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La Coupole

À l'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933, l'Allemagne était officiellement soumise aux restrictions imposées par le traité de Versailles. Celui-ci interdisait notamment le développement d'une artillerie lourde de nouvelle génération et limitait fortement les recherches militaires. Les ingénieurs allemands cherchèrent alors des domaines où ces contraintes pouvaient être contournées. La propulsion par fusée, encore balbutiante, apparue comme un secteur prometteur, ne relevait pas explicitement des interdictions du traité et offrait des perspectives inédites en matière d'armement. Dès le début des années 1930, plusieurs groupes civils expérimentèrent des fusées à ergols liquides. Le plus connu fut le Verein für Raumschiffahrt (VfR, Société allemande pour les voyages spatiaux), où se distingua un jeune ingénieur, Wernher von Braun. Passionné par l'exploration spatiale, celui-ci fut rapidement repéré par l'armée allemande. Sous l'autorité du capitaine puis général Walter Dornberger, les recherches quittèrent le domaine civil pour intégrer les programmes de la Wehrmacht. Les premiers essais eurent lieu à Kummersdorf, au sud de Berlin. Les installations devinrent rapidement insuffisantes et, en 1936, un vaste centre d'essais fut créé sur la côte de la Baltique, à Peenemünde. Ce complexe réunissait laboratoires, ateliers, bancs d'essai, usines pilotes et pas de tir. Il constitua alors le plus grand centre mondial consacré à la recherche sur les fusées. Le programme progressa rapidement. Après plusieurs prototypes (A1, A2 et A3), les ingénieurs développèrent l'A4, une fusée de près de 14 m de hauteur pour un diamètre de 1,65 m. Sa masse au lancement atteignit environ 12,5 tonnes. Elle était propulsée par un moteur à alcool éthylique et oxygène liquide développant une poussée d'environ 25 tonnes. Le 3 octobre 1942, un tir d'essai à Peenemünde marqua un tournant décisif. Pour la première fois, une fusée atteignit l'espace proche avant de retomber à plus de 190 km de son point de départ. L'A4 devint ainsi le premier missile balistique de l'histoire à effectuer un vol pleinement réussi. Ses performances impressionnèrent les autorités allemandes. Avec une portée pouvant dépasser 300 km, une vitesse terminale supérieure à 5 000 km/h et une charge militaire d'environ une tonne d'explosifs, elle échappait à toute interception par les moyens de défense de l'époque. Contrairement aux bombardiers, elle ne nécessitait pas d'équipage et ne pouvait être arrêtée une fois lancée. Après ce succès, Hitler autorisa la mise en production de série. La fusée reçut une nouvelle appellation de propagande : V2, pour Vergeltungswaffe 2 (arme de représailles n° 2). Cette désignation la rattacha au programme des Vergeltungswaffen, qui comprenait également le missile de croisière V1.

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Au cours de l'année 1943, la situation militaire du Reich se dégrada rapidement. À l'Est, la défaite de Koursk mit fin aux grandes offensives allemandes. En Méditerranée, les Alliés débarquèrent en Sicile puis en Italie. Les bombardements stratégiques anglo-américains frappaient quotidiennement les villes industrielles allemandes. Le 17 août 1943, les bombardiers de la RAF lancèrent l'opération Hydra, premier grand raid contre Peenemünde. Les installations furent gravement endommagées et plusieurs centaines de personnes trouvèrent la mort. Ce bombardement démontra la vulnérabilité des centres de production et d'essais. Les autorités allemandes en conclurent que les futures bases opérationnelles ne pourraient plus être installées à ciel ouvert, les installations devaient être protégées par des masses considérables de béton armé et, si possible, par le relief naturel, la préparation des fusées devait s'effectuer entièrement sous terre et seules les dernières opérations de lancement pouvaient avoir lieu à l'extérieur. C'est cette réflexion qui conduisit à l'abandon des premières bases de lancement relativement exposées au profit de vastes complexes souterrains. La portée du V2 imposa une implantation relativement proche de Londres. Le littoral du Pas-de-Calais offrait plusieurs avantages stratégiques. En premier lieu, la distance jusqu'à la capitale britannique était compatible avec les performances de la fusée, tout en laissant une marge suffisante pour atteindre d'autres objectifs du sud-est de l'Angleterre. La région disposait également d'un réseau ferroviaire dense, indispensable à l'acheminement quotidien des éléments des fusées, des ergols, des explosifs et des milliers de tonnes de béton nécessaires aux travaux. Enfin, les plateaux crayeux de l'Audomarois présentaient des qualités géologiques remarquables. La craie est suffisamment tendre pour être excavée rapidement à l'aide d'engins mécaniques, tout en restant assez stable pour accueillir de vastes salles souterraines. Les nombreuses carrières déjà exploitées constituaient en outre un avantage important, certaines pouvant être réutilisées comme point de départ des excavations. Les services de l'Organisation Todt examinèrent plusieurs emplacements avant de retenir définitivement la carrière de Wizernes, à proximité immédiate d'Helfaut.

