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La batterie Todt

Édifiée sur les hauteurs d'Haringzelle, au sud du cap Gris-Nez, sur le territoire de la commune d'Audinghen, la batterie Todt constitue l'un des ouvrages militaires les plus impressionnants construits par l'Allemagne nazie sur le littoral français durant la Seconde Guerre mondiale. Conçue pour contrôler le détroit du Pas-de-Calais et frapper les côtes britanniques, elle faisait partie du vaste système défensif et offensif connu sous le nom de Mur de l'Atlantique. Par la puissance de ses quatre canons de marine de 380 mm installés sous d'immenses blockhaus en béton armé, la batterie Todt représentait, après la batterie Lindemann, l'une des plus redoutables positions d'artillerie côtière d'Europe occidentale. Elle demeure aujourd'hui l'un des ensembles les mieux conservés du Mur de l'Atlantique, dont une casemate est transformée en musée.

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La Turm IV de la batterie Todt

La campagne de France s’acheva en juin 1940 par la victoire allemande. Dès les semaines suivantes, Adolf Hitler envisagea l'invasion de la Grande-Bretagne (opération Seelöwe). Pour préparer cette éventuelle opération, la maîtrise du détroit du Pas-de-Calais devint essentielle. Le cap Gris-Nez constituait alors un emplacement exceptionnel. Seulement 34 km séparent le cap des falaises de Douvres, le trafic maritime de la Manche y est extrêmement dense, l'altitude des plateaux offre un remarquable champ de tir et la craie permet de construire d'importants ouvrages souterrains. Très rapidement, la Kriegsmarine décida d'y installer plusieurs batteries lourdes capables de bombarder les ports anglais, de protéger les convois allemands et de verrouiller le détroit. La future batterie Todt était alors connue sous le nom de batterie Siegfried. Les premiers travaux débutèrent durant l'été 1940. Ils furent confiés à l'Organisation Todt, gigantesque entreprise militaro-industrielle chargée de réaliser les grands travaux du Reich. Les travaux mobilisèrent plusieurs milliers d'ouvriers, des prisonniers de guerre, des travailleurs réquisitionnés français, belges et hollandais et un matériel colossal de terrassement. Le chantier nécessita l'ouverture de carrières, la création de routes militaires, l'installation de voies ferrées Decauville et la réalisation de centrales à béton directement sur place. Des centaines de milliers de mètres cubes de béton furent coulés. Chaque blockhaus exigea plusieurs milliers de tonnes d'acier et des murs atteignant parfois plus de 3,50 m d'épaisseur. Le 8 février 1942, Fritz Todt, ministre de l'Armement et fondateur de l'Organisation Todt, trouva la mort dans un accident d'avion près du quartier général d'Hitler. Deux jours plus tard, le 10 février 1942, la batterie fut officiellement inaugurée en présence des plus hautes autorités de la Kriegsmarine, notamment les grands amiraux Erich Raeder et Karl Dönitz. À cette occasion, elle fut rebaptisée "Batterie Todt" en hommage à Fritz Todt.

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Le Turm I de la batterie Todt

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Le Turm I

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Le Turm I

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Le Turm I

La principale originalité de la batterie résidait dans son armement. Elle reçut quatre canons de marine SK C/34 de 380 mm, identiques à ceux équipant les cuirassés de la classe Bismarck. Chaque pièce présente des caractéristiques impressionnantes. Avec un calibre de 380 mm, la longueur du tube était de 20 m pour un poids de 110 tonnes. Il pouvait expédier un obus de 800 kg à une distance maximale de 42 km. La cadence de tir était environ un coup toutes les trois à cinq minutes. Grâce à leur portée, ces canons pouvaient atteindre sans difficulté les environs de Douvres et interdire une grande partie de la navigation dans le détroit. Contrairement à l'image souvent véhiculée d'une simple batterie de quatre canons, la batterie Todt constituait en réalité une véritable forteresse autonome occupant près de 70 hectares. Son organisation répondait à une logique militaire extrêmement rigoureuse : assurer le tir de très longue portée, résister aux bombardements les plus violents et permettre à la garnison de poursuivre le combat même en cas d'encerclement. L'ensemble comprenait quatre blockhaus de tir (Turm I à IV) destinés aux canons de 380 mm, deux importants dépôts de munitions enterrés à Onglevert, reliés aux casemates par des routes et des voies Decauville, plusieurs blockhaus techniques (centrale électrique, ateliers, transmissions, poste médical), des baraquements pour la troupe et les officiers, un poste central de direction de tir, des observatoires avancés sur les falaises du cap Gris-Nez et du Cran aux Œufs et une importante défense rapprochée composée de tobrouks, d'abris de combat, de canons antichars et de batteries antiaériennes. La garnison comptait environ 500 à 600 hommes appartenant à la Marine-Artillerie-Abteilung 242 de la Kriegsmarine, auxquels s'ajoutaient des personnels techniques, des spécialistes des transmissions et des équipes de maintenance.

