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Dominant la ville haute de Boulogne-sur-Mer, le château comtal constitue l'un des monuments médiévaux les mieux conservés du nord de la France. Avec ses puissantes tours cylindriques, ses courtines massives et ses fossés, il évoque immédiatement les grandes forteresses royales élevées au début du XIIIe siècle sous l'influence de Philippe Auguste. Pourtant, derrière cette apparence médiévale se cache une histoire bien plus ancienne. Le château repose en effet sur les vestiges du castrum romain de Bononia, dont les murailles du IIIe siècle sont encore visibles dans plusieurs secteurs de l'édifice. Cette superposition exceptionnelle de deux grandes architectures militaires, l'une romaine, l'autre médiévale, fait du château de Boulogne un témoin privilégié de près de dix-huit siècles d'évolution des techniques de fortification. Rarement, un château philippien aura autant tiré parti des constructions antiques, dont les fondations servirent de base à une nouvelle forteresse destinée à contrôler la Manche et à affirmer l'autorité capétienne sur un territoire stratégique.

La position géographique de Boulogne-sur-Mer explique largement l'importance que la ville acquiert au cours de son histoire. Installée sur un promontoire dominant l'embouchure de la Liane, elle commandait l'un des passages les plus étroits entre le continent et la Grande-Bretagne. Dès l'Antiquité, cette situation en fit un point de contact privilégié entre la Gaule et l'île de Bretagne. Les Romains comprirent rapidement l'intérêt stratégique du site. Après la conquête de la Gaule par Jules César, ils développèrent le port de Gesoriacum, qui devint au Ier siècle de notre ère la principale base navale de la Classis Britannica, la flotte chargée d'assurer les communications militaires et commerciales avec la province de Bretagne. Des centaines de navires y stationnaient. Les légions embarquaient depuis ce port vers Douvres ou Richborough, tandis que les marchandises transitaient quotidiennement entre les deux rives de la Manche. Gesoriacum devint ainsi l'un des plus importants ports militaires de l'Empire romain dans le nord-ouest de l'Europe. Autour du port se développa une agglomération prospère, dotée d'entrepôts, d'ateliers, de thermes et de bâtiments administratifs. Les fouilles archéologiques ont mis au jour de nombreuses céramiques, monnaies, inscriptions et objets de la vie quotidienne témoignant de cette intense activité. À partir du IIIe siècle, l'Empire romain fut confronté à une succession de crises : invasions germaniques, troubles politiques et attaques de pirates saxons. Les villes ouvertes devinrent difficiles à défendre. Comme dans de nombreuses cités de Gaule, les autorités romaines décidèrent de construire un castrum, c'est-à-dire une enceinte fortifiée réduite, mais beaucoup plus résistante. À Boulogne, cette nouvelle fortification fut édifiée sur le plateau dominant le port. La ville prit alors le nom de Bononia, appellation qui donnera plus tard "Boulogne". Les remparts, construits entre la fin du IIIe et le début du IVe siècle, formaient un quadrilatère irrégulier d'environ neuf hectares. Leur conception répondait aux nouvelles exigences de la guerre antique. Ils atteignirent près de dix mètres de hauteur, étaient renforcés par de nombreuses tours semi-circulaires et reposaient sur des fondations massives. Les murs, épais de plusieurs mètres, étaient bâtis en blocs calcaires alternant avec des assises de briques, selon une technique caractéristique de l'architecture militaire romaine tardive. Ces fortifications figuraient parmi les mieux conservées de France. Aujourd'hui encore, elles délimitent la ville haute de Boulogne-sur-Mer et constituent l'un des ensembles de remparts antiques les plus remarquables d'Europe occidentale.



