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Le château de Rambures

Situé au cœur du Vimeu, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest d'Abbeville, le château de Rambures constitue l'un des plus remarquables exemples d'architecture militaire de la fin du Moyen-âge en France. Rare château fort médiéval conservé presque intact dans la Somme, il est également l'un des premiers édifices français à avoir adopté de manière systématique la construction alternant la brique et la pierre, une innovation directement liée à l'apparition de l'artillerie à poudre. Édifié durant la guerre de Cent Ans, profondément transformé en demeure résidentielle au XVIIe siècle sans perdre son caractère défensif, puis soigneusement entretenu jusqu'à nos jours par les descendants de ses fondateurs, le château de Rambures présente une remarquable continuité historique. Classé parmi les premiers Monuments historiques français en 1840, il demeure aujourd'hui un témoignage exceptionnel de l'évolution des fortifications françaises à la charnière des XIVe et XVe siècles.

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L'histoire du château de Rambures est intimement liée à celle d'une des plus anciennes familles de la noblesse picarde. Bien avant l'édification de l'imposante forteresse de brique et de pierre qui domine aujourd'hui le paysage du Vimeu, le site était déjà occupé par une résidence seigneuriale. Les premières mentions du lignage apparaissent dans les chartes du XIe siècle, à une époque où la Picardie était divisée entre plusieurs grands seigneurs relevant des comtes de Ponthieu et des rois capétiens. Les premiers seigneurs de Rambures possédaient alors une maison forte construite sur une motte artificielle, comme c'est l'usage dans toute l'Europe occidentale. Cette première fortification est probablement composée d'un donjon en bois, d'une basse-cour protégée par une palissade, d'un fossé alimenté par les eaux des marécages voisins et de quelques bâtiments agricoles indispensables à la vie du domaine. À cette époque, le château n'a pas seulement une vocation militaire. Il constituait également le siège d'une seigneurie rurale. Le seigneur y rendait la justice, percevait les redevances, administrait les terres et assurait la protection des populations établies sur son territoire. La position de Rambures était particulièrement favorable. Située à proximité de la vallée de la Bresle, qui constituait longtemps une frontière naturelle entre la Normandie et la Picardie, la seigneurie contrôlait plusieurs voies de circulation reliant la côte de la Manche aux plaines de l'intérieur.