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Le Turm I

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Couloir du Turm I

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Couloir du Turm I

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La chambre de tir du Turm I

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Le plafond de la chambre de tir du Turm I

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La chambre de tir du Turm I

Après près de deux années de travaux, la batterie Todt devint progressivement opérationnelle au début de l'année 1942. Les quatre canons de 380 mm furent installés successivement entre la fin de l'année 1941 et le printemps 1942. Les tubes des pièces de 380 mm, fabriqués dans les usines Krupp, étaient transportés par voie ferrée jusqu'à la gare de Marquise-Rinxent. Leur acheminement jusqu'à Haringzelles nécessita des convois spéciaux et de puissantes grues de levage. Chaque tube, long d'une vingtaine de mètres et pesant plus de cent tonnes, fut ensuite installé dans sa casemate avec une précision de quelques millimètres. Les premiers tirs d'essais eurent lieu au début de l'année 1942 en direction de zones maritimes situées dans la Manche. Les réglages portaient autant sur la précision des pièces que sur les systèmes de transmission et de calcul balistique. Une fois les essais validés, la batterie fut déclarée pleinement opérationnelle. Son secteur de tir couvrait alors l'ensemble du détroit du Pas-de-Calais, le port de Douvres, les installations militaires de Folkestone, plusieurs secteurs du Kent et les routes maritimes empruntées par les convois britanniques. La batterie Todt fut intégrée au dispositif de défense du Heeres-Küsten-Artillerie puis placée sous l'autorité de la Kriegsmarine, qui coordonna les tirs avec les autres batteries lourdes du secteur, notamment les batteries Grosser Kurfürst, Lindemann et Friedrich August. Cette concentration d'artillerie fit du cap Gris-Nez l'un des secteurs les plus fortement armés d'Europe occidentale. À partir de 1942, la batterie ouvrit régulièrement le feu sur les côtes britanniques. Ces bombardements ne visaient pas uniquement des objectifs militaires. Les installations portuaires de Douvres constituaient la cible principale, mais les obus atteignaient également des quartiers urbains, des infrastructures ferroviaires et des installations industrielles. Les tirs étaient généralement effectués par salves de deux à quatre pièces. Les observateurs allemands corrigeaient les impacts grâce aux postes d'observation installés sur le cap Gris-Nez, tandis que des reconnaissances aériennes venaient parfois compléter les informations. Les Britanniques répliquèrent presque systématiquement avec leurs propres batteries lourdes implantées autour de Douvres, notamment les célèbres canons de Wanstone, South Foreland et Fan Bay. Pendant près de deux ans, un véritable duel d'artillerie transmanche s'installa, chaque camp cherchant à neutraliser les positions adverses. Les quatre pièces de la batterie Todt tirèrent en moyenne 200 obus chacune entre l’automne 1941 et l’automne 1944, comme en témoigne le tableau de tir peint dans le "turm II".

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Le Turm IV

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Le Turm IV

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Porte blindée dans le Turm I

