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La citadelle de Montreuil

Dominant la vallée de la Canche depuis son promontoire de craie, la citadelle de Montreuil-sur-Mer constitue l'un des ensembles fortifiés les plus remarquables du nord de la France. Son intérêt réside dans la superposition exceptionnelle de plusieurs périodes de l'architecture militaire : château royal philippien du début du XIIIe siècle, fortifications bastionnées de la Renaissance, améliorations de Vauban et adaptations des XVIIIe et XIXe siècles. Peu de monuments français permettent de suivre avec autant de clarté l'évolution des techniques défensives pendant près de sept cents ans.

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Les tours F et de la poterne

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La tour de la poterne

Bien avant l'édification de la citadelle actuelle, Montreuil occupait déjà une position stratégique majeure. La ville s'élève sur un promontoire crayeux dominant d'une quarantaine de mètres la vallée de la Canche. À cette époque, la mer remontait beaucoup plus profondément dans l'estuaire qu'aujourd'hui. Montreuil constituait alors un véritable port maritime, accessible aux navires de fort tonnage. Cette situation fit de la cité un verrou entre le royaume franc, les Flandres et l'Angleterre. Les premières fortifications remontent probablement au IXe siècle. Les chroniques rapportent qu'en 898, lors d'une attaque des Vikings, la ville était déjà protégée par une enceinte primitive. Sous les comtes de Ponthieu, une première forteresse fut élevée afin de défendre le port et de contrôler la vallée de la Canche. Il s'agissait vraisemblablement d'un château de terre et de bois établi sur une motte castrale, suivant les principes de la fortification féodale des Xe et XIe siècles. L'avènement d'Hugues Capet en 987 modifia profondément le destin de Montreuil. Jusqu'à la conquête de la Normandie par Philippe Auguste en 1204, la ville devint le principal, et durant près de deux siècles le seul, port directement contrôlé par la monarchie française. Toutes les relations commerciales et diplomatiques avec l'Angleterre transitaient alors par son port. Cette importance économique explique les nombreux investissements réalisés dans ses défenses. À la fin du XIIe siècle, Montreuil possédait deux pôles fortifiés : la motte comtale et la motte royale. Cette dualité reflète le partage des pouvoirs entre les comtes de Ponthieu et les rois capétiens. Lorsque Philippe Auguste renforça son autorité sur le royaume, il décida d'abandonner l'ancienne motte royale pour construire une forteresse de conception entièrement nouvelle.

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L'entrée de la citadelle

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L'entrée de la citadelle

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Accès à la demi-lune précédent l'entrée de la citadelle

Aux alentours de l'année 1200, Philippe II Auguste ordonna la construction d'un vaste château royal à l'emplacement de l'actuelle citadelle. L'ouvrage appartenait à la première génération des "châteaux philippiens", qui marquèrent une véritable révolution dans l'architecture militaire occidentale. Contrairement aux forteresses féodales traditionnelles organisées autour d'un donjon central, le nouveau château adopta un plan polygonal flanqué de puissantes tours circulaires. Le donjon disparaît, la défense reposait désormais sur l'ensemble de l'enceinte. Ce principe permit une meilleure surveillance des courtines, réduisait les angles morts et améliorait considérablement la résistance aux machines de siège. Le château comprenait probablement huit tours circulaires reliées par d'épais murs de pierre. L'entrée principale était défendue par un imposant châtelet à deux tours, encore visible aujourd'hui. Les archères, aménagées selon les principes les plus modernes du début du XIIIe siècle, autorisaient des tirs couvrant les fossés et les approches du château. L'ensemble était conçu non seulement comme une résidence royale occasionnelle, mais surtout comme une forteresse protégeant le port, les entrepôts marchands, les ateliers drapiers et les voies commerciales reliant Paris à l'Angleterre. Son architecture influencera directement plusieurs autres forteresses capétiennes, notamment les châteaux de Boulogne-sur-Mer et d'Hardelot construits quelques décennies plus tard.

