Suivez les
Lieux-Insolites en France sur INSTAGRAM
![]()
Au cœur de la vieille ville de Strasbourg, là où l’Ill se divise en plusieurs bras et serpente entre les maisons à colombages de la Petite France, se dressent les silhouettes massives des Ponts Couverts. Tours trapues, arches de pierre et eaux lentes composent l’un des paysages les plus caractéristiques de la cité rhénane. Pourtant, derrière l’image pittoresque qui attire aujourd’hui les visiteurs se cache l’histoire d’un ouvrage militaire médiéval conçu pour défendre la ville et contrôler ses accès fluviaux.

Les
Ponts Couverts avec la Heinrichsturm, la tour Hans von Altheim et la tour
des Français (de gauche à droite)
Au début du XIIIe siècle, Strasbourg connut une prospérité remarquable. Ville libre du Saint-Empire romain germanique, elle fut un centre commercial majeur du Rhin supérieur. La croissance démographique et l’expansion des quartiers imposèrent la construction d’une nouvelle enceinte urbaine destinée à protéger les faubourgs occidentaux. Le site présente cependant une difficulté particulière avec l’Ill, rivière capricieuse et ramifiée, qui traverse la ville en de multiples bras. L’eau constitue à la fois une défense naturelle et une faiblesse stratégique, car elle ouvre des voies d’accès que des assaillants pourraient exploiter. Pour verrouiller ces passages, les bourgeois de la ville entreprirent entre 1230 et 1250 la construction d’un dispositif défensif original constitué de quatre ponts franchissant les bras de l’Ill, encadrés par cinq tours massives. Du sud-est au nord-ouest ces tours se nomment la tour des Français, la tour Hans von Altheim (Jean de Altheim), Heinrichsturm (tour Henri) ou tour de l'Éclusier, Malzenturm et Stöckelsturm ou Henkersturm (tour du Bourreau). En 1332, les piliers de soutènement en bois des ponts furent remplacés par des piles en maçonnerie de moellons de grès. Les ponts furent alors surmontés de galeries en bois couvertes d’une toiture de tuiles. Ces galeries étaient ouvertes du côté de la ville, mais closes par des parois en bois du côté extérieur. Ces parois étaient percées de meurtrières adaptées à l'artillerie. Les soldats pouvaient y circuler à l’abri et y stocker armes et projectiles. Ces ponts formaient une sorte de corridor défensif suspendu au-dessus de l’eau. C’est cette superstructure qui donnera plus tard son nom à l’ensemble, les "Ponts Couverts". À l’époque, le complexe constitue l’un des points clés de la défense occidentale de la ville. En 1570, des herses en fer furent installées pour condamner les passages par la rivière.

La tour Hans von Altheim

La tour Hans von Altheim et la Heinrichsturm
À la fin du XVIIe siècle, l’ingénieur militaire Sébastien Le Prestre de Vauban transforma profondément la défense de Strasbourg. Entre 1681 et 1688, l'ingénieur Jacques Tarade construisit, selon les plans de Vauban, un pont-écluse à une centaine de mètres en amont des Ponts Couverts. Cet ouvrage dénommé le barrage Vauban permettait d’élever le niveau de l’eau et d’inonder la plaine environnante afin de ralentir une armée ennemie. En 1696, un incendie détruisit la tour Hans von Altheim qui fut reconstruite. Dans le nouveau système défensif de Vauban, les Ponts Couverts devinrent secondaires. Leur rôle militaire déclina progressivement et les galeries en bois furent finalement démontées en 1784. Un incendie détruisit la Malzenturm en 1863 qui fut démolie en 1869. Cet incendie endommagea certainement les ponts, car ceux-ci furent reconstruits en pierre en 1865, dans la forme que l’on voit aujourd’hui. Leur architecture présente des arches en plein cintre reposant sur de solides piles munies d’avant-becs destinés à briser le courant. Ces ponts ont une longueur de 270 m et une largeur de 8 m. Les ponts et les tours furent classés Monuments historiques en 1928. Les Ponts Couverts furent restaurés entre 1977 et 1981.

La Heinrichsturm

La tour Hans von Altheim

La tour des Français
Les Ponts Couverts doivent leur caractère monumental aux quatre tours qui rythment l’ensemble. Élevées en maçonnerie de moellons en grès des Vosges, elles présentent une architecture robuste et austère, typique des fortifications urbaines du Moyen-âge. Il s'agit de tours carrées de 8,60 m de côté et d'une hauteur de 19 m. Elles possèdent cinq niveaux séparés par des planchers en bois et reliés par des escaliers étroits. L'accès se faisait par une porte dans la façade arrière au premier niveau pour la tour Hans von Altheim et au deuxième niveau pour les autres. Les trois faces donnant du côté de l'attaque sont percées de six à neuf meurtrières par niveau. Leurs sommets étaient crénelés. La Heinrichsturm est la seule qui conserve des bois d’œuvre originaux datés de 1229. La charpente de sa toiture est datée par dendrochronologie de 1408. Dans cette tour fut installée en 1351 au troisième niveau une cellule de prison de 13 m². En 1529, trois autres cellules de 6,5 m² furent installées au deuxième niveau. Ces cellules n'avaient ni chauffage ni commodité d’hygiène. La Stöckelsturm se trouve aujourd’hui isolée sur le quai de Turckheim. Elle fut réaménagée en 1746 pour servir de prison. Les deux cellules en chêne subsistant au deuxième niveau possèdent encore leurs portes avec les huisseries et les ferrures. Les prisons des Ponts Couverts furent fermées en 1823. Des études archéologiques mirent en évidence la présence sur les parois en bois des cellules subsistantes de 500 graffitis réalisé entre 1530 et 1595 par les prisonniers. La tour des Français doit son nom à l’époque qui suivit le rattachement de Strasbourg à la France en 1681.

La tour Hans von Altheim et la tour des Français

La tour Hans von Altheim et la tour des Français
Aujourd’hui, les Ponts Couverts forment l’un des panoramas les plus célèbres de Strasbourg. Les tours de grès se reflètent dans les eaux tranquilles de l’Ill, tandis que les maisons à colombages se pressent sur les quais voisins. Les Ponts Couverts font partie du secteur classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, avec la Grande Île de Strasbourg. Ainsi, les Ponts Couverts incarnent à la fois l’histoire militaire médiévale, l’évolution urbaine et la mémoire monumentale de Strasbourg. Ils témoignent de la manière dont une fortification peut, avec le temps, devenir l’un des symboles les plus poétiques d’une ville.

La Heinrichsturm

La tour du bourreau

La tour Hans von Altheim
Ces photographies ont été réalisées en mars 2026.
Cette page a été mise en ligne le 25 mars 2026
Cette page a été mise à jour le 25 mars 2026