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Couloir du Turm I

Dès son entrée en service, la batterie Todt devint l'une des principales préoccupations du commandement allié. Sa puissance de feu représentait une menace majeure pour les convois traversant la Manche, les navires de guerre alliés et les futures opérations de débarquement. À partir de 1942, la Royal Air Force mena de nombreux raids de bombardement contre les installations du cap Gris-Nez. Les bombardiers Avro Lancaster, Handley Page Halifax et Short Stirling larguèrent des milliers de tonnes de bombes sur la batterie. Les bombardements s’intensifièrent encore en 1943, lorsque les Alliés préparent l'invasion de l'Europe occidentale. Les énormes blockhaus résistaient remarquablement aux impacts. Même les bombes de 500 et 1000 kg ne parvinrent pas à percer les toitures de plus de trois mètres d'épaisseur. Les dégâts concernèrent surtout les routes d'accès, les lignes électriques, les bâtiments annexes, les baraquements, les voies Decauville et certains postes de défense extérieurs. Les réparations furent souvent effectuées en quelques jours grâce aux équipes de l'Organisation Todt et aux unités du génie allemand. À partir de la fin de l'année 1943, Hitler fut convaincu qu'un débarquement allié était imminent. Le secteur du Pas-de-Calais, considéré comme le point le plus probable d'une invasion, bénéficia d'importants renforts. Autour de la batterie Todt furent alors aménagés de nouveaux champs de mines, des réseaux de barbelés plus denses, des fossés antichars, des positions supplémentaires pour canons de Flak de 20, 37 et 88 mm, des abris bétonnés pour les renforts d'infanterie et des postes d'observation renforcés. La garnison reçut également des armes individuelles supplémentaires et des véhicules destinés à intervenir rapidement en cas d'attaque terrestre.

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Sas dans le Turm I

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Poêle de chauffage dans le Turm I

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Chambrée dans le Turm I

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Le groupe électrogène du Turm I

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Infirmerie du Turm I

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Poste de transmission dans le Turm I

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Armurerie dans le Turm I

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Après le débarquement allié du 6 juin 1944 sur les plages de Normandie, les troupes alliées ne parvinrent au contact du littoral du Pas-de-Calais qu’au début du mois de septembre. Les trois mois séparant le Débarquement de l’arrivée des forces alliées dans la région furent mis à profit par les Allemands pour renforcer leurs positions défensives. La batterie Todt fit alors l’objet de travaux destinés à accroître sa résistance, notamment par le renforcement des installations périphériques et par la neutralisation des points faibles des casemates. Les ouvertures situées dans les façades arrière des ouvrages furent ainsi condamnées afin de limiter les possibilités d’infiltration ou d’attaque directe. Au début du mois de septembre, les forces alliées progressant depuis la Picardie atteignirent les défenses extérieures des poches fortifiées de Boulogne-sur-Mer et de Calais. La ligne de front se rapprocha dangereusement du cap Gris-Nez, mais les batteries côtières allemandes continuèrent de bombarder régulièrement les côtes anglaises selon un rythme presque routinier établi depuis plusieurs années. À partir du 10 septembre, la situation évolua rapidement. Les garnisons allemandes, désormais encerclées, intensifièrent leurs tirs afin d’utiliser leurs stocks de munitions avant la chute inévitable de leurs positions. Les premiers échanges directs avec les batteries britanniques eurent lieu dès les 1er, 4 et 5 septembre. Les canons de 380 mm de la batterie Todt engagèrent alors un véritable duel d’artillerie avec les installations côtières anglaises situées entre Douvres et Folkestone. Le 5 septembre, la région de Douvres reçut une centaine d’obus de gros calibre tirés depuis le cap Gris-Nez. Quelques jours plus tard, le 11 septembre, ce fut au tour de Folkestone d’être violemment bombardée. Cette activité intense eut cependant un coût pour la batterie. Le 13 septembre, l’une des quatre pièces de 380 mm fut gravement endommagée à la suite de l’explosion prématurée d’un obus dans le tube. La déflagration provoqua une fissure spectaculaire de la bouche jusqu’à la culasse, rendant définitivement le canon inutilisable. Le 15 septembre, alors que les forces britanniques bombardaient le secteur du Gris-Nez, la batterie Todt riposta par un tir de contre-batterie. Mais désormais, l’issue du combat ne faisait plus guère de doute. La prise de la batterie fut confiée à la 3ᵉ Division d'infanterie canadienne, commandée par le major-général Daniel Spry, dans le cadre de l'opération "Undergo", lancée le 17 septembre 1944 contre la forteresse de Boulogne. Dès le 17 septembre, l’artillerie britannique concentra ses tirs sur le secteur du cap Gris-Nez et de Sangatte. Bien que située aux limites de portée, l’artillerie de campagne alliée prit directement pour cible les batteries Todt et Lindemann. Entre le 17 et le 19 septembre, Todt subit un bombardement intense provenant notamment de son homologue britannique, la batterie Wanstone, équipée elle aussi de deux pièces de 380 mm (15 inches), ainsi que des batteries lourdes installées dans la région de Douvres. Le 18 septembre les batteries Todt et Grosser Kurfürst furent soumises simultanément à de violents bombardements aériens et à un tir massif de la flotte britannique. Cuirassés et croiseurs lourds de la Royal Navy vinrent appuyer l’offensive terrestre en engageant leurs canons de marine contre les positions du Gris-Nez. Pour soutenir les batteries menacées, la batterie Lindemann, située au Blanc-Nez, ouvrit alors le feu avec ses énormes canons de 406 mm. Ses tirs furent particulièrement précis. Après avoir rapidement encadré les bâtiments britanniques, elle obtint plusieurs impacts sur de grandes unités de la flotte ennemie, obligeant celle-ci à s’éloigner.

