Le site archéologique d'Olbia

Le site archéologique d'Olbia nous permet de visiter une ancienne forteresse grecque devenue une colonie romaine puis une abbaye bénédictine avant son abandon au début du XVe siècle. Sa visite permet une magnifique remontée dans le temps aux origines des comptoirs commerciaux grecs et romains sur le littoral de la Méditerranée. Olbia signifie la bienheureuse ou la prospère.

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L'enceinte grecque

Au cours du VIIe siècle av. J.-C., des commerçants grecs fondèrent un comptoir commercial à l'emplacement de la ville actuelle de Marseille sous le nom de Massalia. Afin d'assurer la sécurité des liaisons maritimes indispensable à leurs activités de commerce, les Grecs établirent un réseau de colonies forteresses le long des côtes entre l'Italie et l'Espagne. C'est ainsi que fut fondé vers 325 av. J.-C. le site d'Olbia. Lors de sa fondation, le site comptait environ 720 habitants (colons) qui en dehors de la surveillance du littoral et la défense contre les pirates s'adonnèrent à l'élevage et à l'agriculture. S'étant allié aux Romains contre les Carthaginois et contre les pirates ligures, Massalia fut victime de la guerre civile que se livrèrent les partisans de Pompée et de César. Allié à Pompée, Massalia fut assiégé et prise par Jules César en 49 av. J.-C.. La ville perdit alors la plus grande partie de son territoire, dont la forteresse d'Olbia. Avec la paix romaine, Olbia perdit sa vocation de défense. Passée sous contrôle romain, la cité fut reconstruite comme bourgade (vicus) rattachée à la cité romaine d'Arles. Elle devint une petite station de loisir et de service avec de vastes thermes, commerces de détail, espaces ouverts et reçus un quai en pierre permettant l'accueil de navire de faible tonnage. Au IIe siècle, la ville fut renommée Pomponiana. Elle est mentionnée par des auteurs antiques comme Strabon ou Scymnos.

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Une des maisons grecques

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Une des maisons grecques

La fonction de défense fut à nouveau marquée au IIIe siècle. Le consul romain Marcus Pomponius Muecius Probus en fit une base pour défendre le trafic maritime contre les pirates. Au début du VIIe siècle, le site fut abandonné sous le règne du roi des Francs Gontran 1er. Entre le XIe et le XIIe siècle, un prieuré bénédictin s'implanta sur les vestiges antiques. C'est sur l'emplacement de ce prieuré que fut fondée, en 1221, l'abbaye de Saint-Pierre-et-Miquelon. Après une période de prospérité, cette abbaye déclina et fut, à la fin du XIVe ou au début du XVe siècle, également abandonné.

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Les habitats romains

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Une des voies nord-sud

Le site fut redécouvert au cours du XIXe siècle où eurent lieu les premiers travaux de sondage et de fouilles archéologiques. En 1926, les vestiges des remparts grecs furent classés Monuments historiques. À la suite des fouilles effectuées par Jacques Coupry entre 1947 et 1951, le site fut, dans sa totalité, classé Monuments historiques. Jacques Coupry effectua une nouvelle campagne de fouilles entre 1956 et 1971. Entre 1982 et 1989 et entre 2002 et 2008, les fouilles se firent sous la direction de Michel Bats. En 1988, Muriel Vecchione effectua des fouilles sur le site du cimetière de l'ancienne abbaye. Les fouilles de ce cimetière furent poursuivies entre 1989 et 1992 par Michel Pasqualini et Bertrand Mufort. Des fouilles de sauvetage exécuté en bord de mer entre 2010 et 2013 permirent la mise à jour du port antique. Depuis 2019, Clément Sarrazanas effectue de fouilles au niveau du sanctuaire de l'ouest.

