protection contre les bombardements britanniques, l'Organisation Todt réalisa un type d'ouvrage très particulier : le Dombunker, parfois appelé Dom-Bunker, Cathédrale ou Eisenbahn-Dombunker. Ces immenses hangars blindés en béton armé permettaient d'abriter entièrement un canon K5(E), sa locomotive et son personnel tout en le rendant beaucoup moins vulnérable aux attaques aériennes. Trois de ces ouvrages furent construits dans le Pas-de-Calais, ce qui constitue une concentration unique en Europe.

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L'unique canon K5 survivant est exposé au musée de la batterie Todt

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Canon K5

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Canon K5

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Canon K5

L'artillerie sur voie ferrée apparaît dès la fin du XIXe siècle, mais connut son apogée durant la Première Guerre mondiale. Les énormes pièces navales réformées étaient alors installées sur des affûts ferroviaires afin d'obtenir une très longue portée, une grande mobilité stratégique et la possibilité d'utiliser les réseaux ferrés existants. Après le traité de Versailles, l'Allemagne perdit officiellement son artillerie lourde. Durant les années 1930, la firme Krupp reprit discrètement les études. En 1934 fut lancé le programme du futur 280 K5(E). L'objectif était de disposer d'une pièce plus précise que les anciens canons de la Grande Guerre, capable de bombarder les ports britanniques et transportable rapidement sur tout le réseau ferré européen. Le premier exemplaire entra en service en 1936. Au total, seulement 25 exemplaires furent construits entre 1937 et 1943. Après la campagne de France de juin 1940, Hitler prépara l'invasion de la Grande-Bretagne. L'opération reçoit le nom de Seelöwe (Opération Lion de mer). Le Pas-de-Calais devint alors la principale base offensive allemande. Plusieurs batteries ferroviaires y furent déployées. Les premières unités arrivèrent durant l'été 1940. Ce furent les Eisenbahn Batterie 712, Eisenbahn Batterie 713 et Eisenbahn Batterie 765. Chaque batterie disposait généralement de deux canons K5(E). Les positions furent établies près de Wimereux, Hydrequent, Calais et Coquelles afin de pouvoir atteindre Douvres, Folkestone et d'autres objectifs britanniques. Après l'abandon de Seelöwe, ces batteries demeurèrent sur le littoral pour maintenir une pression constante sur la côte anglaise.

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canon K5 2026-8

Dès les premiers tirs, les Britanniques comprirent rapidement que ces énormes canons représentaient une menace. La Royal Air Force lança donc des attaques répétées contre les positions ferroviaires. Comme un canon K5 coûtait extrêmement cher et que sa perte serait difficilement remplaçable, l'Organisation Todt imagina alors un gigantesque abri capable d'abriter entièrement le train d'artillerie, de protéger le matériel des bombardements, de permettre les opérations d'entretien et de masquer les mouvements aux reconnaissances aériennes. Ainsi naquit le Dombunker, dont le toit en berceau brisé évoque les voûtes d'une cathédrale gothique, d'où son appellation. Trois ouvrages principaux furent réalisés à Hydrequent, à Wimereux (Pointe aux Oies) et à Calais (terrain Asfeld). Celui de Calais demeure le mieux conservé. Le Dombunker constitue l'un des plus grands types d'abris du Mur de l'Atlantique. Il a une longueur de 80 m, une largeur de 12 m et une hauteur de 10 m. Les murs atteignent 1,50 m d'épaisseur, tandis que de lourdes portes blindées d'environ 20 cm d'épaisseur fermaient les deux extrémités. L'ensemble pouvait être recouvert de filets de camouflage afin de réduire sa visibilité aérienne. À l'intérieur, la voie ferrée traverse l'ouvrage de part en part, permettant l'entrée du train d'artillerie sans manœuvres complexes. Le volume intérieur est suffisant pour accueillir le canon, la locomotive, les wagons de munitions et les équipes de maintenance. Des locaux techniques et des installations électriques complètent l'aménagement. Le K5(E) représentait l'aboutissement de l'artillerie ferroviaire allemande. Le canon avait un calibre de 283 mm pour une longueur de tube de 21,50 m. La masse du canon était de 218 tonnes. Sa portée était de 62 km avec les obus classiques et jusqu'à 86 km avec des projectiles à assistance-fusée. La cadence de tir était d'environ 8 coups par heure. Le tube était monté sur un affût ferroviaire d'une longueur de 31 m reposant sur deux bogies à six essieux. Le pointage en azimut était obtenu par des sections de voie courbes ou des dispositifs spécifiques, tandis que l'élévation du tube assurait le réglage de la portée. Le K5 utilisait plusieurs types de projectiles, obus explosifs, obus perforants ou obus à assistance-fusée.

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Le Dombunker de Calais

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Le Dombunker de Calais

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Le Dombunker de Calais

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Le Dombunker de Calais

À partir de septembre 1940, les K5 bombardèrent régulièrement Douvres, Folkestone, Ramsgate et les convois empruntant le détroit du Pas-de-Calais. Les tirs étaient essentiellement destinés à entretenir une pression psychologique sur les populations et à perturber le trafic maritime. Leur efficacité militaire resta limitée, même si plusieurs milliers d'obus tombèrent sur la région de Douvres et occasionnèrent des destructions importantes. Après le 6 juin 1944, les batteries ferroviaires demeurèrent dans le Pas-de-Calais, les autorités allemandes continuant à craindre un débarquement principal dans cette région. À mesure que les forces alliées progressaient, les unités se replièrent vers les Pays-Bas. Les canons qui ne purent être évacués furent sabotés par leurs équipages pour éviter leur capture. Le seul K5(E) visible en Europe est aujourd'hui exposé au musée de la batterie Todt à Audinghen. Récupéré comme prise de guerre par l'armée française, il fut longtemps conservé à l'arsenal de Tarbes avant son transfert au musée en 1991, où il a fait l'objet d'une importante restauration.

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Le Dombunker de Wimereux

Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.

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Cette page a été mise en ligne le 25 septembre 2026

Cette page a été mise à jour le 25 septembre 2026