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Batterie Todt après sa prise par les troupes canadiennes

British Army 1944-45 B10467
Batterie Todt au cours de la 2e guerre mondiale

Kristiansand kanonmuseum canon
Canon de 380 au Kristiansand kanonmuseum

canon K5 2026-4
Canon K5 de 280 mm

Les attaques aériennes contre la batterie Todt avaient toutefois commencé bien avant l’offensive finale de septembre. Dès le printemps 1944, la Royal Air Force mena plusieurs raids contre le secteur du Gris-Nez. La puissante défense antiaérienne allemande (Flak) limita cependant l’efficacité de ces opérations, les bombardiers alliés étaient contraints d’opérer à haute altitude, ce qui réduisait fortement la précision des bombardements. Le commandement allié ne se fit d’ailleurs aucune illusion sur les résultats matériels de ces attaques. Ces opérations répondaient également à un objectif stratégique, celui de maintenir le haut commandement allemand dans la conviction que le débarquement principal pourrait avoir lieu dans le Pas-de-Calais. Au cours de l'été 1944, les bombardements devinrent presque quotidiens. Les bombardiers lourds américains de la 8 th US Air Force et ceux du Bomber Command britannique employaient des bombes de très gros calibre, parfois de 2500 à 6000 kg. Le 20 septembre eut lieu la plus importante attaque aérienne jamais menée contre le secteur du Gris-Nez. Ce jour-là, environ 600 bombardiers américains déversèrent près de 6000 bombes de 250 et 500 kg sur les positions allemandes. Le bombardement provoqua la destruction de la tourelle du Turm I, atteinte par un coup direct. En revanche, les imposantes structures en béton des casemates résistèrent remarquablement bien, mais toutes les installations non protégées furent anéanties. Le paysage autour de la batterie fut totalement bouleversé. Le terrain fut transformé en un immense champ de cratères donnant l’image d’un paysage lunaire. Pendant que l’aviation et l’artillerie alliées préparaient l’assaut final, les troupes canadiennes achevèrent leur progression autour de la poche du Gris-Nez. À partir du 23 septembre, le secteur fut complètement encerclé. Les batteries Todt et Grosser Kurfürst furent isolées, leurs communications avec l’extérieur étant coupées. Malgré cette situation désespérée, les canons de la batterie Todt continuèrent à bombarder la côte anglaise. Le commandant du North Highlanders Regiment souhaita pourtant éviter une destruction inutile de la position. Il envisagea d’établir un contact téléphonique avec le commandant allemand afin d’obtenir sa reddition. Ce projet fut impossible en raison de la rupture des communications provoquée par les bombardements. La garnison de la batterie Todt ignora donc que les Canadiens du North Shore Regiment lancèrent, le 25 septembre, une attaque contre la crête des Noires Mottes afin de prendre à revers la batterie Lindemann. Appuyés par des chars spécialisés de la 79e division blindée britannique, les Canadiens atteignirent la crête, mais furent immédiatement bloqués par les tirs nourris des mitrailleuses allemandes provenant des positions fortifiées. La dernière tourelle encore opérationnelle de Lindemann ouvrit encore le feu ce jour là contre l’Angleterre avant d’être définitivement réduite au silence. Dans la soirée, la batterie Lindemann tomba. Les Canadiens contrôlaient désormais la poche du Blanc-Nez.