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Le sanctuaire de l'ouest

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Les thermes du nord

La forteresse grecque s'inscrit dans un carré de 162 m de côté. Elle était entourée d'un rempart constitué d'un soubassement de 3,40 m d'épaisseur et d'une hauteur de 4 à 5 m. Ce soubassement est constitué de bloc brut ou taillé en grès extrait dans les collines au nord du site. Sur ce soubassement fut érigé un mur en briques crues de 3 à 4 m de hauteur au sommet duquel se trouvait un chemin de ronde protégé par un parapet. À chaque angle du rempart était disposée une tour. Au centre du côté nord du rempart se trouvait une tour et deux autres tours étaient disposés sur le côté ouest. L'entrée de la forteresse se trouvait au centre du côté est. Au début de la forteresse, cette entrée était constituée d'une chicane avec un couloir fortifié protégé par une tour. Cette entrée fut à une époque plus récente remplacée par une porte frontale encadrée par deux tours. À l'intérieur de la forteresse, l'habitat était disposé selon un plan géométrique. La surface était divisée par deux grandes voies se coupant à angle droit au centre où se trouvait une petite place. La voie est-ouest était large de 5,20 m et la voie nord-sud était large de 4,20 m. Ces voies délimitaient quatre quartiers eux-mêmes divisés en dix ilots de 34,50 m sur 11 m. Les différents ilots étaient séparés par des rues larges de 2,20 m. Chaque ilot était occupé par trois logements rectangulaires.

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Le mur de l'enceinte grecque

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Le mur de l'enceinte grecque

Du temps des Grecs, la cité abritait environ une centaine de familles. Ces citoyens étaient des soldats chargés de surveiller le littoral. Ils devinrent par la suite des artisans, des pécheurs, des éleveurs et des agricultures. Ils logeaient dans des maisons carrées de 11 m de côté (environ 120 m2) toutes identiques démontrant ainsi la volonté des créateurs du site de donner à chaque colon une part égale de la cité. L'entrée du logement, située au sud, donnait sur une cour et un couloir desservant trois pièces. Les murs étaient en briques crues sur un soubassement en pierre. La toiture était en terre mêlée de paille soutenue par un treillis de roseaux.

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L'habitat grec

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L'habitat grec

Les Romains aménagèrent à l'extrémité des ilots d'habitations donnant sur la voie est-ouest des boutiques. Les fouilles dégagèrent la propriété d'un riche commerçant en vins qui s'établit ici vers 30 av. J.-C.. Du côté nord se trouvait la boutique de vente ouverte sur la rue avec une cuve servant de réserve d'eau et un dolium de vin en vrac. Au centre se trouvait un vaste entrepôt abritant à l'époque plus de 250 amphores de vin de Provence, d'Italie, d'Espagne et de Grèce. Au sud, du côté de la mer, se trouvait l'habitation avec une grande cour au rez-de-chaussée et un étage.

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L'habitat romain

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L'habitat romain

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L'habitat romain

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L'habitat romain

Au niveau de la place centrale qui comptait le puits de la cité furent retrouvées deux boutiques romaines. Dans l'une d'elles fut trouvé, en 1966, le comptoir en "L" d'un thermopolium (service de restauration et de boissons). Ce comptoir est maçonné avec des pierres et des tuiles liées à la terre recouverte d'un enduit peint. Ce comptoir était installé sur le seuil de la porte qui pouvait être fermée par un volet coulissant dans une rainure. Il est recouvert d'une fresque peinte en trois teintes (rouge-ocre, vert et noir) représentant des guirlandes à petites feuilles dentelées avec des fleurons dans les angles et des fleurs en boutons sur des tiges. Il s'agit d'un des rares exemples connus en Gaule d'une peinture gallo-romaine du IIe siècle av. J.-C..