Après le retrait progressif de l'administration romaine au Ve siècle, Bononia demeura occupée. Les puissantes murailles du castrum offraient une protection précieuse dans une période marquée par les invasions et les luttes de pouvoir. Contrairement à d'autres villes antiques abandonnées, le site conserva une fonction défensive et administrative. Au fil des siècles, les bâtiments romains furent progressivement transformés ou remplacés. Les anciennes constructions militaires cédèrent la place à des édifices religieux, à des habitations et aux résidences des autorités locales. C'est également à l'intérieur de cette enceinte que se développa le premier sanctuaire chrétien, futur emplacement de la cathédrale Notre-Dame. À partir du IXe siècle, les comtes de Boulogne affirmèrent leur autorité sur la région. Le Boulonnais occupait alors une position charnière entre le royaume de France, le comté de Flandre et les possessions anglaises. Les rivalités politiques rendirent la ville particulièrement stratégique. Pourtant, malgré son importance, Boulogne ne possédait pas encore de véritable château de pierre comparable aux grandes forteresses qui apparaissent ailleurs en France. À la fin du XIIe siècle, le roi Philippe Auguste transforma profondément l'organisation militaire du royaume. Face à la puissance des Plantagenêts, qui contrôlaient encore une grande partie de l'ouest de la France, il entreprit la construction d'un vaste réseau de forteresses royales. Ces nouveaux châteaux présentaient des caractéristiques communes qui donneront naissance à ce que les historiens appellent aujourd'hui l'architecture philippienne. Par rapport aux forteresses du XIe siècle, plusieurs innovations apparurent comme un plan géométrique plus régulier, des tours cylindriques, mieux adaptées à la défense, des courtines épaisses reliant les tours, une tour maîtresse moins dominante, le flanquement assurant désormais l'essentiel de la défense, des portes fortifiées particulièrement élaborées et des fossés larges et profonds. Le château de Boulogne s'inscrit pleinement dans cette nouvelle génération de forteresses.

L'entrée du château

L'entrée du château
Le véritable fondateur du château fut Philippe Hurepel de Clermont (vers 1200-1234), fils légitimé du roi Philippe Auguste. À la mort de son père en 1223, Philippe Hurepel reçut le comté de Boulogne par son mariage avec Mathilde de Dammartin, héritière du comté. Prince ambitieux, il comptait faire de Boulogne une place forte capable de défendre les intérêts capétiens face aux ambitions anglaises et flamandes. Vers 1227, il lança la construction d'un vaste château à l'angle oriental du castrum romain. Cet emplacement permit de s'appuyer directement sur les solides murailles antiques, évitant ainsi d'avoir à édifier une enceinte entièrement nouvelle. Les bâtisseurs médiévaux firent preuve d'un remarquable pragmatisme. Ils réemployèrent les structures romaines comme fondations, les renforcèrent et les adaptèrent aux techniques militaires du XIIIe siècle. Cette intégration des ouvrages antiques constitue aujourd'hui l'une des principales originalités du château de Boulogne. Contrairement à la plupart des châteaux philippiens, celui de Boulogne n'est pas construit isolément dans la campagne ou au centre d'une enceinte nouvelle. Il est directement enchâssé dans les remparts du Bas-Empire. Deux côtés de la forteresse s'appuient sur les murailles romaines, tandis que les autres furent protégés par un large fossé creusé dans le plateau. Cette disposition réduisit considérablement les travaux de terrassement tout en offrant une défense particulièrement efficace. Les archéologues ont montré que plusieurs tours romaines furent conservées et intégrées au système défensif médiéval. Certaines servirent de fondations aux nouvelles constructions, tandis que d'autres furent partiellement englobées dans les maçonneries du XIIIe siècle. Cette continuité est aujourd'hui encore perceptible dans plusieurs salles souterraines où les différences d'appareil permettent de distinguer clairement les maçonneries romaines des élévations médiévales. Le chantier progressa rapidement. En quelques années furent élevées les courtines reliant les tours, les fossés, les tours cylindriques, la porte fortifiée et les bâtiments résidentiels. Comme dans les autres châteaux philippiens, la priorité fut donnée à la défense. Les murs atteignent plusieurs mètres d'épaisseur et sont percés d'archères permettant le tir à l'arc tout en protégeant les défenseurs. Les pierres utilisées proviennent essentiellement des carrières calcaires du Boulonnais. Leur teinte claire donne encore aujourd'hui au château son aspect caractéristique. Les blocs sont soigneusement appareillés, traduisant le savoir-faire des maîtres maçons royaux. À l'intérieur de l'enceinte prirent place les bâtiments nécessaires à la vie quotidienne comme le logis comtal, les cuisines, les réserves, les citernes, écuries et chapelle. Bien que peu de ces constructions soient conservées dans leur état d'origine, les fouilles archéologiques permirent d'en restituer l'organisation générale.