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Le fossé sec

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Le fossé sec

Durant les XIIIe et XIVe siècles, Montreuil devint l'une des principales places fortes du nord du royaume de France. Sa prospérité reposait autant sur son activité portuaire que sur sa production textile, exportée vers les foires de Champagne, la Flandre et l'Angleterre. Pendant la guerre de Cent Ans, la cité connut plusieurs périodes de tension. Bien que les fortifications résistèrent à plusieurs menaces, l'évolution des techniques de siège et l'apparition progressive de l'artillerie rendirent peu à peu les hautes murailles médiévales vulnérables. Au cours du XVe siècle, les premiers canons bouleversèrent les principes de la guerre de siège. Les projectiles en pierre puis en fonte détruisaient rapidement les courtines verticales que les trébuchets n'avaient jamais réussi à entamer. Les ingénieurs comprirent progressivement que les fortifications devront désormais être plus basses, plus épaisses et capables d'absorber les impacts des boulets. Cette mutation prépara la naissance de la fortification bastionnée. Le véritable tournant intervient au cours de la huitième guerre d'Italie. En juin 1537, les armées de Charles Quint, alliées à celles du roi Henri VIII d'Angleterre, envahirent le Boulonnais et le Montreuillois. Montreuil constitua alors l'un des derniers grands verrous protégeant l'intérieur du royaume. Malgré la solidité de ses murailles médiévales, la ville ne put résister à l'artillerie moderne. Après un violent bombardement, les assaillants prirent Montreuil et la mirent à sac. Les défenses furent gravement endommagées, de nombreux bâtiments détruits et une partie de la population massacrée ou contrainte à la fuite. Cette catastrophe démontra définitivement l'obsolescence des fortifications médiévales. François Ier engagea alors un vaste programme de modernisation des places frontières du nord du royaume. Les remparts urbains de Montreuil furent renforcés selon les principes de la "trace italienne", fondés sur des bastions bas, épais et remplis de terre, capables de résister aux tirs d'artillerie. Trente ans plus tard, cette modernisation fut étendue au château royal lui-même.

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Casemate vue depuis le fossé

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Meurtrières de la casemate

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Un des bastion vue de l'extérieur

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La tour L

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En 1567, sous le règne de Charles IX, commença la transformation du château philippien en une véritable citadelle bastionnée. L'opération fut particulièrement ambitieuse. Il ne s'agissait pas de détruire entièrement le château médiéval, mais de l'intégrer dans un système défensif totalement nouveau. Les anciennes murailles furent ensevelies sous d'immenses remblais de terre destinés à absorber les impacts des boulets. Autour du château furent aménagés cinq bastions aux profils anguleux, capables d'assurer des tirs croisés le long des fossés. Contrairement aux citadelles régulières construites sur terrain plat, celle de Montreuil devait composer avec un relief accidenté, les vestiges du château du XIIIe siècle et les remparts de la ville. Il en résulta un plan irrégulier, unique en France. À la fin du XVIe siècle, la transformation de la forteresse n'était pas totalement achevée. Les guerres de Religion qui déchirèrent le royaume ralentirent les travaux, mais elles démontrèrent également toute l'importance stratégique de Montreuil-sur-Mer. Située entre les Pays-Bas espagnols, la Picardie et le littoral de la Manche, la ville constituait une place de repli essentielle pour les armées royales. Sous le règne d'Henri IV (1589-1610), plusieurs campagnes de travaux furent entreprises afin d'achever la modernisation de la citadelle. L'ingénieur Jean Errard de Bar-le-Duc, premier théoricien français de la fortification bastionnée, appliqua à Montreuil les principes qu'il développera dans son traité "La Fortification réduite en art et démontrée" (1600). Son objectif était d'adapter les innovations de la "trace italienne" aux réalités du relief français. Les cinq bastions de la citadelle furent alors perfectionnés. Leurs flancs furent redessinés afin d'assurer un feu croisé continu sur les fossés. Les courtines furent abaissées et protégées par des talus. Les parapets furent épaissis afin de permettre l'installation d'une artillerie permanente. Les fossés, désormais entièrement secs, furent approfondis et élargis. Ils ne devaient plus seulement ralentir un assaillant, mais surtout l'exposer pendant plusieurs dizaines de mètres au tir des défenseurs. Les ouvrages avancés devinrent progressivement plus complexes. Devant certaines courtines apparurent des demi-lunes (ou ravelins), destinées à protéger les portes et à interdire un bombardement direct des remparts. Au début du XVIIe siècle, Montreuil possédait déjà l'une des fortifications les plus modernes du royaume de France.

