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La Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg constitue l’un des chefs-d’œuvre majeurs de l’architecture médiévale européenne. Dominant Strasbourg par sa flèche élancée, elle représente l’aboutissement d’une longue évolution architecturale qui s’étend du XIIe au XVe siècle. Par son mélange de traditions romanes et de formes gothiques particulièrement élaborées, elle constitue aujourd’hui l’un des plus grands symboles de l’histoire artistique et religieuse de l’Europe rhénane.

Le site de la cathédrale correspond probablement à un lieu de culte très ancien. Strasbourg, connue dans l’Antiquité sous le nom d’Argentoratum, était un important camp militaire romain établi sur le Rhin. Sur le site de la cathédrale ont été retrouvés des vestiges d'un temple dédié à Mercure et divers petits sanctuaires. Entre le 1er et le IVe siècle, le quartier fut à plusieurs reprises détruit et reconstruit. Après la christianisation de la région au IVe siècle, une première église épiscopale fut probablement fondée à proximité du centre urbain. Les sources écrites demeurent rares, mais plusieurs évêques sont attestés dès le haut Moyen-âge. Cette première église aurait été fondée en 510 par Clovis et le premier évêque se serait nommé Amandus. Au cours de la période carolingienne, Strasbourg devint un centre religieux important. Une cathédrale fut reconstruite ou agrandie à plusieurs reprises, mais les structures exactes de ces premiers édifices restent mal connues. À la fin du Ve et au début du VIe siècle, l’évêque se nommait Arbogast. En 728, l’évêque Rémi consacra le maître-autel à Marie. Son testament établi en 778 mentionne la présence d'une crypte dans cette église. Le chanoine et clerc de Pépin 1er, Ernold le Noir, décrit en 826 une procession passant par plusieurs autels et une cuve baptismale située dans l'église de Strasbourg. Cet édifice fut endommagé lors du siège de la ville en 913 par Charles le Simple.



L'empereur Otton III nomma en 1001 Werner de Habsbourg, évêque de Strasbourg. Pour se venger de cet évêque qui ne l'avait pas soutenu lors de l’élection au trône du Saint-Empire romain germanique, le duc d'Alsace, Hermann II, s'empara en 1002 de Strasbourg. Ses troupes pillèrent et incendièrent la cathédrale. Un nouvel incendie en 1007 finit de détruire l'édifice. L’évêque Werner entreprit donc, à partir de 1015, la construction d'une nouvelle cathédrale. Achevée en 1040, cette cathédrale longue de 110 m avec une nef haute de 27 m était alors une des plus grandes de l'empire germanique. Elle se composait d'un massif chevet rectangulaire, d'un large transept, d'une nef à trois vaisseaux et d'une façade occidentale rectangulaire. Une tempête provoqua à la Noël 1074 un effondrement partiel de l'édifice. Au cours du XIIe siècle, l’église subit plusieurs incendies (1136, 1140, 1150 et 1176). Celui de 1136 nécessita une reconstruction des parties occidentales alors que celui de 1150 entraîna une profonde transformation de la crypte et du transept. L’évènement décisif fut l'incendie de 1176, qui ravagea une grande partie de l’église. L’évêque Henri de Hasenbourg décida en 1180 de reconstruire entièrement l’édifice sur les fondations antérieures, en adoptant un programme architectural plus ambitieux. Cette reconstruction marque la naissance de la cathédrale actuelle.

Le côté nord de la cathédrale



Les travaux débutèrent en 1180 par le chœur et l'abside qui furent achevés en 1188 en même temps que la chapelle Saint-André. Entre 1196 et 1210 fut érigé le bras nord du transept. Avec la prise de fonction de l’évêque Henri II de Veringen en 1202 arriva, en provenance de l’Île-de-France, un nouveau maître d’œuvre qui opéra un changement stylistique. Entre 1210 et 1230 furent construits le bras sud du transept, le Pilier des Anges et la chapelle Saint-Jean. Parmi les réalisations les plus remarquables de cette période, le Pilier des Anges, véritable chef-d’œuvre sculpté représentant le Jugement dernier, culmine à près de 18 m. En 1224 apparaît la première mention de l’Oeuvre Notre-Dame chargée du financement et de la conduite des travaux. Entre 1230 et 1235 fut construit le mur extérieur des bas-côtés des deux premières travées de la nef. À partir de 1235 intervint un nouveau maître d’œuvre qui construisit le jubé, acheva les deux premières travées et érigea jusqu'à la hauteur du triforium la troisième travée de la nef. L'animosité croissante entre l’évêque et les bourgeois de la ville conduisit en 1255 à l'arrêt des travaux. Cette animosité tourna en guerre en 1260 et finit en 1262 par la victoire des troupes de la ville sur celle de l’évêque lors de la bataille de Hausbergen. Dorénavant, ce seront les bourgeois de la ville qui auront la main mise sur les travaux de la cathédrale. Après avoir terminé en 1275 les travaux de la nef, débuta la démolition du massif occidental roman. En 1277 fut posée la première pierre du nouveau massif occidental.