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Le Turm IV

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Entrée du Turm IV

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Soute à munition du Turm IV

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Fresque dans le Turm IV

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Passage des obus dans le Turm IV

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Chambre de tir du Turm IV

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Chambre de tir du Turm IV

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Chambre de tir du Turm IV

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Chambre de tir du Turm IV

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Couloir dans le Turm IV

Il ne restait plus que le secteur du Gris-Nez avec les batteries Todt et Grosser Kurfürst. Les 26 et 28 septembre, la batterie Todt subit deux nouveaux raids aériens massifs. Le premier engagea environ 530 appareils de la Royal Air Force, le second près de 300 avions. Au total, plusieurs milliers de tonnes de bombes furent larguées sur la position. Le terrain environnant fut une nouvelle fois ravagé, mais les casemates résistaient toujours. Leur conception exceptionnelle leur permit de supporter les bombardements les plus violents. Malgré ces attaques et les tirs d’artillerie alliés, la batterie Todt continua à bombarder les villes anglaises de Douvres et Folkestone. Le 27 septembre, un nouveau bombardement entraîna la destruction définitive de la pièce du Turm I. Le 29 septembre 1944, le North Shore Regiment canadien passa à l'attaque. Les principales formations engagées appartenaient à la 9 ᵉ Brigade d'infanterie canadienne, appuyée par des chars Churchill spécialisés de la 79 th Armoured Division britannique (les célèbres Hobart's Funnies), des blindés lance-flammes Churchill Crocodile, des véhicules du génie AVRE équipés de mortiers Petard capables de détruire les ouvrages en béton et une importante artillerie de campagne. La compagnie D reçut pour objectif le Turm I, tandis que la compagnie B devait neutraliser les trois autres ouvrages. La compagnie C devait ensuite progresser vers le poste de commandement. L’attaque débuta contre le Turm I. Lorsque les Canadiens atteignirent les tranchées situées devant l’ouvrage, les chars lance-flammes entrèrent en action. Les défenseurs allemands ne prirent conscience de l’assaut qu’au moment où des grenades commencèrent à tomber par l’embrasure du canon. Les 175 hommes affectés à la pièce se rendirent rapidement. La compagnie D organisa alors sa position sur l’ouvrage. Pendant ce temps, la compagnie B attaqua les trois autres Turm. Peu avant l’assaut, l’un des canons allemands tira encore une dernière fois vers l’Angleterre. Le ciel étant parfaitement dégagé, les Canadiens purent observer l’explosion de l’obus au loin. Les troupes canadiennes progressèrent depuis les bois de Combles et des Louvières derrière les chars démineurs. Un char AVRE s’approcha jusqu’au contact du Turm III et ouvrit le feu à très courte distance avec son mortier de 290 mm. Les Turm II et IV furent rapidement neutralisées. Un soldat canadien parvint à monter sur la toiture et introduisit des grenades par une ouverture de ventilation. L’incendie accidentel du filet de camouflage d’un des Turm acheva de convaincre les défenseurs de se rendre. La sécheresse exceptionnelle de l’été 1944 permit au feu de se propager rapidement. Il resta alors à prendre le poste directeur de tir du Cran-aux-Œufs. La compagnie C commença son mouvement vers midi. Depuis sa position de départ, elle apercevait le poste de commandement et le radar installés sur une hauteur dominant la côte. Cependant, un vaste terrain découvert dut encore être franchi. Les Canadiens progressèrent derrière les chars démineurs. Peu après le départ, un char sauta sur une mine et ses chenilles furent détruites. Les autres véhicules stoppèrent leur progression et apportèrent un appui-feu à l’infanterie. Les soldats atteignirent finalement la position allemande et découvrirent des tranchées abandonnées. Quelques défenseurs sortirent des abris souterrains et se rendirent. Quelques rafales furent encore tirées depuis le poste de commandement, mais la résistance cessa rapidement. Avant leur reddition, les Allemands avaient cependant détruit les instruments de contrôle de tir de la batterie afin qu’ils ne puissent être réutilisés. La batterie Todt, symbole de la puissance militaire allemande sur le littoral du Pas-de-Calais, tomba définitivement aux mains des Alliés le 29 septembre 1944. Plusieurs centaines de soldats allemands furent faits prisonniers, mettant fin à plus de deux années d'activité opérationnelle de la batterie Todt.