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Mur extérieur d'un des bastions

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L'enceinte de la ville Haute

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La tour de la poterne

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La tour de la poterne (intérieur)

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La tour de la poterne (intérieur)

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La tour E

Durant tout le XVIIe siècle, la géographie politique de l'Europe plaça Montreuil dans une situation délicate. Au nord et à l'est s'étendaient les Pays-Bas espagnols, possessions des Habsbourg. Les guerres opposant la monarchie française à l'Espagne se succédèrent presque sans interruption. Montreuil constituait alors une place de seconde ligne, située en arrière des places de Calais, Ardres, Boulogne ou Saint-Omer. Si ces dernières venaient à tomber, la citadelle devait servir de point d'appui pour organiser une nouvelle ligne de défense. La garnison fut régulièrement renforcée. Des réserves de poudre, de boulets, de vivres et d'armes furent stockées dans les magasins de la citadelle. Les bâtiments militaires se multiplièrent avec des casernes, des magasins aux vivres, des poudrières, des ateliers, des logements d'officiers et des écuries. La forteresse devint une véritable petite ville militaire capable de fonctionner de manière autonome durant plusieurs semaines de siège. Le traité des Pyrénées de 1659 puis surtout les conquêtes de Louis XIV modifièrent profondément la géographie militaire du nord de la France. Avec la prise de Lille (1667), de Douai, de Tournai, de Valenciennes, de Cambrai et de nombreuses places flamandes, la frontière du royaume fut repoussée de plusieurs dizaines de kilomètres vers le nord. Montreuil cessa d'être une place frontière. Elle n'en conserva pas moins une importance stratégique. Louis XIV confia alors à Sébastien Le Prestre de Vauban l'inspection de l'ensemble des places fortes du royaume. Lorsque Vauban visita Montreuil dans les années 1670-1680, il constata que la forteresse était globalement bien conçue. Contrairement à d'autres places qu'il reconstruisit entièrement (comme Neuf-Brisach ou Longwy), il choisit ici de conserver l'essentiel des travaux réalisés au XVIe siècle. Ses interventions furent donc essentiellement destinées à perfectionner un système déjà performant. Il fit notamment reprendre plusieurs revêtements de maçonnerie, modifier certains profils des bastions, améliorer les glacis, réorganiser les chemins couverts, renforcer les ouvrages avancés et améliorer les communications entre les différents fronts de défense. Vauban fit également construire une nouvelle poudrière voûtée, beaucoup plus sûre que les anciens magasins médiévaux. Les bâtiments militaires furent rationalisés afin de faciliter la circulation des troupes. L'entrée principale fut mieux protégée par un système de demi-lunes, de ponts et de passages contrôlés. L'objectif de Vauban n'était pas de rendre la citadelle imprenable (il savait qu'aucune place ne l'était), mais de permettre à une garnison réduite de résister suffisamment longtemps pour qu'une armée de secours puisse intervenir.