Bundesarchiv Bild 141-1879 Rakete V2 nach Start
Décollage d'un V2 à Peenemunde
(© Bundesarchiv Bild 141-1879)

Bundesarchiv Bild 141-1880 Peenemunde, Start einer V2
Décollage d'un V2 à Peenemunde
(© Bundesarchiv Bild 141-1880)

Artilleriezielfeld-Blizna (Artillery Target Area at Blizna), 1943
V2 au Artilleriezielfeld-Blizna en 1943
 

Bundesarchiv Bild 146-1978-Anh.026-01, Peenemunde, V2 beim Start
Décollage d'un V2 à Peenemunde
(© Bundesarchiv Bild 146-1978-Anh.026-01)

La carrière sélectionnée se trouve sur le versant occidental d'un plateau culminant à environ 160 m d'altitude. Exploitée avant-guerre pour l'extraction de la craie, elle présentait déjà un important front de taille ainsi que des galeries facilitant les premiers travaux. Les ingénieurs allemands y virent plusieurs avantages : un relief permettant de dissimuler une grande partie des installations, une couverture naturelle de plusieurs dizaines de mètres de craie, la possibilité de raccorder directement le complexe à la ligne ferroviaire Saint-Omer–Boulogne, des déblais pouvant être évacués rapidement par train et un espace suffisant pour aménager des ateliers, des dépôts et des voies de service. Le projet reçut le nom de code Bauvorhaben 21 (chantier n° 21) ou Schotterwerk Nordwest (carrière du Nord-Ouest). Il prévoyait la construction d'un immense complexe souterrain dominé par une coupole de béton armé destinée à protéger les installations de préparation des V2. Les premiers travaux préparatoires débutèrent à l'automne 1943. Ils marquèrent le commencement de l'un des plus grands chantiers militaires entrepris par l'Allemagne en Europe occidentale, mobilisant pendant près d'une année des milliers de travailleurs et des moyens matériels considérables. Lorsque la décision de construire une base souterraine pour les V2 fut prise à l'automne 1943, le haut commandement allemand souhaita disposer d'une installation capable d'assurer une cadence de tir sans précédent. Les estimations les plus ambitieuses envisageaient de tirer plusieurs dizaines de fusées par jour contre Londres et le sud-est de l'Angleterre. Pour atteindre un tel objectif, il fallait créer une véritable usine souterraine intégrant réception des matériels, stockages, assemblages, contrôles, préparation des ergols et logistique ferroviaire. Le projet fut placé sous la responsabilité de l'Organisation Todt (OT), organisme chargé des grands travaux militaires du Reich. Créée en 1938 par Fritz Todt, puis dirigée après sa mort par Albert Speer, l'Organisation Todt disposait d'une expérience considérable dans la construction des autoroutes, des bases sous-marines, du Mur de l'Atlantique et des grands ouvrages fortifiés. Pour la Coupole, elle mit en œuvre des moyens rarement égalés en France occupée.

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V2 exposé à la Coupole

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V2 exposé à la Coupole

Avant même le début des terrassements, plusieurs équipes d'ingénieurs procédèrent à une étude approfondie du massif crayeux de Wizernes. Des sondages géologiques permirent d'évaluer l'épaisseur de la craie saine, la présence éventuelle de fractures, les circulations d'eau, la résistance mécanique du terrain et la stabilité des anciennes galeries de carrière. Les résultats furent jugés très favorables. La craie du plateau audomarois est homogène, relativement sèche et suffisamment résistante pour supporter plusieurs dizaines de mètres de couverture. Cette qualité géologique explique largement le choix du site. Les ingénieurs décidèrent alors de conserver une importante épaisseur de craie au-dessus des futures salles afin d'améliorer encore la protection naturelle contre les bombardements. Contrairement aux bases sous-marines ou au Blockhaus d'Éperlecques, la Coupole fut construite selon une méthode entièrement différente. Les ingénieurs allemands savaient que les bombardements alliés deviendraient rapidement très violents. Ils décidèrent donc d'inverser l'ordre classique des travaux. Au lieu de creuser d'abord les salles souterraines puis de les recouvrir d'une dalle de béton, ils construisirent la dalle en béton en premier. Cette décision constitua l'une des principales innovations du projet. La chronologie des travaux fut la suivante : terrassement du sommet de la carrière, réalisation des fondations, construction de la coupole directement sur le terrain naturel, bétonnage des appuis périphériques, excavation progressive de la craie sous la protection de la coupole puis réalisation des galeries et des salles. À partir d'octobre 1943, le plateau fut transformé en un immense chantier. Une voie ferrée de chantier fut installée afin d'alimenter en permanence les bétonnières et d'évacuer les déblais. Des grues de grande capacité dominèrent rapidement l'ensemble du site. Comme la plupart des grands chantiers militaires allemands, la Coupole mobilisa une main-d'œuvre extrêmement diversifiée. On y trouva des ingénieurs allemands, des techniciens spécialisés, des ouvriers qualifiés français, des entreprises locales réquisitionnées, des travailleurs belges, hollandais et polonais, des prisonniers soviétiques et des hommes du Service du travail obligatoire (STO). Les effectifs fluctuaient selon les périodes, mais les estimations convergent vers plusieurs milliers de personnes présentes simultanément sur le chantier au plus fort des travaux. Le nombre de travailleurs fut de 1100 en avril 1944 et de 1400 en juin 1944. Le chantier fonctionnait presque sans interruption jour et nuit malgré les bombardements alliés. À partir du printemps 1944, ces derniers devinrent pratiquement quotidiens. À chaque alerte, les ouvriers interrompaient leur activité et gagnaient les zones les plus protégées. En mai 1944, les alertes aériennes arrêtèrent le travail 229 fois. La réalisation du complexe nécessita des quantités colossales de matériaux. On estime que la seule coupole représente environ 55 000 tonnes de béton armé, auxquelles s'ajoutent plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes pour les galeries, les murs de soutènement, les ouvrages annexes et les protections extérieures.