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Au cours des XIIe et XIIIe siècles, la famille de Rambures accrut progressivement son influence. Ses membres apparaissent régulièrement comme témoins dans les actes des comtes de Ponthieu et des évêques d'Amiens. Ils participaient aux campagnes militaires de leurs suzerains et consolidaient leur patrimoine foncier par une politique d'alliances matrimoniales. La prospérité économique du Vimeu reposait alors sur une agriculture dynamique, l'exploitation des forêts et le commerce régional. Les revenus tirés de ces activités permettaient à la famille de renforcer sa résidence seigneuriale. Le château de bois fut progressivement remplacé par une construction de pierre plus solide, selon une évolution observée dans l'ensemble du royaume de France. Cette première forteresse de pierre reste toutefois mal connue, car elle a disparu lors de la reconstruction du XVe siècle. Les rares indices archéologiques laissent penser qu'elle comportait déjà une enceinte quadrangulaire et plusieurs bâtiments résidentiels. À partir de 1337, le déclenchement de la guerre de Cent Ans bouleversa profondément la Picardie. Située entre Paris, la Normandie anglaise et les Flandres, la région devint un théâtre d'opérations militaires presque permanent. Les chevauchées anglaises, les sièges, les pillages et les destructions se succédèrent. Les campagnes furent régulièrement ravagées, les récoltes incendiées et les villages désertés. Les compagnies de mercenaires, souvent incontrôlées, ajoutaient encore à l'insécurité. Le château primitif de Rambures, conçu à une époque où les armes de jet dominaient les champs de bataille, montra rapidement ses limites face aux progrès des techniques de siège et à l'apparition des premières bombardes. La famille comprit alors qu'il devient indispensable de reconstruire entièrement sa résidence. La personnalité de David de Rambures dominait cette période. Né vers 1364, il appartint à une génération de nobles qui consacraient leur vie à la guerre contre l'Angleterre. Son talent militaire lui valut une brillante carrière au service de Charles VI. Il fut nommé Grand Maître des Arbalétriers de France, capitaine de Boulogne-sur-Mer, capitaine de Gravelines, gouverneur de plusieurs places fortes stratégiques et conseiller du roi. La charge de Grand Maître des Arbalétriers fut l'une des plus prestigieuses du royaume. Son titulaire commandait plusieurs milliers d'hommes spécialisés dans le maniement de l'arbalète, arme qui demeurait, avant la généralisation des arquebuses, l'une des plus redoutables des armées médiévales. David participa à de nombreuses campagnes contre les Anglais en Normandie, en Picardie et dans le nord du royaume. Cette expérience des sièges et de l'artillerie naissante influença directement la conception de son futur château. Vers la fin du XIVe siècle, David décida de remplacer l'ancien château par une forteresse entièrement nouvelle. Son projet fut ambitieux. Il ne s'agissait plus seulement d'élever une résidence seigneuriale, mais de construire un ouvrage capable de résister aux bombardes qui commençaient à transformer la guerre de siège. L'innovation majeure résidait dans son adaptation aux boulets de canon. Les murs des anciens châteaux construits uniquement en pierre éclataient sous les impacts. La brique absorbait davantage les chocs. David de Rambures adopta donc une alternance de lits de briques et de chaînages en pierre calcaire. Cette technique présentait plusieurs avantages avec une meilleure élasticité des murs, une moindre fissuration, une construction plus rapide et un coût inférieur. Les quatre tours circulaires remplacèrent les anciennes tours carrées, beaucoup plus vulnérables aux tirs d'artillerie. Le château est considéré comme le premier grand château français utilisant cette technique à une telle échelle. La construction intervint dans l'une des périodes les plus troublées de l'histoire française. David de Rambures fut tué en 1415 à la bataille d'Azincourt avec trois de ses fils. La construction se poursuit néanmoins sous la direction de ses héritiers, qui s'efforcent de respecter les plans initiaux. Après Azincourt, la situation politique devint dramatique. Le traité de Troyes en 1420 reconnut Henri V comme héritier du royaume de France. Une grande partie de la Picardie passa sous influence anglaise ou bourguignonne. La région connut plusieurs décennies d'instabilité. Le château de Rambures, encore en construction, servit probablement de refuge aux populations locales et de point d'appui pour les forces demeurées fidèles au dauphin Charles. Lorsque Charles VII reprit progressivement le contrôle du royaume, la forteresse était pratiquement achevée. La renommée de David de Rambures dépassa les frontières du royaume. Au début du XVIIe siècle, William Shakespeare le fit apparaître dans sa pièce "Henry V" sous le nom de Lord Rambures, témoignage de la réputation internationale du chevalier picard.

