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La citadelle de Sisteron

Dominant un spectaculaire verrou calcaire au-dessus de la Durance, la citadelle de Sisteron constitue l’un des ensembles défensifs les plus impressionnants de Provence et l’un des plus représentatifs de l’évolution de la fortification française entre le Moyen-âge et le XIXe siècle. Accrochée à un éperon rocheux sur plus de 500 m de long, elle contrôle le débouché méridional de la vallée de la Durance, voie naturelle de circulation depuis l’Antiquité entre les Alpes et la Méditerranée.

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La citadelle occupe la crête occidentale d’un massif calcaire abrupt, faisant face à la barre rocheuse de la Baume, caractérisée par ses strates verticalisées. Entre les deux s’étire un goulet de 200 m de large, à peine plus, par lequel passent route et rivière. C'est un passage obligé entre le Dauphiné et la Provence. Dans l’Antiquité, la voie menant de Vapincum (Gap) à Segustero (Sisteron) et à Apta Julia (Apt) constituait un axe majeur. Au Moyen-âge, la route devient un passage vital pour les marchands transalpins, mais aussi un point de contrôle fiscal et, en temps de guerre, un verrou militaire. Sa position exceptionnelle fit de Sisteron un poste clé dans les réseaux militaires successifs, comtes de Provence, archevêques d’Embrun, chefs de guerre des guerres de Religion, ingénieurs royaux, puis autorités militaires du XIXe siècle ont chacun laissé leur empreinte. Ce lieu a été fortifié depuis des temps très anciens. L'oppidum des Voconces qui occupait les lieux fut détruit en -27 par les légions romaines d'Auguste et remplacé par un castrum romain. À l’époque romaine, la ville (appelée Segustero) était quelques dizaines de mètres plus bas, le rocher dominant servait de repère défensif, mais aucune trace visible de l’oppidum ou du castrum roman ne subsiste aujourd’hui.

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La barre rocheuse de la Baume

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La barre rocheuse de la Baume

Les premiers éléments fortifiés datent probablement du XIe siècle. Un castrum dépendant des comtes de Forcalquier fut mentionné vers 1065-1070. À la fin du XIIe siècle, le territoire passe sous l’autorité des comtes de Provence qui y firent ériger un donjon primitif en pierre calcaire, un rempart sommaire et quelques bâtiments résidentiels adossés au rocher. L’ensemble constituait alors la tête d’un dispositif défensif comprenant la citadelle et la ville basse. Ce château primitif a été détruit (notamment lors d’une révolte des habitants avant 1257) et n’a laissé aucun vestige. À partir du XIIIe siècle, Sisteron passe sous l’autorité des archevêques d’Embrun, qui renforcent le château avec la création d’une enceinte supérieure polygonale, le renforcement du donjon, surélevé et doté d’un système de mâchicoulis, et la construction, en 1368, d’une chapelle au sommet, futur sanctuaire Notre-Dame-du-Château. François Ier s'arrêta à Sisteron en 1516 lors de son retour de Marignan. Le chevalier Bayard y tint alors garnison. François Ier s'arrêta à nouveau à Sisteron en 1524 et 1537.

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À la fin du XVIe siècle, la région (provence, dauphiné…) connut des troubles, notamment les guerres de religion, faisant de Sisteron un point stratégique. La ville, partagée entre catholiques et protestants, fut prise, reprise, assiégée. Cette instabilité poussa à moderniser les défenses pour faire face aux armes à feu. En 1594, sous l’égide du roi Henri IV, le duc de Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné, entreprit l’un des plus vastes programmes de fortification de Provence. L’ingénieur royal (ou maître d’œuvre) Jehan Sarrazin, un Italien installé en Provence, construisit des bastions angulaires capables de résister au tir d’artillerie, un chemin couvert d’accès protégé et des ouvrages avancés avec des plateformes d’artillerie. L’ancien donjon et le chemin de ronde du Moyen-âge furent conservés. Jehan Sarrazin produisit un dessin bastionné influencé par l'architecte italien Ercole Nigra. Entre 1600 et 1611, les travaux furent conduits par Raymond de Bonnefons. Son fils Jean lui succéda en 1611. Le plan général de la citadelle fut définitivement en place dès 1611. Ces travaux donnèrent à la citadelle sa forme générale actuelle en terrasses successives. La citadelle consolida alors son rôle défensif et politique dans la région. Accusé de complot contre la France (il aurait comploté avec l'Espagne), le prince polonais Jean Casimir Vasa (Jan II Kazimierz Waza), futur roi de Pologne, fut enfermé sur ordre de Richelieu dans le donjon de la citadelle du 13 février au 16 août 1639. Le cachot où fut détenu le prince a été reconstitué, avec son mobilier et un mannequin représentant le prisonnier.