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Galerie en cours de creusement à la Coupole

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Un des tunnels de stockage en cours de creusement

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Tunnel en cours de creusement

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Galerie Hugo

La construction de la coupole constitua la phase la plus spectaculaire. Son diamètre extérieur est de 71 m et son épaisseur atteint environ 5,50 m au sommet. À l'issue du bétonnage, la coupole constituait déjà une forteresse pratiquement indestructible avec les moyens classiques de 1943. Au pied de la coupole fut aménagée une vaste dalle périphérique de béton, connue sous le nom allemand de Zerschellerplatte (dalle d'éclatement). Cette structure joua un rôle essentiel. Les ingénieurs allemands savaient que certaines bombes pouvaient atteindre le sol autour de la coupole. Ils cherchèrent donc à empêcher leur pénétration dans la craie. En explosant sur cette dalle très épaisse, les bombes dissipaient une grande partie de leur énergie avant de pouvoir creuser un cratère profond. Ce principe, très novateur, sera néanmoins mis à rude épreuve par l'arrivée des bombes Tallboy, dont les effets sismiques dépasseront largement les hypothèses retenues lors de la conception. Une fois la coupole achevée, les travaux se concentrèrent sous celle-ci. Les excavations progressaient simultanément depuis plusieurs fronts. Les galeries prirent progressivement leur forme définitive. Certaines atteignent près de 17 m de hauteur, afin de permettre la circulation des convois ferroviaires transportant les éléments des fusées V2. Dès cette phase de construction, le futur fonctionnement de la base était parfaitement défini. Les ingénieurs prévoyaient une circulation à sens quasi continu des V2 : arrivée des trains, déchargement, stockage, assemblage, essais puis préparation au lancement. Chaque salle reçut une fonction précise. Les voies ferrées étaient disposées de manière à éviter les croisements inutiles. Les ponts roulants devaient permettre la manutention des éléments les plus lourds. L'ensemble évoquait davantage une chaîne de production industrielle qu'une fortification classique. Malgré les efforts allemands pour camoufler les travaux, l'activité exceptionnelle du chantier ne passa pas inaperçue. Les mouvements incessants de trains, l'importance des terrassements et l'apparition rapide d'une immense masse de béton attirèrent l'attention de la reconnaissance aérienne britannique. Dès la fin de l'année 1943, des photographies aériennes montrèrent clairement qu'un ouvrage d'une ampleur inhabituelle était en cours de réalisation dans la carrière de Wizernes. Les analystes britanniques ne comprirent pas sa fonction exacte, mais ils estimèrent qu'il s'agissait d'une installation liée aux nouvelles armes allemandes. Ces observations, croisées avec les renseignements fournis par les réseaux de résistance et les informations recueillies après le raid sur Peenemünde, conduisirent à l'inscription du site parmi les objectifs prioritaires de l'opération Crossbow, vaste campagne destinée à neutraliser les installations des armes V avant leur entrée en service. À partir du début de l'année 1944, la construction de la Coupole s’effectua donc sous une menace aérienne croissante, qui culminera avec les bombardements massifs du printemps et de l'été 1944.

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La Coupole

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La Coupole

Après le bombardement de Peenemünde dans la nuit du 17 au 18 août 1943 (opération Hydra), les Alliés comprirent que les Allemands disperseraient leurs installations liées aux armes V. Les services de renseignement, notamment grâce à l'analyse des photographies aériennes et aux informations transmises par les réseaux de résistance, identifièrent plusieurs grands chantiers dans le Pas-de-Calais : le Blockhaus d'Éperlecques, Mimoyecques, Siracourt et Wizernes. Pour coordonner leur neutralisation, le commandement allié mit en place l'opération Crossbow, vaste campagne aérienne confiée à la Royal Air Force et à la United States Army Air Forces. L'objectif était d'empêcher l'achèvement des bases fixes destinées aux V1 et V2 et de retarder suffisamment leur mise en service pour protéger le débarquement prévu en Normandie. Entre mars et août 1944, le site de la Coupole fut attaqué à de nombreuses reprises. Le 11 mars 1944 marqua le premier bombardement d'importance contre la Coupole. Des bombardiers lourds de la 8 th USAAF furent engagés dans une attaque visant plusieurs objectifs liés aux armes V dans le Pas-de-Calais. Les conditions météorologiques furent médiocres et le bombardement fut effectué à haute altitude. La précision fut limitée, de nombreuses bombes tombèrent dans les bois et les champs voisins, mais plusieurs frappèrent les installations de chantier. Les voies ferrées d'accès furent endommagées et certains bâtiments provisoires furent détruits. Les travaux furent interrompus pendant quelques heures seulement. Pour les ingénieurs allemands, cette attaque confirma que le chantier avait été identifié par les Alliés. Huit jours plus tard, le 19 mars 1944, un nouveau raid visa Wizernes. Les bombardiers américains concentrèrent leurs efforts sur les accès ferroviaires et les zones de stockage. Les dégâts furent plus importants, plusieurs grues furent endommagées, des ateliers provisoires détruits et des stocks de matériaux brûlèrent pendant plusieurs heures. Malgré ces pertes, l'Organisation Todt rétablit rapidement les installations essentielles et poursuivit le bétonnage de la coupole. Le 26 mars 1944, un troisième bombardement frappa le secteur. Les Allemands avaient commencé à renforcer les défenses antiaériennes autour du chantier, avec des batteries de Flak installées sur les hauteurs voisines. Les bombardiers subirent un feu nourri, mais parvinrent à larguer leur chargement. Les bombes creusèrent plusieurs entonnoirs autour du chantier, sans toutefois atteindre directement la coupole, dont la structure principale était déjà en place. Au mois d'avril, les Alliés disposaient d'une meilleure interprétation des photographies aériennes. Ils comprirent que la coupole était destinée à protéger un vaste complexe souterrain et décidèrent d'intensifier les bombardements. Plusieurs raids successifs frappèrent la région de Saint-Omer. Le 17 avril 1944 furent bombardées les installations périphériques et les voies ferrées, le 20 avril 1944 eurent lieu de nouvelles frappes sur les terrassements et le 25 avril 1944 eut lieu un bombardement de précision contre les accès de la carrière. Ces attaques provoquèrent des retards croissants. Les équipes de l'Organisation Todt devaient consacrer une part importante de leur temps à dégager les voies d'accès, réparer les grues et remettre en état les infrastructures de chantier.