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L'achèvement du château intervint à une époque où les techniques de la guerre connurent de profondes mutations. Les campagnes d'Italie, engagées à partir de 1494, montrèrent rapidement que les hautes forteresses médiévales, aussi solides soient-elles, ne pouvaient plus résister longtemps à une artillerie devenue beaucoup plus puissante. Pourtant, Rambures conserva toute son importance. Bien qu'il ne soit plus une place forte de premier rang face aux canons modernes, il demeura le siège d'une vaste seigneurie et le symbole de la puissance de sa famille. La Picardie occupait alors une position stratégique entre Paris, les Pays-Bas espagnols et les provinces du nord du royaume. Les conflits entre la France des Valois et les Habsbourg affectèrent régulièrement la région. Des troupes traversèrent le Vimeu, des réquisitions furent imposées aux populations et les seigneurs locaux durent fournir hommes et chevaux au service du roi. Le château, grâce à sa conception robuste et à son entretien constant, resta en excellent état. Les archives familiales témoignent de travaux d'entretien réguliers portant sur les toitures, les ponts, les fossés et les bâtiments agricoles. À cette époque, la fonction résidentielle prit progressivement davantage d'importance. Les appartements furent rendus plus confortables, sans toutefois modifier l'aspect extérieur de la forteresse. La figure majeure de cette période fut Charles de Rambures (1572-1633), l'un des plus célèbres représentants de la famille. Né dans un royaume profondément divisé par les guerres de Religion, Charles de Rambures embrassa très jeune la carrière militaire. Il servit d'abord Henri de Navarre, futur Henri IV, puis demeura fidèle au souverain après son accession au trône en 1589. Il participa à plusieurs campagnes décisives, notamment la bataille d'Ivry (14 mars 1590), les combats de Normandie, les sièges de plusieurs places ligueuses, et les opérations contre les Espagnols dans le nord du royaume. La tradition familiale rapporte qu'à la bataille d'Ivry, alors que le combat atteignit son paroxysme, Charles de Rambures protégea personnellement Henri IV au cours d'une charge de cavalerie. Certains récits évoquent même qu'il lui aurait sauvé la vie en s'interposant face à des adversaires. Si les chroniqueurs contemporains divergent sur les détails, il est certain que Charles de Rambures bénéficia ensuite de la confiance durable du souverain. Henri IV lui confia plusieurs responsabilités militaires et administratives. Cette fidélité à la Couronne contribua au prestige grandissant de la maison de Rambures.

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Au début du XVIIe siècle, la politique de centralisation menée par Louis XIII et son principal ministre, le cardinal Richelieu, transforma profondément le paysage castral français. À partir des années 1620, Richelieu ordonna le démantèlement de nombreuses forteresses appartenant à la noblesse. Ces destructions visaient à empêcher les grands seigneurs de disposer de places fortes susceptibles d'alimenter des révoltes contre l'autorité royale. Des centaines de châteaux furent alors démantelés. La plupart des grandes forteresses médiévales de Picardie subirent ces mesures. Le château de Rambures constitue une exception remarquable. Grâce aux services rendus par Charles de Rambures à Henri IV puis à Louis XIII, la famille obtint une autorisation de conserver intégralement son château. Cette faveur royale explique que Rambures soit aujourd'hui l'une des très rares forteresses médiévales françaises ayant conservé ses quatre tours, ses courtines et son organisation défensive presque intactes. La disparition progressive de la menace militaire permit d'envisager une évolution du château vers une résidence aristocratique. Les travaux entrepris au cours du XVIIe siècle visèrent essentiellement à améliorer le confort avec l'agrandissement de certaines fenêtres, la création de nouveaux appartements, la pose de boiseries, l'installation de grandes cheminées monumentales et l'amélioration de l'éclairage naturel. Contrairement à d'autres demeures seigneuriales, aucune façade ne fut profondément remaniée. Les propriétaires firent le choix de préserver le caractère militaire de leur résidence, tout en modernisant les espaces intérieurs. À la mort du dernier marquis de Rambures en 1676, sa tante Charlotte de Rambures hérita du domaine qu'elle apporta dans la famille de La Roche de Fontenilles du fait de son mariage en 1675 avec François de La Roche, marquis de Fontenilles. Le XVIIIe siècle fut marqué par une période de stabilité. Les descendants de la famille de Rambures résidaient régulièrement au château et poursuivirent son embellissement. Les appartements furent redécorés selon les goûts de l'époque. Des meubles de style Régence, Louis XV puis Louis XVI remplacèrent progressivement le mobilier plus austère du siècle précédent. Les salons devinrent des lieux de réception où l'on pratiquait la musique, la lecture et les conversations littéraires. Le domaine agricole fut également réorganisé. Les terres furent exploitées avec des méthodes plus rationnelles, tandis que les bâtiments de ferme furent modernisés. Le château demeura le centre administratif d'une importante exploitation rurale. Le parc, encore marqué par une organisation classique, fut entretenu avec soin. Des allées plantées, des vergers et des jardins potagers complétèrent l'ensemble.

