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L'abbatiale de Remiremont

Située au cœur de Remiremont, l’ancienne abbatiale Saint-Pierre, aujourd’hui église Notre-Dame, constitue l’un des ensembles religieux les plus singuliers de l’Est de la France. Témoignage majeur de l’histoire du chapitre des dames chanoinesses, elle reflète à la fois une tradition monastique atypique et une évolution architecturale s’étendant du XIe au XIXe siècle.

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L’origine de l’abbatiale remonte au début du VIIe siècle, dans le contexte de l’expansion du monachisme inspiré par Saint-Colomban. Vers 620, Romaric, seigneur de la cour d'Austrasie à Metz, converti à la vie religieuse, et Amé, moine prédicateur venu de Luxeuil, fondèrent un établissement monastique sur le site du Saint-Mont, à quelques kilomètres de la ville actuelle. Ce premier monastère, probablement double (accueillant hommes et femmes), se caractérisait par une vie ascétique exigeante. Toutefois, dès les générations suivantes, la communauté féminine s’installa dans la vallée, où elle développa un nouveau centre monastique. C’est là que prit forme, progressivement, l’abbatiale de Remiremont. Le "Liber memorialis", manuscrit de l'époque carolingienne, évoque en 819 le "monastère qui est nouvellement construit au val royal de Romaric sur la rivière Moselle". Des récits relatant la translation des reliques des saints fondateurs signalent "qu'au temps du très pieux et sérénissime empereur Louis, qui se montra le père des moines et le restaurateur des saints monastères, les corps saints furent descendus du Saint-Mont vers la rive gauche de la Moselle où les religieuses les attendaient pour les conduire sous les voûtes de la nouvelle basilique". Une église existait donc lors de cette translation qui eut lieu en 818. Lors des fouilles archéologiques menées à l'occasion de la restauration de l'abbatiale fut trouvée, sous le niveau roman du XIe siècle, une construction datée par C14 entre 675 et 885. Ce serait donc dans cette construction que les religieuses s'établirent après leur descente du Saint-Mont. Elles l'agrandirent, au nord et au sud, par des constructions annexes, également retrouvées lors des fouilles.

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Le côté nord

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Le côté sud

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Le chevet

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Le porche Saint-Jean

Un nouvel édifice fut construit dans la première moitié du XIe siècle au-dessus de l’église carolingienne. Le 13 novembre 1049, les reliques y furent transférées en présence d’Hugues de Salins, archevêque de Besançon. Le lendemain, Bruno de Dabo, futur pape Léon IX (en 1054), consacra la nouvelle église. Une autre source indique que le pape Léon IX consacra l'église abbatiale de Remiremont, le 15 octobre 1050, sous la tutelle de l'évêque de Toul et de l'archevêque de Trèves. Entre le Xe et le XIe siècle, l’établissement connut une évolution institutionnelle majeure. Il cessa d’être un monastère régi par une règle stricte pour devenir un chapitre de chanoinesses séculières. Cette transformation, relativement rare, modifia profondément la nature de la communauté. Les chanoinesses ne prononçaient plus de vœux perpétuels, conservaient leurs biens personnels et pouvaient quitter librement l’institution. Recrutées exclusivement dans la haute noblesse, elles formaient une élite féminine dont le mode de vie se distinguait radicalement de celui des religieuses traditionnelles. Cette mutation s’inscrit dans le cadre politique du Saint-Empire romain germanique, dont dépendait alors la Lorraine. L’abbaye de Remiremont acquit le statut d’abbaye impériale, ce qui lui garantit une large autonomie. L’abbesse devint dès lors une véritable princesse d’Empire, exerçant des droits seigneuriaux étendus sur un vaste territoire.