Au cours du mois de mai, la campagne de bombardement devint presque quotidienne à l'échelle de l'ensemble des sites Crossbow. Wizernes, Éperlecques, Mimoyecques et Siracourt furent frappés alternativement afin d'empêcher toute reprise normale des travaux. Les raids des 3, 10, 17 et 27 mai touchèrent directement ou indirectement la Coupole. Les bombardements visaient désormais autant les installations que les routes, lignes ferroviaires, dépôts de matériaux et centrales à béton. Les ingénieurs allemands réussirent encore à maintenir le chantier, mais les retards s’accumulèrent. Les effectifs diminuaient, certains travailleurs refusant de retourner sur un site constamment bombardé. Le débarquement allié du 6 juin 1944 renforça encore l'urgence de neutraliser les bases des armes V. Les Alliés introduisirent alors une nouvelle arme spécialement conçue pour détruire les ouvrages profondément enterrés : la Tallboy, bombe pénétrante de 12 000 livres (environ 5,4 tonnes), mise au point par l'ingénieur britannique Barnes Wallis. Contrairement aux bombes classiques, la Tallboy ne cherchait pas à pulvériser la cible par explosion directe. Larguée de très haute altitude, elle atteignait une vitesse considérable avant l'impact. Si elle ne traversait pas complètement le béton, elle s’enfonçait profondément dans le sol avant d'exploser, générant une onde de choc qui déstabilisait le terrain environnant. Cette approche fut particulièrement adaptée à la Coupole. Les ingénieurs britanniques estimaient que percer plus de cinq mètres de béton armé était irréaliste, mais qu'il était possible de rendre le site inutilisable en provoquant des effondrements de la craie. Les 20, 22, 24 et 28 juin 1944, des escadrons de Lancaster du 617 Squadron et d'autres unités spécialisées frappèrent Wizernes avec des Tallboy. Les résultats furent spectaculaires. D'immenses cratères apparurent autour de la coupole, plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes de craie furent déplacés, des pans entiers de la carrière s'effondrèrent et des galeries en cours de creusement furent partiellement obstruées. La coupole résista, mais le terrain qui l'entourait commença à se fissurer. Les ingénieurs allemands comprirent que leur principale protection, la masse de craie entourant les galeries, devenait désormais leur principale faiblesse. Le 17 juillet 1944 constitua le tournant décisif de la campagne. Une nouvelle attaque aux Tallboy provoqua un gigantesque glissement de terrain sur le flanc de la carrière. Les galeries d'accès en construction furent ensevelies sous des milliers de tonnes de craie et de déblais. Plusieurs secteurs devinrent totalement inaccessibles. Les travaux de déblaiement apparurent rapidement irréalisables dans les délais impartis. Les bombardements suivants des 20 et 21 juillet aggravèrent encore la situation. Les accès ferroviaires furent coupés à plusieurs reprises, les ateliers endommagés et les réseaux techniques interrompus. Le général Walter Dornberger conclut que la base ne pourrait jamais être achevée à temps pour participer à la campagne des V2 contre l'Angleterre. Le 4 août 1944, alors que les forces alliées progressaient en Normandie, Wizernes subit l'une de ses dernières attaques d'envergure. Les bombardements achevèrent de rendre le chantier inutilisable. Au total, la campagne de bombardement menée contre la Coupole représentait plusieurs centaines de sorties aériennes, plus de 4 000 tonnes de bombes larguées sur le site et ses abords, l'emploi massif de bombes conventionnelles puis de Tallboy et des dégâts considérables aux infrastructures périphériques, aux voies ferrées et aux galeries. Fait remarquable, la coupole elle-même ne fut jamais percée. Son épaisseur et la qualité de sa construction avaient rempli leur rôle protecteur. En revanche, les Alliés avaient démontré qu'il était possible de neutraliser un ouvrage de ce type en s'attaquant à son environnement géologique et à ses accès plutôt qu'à sa structure principale.