plan citadelle

Au XVIIIe siècle, la frontière du royaume continua de s'éloigner. Grâce au célèbre "Pré carré" imaginé par Vauban, constitué de deux lignes successives de places fortes, Montreuil ne se trouvait plus directement exposée aux invasions. La citadelle n'était plus qu'une place de soutien. Elle conserva néanmoins une importante garnison. Les travaux concernèrent désormais principalement l'entretien des remparts, la réparation des casernes, le renouvellement des ponts, la modernisation des magasins et la maintenance des systèmes de drainage. Les ingénieurs militaires établirent régulièrement des plans extrêmement précis de la forteresse. Ces documents, aujourd'hui conservés au Service historique de la Défense, montrent l'évolution permanente des ouvrages défensifs. Au cours de cette période, les bâtiments médiévaux encore debout furent progressivement transformés en locaux militaires. Les anciennes salles seigneuriales devinrent des casernements. Les tours servirent de prisons, de dépôts ou de magasins. Les caves médiévales furent utilisées pour stocker les munitions. Ainsi, le château royal disparut peu à peu derrière sa nouvelle fonction militaire. La Révolution de 1789 ne modifia pas profondément la fonction militaire de la citadelle. La garnison prêta serment à la Nation. Les emblèmes royaux furent supprimés. Les bâtiments continuèrent cependant à accueillir des unités de l'armée française. Durant les guerres révolutionnaires puis napoléoniennes, Montreuil servit principalement de dépôt militaire. Des prisonniers de guerre y transitèrent. Les magasins stockaient armes et équipements destinés aux armées engagées sur les différents fronts européens. Après Waterloo, la place retrouva progressivement un rôle secondaire. Les progrès de l'artillerie rayée rendirent déjà les anciennes fortifications bastionnées beaucoup moins efficaces.

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L'entrée et l'arsenal

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L'arsenal

Sous la Monarchie de Juillet puis le Second Empire, la forteresse fut profondément réorganisée. Les préoccupations n'étaient plus défensives, mais logistiques. De nouvelles casernes furent construites. Les bâtiments anciens furent adaptés aux besoins d'une armée moderne. En 1886, la citadelle accueillit l'École militaire préparatoire d'infanterie, plus connue sous le nom d'École des Enfants de troupe. Des centaines de jeunes garçons y reçurent une formation militaire et scolaire destinée à préparer les futurs sous-officiers de l'armée française. Cette présence transforma profondément la vie quotidienne de la forteresse. Les anciennes salles médiévales devinrent des salles de classe, des dortoirs, des réfectoires et des ateliers pédagogiques. Pendant près de trente ans, la citadelle résonna davantage des exercices des élèves que des préparatifs de guerre. Les habitants de Montreuil s’habituèrent à voir défiler quotidiennement ces jeunes soldats dans les rues de la ville. Lorsque la Première Guerre mondiale éclata en août 1914, la citadelle de Montreuil-sur-Mer n'était plus une forteresse de première ligne. Les progrès de l'artillerie lourde et l'évolution des stratégies militaires avaient relégué les anciennes places fortes bastionnées à un rôle essentiellement logistique. Toutefois, la position géographique de Montreuil lui conféra une importance nouvelle. Située à une cinquantaine de kilomètres du front de l'Artois, suffisamment éloignée des bombardements allemands, mais parfaitement reliée au réseau ferroviaire desservant Boulogne, Étaples, Calais, Saint-Omer et Amiens, la ville devint rapidement un centre administratif et militaire de premier ordre pour les forces alliées. Dès octobre 1914, l'armée britannique installa à Montreuil le General Headquarters (GHQ) du British Expeditionary Force (BEF). Le GHQ était chargé de diriger l'ensemble des opérations britanniques sur le front occidental. Le commandement britannique s'installa principalement dans le château de Beaurepaire, tandis que de nombreux services administratifs occupèrent différents bâtiments de la ville. La citadelle accueillit quant à elle plusieurs installations techniques et logistiques indispensables au fonctionnement du quartier général. Durant près de cinq années, les plus hautes autorités militaires britanniques résidèrent ou travaillèrent à Montreuil. Parmi elles figurent notamment le maréchal Sir John French, premier commandant du BEF, le maréchal Sir Douglas Haig, qui lui succéda en décembre 1915 et leurs états-majors successifs. C'est depuis Montreuil que furent préparées les grandes offensives britanniques de la Somme (1916), d'Arras (1917), de Passchendaele (1917) ou encore l'offensive des Cent-Jours (1918).