Le côté sud de la cathédrale

Le tympan du portail sud


En 1284, le chantier fut repris par le premier maître d’œuvre dont le nom nous soit parvenu, Maître Erwin de Steinbach. Comme lors de chaque changement de maître d’œuvre, celui-ci modifia le projet. En 1316 fut terminé le premier étage de la tour sud, la chapelle de la Vierge et la tour de la croisée du transept. À la mort d'Erwin en 1318, son fils Johannes lui succéda. Il entreprit la construction du premier étage de la tour nord. La grande rosace de la façade fut achevée en 1330. Gerlach, neveu de Johannes, reprit à sa mort en 1339 les travaux de la tour sud. Entre 1340 et 1347 fut érigée la chapelle Sainte-Catherine et l’on termina les deux tours. La façade avait alors le même aspect que celle de la cathédrale de Paris. Entre 1340 et 1360 fut prise la décision de combler l'espace entre les deux tours de la façade. Gerlach en fit les plans et débuta les travaux. En 1365, Michel de Fribourg lui succéda. Il modifia les plans de Gerlach et termina les travaux. En 1399, en vue de compléter la cathédrale de grandes tours, la ville embaucha l'architecte Ulrich d'Ensingen. Celui-ci conçut pour coiffer la tour nord une grande tour octogonale entourée de quatre tourelles d'escalier surmonté d'une haute flèche. En 1419, son successeur Jean Hültz de Cologne modifia le projet en remplaçant l’escalier central de la flèche par huit escaliers sur les arêtes extérieures. La construction fut achevée en 1439. Avec sa flèche culminant à 142,11 m, la cathédrale devint la plus haute construction de la chrétienté. Elle garda ce record jusqu'en 1874. Elle est actuellement la deuxième plus haute de France (derrière la cathédrale de Rouen) et la cinquième du monde. Durant la deuxième moitié du XVe siècle, divers architectes proposèrent des projets pour une deuxième flèche (sur la tour sud), mais aucun ne fut concrétisé. En 1488 fut réalisé le bâtiment du petit trésor. En 1505 fut réalisé le portail Saint-Laurent et la chapelle Saint-Laurent fut achevée en 1521.

À partir de 1521, le curé de Saint-Laurent fit la promotion des idées luthériennes et en 1524 fut dite la première messe en allemand dans la cathédrale. Le Magistrat fait alors progressivement enlever les éléments servant le culte des Saints. En 1527, la cathédrale fut dévolue au culte protestant sauf le chœur qui resta réservé aux chanoines catholiques. En 1529 furent interdites les messes catholiques et les autels et retables subsistant hors du chœur furent détruits. En 1531, le dallage fit les frais de l'iconoclasme, les pierres tombales furent remplacées par un dallage uniforme. Le Magistrat poursuivit l'entretien de l’édifice sauf pour les parties occupées par les catholiques qui, faute d'entretien, tombèrent peu à peu en ruine. Le cloître dut ainsi être démoli en 1550. Un orage endommagea en 1542 la voûte de la chapelle Sainte-Catherine. L'horloge astronomique, qui fait la fierté de la cathédrale, fut mise en service en 1574. Strasbourg fut annexé au royaume de France par Louis XIV le 30 septembre 1681. Le roi de France rendit immédiatement la cathédrale au culte catholique. Dans le cadre de la contre-réforme furent alors détruits le jubé et la chapelle de la Vierge afin d'ouvrir le chœur sur la nef qui fut doté d'un décor baroque. Afin d’améliorer l'éclairage, l’intérieur de la cathédrale fut peint en blanc et certains vitraux furent remplacés par des vitres translucides. L'architecte de l’évêché, Joseph Massol, érigea en 1744 une nouvelle sacristie accolée au transept nord. Le 17 juillet 1759, la foudre frappa la flèche et provoqua l'incendie de la toiture de la nef. L'incendie se propagea à la tour de la croisée du transept qui s'effondra en partie en emportant la voûte de la salle du trésor et de la première travée de la nef. Le chœur fut également fortement endommagé. Cette tour fut remplacée en 1763 par une toiture en forme de cône tronqué couvrant la coupole. En 1772, l'architecte Jean-Laurent Goetz réaménagea les abords de la cathédrale et dissimula les échoppes accolées aux murs extérieurs par des galeries néogothiques. Il reconstruit également en 1782 la maison des gardiens sur la plateforme de la tour sud. Johann Wolfgang von Goethe célébra la cathédrale comme l’expression du génie artistique germanique dans son ouvrage "Von deutscher Baukunst" publié en 1772.