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La partie haute de la citadelle avec la chapelle

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La chapelle et la tour de l'Horloge

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la partie sud et la ville de Sisteron

En 1692, après une invasion de la haute vallée de la Durance par Victor Amédée II, duc de Savoie, le célèbre ingénieur militaire Sébastien Le Prestre de Vauban examina la citadelle. Il reconnut l’intérêt stratégique du site, mais critiqua plusieurs éléments notamment la faiblesse dans les liaisons entre bastions, la circulation interne inadaptée et l'absence de certaines défenses basses. Il proposa un ambitieux plan de modernisation, l’un des plus importants de la place. Par manque de crédits, seuls le magasin à poudre (poudrière) et un puits furent réalisés. Le 5 mars 1815, lors de la marche de Napoléon Ier vers Grenoble, l'empereur arriva à Sisteron, dont le maire était royaliste, précédé du général Cambronne, venu s'assurer que le passage était sûr. Le commandant Machemin et la garnison de la citadelle ne purent arrêter la troupe faute d’ordre clair et de poudre à canon. Les autorités locales laissèrent donc passer Napoléon qui entra en triomphe dans la ville. L'empereur y déjeuna avant de poursuivre sa marche triomphale vers Paris. C'était le début de la période des "Cent-Jours".

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Une échauguette

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Fortification nord

Entre 1842 et 1860 furent effectués des travaux de rénovation. On procéda au rehaussement des courtines, à l'ouverture de nouvelles portes charretières sur la face sud, au remaniement de l’enceinte nord, à la construction d’une citerne pour recueillir les eaux pluviales et à la construction de casemates. Afin de relier la citadelle à la porte nord de la ville, un escalier souterrain de 258 marches fut creusé, entre 1841 et 1842, dans le rocher. En surplomb de cette porte fut construit, en 1850, un réduit commandant le pont sur la Durance. En 1860, fut construit un grand ouvrage extérieur en terre dans la 2enceinte sud. Cet ouvrage forme un cavalier profilé en glacis vers le bastion du Roy et une contrescarpe maçonnée vers le bastion du gouverneur. En 1860, les entrées de la citadelle étaient munies de trois ponts-levis en zigzag (un au nord, deux au sud), structure métallique inventée pour améliorer la défense des accès. À partir de 1863, avec l'apparition de l'artillerie rayée, la citadelle n'était plus d'importance stratégique pour justifier des travaux. Seuls des crédits pour l’entretien des fortifications furent encore attribués. En 1894, la citadelle fut officiellement déclassée comme place forte. Les armes à longue portée rendant les fortifications traditionnelles obsolètes. Les bâtiments se dégradèrent alors peu à peu jusqu’aux grandes campagnes de restauration du XXe siècle.

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Le bastion du gouverneur

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La tour de l'Horloge et la chapelle

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La guérite du Diable

Pendant la Première Guerre mondiale, la citadelle servit de centre de détention pour des prisonniers allemands. La citadelle (rempart supérieur, tour de l'horloge, chapelle et guérite en pierre dite guérite du Diable) fit l’objet d’un classement aux Monuments historiques en 1925. En 1928, la citadelle fut vendue à la ville de Sisteron qui y créa un théâtre de verdure. La citadelle accueillit un des premiers festivals de théâtre en plein air en France. La citadelle fut transformée en camp d'internement par décret du 18 novembre 1939, puis en centre de séjour surveillé. Jusqu'en mai 1940, on y interna des détenus dits "gens sans aveux" (de droit commun), puis des détenus politiques. Le 11 mars 1941, on y dénombra 255 repris de justice, 63 indésirables étrangers et 51 prisonniers issus des compagnies spéciales. Entre 1942 et 1944, la citadelle servit de prison aux nazis, qui y enfermèrent des prisonniers politiques. Ceux-ci furent délivrés le 21 juillet 1944 par les maquisards du groupe F.T.P. du maquis de Bayons dirigé par Yvan Beck. Cette évasion rendit furieux le commandement allemand, qui prendra une cinquantaine d'habitants en otages et attaqua, le 26 juillet 1944, le maquis de Bayons. Le 15 août 1944, des B26 Marauder français et des B17 américains du 42th Bomber Wing tentèrent de couper le pont ferroviaire et le pont routier qui enjambaient la Durance. La météo n'étant pas très favorable, les accès aux ponts furent atteints, mais les ponts ne furent pas détruits. Les B17 de l'USAAF, forcé à une manœuvre d'évitement après son premier passage, se libérèrent des bombes non larguées et plusieurs tombèrent sur la ville. On déplorera plus de 300 victimes parmi la population civile. Le 17 août 1944, une formation de B-26 français revint sur les lieux et réussit cette fois à détruire les objectifs, mais une grande partie de la ville fut détruite et la citadelle gravement endommagée. Entre 1944 et 1945, la citadelle hébergea des prisonniers pour marché noir et, à la fin de la guerre, des prisonniers pour collaboration.