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L'année 1789 constitua une rupture majeure pour l'ensemble de la noblesse française. Comme beaucoup de familles aristocratiques, les Rambures virent disparaître leurs privilèges féodaux. Les droits seigneuriaux furent abolis dans la nuit du 4 août 1789, mettant fin à plusieurs siècles d'organisation sociale. Le château échappa cependant aux destructions qui frappèrent de nombreuses demeures nobiliaires. Le mobilier fut en partie dispersé, mais l'essentiel de l'édifice demeura intact. Contrairement à de nombreux châteaux français incendiés ou démantelés, Rambures traversa cette période sans dommages irréversibles. Au début du XIXe siècle, les propriétaires entreprirent de nouveaux travaux destinés à remettre en état certaines parties du château qui avaient souffert du manque d'entretien pendant les années révolutionnaires. Les toitures furent reprises, plusieurs pièces furent redécorées et les jardins furent réorganisés. À partir des années 1820-1830, la France connut un véritable engouement pour le Moyen-âge. Les œuvres de Victor Hugo, d'Alexandre Dumas, de Walter Scott ou encore les études des premiers archéologues suscitèrent un profond intérêt pour les châteaux forts, les cathédrales et les anciennes abbayes. Longtemps considérées comme des vestiges d'un passé révolu, les forteresses médiévales devinrent désormais des symboles de l'histoire nationale. La famille de Rambures comprit rapidement l'intérêt de préserver son château dans son état originel. Contrairement à d'autres propriétaires qui modernisèrent profondément leurs demeures, elle choisit de conserver le caractère médiéval de la forteresse tout en adaptant discrètement les espaces de vie aux exigences du confort moderne. Une étape majeure intervient en 1840, lorsque le château figura sur la toute première liste des Monuments historiques établie par la Commission des monuments historiques. La seconde moitié du XIXe siècle voit également une profonde évolution des espaces extérieurs. Les jardins réguliers hérités de l'Ancien Régime furent progressivement remplacés par un vaste parc paysager à l'anglaise, conformément à la mode de l'époque. De nombreuses essences exotiques furent introduites avec des séquoias géants, des cèdres du Liban, des tulipiers de Virginie, des hêtres pourpres, des sophoras du Japon ou des ginkgos biloba. Certaines de ces plantations constituent aujourd'hui de véritables arbres remarquables.