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L'arsenal

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L'arsenal

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La chapelle

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Le chemin de ronde

L'un des rôles les plus importants de la citadelle demeure pourtant largement méconnu. Les vastes casemates voûtées, construites aux XVIe et XVIIe siècles, offraient d'excellentes conditions pour abriter les installations techniques du commandement britannique. Protégées par plusieurs mètres de terre et de maçonnerie, elles présentaient une température stable, une excellente sécurité contre les bombardements et un isolement favorable au fonctionnement des équipements de télécommunication. Les Britanniques y installèrent un important centre de transmissions. Des centaines de kilomètres de câbles téléphoniques convergeaient vers Montreuil. Depuis ces salles partent les communications reliant les armées britanniques déployées sur le front, les états-majors des différents corps d'armée, les ports de Boulogne, Calais et Dunkerque et Londres, via les câbles sous-marins de la Manche. Les opérateurs assuraient en permanence la transmission des ordres, des comptes rendus d'opérations, des demandes de renforts, des informations logistiques et des rapports de renseignement. Le fonctionnement de ce réseau exigea un personnel nombreux, télégraphistes, opérateurs téléphoniques, mécaniciens, électriciens et officiers spécialisés travaillant jour et nuit. La citadelle devint ainsi un véritable nœud de communication de l'armée britannique. La présence du GHQ transforma profondément Montreuil-sur-Mer. Des milliers de militaires britanniques, canadiens, australiens, néo-zélandais et sud-africains transitèrent quotidiennement par la ville. Les hôtels furent réquisitionnés. Les écoles devinrent des bureaux. Les maisons particulières accueillaient des officiers. Les entrepôts servaient de magasins militaires. Les habitants côtoyèrent quotidiennement des soldats venus de tout l'Empire britannique. Cette cohabitation favorisa de nombreux échanges culturels et économiques. Les commerces locaux profitaient de l'activité générée par les militaires, tandis que les habitants découvraient les habitudes et les traditions des troupes alliées. À proximité immédiate de Montreuil, les immenses camps d'Étaples et de Camiers accueillaient des dizaines de milliers de soldats en formation ou en repos avant leur départ vers le front. Après l'armistice du 11 novembre 1918, le GHQ demeura encore plusieurs mois à Montreuil afin d'organiser le rapatriement des troupes et la démobilisation. Ce n'est qu'au printemps 1919 que les derniers services britanniques quittèrent définitivement la ville.

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La caponnière

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La caponnière

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Dans cette caponnière

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Dans cette caponnière

plan détail

Le 13 décembre 1926, la citadelle fut classée au titre des Monuments historiques. Deux ans plus tard, elle fut déclassée militairement. En 1929, la ville de Montreuil-sur-Mer racheta l'ensemble afin d'en assurer la sauvegarde. Lorsque débute la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, la citadelle ne jouait plus aucun rôle défensif majeur. Les progrès de l'aviation, des blindés et de l'artillerie lourde avaient définitivement rendu obsolètes les anciennes fortifications bastionnées. Après la campagne de France de mai-juin 1940, Montreuil fut occupée par les troupes allemandes. La citadelle fut réquisitionnée par la Wehrmacht. Les bâtiments servirent principalement de dépôt militaire, de casernement, d'entrepôt logistique et de poste d'observation. Contrairement à d'autres fortifications du littoral intégrées au Mur de l'Atlantique, la citadelle ne fit pas l'objet de transformations majeures en ouvrages bétonnés. Sa position en retrait de la côte limitait son intérêt stratégique dans le dispositif allemand. Quelques aménagements défensifs furent toutefois réalisés, notamment l'installation de postes de guet, de réseaux de barbelés et de positions légères de défense. La ville de Montreuil subit plusieurs bombardements alliés, principalement dirigés contre les infrastructures ferroviaires et les voies de communication. La citadelle fut relativement épargnée. Les principaux dommages concernèrent certaines toitures, plusieurs bâtiments secondaires et des maçonneries fragilisées par le manque d'entretien. Les collections du musée installé avant-guerre connurent un sort moins favorable. Une partie fut évacuée et d'autres objets disparurent pendant l'Occupation. Certains ne seront jamais retrouvés. À la Libération, en septembre 1944, la forteresse retrouva son statut de monument historique plus que d'installation militaire. Après 1945, la vocation militaire de la citadelle disparut définitivement. L'armée abandonna progressivement les lieux et les bâtiments connurent une période de relative désaffection. Comme beaucoup d'anciennes fortifications françaises, la citadelle souffrit alors du vieillissement des maçonneries, de l'envahissement de la végétation, de l'humidité des casemates et du manque de crédits d'entretien. Heureusement, son classement au titre des Monuments historiques facilita progressivement sa sauvegarde. À partir des années 1960, plusieurs campagnes de restauration furent entreprises. Les interventions concernèrent notamment la consolidation des bastions, la restauration des courtines, la réfection des voûtes des casemates, la stabilisation des tours médiévales et la reprise des parements de pierre. Les travaux se poursuivent encore aujourd'hui selon les principes de la conservation du patrimoine monumental.