Wizernes low level 6 July 1944
La Coupole le 6 juillet 1944

Les ingénieurs de l'Organisation Todt établirent plusieurs rapports alarmants. Les déblais à évacuer représentent des dizaines de milliers de mètres cubes de craie. Même en mobilisant plusieurs centaines d'ouvriers supplémentaires et des moyens mécaniques importants, les travaux de remise en état nécessiteraient plusieurs mois, délai incompatible avec la situation militaire. Les responsables du programme, au premier rang desquels se trouvait le général Walter Dornberger, avaient déjà abandonné l'idée de bases fixes. Les essais réalisés depuis plusieurs mois démontrèrent qu'une unité mobile pouvait mettre une fusée en batterie en quelques heures. Une unité de lancement comprenait un véhicule transportant la fusée, un véhicule de remplissage, un groupe électrogène, plusieurs camions techniques et une équipe d'une trentaine de spécialistes. Après le lancement, l'ensemble quittait immédiatement les lieux, rendant toute riposte aérienne quasiment impossible. Cette mobilité constitua un avantage décisif. À partir d'août 1944, toutes les ressources furent donc orientées vers les unités mobiles installées aux Pays-Bas, d'où partirent les premiers V2 opérationnels contre Londres le 8 septembre 1944. La Coupole n'avait désormais plus d'intérêt militaire. Malgré cette décision, certaines équipes demeurèrent quelques semaines sur le chantier de la coupole. Leur mission n’était plus d'achever la base, mais de récupérer le matériel utilisable, de démonter certains équipements, d'évacuer les machines-outils et de transférer les stocks de matériaux. Les engins de chantier les plus modernes furent renvoyés vers d'autres sites. Les installations électriques encore intactes furent en partie démontées. Les documents techniques les plus sensibles furent évacués ou détruits. Lorsque les ouvriers quittèrent définitivement Wizernes, le complexe était loin d'être achevé. De nombreuses salles étaient encore à l'état de simple excavation. Plusieurs galeries n'ont jamais reçu leur revêtement définitif et les équipements destinés au montage des V2 ne furent jamais installés. À partir de la mi-août 1944, la progression alliée devint extrêmement rapide. Le 15 août, un second débarquement eut lieu en Provence. Les armées allemandes refluèrent sur l'ensemble du territoire français. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les unités de la Wehrmacht reçurent l'ordre de préparer leur repli vers la Belgique. La région de Saint-Omer fut progressivement évacuée. Avant leur départ, les Allemands sabotèrent plusieurs installations, mais contrairement à d'autres ouvrages du Mur de l'Atlantique, aucune destruction systématique de la Coupole ne fut entreprise. Le 5 septembre 1944, les forces britanniques et canadiennes atteignirent la région de Saint-Omer. Les troupes allemandes s'étaient retirées sans livrer de combat majeur autour de Wizernes. Les premiers soldats alliés découvrirent un chantier colossal. Très rapidement, des spécialistes du renseignement technique menées par le colonel Terence Sanders furent envoyées sur place. Les ingénieurs britanniques procédèrent à une étude détaillée du complexe. Leurs objectifs furent de comprendre la fonction exacte du site, d'évaluer son état d'avancement, de mesurer l'efficacité des bombardements et de recueillir toutes les informations utiles sur le programme V2. La raison d'être du complexe de Wizernes était relativement inconnue des Alliés avant sa capture, mais Sanders supposa qu'il avait un lien avec les V2 d'après les dimensions du site et les quelques renseignements rassemblés. Le rapport de Sanders concluait qu'il s'agissait "d'un site d'assemblage pour des projectiles longs manipulés et transportés à la verticale". Sanders nota également que "les dimensions du site le rendaient utilisable pour la fusée V2, mais la possibilité d'utiliser une nouvelle fusée une fois et demie plus longue et deux fois plus lourde n'était pas à exclure". Les premières visites révélèrent une coupole pratiquement intacte, des galeries très inégalement achevées, plusieurs accès complètement effondrés, des salles encore encombrées de déblais et de nombreuses installations techniques jamais terminées. Les Alliés comprirent alors qu'ils avaient neutralisé le site non pas en détruisant le dôme, mais en paralysant toute son infrastructure. Cette conclusion influencera durablement les doctrines de bombardement contre les ouvrages fortifiés.

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Galerie Mathilda

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Interstice entre le mur bétonné de la Coupole et le rocher

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Interstice entre le mur bétonné de la Coupole et le rocher

Durant les mois qui suivirent la libération, plusieurs équipes britanniques, américaines puis françaises examinèrent minutieusement la Coupole. Les relevés portaient notamment sur la résistance du béton, la qualité des armatures, les techniques de coffrage, la conception des galeries, les systèmes de ventilation et l'organisation générale de la base. La méthode consistant à construire d'abord la coupole avant de creuser les salles fut étudiée avec beaucoup d'intérêt. Après ces expertises, la Coupole perdit toute utilité. La France ne disposait ni des moyens financiers ni de l'intérêt stratégique nécessaire pour transformer un ouvrage aussi gigantesque. Pendant plusieurs décennies, le complexe resta pratiquement abandonné. La végétation envahit progressivement les déblais. Certaines galeries demeurèrent inaccessibles. Des infiltrations d'eau apparurent. Quelques visites ponctuelles furent néanmoins organisées par des militaires ou des historiens. À partir des années 1970, l'intérêt pour les vestiges du Mur de l'Atlantique connut un important renouveau. Les chercheurs prirent conscience du caractère exceptionnel de la Coupole. Plusieurs études démontrèrent qu'il s'agissait de la plus importante base V2 conservée en Europe occidentale, d'un remarquable exemple d'architecture militaire souterraine et d'un témoignage majeur de l'histoire des armes balistiques. Le département du Pas-de-Calais engagea alors une politique de sauvegarde. Les travaux de restauration débutèrent au début des années 1990. Ils furent particulièrement complexes. Il fallut sécuriser les galeries, consolider certaines zones instables, aménager des cheminements, installer des réseaux modernes et préserver l'authenticité du site. Plusieurs milliers de tonnes de déblais durent être évacuées. Des éclairages adaptés furent installés afin de mettre en valeur les volumes souterrains. En 1997, la Coupole ouvrit officiellement au public. Le projet retenu place le site dans une histoire plus large en traitant notamment de l'Occupation allemande, du travail forcé, des armes V, de la déportation des travailleurs vers les usines souterraines de Mittelwerk, des bombardements alliés et de la naissance de l'ère spatiale. Cette approche permet de montrer que les recherches ayant conduit à la V2 sont également à l'origine des lanceurs spatiaux développés après-guerre par les États-Unis et l'Union soviétique. Au début des années 2010, un planétarium numérique fut ajouté au complexe. Le visiteur passe ainsi de l'une des armes les plus destructrices de la Seconde Guerre mondiale aux applications pacifiques de la technologie des fusées.

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Une des portes du tunnel ferroviaire

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Vue aérienne du site prise par un avion de la RAF

La Coupole n'est pas un blockhaus au sens traditionnel du terme. Elle constitue un complexe industriel souterrain, conçu comme une véritable usine de préparation des fusées V2, dont chaque galerie et chaque salle répondent à une fonction précise. Le projet allemand reposait sur un principe simple : protéger sous plusieurs dizaines de mètres de craie toutes les opérations de préparation des missiles, depuis leur arrivée par train jusqu'à leur sortie vers les aires de lancement. Cette organisation industrielle est l'une des réalisations les plus ambitieuses de l'Organisation Todt. La Coupole est implantée sur le versant occidental d'un plateau crayeux culminant à environ 160 m d'altitude, entre les communes d'Helfaut et de Wizernes. L'emplacement présente un important recouvrement de craie, une ancienne carrière facilitant les terrassements, une bonne dissimulation visuelle et la proximité immédiate de la voie ferrée Saint-Omer – Lumbres. Le complexe fut entièrement organisé autour de cette ancienne carrière. Les ingénieurs allemands utilisèrent le vide créé par l'exploitation de la craie pour installer progressivement les galeries principales. Le sous-sol est constitué presque exclusivement de craie blanche du Crétacé supérieur, particulièrement homogène. Cette roche présente une facilité de creusement, une bonne stabilité mécanique, une excellente absorption des ondes de choc et une faible circulation d'eau. Ces caractéristiques expliquent pourquoi les ingénieurs allemands considèrent le site comme idéal pour un ouvrage profondément enterré. La couverture rocheuse atteint par endroits 35 à 45 m au-dessus des principales salles.