Les premières détériorations liées à la Révolution eurent lieu en 1792 avec le retrait des blasons, des couronnes et des sceptres des statues. En 1793, les représentants du peuple Louis Antoine de Saint-Just et Philippe Le Bas ordonnèrent la destruction de la statuaire. Entre le 7 et le 9 décembre 1793, 235 statues de la cathédrale furent détruites, les ornements en bronze des portails furent fondus, les boiseries du chœur furent arraché et brûlés et les épitaphes furent martelées. La cathédrale devint ensuite le "Temple de la Raison". En 1794, le conseiller municipal Antoine Teterel exigea la démolition de la flèche, car elle "blesse le sentiment d'égalité de la République". Son collègue Jean-Michel Sulzer fit échouer son projet en proposant d'en faire un symbole de la République en la coiffant d'un bonnet phrygien. Un bonnet en tôle de 10 m de hauteur et peint en rouge resta sur la flèche du 13 juin 1794 jusqu'au 17 avril 1802. La cathédrale fut rendue au culte en 1801. Les travaux de restauration des dégâts de la Révolution débutèrent en 1806. Les sculpteurs Jean Étienne Malade, Jean Vallastre, Philippe Grass et Louis Stienne se succédèrent durant le XIXe siècle pour refaire les statues. À partir de 1839, l'architecte Gustave Klotz réorganisa et restaura les vitraux. En 1848, il fit retirer le badigeon blanc recouvrant les murs intérieurs. L’horloge astronomique fut restaurée en 1838 par l’horloger Jean-Baptiste Schwilgué. La cathédrale fut classée Monument historique en 1861.

L'orgue de la nef





Lors du siège de Strasbourg par les Prussiens en 1870, la cathédrale fut bombardée. De nombreuses balustrades, des sculptures et des vitraux furent détruits et un incendie détruisit les toitures. L'architecte Gustave Klotz répara les dégâts et en profita pour mettre en œuvre son projet de reconstruction de la tour de la croisée du transept en style néoroman. Les travaux furent achevés en 1879. En 1911 débutèrent sous la supervision de l'architecte Johann Knauth les travaux de reprise des fondations de la tour nord qui menaçait de s'effondrer. La mise en œuvre d'une plateforme en béton fut achevée par les architectes Charles Pierre et Clément Dauchy en 1926, Knauth ayant été renvoyé en Allemagne par les autorités françaises en 1918. Devant les risques de guerre en août 1939, des murs de sacs de sable furent érigés devant les portails et autour du Pilier des Anges et de la chaire. Les vitraux furent déposés et mis à l’abri en Dordogne. Fin juin 1940, Adolf Hitler visita la cathédrale. Celle-ci fut alors fermée au public jusqu'à la fin de la guerre. Les vitraux réquisitionnés par les nazis furent stockés dans la mine de sel de Heilbronn où ils furent retrouvés par les Américains en 1945. Le 11 août 1944, un bombardement américain détruisit une partie de la coupole et les voûtes du bas-côté nord. Les Spahis du général Leclerc hissèrent le drapeau tricolore au sommet de la flèche le 23 novembre 1944 accomplissant ainsi le serment de Koufra. Une grande opération de restauration du massif occidental eut lieu entre 1960 et 2004. Le bras sud du transept fut restauré entre 2016 et 2019. En 2000, en application des principes du concile Vatican II, les balustrades clôturant le chœur furent supprimées et le mobilier liturgique fut remplacé. La cathédrale est classée en patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988.