Dans la cour

Si le château fut avant tout conçu comme un ouvrage défensif, il fut également la résidence officielle du comte de Boulogne. Philippe Hurepel et sa cour y séjournaient régulièrement. Les appartements comtaux offraient un confort relativement important pour l'époque. De grandes salles chauffées par des cheminées accueillaient les cérémonies officielles, les réceptions et les séances de justice. Les fenêtres, plus larges que les simples archères défensives, éclairaient les espaces résidentiels tout en affirmant le prestige du seigneur. Le château joua ainsi un double rôle : forteresse militaire destinée à contrôler l'accès à la ville et résidence princière symbolisant l'autorité des comtes de Boulogne. Cette double fonction explique la qualité de son architecture, qui associe puissance défensive et élégance des proportions. Son plan est sensiblement polygonal, presque trapézoïdal, ce qui permet de s'intégrer naturellement à l'angle oriental des remparts du Bas-Empire. L'une des caractéristiques les plus remarquables du château est son système de neuf tours cylindriques, régulièrement réparties autour des courtines. À la différence des tours carrées du XIe siècle, les tours circulaires présentent plusieurs avantages militaires. Elles résistent mieux aux tirs des mangonneaux et des trébuchets, leurs parois courbes dévient les projectiles au lieu de les recevoir de plein fouet, elles éliminent les angles morts où les assaillants pouvaient se réfugier et elles permettent un flanquement efficace des courtines. Chaque tour possède plusieurs niveaux reliés par des escaliers aménagés dans l'épaisseur des murs. Les étages accueillent des salles de garde, des réserves de projectiles et parfois des logements pour la garnison. Les archères, longues et étroites à l'extérieur, mais largement ébrasées vers l'intérieur, offrent un excellent angle de tir tout en protégeant les archers. Certaines tours servaient également de magasins à vivres ou d'entrepôts pour les armes, tandis que d'autres assurent principalement la surveillance des fossés. Les tours sont reliées par de puissantes courtines, véritables murailles de liaison dont l'épaisseur atteint plusieurs mètres. Construites en pierre calcaire soigneusement appareillée, elles présentent un parement régulier encadrant un blocage de moellons noyés dans un mortier très résistant. Au sommet se développait un chemin de ronde protégé par un parapet crénelé. Les créneaux permettaient aux défenseurs d'alterner observation et tir, tandis que les merlons offrent une protection contre les projectiles ennemis. La circulation sur l'ensemble du chemin de ronde était particulièrement fluide, permettant de déplacer rapidement les défenseurs d'un secteur à l'autre en fonction de l'évolution du siège. Les fossés constituaient un élément essentiel du dispositif défensif. Creusés profondément dans le plateau calcaire, ils isolaient complètement le château de la ville haute, pourtant située à quelques dizaines de mètres seulement. Contrairement aux idées reçues, ces fossés n'étaient pas nécessairement remplis d'eau. Leur profondeur suffisait à empêcher l'approche des machines de siège et rendait extrêmement difficile toute tentative d'escalade des murailles. Les assaillants devaient d'abord franchir cet obstacle sous le feu des archers avant même d'atteindre les murs. Le profil très pentu des talus compliquait également le travail des sapeurs chargés de miner les fondations. Aujourd'hui encore, ces fossés figurent parmi les mieux conservés de France pour un château philippien.