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Le chemin de ronde

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Le chemin de ronde

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Lorsqu’éclata la Première Guerre mondiale en août 1914, la Somme devint rapidement un département stratégique. Toutefois, contrairement aux secteurs d'Albert, de Péronne ou de Bapaume, Rambures se situa en retrait du front. Le château fut néanmoins mobilisé pour l'effort de guerre. Les bâtiments accueillirent ponctuellement des unités cantonnées à l'arrière, des états-majors de passage, des services logistiques et des dépôts de matériel. Les vastes dépendances permirent également d'abriter chevaux et véhicules militaires. En 1918, lors de l'offensive allemande de printemps, la ligne de front se rapprocha dangereusement de la région, mais Rambures échappa aux bombardements qui détruisent de nombreuses communes de la Somme. Les années 1920 et 1930 furent consacrées à la remise en état du domaine. Les propriétaires entreprennent plusieurs restaurations avec la réfection des couvertures, la restauration des boiseries intérieures, la consolidation de certaines maçonneries et l'amélioration des réseaux hydrauliques alimentant les fossés. Le château retrouva progressivement son aspect d'avant-guerre. Dans le même temps, les premières visites privées furent organisées pour les érudits, les architectes et les amateurs d'histoire. À la mort, en 1930, de Charles Antoine de La Roche, marquis de Fontenilles, le domaine passa par héritage à son petit-neveu Guy Le Tellier de Blanchard. L'invasion allemande en mai-juin 1940 entraîna une nouvelle occupation du château. Comme de nombreuses grandes demeures françaises, Rambures fut réquisitionné pendant plusieurs années. Les bâtiments servirent notamment au logement de troupes, à l'installation de bureaux militaires et au stockage de matériel. Malgré cette occupation, le monument ne subit pas de destructions majeures. Les combats de la Libération épargnèrent également la forteresse. Cette remarquable continuité explique que le château conserve aujourd'hui une très grande partie de ses dispositions d'origine. Après 1945, plusieurs campagnes de restauration importantes furent engagées. À partir des années 1960-1970, le château s'ouvrit progressivement aux visiteurs. Des visites guidées furent organisées dans les appartements historiques, les tours, les salles basses et le parc. La création de la roseraie, qui réunit aujourd'hui plusieurs centaines de variétés, renforça encore l'attractivité touristique du site. Les archives familiales, exceptionnellement riches, continuent d'alimenter les recherches sur l'histoire de la seigneurie et de la noblesse picarde. Aujourd'hui, le château de Rambures est reconnu comme l'un des plus beaux châteaux forts conservés de France. Toujours habité par les descendants de ses bâtisseurs, il constitue un exemple remarquable de continuité historique.

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La plupart des descriptions présentent Rambures comme un château quadrangulaire flanqué de quatre tours circulaires. En réalité, les quatre grandes tours d'angle ne sont pas reliées par de simples courtines droites. Chaque côté est constitué d'un immense corps de logis semi-cylindrique, parfois qualifié de demi-tour ou de courtine cylindrique. Le plan général comprend donc huit grands volumes avec quatre tours circulaires occupant les angles et quatre demi-tours monumentales reliant chacune deux tours d'angle. Vu en plan, le château apparaît comme une succession continue de formes circulaires imbriquées. Cette disposition est extrêmement rare. Elle supprime presque totalement les longues façades planes. Chaque face du château présente une convexité tournée vers l'extérieur. Cette géométrie constitue une véritable innovation militaire. Les boulets de pierre lancés par les bombardes frappent les murs selon un angle oblique. Une grande partie de leur énergie est dissipée latéralement au lieu d'être transmise directement à la maçonnerie. Le risque de fissuration est ainsi considérablement réduit. Les quatre tours constituent les principaux organes défensifs. Leur diamètre extérieur est voisin de 12 m, tandis que leur hauteur atteint approximativement 25 m jusqu'à la naissance des toitures. Leurs murs présentent une épaisseur à la base variant entre 3 et 7 m. Chaque tour comprend plusieurs niveaux superposés. Les caves voûtées servaient au stockage des vivres et des munitions. Les étages intermédiaires accueillaient des salles de garde et des logements. Les niveaux supérieurs étaient consacrés à la défense. Les escaliers sont intégrés dans l'épaisseur même des murs. Ces escaliers à vis tournent dans le sens horaire lorsqu'on les monte, disposition classique destinée à favoriser les défenseurs droitiers tout en gênant les assaillants. Chaque tour est coiffée d'une haute toiture conique couverte d'ardoises, dont la silhouette contribue largement à l'identité visuelle du château. Les quatre demi-tours constituent sans doute l'élément architectural le plus remarquable de l'ensemble. Contrairement à ce que laisse penser leur appellation, il ne s'agit nullement de simples ouvrages défensifs accolés aux courtines. Ces vastes volumes semi-cylindriques forment les véritables corps de logis du château. Ils renferment les appartements, les salles d'apparat, les chambres, les cuisines et plusieurs espaces de circulation. Les demi-tours participent également à la rigidité générale de l'édifice en répartissant uniformément les charges entre les quatre tours principales. Cette organisation fait de Rambures un ouvrage beaucoup plus sophistiqué que les châteaux médiévaux classiques. Le château est souvent cité comme l'un des premiers grands monuments français utilisant systématiquement une alternance de brique et de pierre. Il convient toutefois de préciser que cette technique ne répond pas uniquement à des considérations esthétiques. Les lits de briques assurent une certaine souplesse à la maçonnerie. La pierre calcaire apporte la résistance mécanique nécessaire aux points de concentration des efforts comme les encadrements des baies, les chaînages, les arcs, les voûtes et les consoles de mâchicoulis. L'alternance régulière des matériaux améliore la capacité des murs à absorber les vibrations provoquées par les impacts de l'artillerie. Cette disposition annonce déjà certaines techniques employées plusieurs siècles plus tard dans l'architecture militaire moderne.