Le bas-côté nord



La cathédrale est construite presque entièrement en grès rose des Vosges, dont la couleur chaude donne au monument son aspect caractéristique. Le massif occidental de la cathédrale a été construit selon la technique de la double paroi. Le mur porteur de la façade constitué de puissantes masses de maçonnerie est caché derrière une seconde paroi ajourée, véritable dentelle de pierre. La façade se compose de trois portails dont les tympans sont consacrés à la vie du Christ. La rosace, œuvre d’Erwin de Steinbach, en constitue le point central. Constituée de seize pétales géminés, elle a un diamètre de 13,60 m. Elle est entourée d'une frise de fleurs de lys et de douze petites rosaces par groupe de trois. La façade se caractérise par son grand nombre de sculptures dont la plus belle manifestation est la galerie des apôtres, située au-dessus de la rosace.





Le portail central est muni de portes de bronze réalisé en 1879 par l'orfèvre parisien Chertier. Leurs décors représentent des saints, des prophètes et les patriarches ainsi qu'un herbier de plantes. Ce portail représente la vie du Christ de sa naissance (Vierge à l'enfant du trumeau), sa préparation par les prophètes du judaïsme (statues du bas), sa Passion (tympan) à la glorification comme Juge universel (gâble). Le tympan décrit la Passion du Christ et sa montée au ciel. On peut y observer l'entrée à Jérusalem, le dernier repas, le baiser de Judas et l'arrestation de Jésus, la comparution devant Pilate, la flagellation, le couronnement d'épine, le portement de la croix, la crucifixion et la victoire sur la mort, la descente de la croix, la mise au tombeau, la pendaison de Juda, la descente du Christ aux enfers d'où il délivre Adam et Eve, la résurrection, l'apparition à Marie-Madeleine puis aux apôtres avec Thomas qui touche les plaies et l'ascension au ciel du Christ contemplé par les apôtres et la Vierge. Il est entouré de statues de prophètes et de martyrs. Des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament sont représentées sur les voussures. Sous le tympan, sur le trumeau, une statue de la Vierge à l’Enfant rappelle que la cathédrale est dédiée à Notre-Dame. Juste derrière la porte se tient la statue du premier apôtre Pierre. Une autre statue de la Vierge est située au-dessus du tympan. Elle est surmontée d’une statue du Christ, roi et juge, dont le trône est entouré de lions musiciens.

Le portail centrale de la façade









Un des battants du portail central
Le portail du côté nord est décoré de statues représentant les allégories des douze vertus, terrassant de leurs pieds les douze vices. Nous y voyons la foi contre le paganisme et l'idolâtrie, la chasteté contre la luxure, la patience contre la colère, l'humilité et l'espérance contre l'orgueil et la tromperie, la tempérance contre la débauche, la raison et la charité contre l'avarice, l'unité et la foi contre la discorde nommée hérésie. Le tympan a pour sujet l’enfance du Christ avec la présentation du Christ au Temple, le massacre des Innocents par Hérode, la fuite en Égypte et Hérode et les mages lors de leur visite à l'enfant.


Le portail nord
Le portail du côté sud représente la parabole des dix vierges à la noce selon l'évangile de Matthieu. À droite, les vierges sages tiennent une lampe à huile et les Tables de la Loi ouvertes. Elles sont accueillies par l'Époux, qui est le Christ avec sa main les bénissant. À gauche, les vierges folles, guidées par le Tentateur, leur tendent un aimable visage et la pomme de la tentation. Le dos du Tentateur s’ouvre pour montrer les serpents, les lézards et les crapauds qui l’habitent, symbolisant les vices. Deux des vierges folles tiennent leurs lampes retournées et les Tables de la Loi fermées. Ces statues sont placées sur des consoles où sont représentés alternativement les signes du Zodiaque et les travaux des champs. Le tympan représente le Jugement dernier avec le Christ montrant ses plaies, sa croix, la lance et sa couronne d'épines. En dessous, le Christ sépare les justes à gauche et les mauvais à droite vers la gueule de l'enfer. En dessous encore, la résurrection des morts depuis leur tombeau pour le jugement.