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Cette deuxième abbatiale fut détruite par un incendie à la fin du XIIIe siècle. Grâce à de nombreux dons fut alors entreprise la reconstruction de l'abbatiale. Le nouveau chœur, au-dessus de la crypte, fut achevé en 1299. Hugues de Chalon, évêque de Liège, en consacra les quatre autels. À partir de 1301 furent construits le transept et la nef sur des terres données par des chanoinesses. Les travaux furent suivis par le maître d’œuvre, Jehan de Priney, nommé en 1344 par l’abbesse Jeanne de Vaudémont. Ces travaux s’achevèrent la fin du XIVe siècle. L'édifice initial s'étoffa par l’adjonction d'une vingtaine de chapelles grâce aux donations des chanoinesses, des clercs ou des bourgeois de la ville pour assurer leur salut. Une seule chapelle subsiste aujourd'hui, celle de Saint-Antoine. La reconstruction de l’abbatiale au XIIIe siècle intervint dans un contexte d’affirmation du pouvoir du chapitre. L’édifice adopta les formes du gothique, tout en conservant une certaine sobriété caractéristique des régions de l’Est du royaume. La nef, relativement dépouillée, contraste avec le chœur, espace réservé aux chanoinesses, qui fait l’objet d’un traitement plus soigné. La crypte, vestige de l’édifice roman antérieur (XIe siècle), conserve quant à elle des éléments essentiels pour la compréhension des origines du site. Elle constitue un espace mémoriel, probablement lié aux premières sépultures et au culte des fondateurs. En 1495, au cours d'une importante rénovation, les voûtes et le porche furent peints.

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Le retable de l'autel Saint-Romary.

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À partir du XVIIe siècle, l’équilibre politique de la région évolue. La monarchie française chercha à étendre son influence sur la Lorraine, ce qui entraîna des tensions avec les institutions locales, dont le chapitre de Remiremont. L'évêque d'Adrie, Monseigneur de Saregi, visita, en 1614, l'abbatiale à la demande de Catherine de Lorraine (1573-1648). Afin de mettre l'église en conformité avec les nouvelles exigences liturgiques du concile de Trente, il recommanda de nombreuses modifications. Catherine de Lorraine, abbesse entre 1616 à 1645, commanda dès sa prise de fonction à Jessé Drouin le monumental retable de l'autel Saint-Romary. Ce retable en marbre noir et calcaire blanc fut réalisé entre 1616 et 1623 pour présenter en ostension dans cinq alvéoles les reliquaires des saints fondateurs, Saint-Romary, Saint-Amé, Saint-Adelphe, Sainte-Claire et Sainte-Gébétrude. Le 12 mai 1682, un tremblement de terre provoqua l'écroulement des voûtes du transept. Louis XIV, souverain de la Lorraine occupée, donna 6 000 livres pour la reconstruction qui est confiée au maître maçon italien Melchior Spinga. Le contexte politique lorrain de l'époque et les querelles intestines du chapitre mirent rapidement fin aux travaux. Ils reprirent dans la première moitié du XVIIIe siècle, principalement par les autels et un nouveau chœur. Le sculpteur Chassel réalisa en 1707 les deux autels latéraux avec les statues de Saint-Paul et de la Vierge. Trois des chapelles furent détruites pour permettre la construction d’une salle capitulaire. L'architecte nancéien Claude-Thomas Gentillâtre (1712-1773) releva le sol de la nef, abaissa celui du chœur pour en atténuer la différence de niveau, et boucha les accès directs aux chapelles de la crypte. À la suite de nombreuses malfaçons dans les décors le chapitre lui entama un procès et confia l’achèvement du projet à des sculpteurs locaux.