Comme dans la plupart des forteresses royales du XIIIe siècle, la porte représentait le point le plus vulnérable de l'ensemble. Les architectes multiplièrent donc les obstacles. Le visiteur franchissait successivement un pont permettant de franchir les fossés, une première porte, un passage étroit encadré par deux tours, une herse puis une seconde porte renforcée. Cette succession d'obstacles ralentissait considérablement toute tentative d'assaut. Les défenseurs pouvaient tirer depuis les étages supérieurs, lancer des projectiles ou verser divers matériaux sur les assaillants bloqués dans le passage. Même si plusieurs éléments ont disparu au fil des siècles, les dispositions générales de cette entrée fortifiée restent parfaitement lisibles. Une fois la porte franchie, on accédait à une vaste cour centrale autour de laquelle s'organisait toute la vie du château. Cette cour constituait le cœur de la forteresse. Elle permettait les rassemblements militaires, les exercices de la garnison, le stockage provisoire des marchandises et les cérémonies officielles. Autour de cet espace étaient répartis les principaux bâtiments résidentiels et administratifs. Les fouilles archéologiques montrent que ces constructions ont connu plusieurs campagnes de transformation entre le XIIIe et le XVIe siècle. Le bâtiment le plus prestigieux était naturellement le logis du comte. Contrairement aux tours résidentielles des siècles précédents, les princes préfèrent désormais habiter un vaste corps de bâtiment plus confortable. Le logis comprend plusieurs salles chauffées par de grandes cheminées. Les fenêtres, beaucoup plus larges que les archères militaires, étaient parfois munies de bancs de pierre permettant de profiter de la lumière naturelle. Les appartements privés voisinaient avec les espaces réservés aux réceptions et aux audiences. Le mobilier demeura relativement simple, mais témoignait d'un niveau de confort élevé pour le XIIIe siècle. Parmi les espaces les plus importants figurait la grande salle, parfois appelée salle d'apparat ou salle comtale. Cette vaste pièce accueillait les banquets, les réceptions diplomatiques, les cérémonies féodales, les séances de justice et les réunions militaires. Elle constituait le véritable centre politique du château. Les fouilles ont permis d'identifier plusieurs éléments de cette salle prestigieuse, notamment des bases de colonnes, des pavements et différents fragments architecturaux.


Le château conserve également un espace particulièrement remarquable connu sous le nom de salle de la Barbière. Cette vaste salle voûtée compte parmi les mieux conservées de la forteresse médiévale. Son nom apparaît dans les textes anciens, même si son origine exacte demeure discutée. Les historiens pensent qu'elle remplissait une fonction administrative ou résidentielle importante. Son architecture est caractéristique du premier gothique avec de solides voûtes d'ogives reposant sur des colonnes engagées. Elle constitue aujourd'hui l'un des plus beaux témoignages de l'architecture civile du XIIIe siècle conservés dans le château. Comme toute résidence princière, le château possédait sa propre chapelle. Les comtes et leur entourage y assistaient aux offices quotidiens sans avoir à quitter la forteresse. Cette chapelle jouait également un rôle symbolique. Elle rappelait que le pouvoir du prince s'exerce sous la protection divine. Bien que l'édifice ait largement disparu, plusieurs éléments sculptés permettent d'en restituer l'architecture. La vie quotidienne du château reposait sur une organisation particulièrement complexe. Les bâtiments comprenaient notamment les cuisines, les boulangeries, les celliers, les réserves alimentaires, les écuries, les ateliers et les logements de la garnison. Une citerne recueillait les eaux de pluie afin d'assurer l'approvisionnement en eau pendant les sièges. Cette autonomie constituait un élément essentiel de la défense. Une forteresse capable de résister plusieurs mois sans ravitaillement décourage souvent les assaillants. Le château accueillait une garnison chargée de défendre la ville et de représenter l'autorité comtale. Elle comprenait des chevaliers, des sergents, des archers, des hommes d'armes et des artisans spécialisés dans l'entretien des armes. En période de crise, ces effectifs étaient renforcés par les milices urbaines. La présence permanente d'une troupe assurait également la sécurité des habitants de la ville haute.