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Le puits

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Une boutique romaine

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Le thermopolium (service de restauration et de boissons)

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Le comptoir en "L"

Le long du rempart ouest se trouve le grand sanctuaire de la cité grecque. Il était constitué d'un péribole délimitant un espace clos où les fidèles accédaient par un escalier. Dans cet espace se trouvait le temple. Celui-ci était couvert d'une toiture de type corinthien (tuiles en pierres calcaires sciées). Lors des fouilles, de nombreux objets votifs (statuettes et figurines d'argile et inscriptions sur des tablettes de plomb) furent retrouvés. Dans ce temple était pratiqué le culte d'Artémis (la principale déesse des Phocéens) présent selon Strabon dans toutes les colonies de Massalia. Tout l'espace de ce sanctuaire fut arasé et remblayé à la période romaine. Après la prise de contrôle de la cité par les Romains, les dieux et déesses grecs n'avaient plus leur place.

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Le sanctuaire de l'ouest

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Le sanctuaire de l'ouest

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Le sanctuaire de l'ouest

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Le sanctuaire de l'ouest

Au niveau des thermes nord furent mis à jour les vestiges d'un temple dédié à Aphrodite, déesse de l'amour et protectrice des navigateurs. Le nom d'Aphrodite fut découvert sur un large bloc retrouvé dans un petit local fermé. Ce lieu de culte fut à l'époque romaine remblayé pour y aménager les thermes du nord.

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Les thermes du nord

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Les thermes du nord

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Le sanctuaire d'Aphrodite

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Le sanctuaire d'Aphrodite

C'est près des thermes du nord que fut implantée en 1221 une abbaye de moniales. Il s'agissait d'une abbaye fille de l'abbaye cistercienne Saint-Pons de Gémenos. Les moniales étaient issues des grandes familles nobles comme les vicomtes de Marseille ou les Seigneurs de Fos. À l'origine, l'abbatiale de style roman provençal était à nef unique. Elle fut agrandie à une date inconnue par une deuxième nef érigée du côté nord. L'église et le cimetière firent l'objet de fouilles archéologiques, mais le cloitre et un bâtiment établi au sud de l'église restent encore à étudier.

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L'abbatiale

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L'abbatiale

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L'abbatiale

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Le choeur de l'abbatiale

Le cimetière est un des plus importants sites funéraires provençaux connus pour cette période. Plus de 500 tombes y furent reconnues. Ces tombes étaient constituées le plus souvent d'un coffrage en pierre recouvert de dalles. Après la fondation de l'abbaye au XIIIe siècle, la partie située le long du chevet de l'abbatiale fut réservée aux moniales. Elles y étaient enterrées en pleine terre. Quelques indices comme des clous ou des épingles permettent de supposer que des cercueils en bois ou des linceuls étaient utilisés pour les inhumations. Les traces d'une nécropole du premier Moyen-âge utilisée pendant la dernière occupation romaine de la ville ont été mises en évidence sous la nef nord de l'abbatiale. Au niveau du chevet de l'église sont actuellement visibles deux sarcophages du Ve ou VIe siècle, réutilisés au Xe siècle.

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La nécropole

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Le cimetière

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Sarcophages du Ve ou VIe siècle

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Sarcophages du Ve ou VIe siècle

À l'angle sud-est de la forteresse, les Romains remplacèrent le rempart par une vaste terrasse soutenue par un mur sur la plage. Ils y érigèrent de vastes thermes de plus de 1000 m2. Ces thermes étaient alimentés par un aqueduc amenant l'eau d'une source située à San Salvadour à 500 m à l'ouest du site. À cet endroit se trouvent également les vestiges du port artificiel des Romains dont les vestiges sont visibles sous l'eau.

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Les thermes du nord

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Les thermes du nord

Ces photographies ont été réalisées en juillet 2022.

 

Y ACCÉDER:

Le site archéologique d'Olbia est situé route de l'Almanarre (D559 en direction de Carqueiranne) à Hyères.

La visite est payante.

 



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Cette page a été mise en ligne le 10 septembre 2022

Cette page a été mise à jour le 10 septembre 2022