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Après le rattachement de la Lorraine à la France en 1766, l’abbaye perdit progressivement son autonomie. Elle demeura cependant un centre aristocratique actif jusqu’à la veille de la Révolution. Le 31 décembre 1778, une tempête endommagea la voûte et le pignon du croisillon nord. Le 22 octobre 1788 fut posée la première pierre d'une nouvelle tour destinée à remplacer la tour gothique ébranlée par le tremblement de terre. À la Révolution française, le 7 décembre 1790, en application des lois révolutionnaires, l'abbaye de Remiremont fut supprimée. Les chanoinesses furent dispersées, les biens confisqués et l’organisation séculaire dissoute. L’abbatiale fut revendiquée par la commune pour y transférer la paroisse, ce qui fut fait le 8 mai 1791. En décembre, la ville fut autorisée à démolir le chœur des Dames, puis l'abbatiale fut dépouillée de l'essentiel de son mobilier et de son argenterie. Fermée en janvier 1794, elle fut transformée en Temple de la Raison puis en réserve de fourrage sous le Directoire. Elle fut rendue au culte catholique en 1801. Les travaux de la tour commencée en 1788 furent alors repris. Ses cinq étages furent terminés en 1804 puis coiffés d'un bulbe en 1805.

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Au XIXe siècle, dans le contexte du renouveau de l’intérêt pour le Moyen-âge, l’abbatiale attira l’attention des érudits et des historiens. Des campagnes de restauration furent entreprises, visant à préserver l’édifice et à mettre en valeur ses différentes phases de construction. Les travaux menés à la fin du XXe siècle permirent notamment de redécouvrir et de restaurer les peintures murales de la crypte, révélant un patrimoine artistique longtemps méconnu.

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L’abbatiale s’inscrit dans un tissu urbain hérité du quartier canonial, dont elle constituait le centre liturgique. Son orientation suit le schéma traditionnel est-ouest. L'abbatiale, construite en grès, présente un plan basilical. Elle est longue de 60 m pour une largeur au niveau du transept de 40 m. La hauteur sous voûte de la nef est de 20,30 m. La nef à vaisseau champenois très lumineux est séparée des deux bas-côtés simples par 4 piliers. À la nef de quatre travées font suite un transept et le chœur de quatre travées. La nef présente une élévation caractéristique du gothique régional avec un seul niveau principal sans triforium développé et avec des murs relativement pleins, percés de baies modérées. La nef est couverte par des voûtes d’ogives quadripartites constituées d'arcs diagonaux retombant sur des supports engagés avec des ogives peu saillantes et un profil sobre, sans multiplication de moulurations. Les arcs-formerets et doubleaux structurent clairement la travée, renforçant la lisibilité du rythme longitudinal. Les supports sont constitués de piliers engagés et de colonnettes recevant les retombées des ogives. Le décor reste minimal avec des chapiteaux peu sculptés, une modénature simple et une absence de programme iconographique développé dans la nef. Cette austérité correspond à une esthétique volontairement sobre, contrastant avec la richesse du chœur.

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La nef et le choeur

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Le porche d'entrée

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Le porche d'entrée

Le transept, peu débordant, ne constitue pas un élément monumental majeur. Ses bras sont relativement courts et ne développent pas de façades fortement individualisées, ce qui renforce l’effet de continuité de l’espace intérieur. Chaque bras du transept comporte, côté ouest, une tourelle recouverte d'un toit en croupe.

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Le transept nord

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Le transept sud

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Le transept sud

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Le porche Saint-Jean

Le chœur constitue la partie la plus remarquable de l’édifice. Cet espace allongé et hiérarchisé était réservé au chapitre des chanoinesses avec une séparation marquée avec la nef. Il est conçu comme un lieu distinct, à la fois liturgique et symbolique. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, il fut profondément remanié avec l'installation d’un revêtement en marbre, la mise en place d’un mobilier liturgique monumental et la création d’un retable structurant l’espace oriental. Ces transformations introduisirent un langage classique dans une structure gothique, créant un contraste stylistique marqué. Le traitement de la lumière y est plus élaboré avec des baies plus généreuses dont l'éclairage accentuant le décor met en valeur des éléments liturgiques. Le bas du mur sud du chœur est aveugle depuis la construction du palais abbatial auquel il était directement relié. Surélevé et achevé par une abside pentagonale, il présente une organisation relativement simple avec une absence de déambulatoire et des volumes compacts. Le chœur laisse percevoir la présence de la crypte dont seules les petites baies sont visibles au ras du sol.