Le portail sud

La galerie des Apôtres
La façade est surmontée de deux tours hautes de 66 m. Le beffroi, ajouté entre 1384 et 1388, comble l’espace entre les deux tours. La tour nord est surmontée d'une tour octogonale entourée par quatre tourelles renfermant des escaliers à vis et coiffée d'une haute flèche. Terminée en 1439, elle culmine à 142,11 m au-dessus du sol. La tour octogonale fut conçue par le maître d’œuvre Ulrich d'Ensingen. Jean Hültz qui reprit la direction du chantier en 1419 changea le projet de la flèche. Il rehaussa l’octogone d’un petit étage supplémentaire et à la place de la flèche assez simple munie d’un escalier central prévu par Ulrich d'Ensingen, il construisit une flèche très complexe, où les huit arêtes portent une succession de petits escaliers à vis hexagonaux imbriqués les uns dans les autres. La flèche est subdivisée en plusieurs étages dont les derniers étages ne sont desservis par aucun escalier. Plusieurs projets d'une seconde tour à flèche furent proposés. Aucun ne fut réalisé. Le manque de moyens financiers est évoqué ou le fait que le sol n’aurait pas résisté à un tel poids, mais c'est probablement le fait que les hautes tours et flèches étaient passées de mode au XVe siècle qui justifie cette absence.



Le beffroi abrite dix cloches. Seule sa face ouest est décorée selon l’iconographie du Jugement dernier. Le Christ y est représenté assis, une épée pointant vers sa bouche avec en dessous de lui, deux personnages (prophètes Ézéchiel et Isaïe ?). Encadrant les ouvertures, quatre statues avec une tête d’homme, d’aigle, de taureau et de lion représentent soit les évangélistes, soit "les Vivants" (Ézéchiel et Isaïe dans l’Ancien Testament et Saint-Jean dans l’Apocalypse). La Vierge Marie et Saint-Jean intercèdent pour les ressuscités que l’on voit sortir des cercueils. À la droite du Christ se trouvent les élus et à sa gauche les réprouvés. Deux anges portent les symboles de la Passion, la croix, la couronne d’épines, la lance et les trois clous. Quatre anges réveillent les morts en soufflant dans des trompettes. À la gauche du Christ, un démon emporte en enfer un réprouvé, à sa droite, un personnage emmène un élu au paradis.

Du côté nord, le portail Saint-Laurent, de style gothique tardif, fut construit entre 1494 et 1505 par l’architecte Jacques de Landshut. Le tympan primitif, détruit sous la Révolution, fut remplacé vers 1820 - 1830 par le sculpteur Jean Vallastre. Dans le tympan est figurée une statue du Christ, adossée à une colonnette. Le registre principal représente le martyr de Saint-Laurent. Celui-ci est étendu sur un gril par deux bourreaux tandis qu'un troisième attise les braises. La statuaire des contreforts fut conçue par le sculpteur Johan von Ach. Y sont représentées les figures de Saint-Laurent, d'un pape (Sixte II ?), de Saint-Étienne, d'un apôtre armé d'une épée (Jacques ou Philippe), d'un chevalier revêtu d'une armure et une Vierge à l'Enfant recevant les offrandes des rois mages.