Salle Barbière

La salle Barbière
Après la mort de Philippe Hurepel en 1234, le château demeura l'un des principaux symboles du pouvoir royal dans le Boulonnais. Le comté revint progressivement dans l'orbite de la Couronne de France, et la forteresse fut entretenue par les souverains capétiens qui en mesurèrent toute l'importance stratégique. Boulogne contrôlait alors l'un des passages maritimes les plus fréquentés d'Europe. Les relations commerciales avec l'Angleterre étaient intenses, mais les tensions politiques furent permanentes. Le château joua un rôle dissuasif autant qu'administratif. Il abritait le représentant du pouvoir, conservait les archives, protégeait les richesses de la ville et servit de refuge à la population en cas d'attaque. La garnison était renforcée lorsque la situation l'exigeait. Des stocks de vivres, de bois, de pierres et de projectiles furent constitués afin de pouvoir soutenir un siège de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. Lorsque débuta la guerre de Cent Ans en 1337, Boulogne devint une position essentielle sur le littoral. Les côtes de la Manche furent régulièrement menacées par des raids anglais, tandis que les armées françaises cherchaient à préserver leurs ports. Grâce à ses puissantes défenses, le château ne subit jamais les destructions spectaculaires connues par d'autres forteresses du royaume. Les murailles élevées par Philippe Hurepel, associées aux anciens remparts romains, constituaient un système défensif particulièrement efficace. Des travaux d'entretien furent toutefois régulièrement entrepris. Les courtines furent consolidées, les fossés curés et les ouvrages en bois remplacés lorsque cela s’avéra nécessaire. Les comptes royaux mentionnent à plusieurs reprises des réparations effectuées sur les tours, les portes et les ponts. Le château servit également de base logistique. Les convois de ravitaillement destinés aux troupes stationnées dans le Boulonnais y transitaient, tandis que les autorités royales utilisaient la forteresse comme centre de commandement pour la défense du littoral.

La chapelle

Galerie
orientale

Salle comtale
À partir de la fin du XVe siècle, les armes à feu bouleversèrent profondément l'architecture militaire. Les bombardes puis les canons devinrent capables d'abattre les murailles médiévales jusque-là considérées comme imprenables. Les hautes courtines, parfaitement adaptées aux trébuchets, devinrent désormais des cibles vulnérables face aux boulets de pierre puis de fonte. Comme de nombreuses forteresses françaises, le château de Boulogne dut être adapté. Les ingénieurs renforcèrent les murs les plus exposés en épaississant les maçonneries. Des remblais de terre furent ajoutés derrière certaines courtines afin d'absorber les impacts de l'artillerie. Les ouvertures furent modifiées pour accueillir des pièces d'artillerie défensives capables de battre les fossés. Ces transformations restèrent toutefois limitées. La configuration très contrainte du château, intégré aux remparts antiques et au tissu urbain, ne permit pas la création de vastes bastions comparables à ceux qui apparurent alors en Italie ou dans le sud de la France. L'un des épisodes les plus marquants de l'histoire du château survient au milieu du XVIe siècle. En 1544, le roi Henri VIII d'Angleterre, allié à l'empereur Charles Quint contre François Ier, lança une importante campagne militaire dans le nord de la France. Après un siège éprouvant, Boulogne tomba aux mains des Anglais. Pendant près de six ans, la ville resta sous domination anglaise. Le château devint alors le quartier général de l'occupant. Les ingénieurs militaires anglais entreprirent plusieurs travaux afin d'adapter les défenses aux techniques les plus récentes. Les fossés furent entretenus, certains murs furent renforcés et des plateformes destinées à recevoir des canons furent aménagées. Cette occupation constitua une période difficile pour les habitants. Une partie de la population quitta la ville, tandis que les bâtiments civils furent réquisitionnés pour loger les troupes. En 1550, le traité de Boulogne mit fin à cette occupation. Moyennant une importante indemnité versée par la France, Henri II récupéra la ville. Les Français retrouvèrent une forteresse solide, mais profondément transformée par les exigences de la guerre moderne.