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Le chœur avec le retable de l'autel Saint-Romary.

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Les verrières du chœur représentent en neuf tableaux la vie de Saint-Romaric. La verrière du transept nord est inspiré d'une œuvre de Raphaël "la dispute du Saint-Sacrement" et est une catéchèse sur le mystère de Dieu Père, Fils et Saint-Esprit. La grande rosace du pignon sud du transept montre les deux saints fondateurs du monastère, Saint-Amé et Saint-Romaric, au centre des sept chapelles du Saint-Mont. La galerie inférieure représente huit personnages de l'histoire de l'abbaye avec Saint-Arnould, Sainte-Claire, Saint-Adelphe, Sainte-Gébétrude, Sainte-Sabine, Catherine de Lorraine, Béatrix de Lorraine et Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé.

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La verrière du transept nord

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La grande rosace du transept sud

La crypte, datée du XIe siècle, constitue l’élément le plus ancien conservé. Elle se compose d'une chapelle centrale de cinq travées divisée en trois vaisseaux par huit colonnes massives et de deux chapelles latérales. Chaque chapelle se termine par une abside semi-circulaire. Elles sont couvertes par des voûtes basses en berceau ou d’arêtes. La crypte occupe quasiment toute la surface du chœur de l'église haute. La chapelle Saint-Antoine conserve un ensemble remarquable de peintures murales du XIVe – XVe siècles représentant la Crucifixion, Saint-Antoine, Saint-Laurent, Saint-Brice et Saint-Martin. Ces fresques apportent une dimension iconographique absente de la nef.

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La crypte

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Cercueil d'Alix le Clerc (1576-1622), dans la crypte romane de l'église abbatiale Saint-Pierre de Remiremont; une religieuse lorraine sous le nom de Mère Thérèse de Jésus, béatifiée par le pape Pie XII en 1947.

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Galerie des sarcophages avec ses peintures murales, dans la crypte romane. Les sarcophages en pierre proviennent de la chapelle de l'abbesse et du cimetière des Dames.

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À l'ouest, le clocher-porche est flanqué d'édicules couverts de croupe qui prolongent les bas-côtés et donnent l'impression d'un volume unique d'une grande simplicité. La tour est sobre, marquée par une simplicité du décor contrastant avec le clocher à bulbe. Ce clocher à bulbe donnant sa silhouette si caractéristique à l'abbatiale de Remiremont.

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Notre-Dame du Trésor est une statue de Vierge à l’Enfant que la tradition locale dit être un don de Charlemagne. Cette statue en bois haute de 70 cm représente la Vierge, en buste, tenant l'Enfant Jésus sur son bras gauche. Son visage et les mains sont peints en carnation délicate. Jusqu'à la Révolution, elle était recouverte de feuilles d'or. Datée du XIe siècle, cette sculpture mêle l'art roman occidental à une influence byzantine. Ce mélange en fait une œuvre charnière, typique des débuts de la sculpture monumentale médiévale en Europe occidentale. Notre-Dame du Trésor faisait partie du trésor de l’abbaye, d’où son nom, et était un objet de dévotion, probablement liée à la communauté des chanoinesses nobles de Remiremont. Aujourd’hui, la statue est conservée dans l’église dans un espace spécialement édifié en 1750 dans la chapelle de la Vierge valorisant son statut de relique artistique majeure.

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Notre-Dame du Trésor

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Notre-Dame du Trésor

Ces photographies ont été réalisées en mars 2026.

 

Y ACCÉDER:

L'abbatiale est située au centre-ville de Remiremont.

 



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Cette page a été mise en ligne le 11 avril 2026

Cette page a été mise à jour le 11 avril 2026