Le complexe se compose de plusieurs ensembles parfaitement distincts : la coupole proprement dite, la dalle périphérique (Zerschellerplatte), les galeries ferroviaires, les salles de préparation, les ateliers, les dépôts, les locaux techniques, les installations électriques, les systèmes de ventilation et les sorties vers les futures aires de lancement. L'ensemble représente 7 km de galeries. La coupole constitue naturellement l'élément le plus spectaculaire. Elle a un diamètre de 71 m et une épaisseur de 5,50 m. À l'époque de sa construction, il s'agissait probablement de la plus importante coupole militaire en béton armé réalisée en Europe occidentale. Contrairement à une idée souvent répandue, la coupole ne repose pas sur une simple dalle. Elle est portée par une vaste couronne périphérique directement ancrée dans la craie saine. Les ingénieurs ont recherché une répartition uniforme des charges. Le poids total, supérieur à 55 000 tonnes, est ainsi réparti sur plusieurs milliers de mètres carrés. Autour de la coupole se développe une gigantesque dalle de béton appelée Zerschellerplatte (dalle d'éclatement). Cette dalle avait pour fonction de provoquer l'explosion des bombes avant leur pénétration dans la craie, de répartir les efforts, d'empêcher la formation de cratères et de protéger les galeries profondes. Malgré cette précaution, les bombes Tallboy réussirent à provoquer d'importants mouvements de terrain.

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Toute la logistique du complexe reposait sur le chemin de fer. Les V2 arrivaient démontées. Chaque fusée était répartie sur plusieurs wagons. Les convois pénétraient directement dans les galeries. La galerie Ida constituait l'un des deux grands tunnels ferroviaires du complexe. Elle devait assurer l'arrivée des convois en provenance de la ligne Saint-Omer–Lumbres, qui desservait directement le chantier. Les convois devaient transporter les éléments des fusées, les matériaux nécessaires à leur assemblage, les équipements techniques, ainsi que les approvisionnements destinés au fonctionnement quotidien de la base. Dans l'organisation imaginée par les ingénieurs allemands, Ida représentait l'artère principale du complexe. C'est par cette galerie que devaient pénétrer les trains, avant que les différents éléments ne soient répartis dans les ateliers souterrains. La galerie présente une section voûtée en plein cintre, entièrement revêtue de béton armé. Ses dimensions sont exceptionnelles pour un ouvrage souterrain militaire. La largeur utile atteint environ 7 à 8 m, tandis que la hauteur dépasse localement 17 m, afin de permettre le passage de locomotives, de wagons chargés et des ponts roulants prévus pour la manutention des composants des V2. Le revêtement est constitué d'un béton particulièrement dense, appliqué contre la craie après excavation. Les parois conservent encore les empreintes des planches de coffrage utilisées lors du bétonnage. De nombreuses niches latérales sont aménagées pour recevoir les câbles électriques, les conduites d'alimentation en eau, les réseaux téléphoniques et les gaines de ventilation. À la base des murs, des caniveaux assurent l'évacuation des eaux d'infiltration. Ida constitue aujourd'hui l'axe principal du parcours de visite. Les galeries Mathilde et Hugo formaient le second grand axe de la base. Mathilde présente une architecture très proche de celle d'Ida. Sa largeur est comparable, de même que sa hauteur sous voûte. Le revêtement en béton armé est identique, tout comme les dispositifs destinés au passage des réseaux techniques. Lors de la Libération, plusieurs sections étaient déjà entièrement bétonnées, tandis que d'autres demeuraient en cours d'aménagement. Les équipements ferroviaires définitifs n'avaient pas encore été installés. L'intérieur de Mathilde est relativement bien conservé. Une partie de la galerie est intégrée au parcours muséographique, tandis que les prolongements les plus éloignés restent inaccessibles pour des raisons de sécurité. Les documents allemands désignent Anna, Katharina et Sophie comme des galeries secondaires destinées à relier les grands tunnels à plusieurs ateliers et locaux techniques. Elles devaient assurer la circulation du personnel, du matériel léger et des différents réseaux de distribution. Leurs sections sont plus modestes que celle d'Ida et de Mathilde. Les plans connus indiquent une largeur d'environ 4 à 5 m, suffisante pour le passage de petits véhicules de chantier et des équipes de maintenance. Lorsque les Alliés prennent possession du site, ces galeries étaient loin d'être achevées. Certaines parties étaient déjà revêtues de béton, tandis que d'autres n'étaient encore que de simples excavations dans la craie. Les installations techniques prévues n'ont pas été mises en place. Les bombardements aux bombes Tallboy de juillet 1944 provoquent un important glissement de terrain qui ensevelit une grande partie de ces galeries. Katharina demeure condamné. La galerie Hugo devait assurer la liaison entre plusieurs secteurs techniques et des espaces de stockage. Son rôle consistait principalement à desservir les futurs ateliers spécialisés ainsi que certains dépôts destinés aux équipements des fusées. Les travaux de creusement étaient encore en cours lors de l'arrêt du chantier. Quelques sections avaient reçu leur revêtement définitif, mais de longues portions demeuraient simplement excavées dans la craie. Les bombardements de juillet 1944 provoquent un effondrement massif du versant de la carrière. Sophie est l'une des galeries les plus durement touchées. Les inspections alliées mentionnent une obstruction presque complète, confirmée par les études réalisées après-guerre. Aujourd'hui, cette galerie reste inaccessible. La galerie Anna assurait la desserte des locaux techniques situés sous la coupole. Elle devait permettre la circulation des équipes de maintenance, le passage des réseaux électriques et hydrauliques, ainsi que l'accès aux installations de ventilation. À l'été 1944, son aménagement est très inégal. Certaines sections sont bétonnées, d'autres ne présentent encore que les traces du creusement à l'explosif.

