Le temple gallo-romain d'Izernore

Le vicus d'Isarnodurum (l'actuelle Izernore) constitue, selon les connaissances actuelles, le seul centre urbain gallo-romain du Haut-Bugey, région de moyenne montagne. Les nombreuses agglomérations gallo-romaines connues sont implantées dans les plaines et à proximité de la voie de communication naturelle de la vallée du Rhône en direction de la Suisse.

le temple

Les vestiges subsistants à Izernore se limitent à ceux du temple. Les fouilles effectuées depuis le XVIIIe siècle ont cependant permis de retrouver un établissement thermal et deux villas situés à la périphérie sud du village, la villa de Perignat et la villa de Bussy. Des îlots d'habitations ont aussi été reconnus au nord le long d'une voie de communication antique qui traverse le plateau du Haut-Bugey du nord au sud. Le vicus semble être peu important jusqu'au milieu du 1er siècle apr. J.-C. Il connaît ensuite une extension prospère jusqu'au IVe siècle à l'époque des invasions barbares. Un incendie important survenu en 68 ou 69 apr. J.-C. ne semble pas l'avoir affecté. Le vicus romain a été précédé par un village gaulois.

la cela

La plus ancienne mention au temple d'Izernore provient d'un document du VIe siècle qui le signale "en partie détruit". En 1650, Guichenon nous signale la présence de "trois colonnes de marbre d'une hauteur de 35 pieds" à Izernore. En 1706, Egenod décrit avec un peu plus de précision le temple. De même qu'en 1720, De Vegle indique la présence de trois colonnes placées sur leurs "pieds d'estaux". Les premières fouilles ont lieu en 1784. Messieurs Prost et Molinard, financés par Thomas Riboud, fondateur de la Société d'Émulation de l'Ain, décrivent la présence au niveau du temple de deux édifices successifs. Au niveau des thermes, ils dégagent trois salles.

izernore 14
La façade du temple

izernore 18
Le côté nord du temple

En 1813, la Société d'Émulation de l'Ain effectue une nouvelle fouille au niveau du temple afin de dégager le parement extérieur. En 1822, Désiré Monnier reprend les fouilles à l'intérieur du temple afin de vérifier la présence des deux édifices. Le temple sera classé monument historique en 1840. Les fouilles sont ensuite réalisées par monsieur De Reydellet et les habitants d'Izernore. La découverte la plus importante de cette époque est celle d'un doigt en bronze appartenant à une statue. Ce doigt a été retrouvé dans un champ à proximité du temple. En 1863, Étienne Joseph Carrier dressera à la demande du préfet de l'Ain les plans des monuments.

De 1906 à 1910, de nouvelles fouilles sont réalisées par messieurs Tournéry, Chanel et Cheney (maire d'Izernore). À cette occasion, les villas de Perignat et de Bussy sont explorées. Entre 1962 et 1972, messieurs Chevalier et Lemaître avec le groupe archéologique du Touring Club de France réalisent des fouilles avec des méthodes modernes sur l'ensemble des sites. D'importantes découvertes comme des céramiques sigillées du sud de la Gaule et une bague en or avec une intaille représentant la scène de l'enlèvement de Palladium sont faites à cette occasion. En 2000, 2002 et 2007, l'Inrap effectue des sondages en différents endroits de l'agglomération. Une nouvelle campagne de fouilles au niveau du temple a eu lieu en 2013 et 2014.

izernore 15
La façade du temple

izernore 11
La cella du temple

Le premier temple aurait été constitué d'une cella entourée d'un péristyle. Il était inscrit dans un rectangle de 17,50 m sur 15 m. Il a certainement été disposé de plain-pied ou légèrement surélevé et était décoré de peinture. Au IIe siècle, ce bâtiment a été incorporé dans une nouvelle construction dont les vestiges sont visibles aujourd'hui. Il était constitué d'une cella rectangulaire de 12,80 m sur 7,80 m entourés d'un péristyle. Côté est, le péristyle avait une largeur de 3,25 m alors qu'il faisait 4,80 m sur les autres côtés. Un escalier monumental, occupant toute la largeur de la façade, donnait accès au temple côté est. Le temple occupait un rectangle de 22,60 m sur 19,20 m. Le mur extérieur large de 1,80 m était réalisé en grand appareil en calcaire dur. Il formait un podium sur lequel était construite la cella. Le péristyle comprenait à chaque angle une colonne de forme carrée dont la hauteur est estimée à 9 m. Trois de ces colonnes subsistent à ce jour. Les différents éléments de fûts de colonnes retrouvés lors des fouilles permettent une reconstitution du temple. La façade, côté est, et le côté ouest présentaient une colonnade constituée de deux colonnes carrées, une à chaque extrémité, et de six colonnes rondes régulièrement espacées. Les côtés nord et sud possédaient chacun sept colonnes rondes. Ces colonnes étaient vraisemblablement couronnées par des chapiteaux corinthiens. Des tuiles en grande quantité ont été découvertes. Par contre, aucun élément ne permet la restitution du toit. Nous pouvons imaginer un temple classique avec un fronton et un toit à deux pentes ou un temple, type fanum gaulois, avec une cella plus haute que le péristyle et un toit à quatre pentes.

izernore 9

izernore 10

En se basant sur une inscription retrouvée, les différents chercheurs ont attribué le temple à Mercure. L'abbé Chapuis, se fondant sur les toponymes des lieux environnants, l'a attribué à Mars. L'attribution au dieu Mars repose sur la découverte à la porte du temple d'une bague ornée d'une figuration de cette divinité. Des fragments de pierre retrouvée au XIXe siècle ont également permis la reconstitution d'un casque qui ferait partie d'une représentation guerrière. Le doigt de la statue, découvert en 1828, longtemps considéré comme étant celui d'une femme fit également attribuer le temple à une divinité féminine. Mais comme il n'est pas possible de déterminer avec certitude le sexe de ce doigt et que les données archéologiques sont trop parcellaires, l'attribution du temple à une divinité reste hypothétique.

izernore 7

Ces photographies ont été réalisées en juillet 2010.

 

Y ACCÉDER:

À Izernore, prendre la D18 vers Oyonnax. L'accès au temple est situé sur la droite après le centre du village (fléchage).

Coordonnées GPS
46 N 13' 24"
05 E 33' 31"
Altitude 477 m

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

Cette page a été mise en ligne le 19 septembre 2010

Cette page a été mise à jour le 14 février 2015