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Tableau de tir dans le Turm I

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Embrasure de tir du Turm I

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Le Turm I

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Chambre de tir du Turm I

RAF Reco Cap Gris Nez
Vue aérienne du cap Gris-Nez par la RAF en 1944

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Porte dans le Turm I

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Couloir du Turm I

Contrairement à de nombreux ouvrages du Mur de l'Atlantique entièrement rasés après la guerre, la batterie Todt resta relativement bien conservée. Les blockhaus principaux avaient démontré une résistance exceptionnelle, les épais murs de béton n'ont été que localement fissurés, les chambres de tir sont restées structurellement intactes, les voûtes ont résisté aux bombes les plus puissantes de l'époque et les embrasures ont subi quelques déformations, mais sans effondrement général. En revanche, les équipements intérieurs étaient gravement endommagés, les mécanismes des canons détruits ou démontés, les installations électriques hors service, les systèmes hydrauliques inutilisables, les monte-charges endommagés et les équipements optiques détruites ou emportées. Après la Libération, les autorités françaises entreprirent le déminage du secteur et récupérèrent les matériaux présentant un intérêt économique. En 1950, l'explosion accidentelle de munitions stockées dans le Turm III le détruisit en grande partie. Les métaux non ferreux, les rails, les portes blindées démontables et une partie des équipements techniques furent déposés. Les quatre tubes de 380 mm furent retirés pour être ferraillé, comme la plupart des pièces d'artillerie lourde allemandes encore présentes sur le littoral. Les blockhaus, en revanche, ne furent pas détruits. Leur démolition aurait nécessité des moyens considérables et aurait présenté un coût disproportionné. Avec plusieurs milliers de mètres cubes de béton armé chacune, elles constituaient des ouvrages pratiquement indestructibles avec les moyens disponibles de l'après-guerre. Pendant plusieurs décennies, le site resta à l'abandon. La végétation envahit progressivement les positions, tandis que certaines parties servirent ponctuellement de terrains d'entraînement militaire ou étaient visitées par des passionnés d'histoire. À partir des années 1970 et surtout dans les années 1980, l'intérêt patrimonial pour les fortifications du Mur de l'Atlantique s'accrut. Un des blockhaus fut progressivement aménagé pour accueillir une importante collection consacrée à l'artillerie côtière et à la vie des soldats allemands dans le Pas-de-Calais. Ce travail aboutit à la création de l'actuel Musée du Mur de l'Atlantique - Batterie Todt, qui présente notamment un authentique canon ferroviaire Krupp K5 de 280 mm, unique exemplaire conservé en France.

batterie Todt tour 3 W2
Chambre de tir du Turm III

batterie Todt tour 3 W1
Vestige du Turm III

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Chambre de tir du Turm IV

Todt blockhaus 4-14
Chambre de tir du Turm IV

La batterie Todt constitue l'un des plus remarquables exemples de l'architecture militaire allemande de la Seconde Guerre mondiale. Elle illustre parfaitement les principes de construction de l'Organisation Todt, qui chercha à associer une puissance de feu exceptionnelle à une protection maximale contre les bombardements aériens et navals. Chaque ouvrage fut conçu comme une structure autonome, capable de poursuivre le combat même si les installations voisines étaient détruites. L'ensemble relève des normes de construction allemande dite Regelbau (plans standardisés), adaptée ici à une artillerie de très gros calibre. Les casemates destinées aux canons de 380 mm sont du type S262, spécialement développé pour recevoir les pièces navales SK C/34. Le site occupe un vaste plateau crayeux culminant à environ 110 m d'altitude, à près de 3 km du rivage présentant un excellent horizon vers le détroit du Pas-de-Calais, une distance suffisante de la côte pour limiter les effets des tirs navals directs, un sous-sol de craie relativement stable, facilitant les terrassements et un camouflage naturel grâce au relief légèrement ondulé du plateau. Les quatre Turm sont implantés en ligne brisée, espacés de plusieurs centaines de mètres afin qu'un bombardement concentré ne puisse neutraliser simultanément plusieurs pièces. Leur orientation fut déterminée pour offrir un large secteur de tir tout en protégeant au maximum les embrasures. Avant le coulage du béton, les ingénieurs allemands réalisèrent d'importants travaux de terrassement. La terre végétale fut décapée sur plusieurs mètres de profondeur afin d'atteindre la craie compacte. Les excavations furent ensuite stabilisées avant la mise en place d'un radier massif en béton armé, dont l'épaisseur atteint plusieurs mètres. Ce radier devait supporter des charges considérables telles que le poids de la casemate, évalué à plusieurs dizaines de milliers de tonnes, les efforts dynamiques générés par le recul du canon de 380 mm et les vibrations répétées lors des tirs. Le ferraillage était particulièrement dense, avec des barres d'acier de fort diamètre croisées selon plusieurs directions pour limiter les fissurations.