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L'entrée du tunnel ferroviaire

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Entrée de la galerie Ida

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La galerie Ida

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La galerie Ida

Autour des galeries principales se répartissent plusieurs salles de grandes dimensions destinées à accueillir les différentes opérations de préparation des V2. Les plans allemands distinguent des espaces réservés au contrôle des composants, à l'assemblage mécanique, aux installations électriques, aux magasins et aux ateliers de maintenance. Les volumes de ces salles impressionnent par leurs dimensions. Certaines atteignent plus de 10 m de hauteur sous voûte, afin de permettre l'installation de ponts roulants et la manutention des éléments les plus volumineux des fusées. Cependant, l'état d'avancement est très variable. Quelques salles sont presque terminées, tandis que d'autres ne sont encore qu'au stade de l'excavation. Cette diversité constitue aujourd'hui un témoignage exceptionnel des différentes phases de construction d'un ouvrage souterrain de l'Organisation Todt. Les secteurs ouverts au public ont été consolidés et sécurisés lors des campagnes de restauration. D'autres demeurent volontairement fermés afin de préserver leur stabilité. L'un des aspects les plus remarquables de la Coupole réside dans la conservation de nombreuses excavations abandonnées en cours de réalisation. Les fronts de taille visibles dans certains secteurs permettent d'observer directement les méthodes employées par les équipes de l'Organisation Todt. Les traces des perforatrices pneumatiques, les marques des tirs de mines et les surfaces laissées brutes témoignent des différentes étapes du creusement. Les ouvriers procédaient par forages successifs, chargés d'explosifs, avant d'évacuer les déblais à l'aide de wagonnets circulant sur des voies Decauville provisoires. Ces espaces inachevés illustrent parfaitement la méthode de construction retenue pour la Coupole, le gigantesque dôme protecteur était réalisé avant que les volumes souterrains ne soient entièrement excavés. Les travaux se poursuivaient ensuite sous cette protection, au fur et à mesure de l'avancement du chantier. La structure principale du complexe était une grande salle hexagonale située directement sous la coupole et qui devait servir à préparer la fusée au lancement. Elle ne fut jamais achevée, mais aurait mesuré 41 m de diamètre et 33 m de haut. Environ dix niveaux intermédiaires devaient être construits dans les flancs de cette salle.

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Une des salles attenant à la galerie Ida

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Le groupe électrogène

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Wagon de train de déportés exposé dans une des salles de la galerie Ida

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Galerie Mathilda

Les ateliers d'assemblage occupaient une partie importante du complexe. Chaque atelier possédait une fonction bien définie. La hauteur importante des salles facilitait la mise en position verticale des fusées avant leur transfert. Les ingénieurs allemands séparaient soigneusement les différentes catégories de stockage. Des magasins distincts étaient prévus pour les pièces détachées, les explosifs, les composants électroniques, les instruments de guidage et les ergols. Cette séparation réduisait les risques d'accident. Les dépôts d'oxygène liquide étaient installés dans des secteurs spécifiques, largement ventilés, afin de limiter les dangers liés aux basses températures et aux fuites. Une base destinée à préparer plusieurs dizaines de V2 par jour nécessitait une alimentation électrique particulièrement fiable. L'énergie nécessaire au complexe de Wizernes était fournie par une connexion au réseau électrique et sa consommation était estimée entre 5 000 et 6 000 kVA. Le projet prévoyait une station électrique avec des transformateurs, plusieurs groupes électrogènes de secours et un réseau de distribution redondant. Le réseau était conçu pour continuer à fonctionner même en cas d'endommagement d'une partie des installations. La ventilation constitua l'un des équipements les plus importants de toute la base. Les nombreuses galeries souterraines exigeaient un renouvellement permanent de l'air. Les besoins en air étaient considérables. Les installations comprenaient de grands ventilateurs électriques, des conduits de soufflage, des conduits d'extraction, des clapets antiretour et plusieurs puits de ventilation. Plusieurs puits verticaux ont été intégrés au projet afin d'assurer ces échanges d'air.

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Une des salles attenant à la galerie Mathilda

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Wagonnets dans la galerie HG2

