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L'aqueduc d'Evora

L'aqueduc de l'Água de Prata (ou aqueduc des Eaux d'Argent) est l'une des réalisations les plus impressionnantes du Portugal du XVIe siècle. Situé à Évora, dans la région de l'Alentejo, il témoigne de l'ingéniosité hydraulique de l'époque et de la prospérité de la ville sous le règne du roi Joao III.

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La ville d’Évora, déjà importante depuis l’époque romaine, faisait face à un défi hydraulique majeur, son climat sec et la croissance urbaine nécessitaient une source fiable d’eau potable. Au XVIe siècle, l'approvisionnement en eau de la ville devint insuffisant. Sous le règne du roi Joao III (1502 - 1557) fut donc décidé la construction d'un aqueduc pour amener l'eau des sources de Graça do Divor jusqu'à Évora. La construction fut supervisée par Francisco de Arruda, architecte célèbre pour sa maîtrise de l’ingénierie militaire et civile, également connue pour la Tour de Belém à Lisbonne. Sa construction débuta en 1532 et s’acheva en 1537 avec l'inauguration et la libération des eaux dans la fontaine de la Praça de Géraldo. Le cardinal Dom Henrique fit construire en 1556, par l'architecte Diogo de Torralva, la fontaine de Largo das Portas de Moura puis, en 1573, la fontaine de Largo d'Aviz. La reine Luisa parraina en 1863 des travaux de réparation de l'aqueduc. Celui-ci connut une campagne de restauration entre 1873 et 1879. Classé Monument National en 1910, il est toujours en service illustrant l'ingéniosité de ses concepteurs et l'importance de l'eau pour le développement urbain.

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L’aqueduc commence aux sources de Graça do Divor, situées dans l'enceinte du couvent Sao Bento de Castris à environ 18 km au nord d’Évora. Il suit un tracé sinueux, traversant la campagne de l’Alentejo, avant de pénétrer dans la ville par des arches monumentales. Les recherches archéologiques et historiques faites en 2016 confirmèrent que l’aqueduc fut élevé sur les vestiges d’un aqueduc romain, adaptant et modernisant l’ingénierie ancienne avec les techniques de la Renaissance. Le tracé fut pensé pour tirer parti de la gravité, l’eau descendant progressivement vers la ville avec un dénivelé de 20 m. Le choix des arches élevées dans certaines sections correspond à des vallées ou des terrains irréguliers, permettant de maintenir un pendage constant indispensable à l’écoulement. À l’intérieur de la ville, l’aqueduc devient un élément urbain intégré, certaines arches soutiennent des maisons et des constructions, notamment dans la rua do Cano, offrant un paysage urbain unique au Portugal.

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L'aqueduc est construit en maçonnerie de pierre calcaire (pierre locale), résistante aux intempéries et au climat sec. Du mortier de chaux est utilisé pour assurer l’étanchéité des canaux. Sur sa longueur, l'aqueduc présente des sections en surface et des canaux souterrains. La traversée des points bas se fait par des ponts aux arches en plein cintre, offrant à la fois stabilité et esthétique, caractéristique des aqueducs de la Renaissance portugaise. Certaines arches atteignent jusqu'à 26 m de hauteur, créant un effet spectaculaire notamment à l’entrée de la ville. Le Caixa de Água da Rua Nova est le réservoir principal alimentant les fontaines publiques disséminées dans Évora. Ce réservoir d'eau monumental situé dans le centre historique fut classé comme bien d'intérêt public en 1922. Des fontaines ont été installées tout au long du parcours de l'aqueduc, fournissant de l'eau fraîche aux habitants. Dans la ville, l’aqueduc traverse des rues et est parfois incorporé aux façades de bâtiments, créant un paysage architectural unique comme dans la rua do Cano et la rua do Salvador. Des cheminées de ventilation sont disséminées le long du parcours, elles servent à évacuer l’air et les gaz accumulés, évitant la stagnation et la contamination de l’eau.

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L'aqueduc de l'Água de Prata (ou aqueduc des Eaux d'Argent) doit, selon la légende, son nom au reflet de la lune sur l'eau qui s'écoule et qui lui donnerait un aspect argenté. Selon les historiens, ce nom provient de la taxe appelée "Réal d'Agua" ou "eau royale" instaurée pour financer la construction de l'ouvrage. L’ingénierie de l’aqueduc était basée sur une pente constante pour assurer l’écoulement par gravité, une section intérieure étanche pour prévenir les pertes d’eau et des points de contrôle et de distribution à l’intérieur de la ville, via des fontaines et des réservoirs. L’ensemble témoigne d’une maîtrise avancée de l’hydraulique urbaine, comparable aux grandes réalisations romaines et Renaissance en Europe. Un sentier pittoresque longe l'aqueduc, offrant une promenade unique à travers les siècles, tout en admirant la beauté architecturale de cette structure emblématique.

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Ces photographies ont été réalisées en septembre 2025.

 

 

 

 

Cette page a été mise en ligne le 10 décembre 2025

Cette page a été mise à jour le 10 décembre 2025