plan général
Plan d'implantation de la batterie Todt

Chaque blockhaus S262 présente un plan sensiblement rectangulaire, aux angles adoucis afin de mieux répartir les contraintes et de réduire les effets des explosions. Le blockhaus est long de 47 m et large de 29 m. Sa hauteur totale est de près de 20 m, une partie étant enterrée. Les murs extérieurs atteignent 3,50 m d'épaisseur, tandis que la toiture est constituée d'une dalle de béton armé d'épaisseur comparable. Cette masse de béton représente 12 000 m³ pour un seul blockhaus. La façade tournée vers la mer est percée d'une unique embrasure, soigneusement dimensionnée pour permettre le débattement horizontal du canon tout en limitant la vulnérabilité de l'ouverture. Les parois de cette embrasure étaient renforcées par des éléments métalliques et des dispositifs destinés à limiter les éclats en cas d'impact. Chaque Turm est organisée sur plusieurs niveaux. Au niveau supérieur se trouve la vaste chambre de tir qui abrite le canon de 380 mm. Au sein de cette chambre de tir, le canon était installé dans une tourelle construite sur le principe des tourelles des cuirassés. La tourelle avait une forme légèrement trapézoïdale. Elle avait une longueur de 9 m, une hauteur de 6 m et une largeur variant entre 4,50 m et 8 m. Elle reposait sur un affût fixé à un massif de béton indépendant du reste de la structure afin d'absorber les contraintes mécaniques. La tourelle comportait deux étages accessibles par des échelles ou à partir de la galerie de service. L’étage inférieur de la tourelle abritait les moteurs de réglage et le volume nécessaire au recul de la culasse lors des tirs. L’étage supérieur comprenait les dispositifs de pointage et de chargement du canon. La montée des obus et des gargousses était assurée par 2 monte-charges. La tourelle était entièrement blindée avec des plaques d’acier de 40 mm d’épaisseur. Les gaz générés par le tir étaient aspirés par les deux ventilateurs de la tourelle et rejetés à l’extérieur par une cheminée en tôle. Le sol de la chambre de tir était parcouru de rails facilitant le déplacement des projectiles. La mise en œuvre du canon mobilisait une équipe d'une vingtaine d'hommes. Les niveaux inférieurs renfermaient les réserves immédiates de projectiles. Chaque obus pesait entre 495 et près de 800 kg selon son type (explosif ou perforant). Chaque obus était disposé sur un berceau métallique permettant sa manutention. Le stockage était réalisé dans des alvéoles séparées afin de limiter les conséquences d'une explosion accidentelle. Les obus étaient déplacés grâce à des rails, des chariots roulants et des palans électriques. Les charges propulsives (gargousses) contenant la poudre étaient conservées dans des locaux distincts des projectiles. Cette séparation répondait aux règles de sécurité de l'artillerie lourde, afin d'éviter qu'un départ de feu ne provoque une explosion générale. Les soutes étaient ventilées et protégées par des portes blindées étanches. L'intérieur était organisé autour d'un réseau de couloirs relativement étroits afin de limiter les effets du souffle d'une explosion. Ces circulations desservaient les magasins à obus, les soutes à gargousses, les locaux techniques, la salle des machines, les postes de filtration d'air et les locaux de repos. Les portes étaient blindées et étanches aux gaz, conformément aux craintes d'une guerre chimique encore présentes dans les états-majors de l'époque. Les locaux bénéficiaient d'une ventilation spécifique et d'un contrôle rigoureux de la température et de l'humidité pour préserver les charges de poudre. Des monte-charges mécaniques reliaient ces magasins à la chambre de tir, permettant un approvisionnement rapide et continu pendant les phases de tir. Chaque Turm disposait d'équipements lui assurant une large autonomie avec un groupe électrogène, d'une puissance de 36 KVA, alimentant l'éclairage et les mécanismes, des compresseurs et équipements hydrauliques nécessaires au fonctionnement de l'affût, des systèmes de ventilation avec filtres destinés à protéger l'équipage contre les fumées et les gaz de combat, des réservoirs d'eau et réseaux d'assainissement et des installations téléphoniques reliant le Turm au poste central de direction de tir. Le groupe électrogène était alimenté par deux cuves à gasoil totalisant une contenance de 67 750 litres. Cette autonomie permettait à chaque ouvrage de continuer à fonctionner même si les réseaux extérieurs étaient interrompus.