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Galerie Anna

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Galerie Anna

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Après leur arrivée, les différents éléments des V2 devaient être dirigés vers les salles de préparation, véritables ateliers spécialisés où chaque missile était progressivement assemblé et contrôlé avant son départ vers les positions de tir. Les V2 n'étaient pas livrées entièrement montées. Les principaux sous-ensembles étaient transportés séparément afin de faciliter leur acheminement par chemin de fer. L'ensemble de la préparation devait suivre un cheminement pratiquement linéaire. Les ingénieurs allemands avaient conçu un véritable système de production continue inspiré des grandes chaînes industrielles. Chaque salle avait une mission précise telle que l'inspection des pièces, le contrôle dimensionnel, le montage mécanique, l'installation des équipements électriques, le réglage des gyroscopes, les essais des servomoteurs et le contrôle final. Les éléments avançaient progressivement d'un atelier vers le suivant jusqu'à l'achèvement complet de la fusée. Avant toute opération d'assemblage, chaque composant devait subir une inspection minutieuse. L'ensemble des ateliers était desservi par des ponts roulants de forte capacité. Le moteur de la V2 pesait à lui seul près d'une tonne. Les réservoirs, une fois assemblés, représentaient également plusieurs centaines de kilogrammes. Les opérations de remplissage constituaient la phase la plus délicate de toute la préparation. Le moteur de la V2 utilisait un mélange d'alcool éthylique dilué à environ 75 % et de l'oxygène liquide. L'alcool pouvait être stocké relativement facilement. L'oxygène liquide, en revanche, exigeait des installations beaucoup plus complexes. Maintenu à une température proche de -183 °C, il devait être manipulé dans des conditions extrêmement rigoureuses. Le remplissage ne devait intervenir qu'au dernier moment afin de limiter les pertes dues à l'évaporation. Les dépôts cryogéniques figuraient parmi les installations les plus sensibles de toute la base. Ils étaient implantés dans des secteurs isolés des autres ateliers. Une fuite importante d'oxygène pouvait transformer n'importe quel matériau combustible en véritable explosif. Les ingénieurs avaient donc adopté des règles extrêmement strictes. Les charges militaires devaient également être stockées séparément des fusées. Chaque tête militaire contenait près d'une tonne d'explosifs. Les magasins étaient installés dans des salles indépendantes afin qu'un accident éventuel ne compromette pas l'ensemble du complexe. Leur accès devait être particulièrement contrôlé. Outre les ateliers principaux, le complexe comportait de nombreux locaux spécialisés. On y trouvait notamment des ateliers de mécanique, des ateliers d'électricité, des magasins d'outillage, des ateliers de soudure et des dépôts de pièces détachées. Le personnel permanent devait disposer de nombreux espaces de service. Le projet comprenait notamment des bureaux, des vestiaires, des sanitaires, des salles de repos, des infirmeries et des magasins d'habillement. Une partie seulement de ces locaux fut effectivement réalisée avant l'abandon du chantier. Un second complexe souterrain fut également construit sur le flanc occidental de la carrière pour servir d'hôpital et accueillir les bureaux des ingénieurs. Bien que physiquement séparé, un autre complexe construit près de Roquetoire faisait partie intégrante du site de Wizernes. Ce site dénommé "Umspannwerk C" fut construit pour abriter une station de guidage radio devant être utilisée pour corriger la trajectoire des missiles lancés depuis Wizernes.

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Sous la coupole

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Sous la coupole

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Il n'était pas prévu de lancer les V2 depuis l'intérieur de la Coupole. Le moteur d'une V2 développe une poussée d'environ 25 tonnes et produit un panache de gaz atteignant plusieurs milliers de degrés. Deux aires de lancement avaient été prévues à l'extérieur au sein de l'ancienne carrière. Le côté occidental de la salle située sous la coupole donnait sur deux hautes galeries appelées Gustav et Gretchen. Chacun devait être protégé par des portes en béton et en acier à l'épreuve des bombes. Ces tunnels mesuraient 4 m de large et 17 m de haut et débouchaient dans la carrière. Des plates-formes de lancement pour les fusées devaient être construites à l'extrémité de chaque galerie. Les deux tunnels étaient orientés respectivement à 64° 50' et 99° 50' ouest pour que les pas de tir soient suffisamment éloignés les uns des autres. Les fusées y étaient transportées en position verticale par des chariots ferroviaires jusqu'au pas de tir. Les fusées pouvaient aussi quitter les galeries par les accès ferroviaires, être acheminées sur des remorques spécialisées (Meillerwagen) puis conduites vers des aires de lancement extérieures. Le remplissage final en oxygène liquide devait être effectué juste avant le tir, la fusée redressée sur sa table de lancement. Les galeries Gustav et Gretchen furent également bouchées par les bombardements de juillet 1944. Les inspections alliées mentionnent une obstruction presque complète, confirmée par les études réalisées après-guerre. Lorsque les travaux cessèrent à l'été 1944, seule une partie de ce programme avait été réalisée. La coupole était pratiquement terminée. Les grandes galeries d'accès étaient largement avancées. En revanche, plusieurs ateliers n'étaient encore que des excavations, certains revêtements en béton n'étaient pas achevés, les équipements industriels n'avaient pas été installés, les réseaux électriques et de ventilation étaient incomplets et aucune chaîne de préparation des V2 n'a jamais été mise en service. Ainsi, aucune fusée V2 n'a été assemblée, ravitaillée ou lancée depuis la Coupole d'Helfaut.

Bundesarchiv Bild 141-1875 Peenemunde, V2 auf Abschussbahn
V2 en cours de redressement sur un pas de tir de Peenemunde
(© Bundesarchiv Bild 141-1875)

V-2_Rocket_On_Meillerwagen
V2 sur son chariot de transport
 

La découverte de la Coupole de Wizernes par les troupes alliées en septembre 1944 révèle un chantier d'une ampleur considérable, mais dont seule une partie a atteint son état définitif. Si le gigantesque dôme de béton est pratiquement achevé, le réseau souterrain qui devait lui donner toute sa fonction industrielle demeure très incomplet. Les travaux de creusement progressaient encore lorsque les bombardements de l'opération Crossbow provoquèrent l'abandon définitif du projet. Aujourd'hui, seule une partie de ces espaces est accessible. Plusieurs galeries sont conservées dans un état remarquable, tandis que d'autres demeurent condamnées par les effondrements provoqués par les bombardements de 1944 ou par les impératifs de sécurité. Les restaurations entreprises depuis les années 1990 ont permis de stabiliser les secteurs ouverts au public, mais une proportion importante du complexe reste inaccessible.

Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.

 

Y ACCÉDER:

L'accès à la coupole est fléché depuis les principaux axes routiers autour de Saint-Omer.

La visite est payante.

 

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Cette page a été mise en ligne le 25 septembre 2026

Cette page a été mise à jour le 25 septembre 2026