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L'entrée de la citadelle

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La tour de la Reine Berthe

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La tour de la Reine Berthe

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 Charpente de la tour blanche

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La tour I

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Entrée de casemate sur le bastion

La citadelle occupe l'extrémité occidentale de la ville haute de Montreuil-sur-Mer, sur un éperon dominant d'environ quarante mètres la vallée de la Canche. Depuis les remparts, le panorama s'étend aujourd'hui sur la vallée, les marais, les collines du Boulonnais et, par temps clair, jusqu'au phare de la Canche et au littoral du Touquet. Les vestiges les plus anciens comprennent le puissant châtelet d'entrée, plusieurs tours circulaires, des courtines médiévales, la célèbre Tour de la Reine Berthe et la Tour Blanche. Les archères, les salles de garde et les maçonneries en pierre témoignent encore de l'architecture de Philippe Auguste. La citadelle possède cinq bastions. Leur forme irrégulière résulte directement de l'adaptation au relief. Leur mission était d'éliminer les angles morts et de permettre des tirs croisés couvrant l'ensemble des fossés. Le remplissage massif de terre absorbait les impacts des boulets de canon, contrairement aux murailles médiévales verticales. Autour des remparts s'étendent de larges fossés secs. Leur profondeur augmente considérablement la hauteur défensive des murailles. Ils empêchaient également l'installation des machines de siège. Les casemates servaient d'abris pour la garnison, de magasins, de dépôts de munitions et de postes de commandement. Certaines accueillent aujourd'hui des espaces d'exposition consacrés notamment au quartier général britannique de la Première Guerre mondiale. Au-delà de son intérêt historique, la citadelle constitue un important refuge écologique. Inscrite dans le site "Montreuil-sur-Mer et val de Canche" et intégrée au réseau Natura 2000, elle abrite une biodiversité remarquable. Les remparts, les casemates et les fossés offrent des conditions idéales pour plusieurs espèces de chauves-souris, notamment le Grand Rhinolophe, dont la citadelle accueille l'unique colonie reproductrice connue dans le nord de la France. Une gestion écologique du site, comprenant pâturage extensif, fauche différenciée et suivi de la flore, contribue à préserver cet environnement exceptionnel.

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Le chemin de ronde et la tour blanche

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Le chemin de ronde et la tour blanche

La citadelle est désormais un équipement culturel majeur du Montreuillois. Elle accueille le musée de France Roger Rodière, qui présente des collections consacrées à l'histoire locale, à l'archéologie, aux fortifications et aux deux conflits mondiaux. Le parcours de visite permet de découvrir successivement les vestiges du château philippien, les bastions de la Renaissance, les ouvrages de Vauban, les casemates du GHQ britannique puis les espaces consacrés à la biodiversité des remparts.

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La tour I

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La tour K

Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.

 

 

 

Cette page a été mise en ligne le 20 septembre 2026

Cette page a été mise à jour le 20 septembre 2026