plan rdc
Plan du RDC d'un des Turm

plan SS
Plan du sous-sol d'un des Turm

plan détail
Coupe d'un des Turm

Todt blockhaus 4-35
Le Turm IV

Les Turm étant aveugles, la précision des tirs dépendait d'un dispositif complexe de conduite de tir. Les coordonnées de tir étaient fournies à la batterie par le poste de direction de tir situé au Cran aux Oeufs, en bord de falaise à 1200 m au nord. Cet ouvrage de type S100 comportait une salle des cartes, une pièce pour la radio, une pièce pour le téléphone ainsi que des locaux techniques pour le groupe électrogène, le système de ventilation et le chauffage. Au-dessus et à l’avant de l’ouvrage se trouvaient une cloche blindée d’observation avec périscope et un télémètre de 10,50 m sous une coupole de 10 cm d’épaisseur. Pour augmenter la précision, trois postes d’observation se trouvaient au cap Gris-Nez, au Portel et au Cran Mademoiselle. La batterie TODT fut également équipée d'un radar WÜRZBURG Fu MG 39c. Ce radar fut remplacé par la suite par un radar FUMO 215 (pour Funkmessortung 215 für Seeartillerie) SEE RIESE. Le radar était installé à proximité du poste directeur de tir sur un abri comprenant deux pièces pour le traitement d’informations. La batterie devait pouvoir fonctionner de manière autonome pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Elle possédait donc une centrale électrique, une station de pompage et de distribution d'eau, un blockhaus-hôpital, des cuisines, des ateliers de réparation, des magasins de vivres, des locaux de transmissions, quatorze abris passifs et quatre cantonnements légers. Une ferme préexistante, située entre les Turm II et III, fut intégrée au dispositif militaire et utilisé comme bâtiment de service et point d'observation. Les stocks de munitions principaux n'étaient pas conservés dans les Turm. Ils étaient installés environ 1,5 km plus à l'est, dans deux vastes blockhaus enterrés près d'Onglevert. Ces blockhaus, long de 50 m, large de 30 m et haut de 17 m, étaient constitués de six alvéoles disposées de part et d’autre d’un couloir fermé à chaque extrémité par une lourde porte blindée à deux battants. Dans ce couloir passaient à la fois les camions et la voie ferrée étroite de type Decauville reliant ses soutes aux blockhaus de tir. Le périmètre de la batterie était protégé par un ensemble dense d'ouvrages défensifs constitué d'une ceinture de quinze Tobrouks, trois canons antichars installés face au sud, neuf canons de FLAK d’origine française, installée dans des encuvements en béton au centre de la batterie, de tranchées bétonnées et de réseaux de barbelés et de champs de mines. Ces éléments étaient reliés entre eux par des chemins et des tranchées permettant les déplacements à couvert des défenseurs.

batterie todt observatoire
Observatoire en bord de falaise

poste de direction de tir
Le poste de direction de tir

blockhaus aux
Abri pour le personnel

tobrouk
Un des tobrouk

Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.

 

Y ACCÉDER:

Le Turm I abrite le Musée du Mur de l'Atlantique - Batterie Todt. Il se trouve hameau de Haringzelle, 566 route du musée à Audinghen.

Les autres blockhaus sont dispersés autour du musée et des sentiers permettent d'y accéder.

 

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Cette page a été mise en ligne le 25 septembre 2026

Cette page a été mise à jour le 25 septembre 2026