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Fortification nord

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Le bastion du Buech

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Le théâtre de verdure t le bastion de la Durance

À partir de 1956, l’association Arts, Théâtre, Monuments (ATM), avec la ville et les Monuments historiques, entreprit la restauration et la mise en valeur de la citadelle. Dans les années 1950 - 1970, Sisteron devient l’un des premiers grands chantiers de valorisation patrimoniale dans les Alpes du Sud. En 2013, l’ensemble de la citadelle (rocher, sol naturel, fortifications, bâtis) fut classé Monument historique. Un projet de nouvelle muséographie est en cours (2025 - 2026), pour offrir une expérience de visite renouvelée, immersive et plus accessible, tout en respectant l’authenticité du lieu.

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La citadelle couvre environ 10 hectares, et son architecture témoigne de huit siècles d’histoire mêlant Moyen-âge, Renaissance, modernisation, abandon et renouveau. Par son ampleur, la diversité de ses strates architecturales et la puissance de son implantation topographique, elle figure parmi les plus remarquables fortifications de montagne d’Europe occidentale. Le front sud est la partie la plus complexe du site. Il comprend des bastions triangulaires à talus incliné, une porte fortifiée en chicane, un réseau de fossés secs et de courtines épaisses. L’entrée sud (accès actuel), accès secondaire au Moyen-âge, est devenue l'accès principal après le XIXe siècle. La basse-cour sud (premier niveau défensif) est le premier espace tampon entre la ville et le cœur de la citadelle. Elle est constituée de bastions massifs avec des plateformes pour l’artillerie conçues pour tirer en éventail sur la vallée. Les courtines épaisses sont adaptées à la poudre. La rampe d’accès (vers les parties hautes) permet une montée en lacets pour rejoindre progressivement les niveaux supérieurs. Les murs furent renforcés au XIXe siècle avec des parapets plus hauts. Les défenses médianes abritent les casemates d’artillerie, ouvertes vers la vallée, et des galeries voûtées assurant la circulation en temps de siège. La citerne monumentale fut construite vers 1840. Constituée d'une grande salle voûtée, impressionnante par sa capacité et son ingénierie, elle collecte les eaux pluviales, indispensable lors des sièges.

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Le front sud (bastion du gouverneur)

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La porte du bastion du gouverneur

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Le bastion du gouverneur


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Le bastion du gouverneur

La partie supérieure est le cœur historique de la citadelle. On y trouve le donjon roman, largement repris au XVe siècle, les bâtiments du gouverneur et la chapelle Notre-Dame du Château. La chapelle Notre-Dame-du-Château, construite vers 1368, fut remaniée plusieurs fois. Utilisée comme caserne et prison (notamment sous Richelieu), elle fut gravement endommagée en 1944 lors du bombardement allié. Elle fut restaurée dans la seconde moitié du XXe siècle.

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La tour de l'Horloge et la chapelle

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La tour de l'Horloge et la chapelle

L’escalier souterrain creusé entre 1840 et 1845 relie avec ses 258 marches la citadelle à la ville en passant par l’ancienne porte nord (aujourd’hui disparue). Entièrement creusé dans le rocher, étonnamment régulier dans son gabarit, il permettait aux renforts, vivres et soldats de circuler sans être exposé aux vues et tir de l'ennemi.

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Le grand escalier

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Le grand escalier

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Le réduit de l'ancienne porte nord de la ville

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Escalier dans le chemin de ronde entre les bastions sud et nord

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Casemates

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Casemate de tir

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Les bastions nord furent construit par l’ingénieur Jehan Sarrazin. Bastions d’artillerie inspirés des modèles italiens, ils assuraient la protection du côté le plus exposé aux invasions (Dauphiné). Ces plateformes d’artillerie possèdent des murs en glacis pour dévier les tirs ennemis et un cloisonnement interne. Le Magasin à Poudre (fin XVIIe) est l'unique élément véritablement construit selon les plans de Vauban. Il possède des murs très épais et une voûte anti-explosion. Son aération est contrôlée pour éviter l’humidité. Il servait au stockage sécurisé de la poudre noire et des munitions. Le Théâtre de Verdure fut installé dans les bastions nord en 1928. C'est la scène des Nuits de la Citadelle, l’un des plus anciens festivals de plein air de France.

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Le bastion de la Durance

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Le bastion de la Durance

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Le chemin de ronde ouest séparant les bastions sud et nord

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Le bastion de la Durance

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La poudrière

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La poudrière

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Le bastion du Buech et la poudrière

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Le chemin de ronde ouest, le bastion du Buech et la poudrière

Ces photographies ont été réalisées en aout 2025.

 

Y ACCÉDER:

La citadelle se trouve Montée de la Citadelle à Sisteron. La visite est payante.

 



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Cette page a été mise en ligne le 22 décembre 2025

Cette page a été mise à jour le 22 décembre 2025