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Comme toutes les grandes forteresses médiévales, Rambures est entouré d'un vaste fossé. Cependant, celui-ci ne constitue pas seulement un obstacle destiné à ralentir un assaillant. Il participe pleinement au système défensif. Le fossé épouse fidèlement le contour du château. Sa largeur atteint par endroits une quinzaine de mètres. Sa profondeur varie suivant la topographie. Établis dans un terrain naturellement humide alimenté par les nombreuses sources du plateau le fossé était autrefois rempli d'eau dont le niveau pouvait être régulé grâce à un ingénieux système hydraulique utilisant les écoulements naturels. L'accès au château s'effectuait uniquement par la façade orientale. À l'origine, un pont fixe franchissait une première partie du fossé. Il était prolongé par un pont-levis mobile permettant d'isoler complètement la forteresse. Les logements des poutres du pont-levis sont encore visibles dans la maçonnerie. L'entrée représente naturellement le point le plus vulnérable de toute forteresse. À Rambures, il bénéficiait donc d'une protection particulièrement soignée. L'assaillant devait franchir successivement le pont-levis, une première porte charretière, une herse et une seconde porte. Les textes anciens mentionnent l'existence d'assommoirs permettant de jeter pierres ou projectiles sur les ennemis parvenus sous la porte. Malgré son aspect résidentiel actuel, le château conserve un ensemble exceptionnel de dispositifs défensifs. Les archères, nombreuses, sont réparties sur plusieurs niveaux. Elles présentent des formes variées avec des archères simples, des archères cruciformes, des archères adaptées aux armes à feu et des meurtrières combinées permettant le tir à l'arc puis à l'arquebuse. Cette diversité témoigne de l'évolution des techniques militaires au cours de la longue période de construction. L'apparition de l'artillerie entraîna l'installation de nombreuses canonnières basses. Celles-ci sont percées dans les parties inférieures des tours afin de battre les fossés et les abords immédiats du château. Leur ébrasement intérieur très large facilite le pointage des petites pièces d'artillerie. Ces ouvertures sont parmi les éléments les plus novateurs de l'édifice, illustrant la transition entre la fortification médiévale traditionnelle et les ouvrages adaptés aux armes à poudre. Les tours sont couronnées de puissants mâchicoulis reposant sur des consoles de pierre. Ces ouvertures permettaient de laisser tomber sur les assaillants des pierres, des poutres, de la chaux vive, de l'huile ou de l'eau bouillante (plus rarement qu'on ne le croit) et projectiles divers. Les mâchicoulis complètent efficacement le système de défense verticale en protégeant le pied des murailles, zone inaccessible aux tirs horizontaux. Le chemin de ronde relie les quatre tours en suivant le sommet des courtines. Protégé par un parapet crénelé, il permettait une surveillance permanente des alentours et un déplacement rapide des défenseurs. Depuis ce niveau, la vue s'étend sur toute la campagne du Vimeu, offrant un contrôle efficace des voies d'accès.