Le portail Saint-Laurent

Le portail Saint-Laurent

Le portail Saint-Laurent

Gargouille près du portail Saint-Laurent
Du côté sud, le portail du Jour du Jugement, de conception romane, est le plus ancien. Le groupe central de ce portail met en scène différents passages bibliques et comporte quatre figures principales. Salomon, roi d'Israël, surmonté d'un Christ en gloire, est entouré à gauche d'une statue tenant un étendard en forme de la croix et le calice, représentant l’Église, et à droite d'une statue aux yeux bandés qui représente la Synagogue (le judaïsme) vaincue. Le roi Salomon surmontant deux petites statues rappelle son fameux jugement préfigurant le Jour du jugement. Au-dessus du roi Salomon, le Christ en gloire de l’Apocalypse ou du Jugement dernier, tient dans sa main gauche le globe terrestre surmonté d’un dais figurant la future Jérusalem céleste. Le Seigneur apparaît au somment du portail en tant que juge suprême. Sur les deux tympans sont représentés la Dormition de la Sainte-Vierge et le Couronnement de la Sainte-Vierge. On nomme ce portail le portail du Jugement, à cause de la statue de Salomon, mais aussi parce que l’évêque de Strasbourg y tenait son tribunal. En hiver, avait également lieu à cet endroit, et durant tout le Moyen-âge, une foire, prémisse de l’actuel marché de Noël. Le fronton de la façade du portail sud porte un groupe de trois cadrans solaires peints en 1572. Imaginés par les mathématiciens Dasypodius et David Wolkenstein pour servir au réglage de l'horloge astronomique de la cathédrale, ils ont été par la suite gravés dans la pierre, probablement lors de leur restauration en 1669. Le cadran de gauche donne la hauteur et l'azimut du soleil, celui du haut donne les heures normales et celui de droite les heures babyloniennes. Sous la galerie de circulation, à la base du fronton, est sculpté "l'Astronome", un homme en buste accoudé à un cadran solaire. Ce cadran, qui porte la date de 1493, représenterait Johann Lichtenberger, astrologue à la cour de l'empereur Frédéric III.

Le portail sud



Le portail sud

Les cadrans solaires du portail sud
La nef de la cathédrale est longue de 63 m. De style gothique rayonnant, elle s’élève sur trois étages avec de grandes arcades brisées reposant sur des piliers fasciculés, un triforium ajouré et des fenêtres hautes à quatre lancettes sous des réseaux à rosace. Les voûtes quadripartites atteignent environ 32 m de hauteur, donnant à l’espace une impression de verticalité accentuée. La nef contient une riche collection de vitraux. Du côté nord, ils représentent les différents empereurs du Saint-Empire et sont datés du XIIIe siècle. Du côté sud, les vitraux du XIVe siècle permettent d’admirer des scènes de la vie de la Sainte Vierge et du Christ. Les vitraux du triforium représentent les ancêtres du Christ selon l'évangile de Luc. La grande rosace est quant à elle purement ornementale.


















Placée contre la troisième pile orientale de la nef, la chaire de la cathédrale est un exemple de gothique flamboyant poussé à l’extrême. De plan hexagonal et s'élevant sur deux étages, elle est décorée de 56 statuettes représentant les évangélistes, un cortège de huit figures d’apôtres, la crucifixion du Christ entouré de sa mère Marie et de l’apôtre Jean, Sainte-Barbe, Saint-Laurent et les anges portant les instruments de la Passion. Cette chaire a été réalisée entre 1485 et 1487 pour le prédicateur moraliste Jean Geiler de Kaysersberg par le sculpteur et maître d’œuvre Hans Hammer. Sur l'escalier qui monte à la chaire, au niveau du palier, la petite sculpture d’un chien assoupi rappellerait selon une légende, l’habitude du prêcheur de venir accompagné de son chien qui se couchait au pied de la chaire pendant les sermons de son maître. Cette sculpture pourrait aussi être l'attribut de Saint-Alexis qui est représenté sous l'escalier de la chaire, sur le pilier sud, avec une servante qui déverse un seau d'eau sale sur lui. Devenu ermite, il aurait été reconnu uniquement par son chien. Jusqu'en 2022, lors des jours d'équinoxe, un rayon vert illuminait le Christ crucifié de la chaire.


La chaire de la nef

Le chien de Geiler
Dans le collatéral nord, la chapelle Saint-Laurent fut érigée entre 1495 et 1505 par Jacques de Landshut. Elle donne sur le portail nord. Elle est réservée à la prière et à l’adoration du Saint-Sacrement. On y célèbre aussi les mariages et les messes de funérailles des paroissiens de la cathédrale.

Chapelle Saint-Laurent

Chapelle Saint-Laurent
Les bras nord et sud du transept sont divisés en quatre travées carrées par un pilier central. Le pilier central du bras nord est cylindrique. Les voûtes d'ogives du bras nord, les plus anciennes de la cathédrale, sont très bombées, faisant ressembler chacune des quatre travées à des coupoles. La hauteur atteint 26 m. Dans la partie gauche du bras nord se trouve l’ancienne niche romane, assez majestueuse, de l’autel Saint-Laurent décoré de deux frises romanes évoquant l’enfer et le paradis.