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L'intérieur du château est organisé autour de vastes salles réparties sur plusieurs niveaux. Au rez-de-chaussée se trouvaient les espaces de service, cuisines, celliers, réserves alimentaires, caves voûtées et magasins destinés aux armes et aux munitions. Les étages accueillaient les appartements seigneuriaux. La grande salle d'apparat, vaste et lumineuse après les transformations du XVIIe siècle, servait aux réceptions, aux banquets et aux cérémonies. Les chambres sont dotées de grandes cheminées monumentales, de plafonds à poutres apparentes et d'un décor progressivement enrichi à partir de la Renaissance. Les escaliers en vis, logés dans les tours, assurent la communication verticale tout en limitant les risques en cas d'intrusion, leur sens de rotation favorisait les défenseurs droitiers montant depuis les niveaux inférieurs. Le château est coiffé de hautes toitures en ardoise dont les fortes pentes facilitent l'écoulement des eaux de pluie. Les tours sont couvertes de toits coniques, tandis que les corps de logis reçoivent de longs versants brisés. Les charpentes, en chêne, témoignent du savoir-faire des maîtres charpentiers de la fin du Moyen-âge. Assemblées à tenons et mortaises, renforcées par des liens et des contreventements, elles présentent une remarquable robustesse. Plusieurs pièces d'origine ont été conservées malgré les restaurations entreprises aux XIXe et XXe siècles.

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La chapelle

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Si l'aspect extérieur du château de Rambures est demeuré presque inchangé depuis son achèvement au XVe siècle, son intérieur a connu de profondes transformations destinées à adapter l'ancienne forteresse aux exigences de confort de la noblesse des XVIIe et XVIIIe siècles. Cette évolution, réalisée sans altérer la silhouette médiévale de l'édifice, explique la singularité du château, qui conjugue aujourd'hui une enveloppe défensive du Moyen-âge avec des appartements de style classique et des décors des siècles suivants. À partir du règne de Louis XIII, les grandes forteresses cessent progressivement de jouer un rôle militaire. La paix relative qui s'installe dans le royaume et les progrès de l'artillerie rendent obsolètes les anciennes défenses médiévales. Les propriétaires de Rambures entreprirent alors d'importants travaux d'aménagement intérieur, sans modifier profondément les façades. Les anciennes salles austères furent divisées afin de créer des appartements plus confortables. Les ouvertures furent agrandies pour laisser pénétrer davantage de lumière, tandis que les planchers furent repris ou remplacés. De nouvelles cheminées monumentales furent installées dans les pièces principales. Certaines sont sculptées dans la pierre calcaire et ornées de moulures classiques, témoignant de l'influence du goût français du Grand Siècle. Les plafonds furent revêtus de poutres décoratives ou de plafonds à la française. Les murs, autrefois simplement enduits, reçurent des lambris peints ou des tentures de damas et de tapisseries. Les chambres sont désormais équipées d'alcôves, de garde-robes et de cabinets privés, signes du raffinement croissant de la vie aristocratique. Les salles nobles occupent principalement les étages supérieurs, où elles bénéficient d'une meilleure luminosité. Le grand salon est destiné aux réceptions, aux repas officiels et aux réunions familiales. Son mobilier reflète l'évolution des goûts entre le XVIIe et le XIXe siècle. On y trouve notamment des fauteuils et bergères de style Louis XV et Louis XVI, des commodes marquetées, des consoles en bois doré, des miroirs à frontons sculptés et des secrétaires et bureaux d'époque Empire. Les murs sont parfois décorés de portraits des membres de la famille de Rambures, retraçant plusieurs siècles d'histoire familiale.