Le transept nord

Le transept nord
Le chœur et la coupole octogonale de la croisée du transept furent érigés entre 1180 et 1190. Maçonnée en briques, cette coupole est supportée par huit nervures en grès polychrome profilé en boudins et qui convergent vers un anneau sommital formant clé de voûte. Le chœur roman, dans lequel se trouve l’autel, est surélevé, car situé au-dessus de la crypte. Il est orné de fresques, datant du XIXe siècle et imitant les mosaïques byzantines sur fond doré. Le centre de l'abside est orné d’un vitrail moderne, représentant la Sainte Vierge. Dans ce vitrail, don du Conseil de l'Europe, figurent les douze étoiles du drapeau européen sur fond bleu. Le chœur est meublé de quinze stalles en chêne, datant de 1692.

Le choeur



La coupole de la croisée du transept
La voûte à résille en ogives curvilignes du bras sud du transept est supportée par le Pilier des Anges, construit vers 1230. Ce pilier de 18 m de hauteur porte douze sculptures remarquables. Le groupe du bas représentant les quatre évangélistes est surmonté d’anges jouant de la trompe. Le groupe supérieur comprend le Christ, assis, entouré d’anges portant les instruments de la Passion. À proximité de ce pilier figure la statue d’un homme, accoudé à une balustrade. Selon la légende, un homme aurait prétendu que le Pilier des Anges s'effondrerait, ne pouvant supporter la voûte. Le maître d'œuvre Erwin de Steinbach aurait donc sculpté une statue du visiteur contemplatif, attendant l'effondrement du pilier.

Le "Pilier des Anges"

Le "Pilier des Anges"

Le visiteur contemplatif

Le transept sud
L’horloge astronomique fait partie des curiosités de la cathédrale et attire de nombreux touristes. Construite durant le XVIe siècle, ce chef-d'œuvre de la Renaissance, était considéré à l’époque comme faisant partie des sept merveilles de l’Allemagne. Les mathématiciens Conrad Dasypodius et David Wolkenstein, les horlogers Isaac et Josias Habrecht et le peintre Tobias Stimmer qui l'on conçut y délivrent le message que le Dieu des chrétiens est le maître du temps et des horloges. La légende prétend que le Magistrat, inquiet que les constructeurs puissent construire ailleurs un ouvrage semblable, leur aurait fait crever les yeux. Toutes les horloges de ce type ont droit à cette légende. Elle a été restaurée en 1838 par l’horloger Jean-Baptiste Schwilgué. Cette horloge s'anime tous les jours à 12 h 30. Des automates représentent les quatre âges de vie. Au premier quart d’heure, un enfant fait le tour de l’horloge, au deuxième quart d’heure, c’est un homme jeune qui fait le tour, au troisième quart d’heure, c’est un homme mûr et au dernier quart d’heure c’est un vieillard qui annonce sa mort et l’arrivée de l’enfant. Au-dessous, il y a les douze apôtres qui défilent devant le Christ. La partie centrale est un calendrier circulaire, qui indique la position du soleil et de la lune ainsi que les éclipses. La partie basse est, quant à elle, utilisée pour des indications astronomiques.


L'horloge astronomique
La chapelle Saint-André occupe l’angle entre le bras sud du transept et l’abside. Elle est constituée de trois vaisseaux de largeur irrégulière. Les voûtes sont d’ogives dans certaines travées et d’arêtes dans d’autres. Une partie de cette chapelle remonte à la cathédrale de Werner. Dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste se trouvent le gisant de Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg de 1273 à 1299, le caveau funéraire des évêques de Strasbourg et le monument funéraire de Conrad de Bussnang. Un petit cimetière se trouvait, au moins jusqu’au XVIe siècle, à proximité de cette chapelle. C’est dans cet espace que se trouvaient les tombes de plusieurs architectes de la cathédrale, dont celles de maître Erwin et de son fils Johannes.