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L'une des pièces les plus remarquables est la bibliothèque. Elle rassemble plusieurs milliers d'ouvrages couvrant des domaines très variés. Les rayonnages en chêne, réalisés au XIXe siècle, s'élèvent jusqu'au plafond et sont accessibles grâce à une galerie supérieure. Cette bibliothèque témoigne du rôle intellectuel joué par certaines familles nobles qui conservaient de précieux fonds documentaires transmis de génération en génération. Les cuisines conservent encore leur vaste cheminée médiévale. Le foyer monumental permettait la cuisson simultanée de plusieurs pièces de viande grâce à des crémaillères et à des broches actionnées manuellement. Les plans de travail sont en pierre calcaire. Les caves voûtées bénéficient naturellement d'une température constante, idéale pour la conservation des aliments. Le château possède plusieurs escaliers à vis installés dans les tours. Construits en pierre de taille, ils présentent une remarquable qualité d'exécution. Leur conception répond autant à des impératifs militaires qu'au souci d'économie d'espace. Les marches sont légèrement usées par plusieurs siècles de passage. Certaines portent encore les marques laissées par les outils des tailleurs de pierre du XVe siècle. Comme la plupart des grandes demeures seigneuriales, Rambures possédait une chapelle privée. Elle était réservée aux offices célébrés pour la famille et les domestiques du domaine.

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Autour de la forteresse s'étend un vaste parc d'environ 15 hectares, remodelé au XIXe siècle dans le goût paysager anglais. Contrairement aux jardins réguliers à la française, le parc privilégie les lignes courbes et les perspectives naturelles. Les allées serpentent entre de vastes pelouses ponctuées d'arbres remarquables. On y rencontre notamment des hêtres pourpres, des cèdres du Liban, des séquoias géants, des tulipiers de Virginie, des platanes, des érables et des chênes pluricentenaires. Plusieurs sujets dépassent aujourd'hui les deux siècles d'âge. Le parc constitue également un refuge pour une faune abondante : écureuils, chevreuils, hérissons, chouettes hulottes, pics verts, buses variables et de nombreuses espèces de chauves-souris. Le château est particulièrement réputé pour sa roseraie, créée dans la seconde moitié du XXe siècle. Elle rassemble aujourd'hui plusieurs centaines de variétés de rosiers anciens et modernes. Les collections comprennent notamment des rosiers galliques, des rosiers de Damas, des rosiers Alba, des hybrides de Thé, des rosiers anglais et des rosiers grimpants. La floraison, qui s'étend de mai à juillet, offre un remarquable éventail de couleurs et de parfums, faisant de la roseraie l'un des principaux attraits du domaine.

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La chapelle funéraire

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La chapelle funéraire

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La chapelle funéraire

Comme tout grand château médiéval, Rambures possède son lot de traditions et de récits populaires. La légende la plus connue évoque l'apparition nocturne d'un chevalier en armure parcourant les escaliers des tours. Selon la tradition, il s'agirait de David de Rambures, revenant inspecter la forteresse qu'il n'eut jamais le temps de voir totalement achevée. Plusieurs visiteurs et anciens domestiques ont affirmé, au XIXe siècle, avoir entendu le bruit d'éperons ou aperçu une silhouette dans les couloirs. Ces récits appartiennent toutefois au folklore local et ne reposent sur aucun témoignage historique vérifiable. Une autre tradition fait état de galeries souterraines reliant le château aux villages voisins, voire à l'ancienne motte féodale. Comme dans de nombreuses forteresses médiévales, aucune exploration archéologique n'a permis de confirmer l'existence de tels passages sur de longues distances. Les caves voûtées et les conduits de drainage ont probablement nourri cette croyance. Une légende rapporte que les Rambures auraient dissimulé une partie de leurs richesses durant les guerres de Religion, puis pendant la Révolution française. Malgré plusieurs recherches anciennes, aucun trésor n'a jamais été découvert. Là encore, il s'agit d'un thème fréquent dans les récits attachés aux demeures seigneuriales.

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Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.

 

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Le château se trouve rue du château à Rambures. Sa visite est payante.

 



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Cette page a été mise en ligne le 20 septembre 2026

Cette page a été mise à jour le 20 septembre 2026