La chapelle Saint-André

Le bas-côté sud

La crypte (© Wikipédia)
La chapelle Sainte-Catherine a été construite entre 1332 et 1349 par l’évêque Berthold II de Bucheck pour abriter sa sépulture. Elle est située dans le bas-côté sud à proximité immédiat du transept. Les vitraux extérieurs, œuvre de Johannes de Kirchheim, représentent les douze apôtres, Sainte-Madeleine et Sainte-Marthe. Le mur séparant la chapelle de la nef a été abattu en conservant les cinq piliers de soutènement. Les statues de Saint-Florent, de Saint-Jean-Baptiste portant un médaillon avec l’agneau pascal, de Sainte-Catherine portant une petite roue, de Saint-André portant une croix de forme classique et de Sainte-Élisabeth ont été placées contre chaque pilier. Au mur méridional se trouve le monument funéraire de Conrad Bock, maire de Strasbourg en 1444, et de sa femme, Marguerite Beger. Dans cette œuvre de Peter Bischof datée de 1480, ils sont représentés agenouillés sur deux socles de part et d'autre d'une niche figurant en haut-relief la Dormition de la Vierge. La chapelle Sainte-Catherine est ornée de deux verrières verticales représentant un Christ de 9 m de hauteur, aux couleurs chatoyantes. Le visage composé de 150 photographies d’anonymes Strasbourgeois et Strasbourgeoises. Inspiré par un tableau du peintre flamand Hans Memling daté de 1481, le Christ lève la main droite en signe de bénédiction. Derrière la main, on peut apercevoir des teintes de bleus, de jaunes et de verts qui reproduisent une nature luxuriante de fleurs, d'arbres, de ciel et même de quelques animaux. Cette œuvre de l’artiste plasticienne Véronique Ellena et du maître-verrier Pierre-Alain Parot a été installée en 2015 pour le Millénaire de la cathédrale.

La chapelle Sainte-Catherine

La chapelle Sainte-Catherine

Le plafond de la chapelle Sainte-Catherine

La chapelle Sainte-Catherine

Les vitraux de la chapelle Sainte-Catherine

La dormition de la Vierge Marie

La chapelle Sainte-Catherine
Sur le tympan du portail central se trouve un détail assez cocasse. Au niveau de la représentation de l’Enfer est visible une marmite avec en dessous le diable qui rigole. À sa gauche se trouve Judas pendant au bout d'une corde. Sur la droite de la marmite se trouve un postérieur avec son anus étoilé, le "Souffle-cul". En portant son regard un peu plus haut, on remarquera un enfant qui tient sa bistouquette dans une main et fait pipi sur le postérieur. Ce "cul nu" exposé aux yeux de tous serait celui de l’évêque Gamil Blosarsch (ou Camille Blosarch) qui fut chassé de la ville, car il abusait des enfants de chœur. À voir sa tête, maintenue au creux du bras du diable en personne, de l’autre côté de la marmite, on peut supposer qu’il regrette ses actes. Pour les historiens de l’art, le "souffle-cul" est une représentation toujours associée au diable. Alors que les saints et les hommes bons s’expriment par la bouche, Satan s’exprime par la partie la plus immonde du corps, le derrière. L’anus est donc la bouche du diable. On peut d'ailleurs se rendre compte que l'ensemble de l'image représente un visage.

La représentation de l’Enfer avec le "Souffle-cul"

Le tympan du portail central avec la représentation de l’Enfer
Le vent semble tourner autour de la cathédrale et s’engouffrer sur le parvis devançant l'édifice. Ce phénomène naturel donna naissance à une légende mettant en scène le Diable. Un jour le Diable, à cheval sur le vent, serait parvenu à Strasbourg. Fasciné par la beauté de la cathédrale et ayant vu sa propre statue sur le fronton qui lui plut, il pensa que l’intérieur de cet édifice devait être beau. Il laissa le vent à l’entrée et pénétra dans le bâtiment. Alors qu’il admirait le Pilier des Anges, il se fit surprendre par la clochette ponctuant le déroulement de la messe. Il fut instantanément enfermé dans une des colonnes de grès de la cathédrale. et ne réussit à s’enfuir qu’au bout de plusieurs siècles, oubliant sa monture. Dehors, le vent trouva le temps long et se mit à tourner autour de la cathédrale en hurlant. Il attend toujours son maître en tournant inlassablement autour de l’édifice.



Ces photographies ont été réalisées en mars 2026.
Cette page a été mise en ligne le 25 mars 2026
Cette page a été mise à jour le 25 mars 2026