La salle comtale

Salle voutée

Salle voûtée

Salle voûtée
Quelques années seulement après le départ des Anglais, la France fut plongée dans les guerres de Religion. Boulogne resta fidèle au roi, mais sa proximité avec les Pays-Bas espagnols imposa une vigilance constante. Le château accueillit une garnison renforcée et servit de dépôt d'armes et de munitions. Même s'il ne fut pas directement assiégé durant cette période, il joua un rôle important dans le contrôle de la frontière maritime. Sous les règnes de Louis XIII puis de Louis XIV, Boulogne conserva une importance militaire notable. La ville protégeait l'un des principaux points de passage entre la France et l'Angleterre. Elle constituait également une base logistique pour les opérations navales menées en Manche. Le château continua d'accueillir une garnison permanente. Les bâtiments résidentiels furent progressivement adaptés aux besoins militaires. Certaines anciennes salles comtales devinrent des magasins à poudre, des dépôts d'armes ou des logements pour les officiers. L'évolution des techniques de guerre conduit toutefois à relativiser son importance. Les nouvelles fortifications bastionnées, basses et épaisses, se révélèrent beaucoup plus efficaces contre l'artillerie que les hautes murailles médiévales. Contrairement à une idée répandue, Sébastien Le Prestre de Vauban ne transforma pas entièrement le château médiéval. Son intervention concerna surtout l'ensemble du système défensif de la ville. Les remparts furent entretenus, certains ouvrages modernisés et les accès réorganisés afin de répondre aux exigences de la guerre moderne. Le château, déjà ancien, conserva son rôle de caserne et de point d'appui, mais il ne fut plus au cœur de la stratégie défensive. Les progrès de l'artillerie rendirent désormais les grandes forteresses médiévales moins adaptées aux sièges contemporains. Cette évolution marqua un tournant. Le château cessa progressivement d'être une résidence princière pour devenir un équipement militaire. Au XVIIIe siècle, les bâtiments connurent plusieurs réaménagements intérieurs. Les anciennes salles médiévales furent divisées afin de créer des chambrées pour les soldats. Les cuisines furent agrandies, des magasins aménagés et plusieurs constructions annexes apparurent dans la cour. Le confort des garnisons resta cependant très sommaire. Les rapports militaires évoquaient régulièrement des problèmes d'humidité, d'entretien et de chauffage. Malgré ces difficultés, le château demeura occupé sans interruption.




La Révolution française modifia profondément le statut du monument. Les derniers vestiges de son rôle seigneurial disparurent définitivement. Le château devint un établissement militaire appartenant à l'État. Sous le Consulat puis le Premier Empire, Boulogne retrouva une importance stratégique exceptionnelle. Entre 1803 et 1805, Napoléon Bonaparte installa le célèbre camp de Boulogne, destiné à préparer une invasion de l'Angleterre. Plus de 150 000 soldats stationnèrent alors dans la région. Le château participa à l'organisation militaire de cette gigantesque concentration de troupes. Il servit principalement de dépôt, de magasin et de logement pour certains services de l'armée. Même si le cœur du camp se situait à l'extérieur des remparts, la vieille forteresse retrouva temporairement une activité comparable à celle de ses grandes heures médiévales. Au cours du XIXe siècle, le rôle militaire du château déclina progressivement. Les progrès de l'artillerie rendirent définitivement obsolètes les anciennes fortifications médiévales. Les bâtiments furent alors reconvertis. Une partie du château devint une prison, fonction qu'il conservera pendant plus d'un siècle. Les cellules furent aménagées dans plusieurs salles anciennes. Des murs de séparation furent construits, des ouvertures murées et les espaces médiévaux profondément modifiés afin de répondre aux exigences pénitentiaires. Cette utilisation, si elle altéra parfois les bâtiments historiques, présenta néanmoins un avantage inattendu : le château continua d'être entretenu et échappa ainsi au démantèlement qui toucha de nombreuses forteresses françaises au XIXe siècle. Au début du XXe siècle, le monument conserva essentiellement sa fonction carcérale. Pendant les deux guerres mondiales, il subit relativement peu de destructions comparativement à d'autres secteurs de Boulogne-sur-Mer. Les bombardements endommagèrent certains bâtiments, mais les puissantes maçonneries médiévales résistèrent remarquablement. Après la Seconde Guerre mondiale, la prison resta en activité jusqu'en 1974. À cette date, les derniers détenus quittèrent définitivement les lieux.


La chapelle
La fermeture de la prison en 1974 marqua un tournant décisif dans l'histoire du château. Après plusieurs siècles d'utilisation militaire puis pénitentiaire, l'ancienne forteresse retrouva progressivement sa vocation patrimoniale. Lorsque les derniers détenus quittèrent les lieux, le monument était profondément transformé par des siècles d'aménagements successifs. Les divisions intérieures, les murs de cloisonnement et les installations modernes masquaient largement l'architecture médiévale. Les premières campagnes de restauration poursuivirent plusieurs objectifs : stabiliser les maçonneries, supprimer les aménagements les plus récents lorsqu'ils nuisaient à la compréhension du monument, préserver les parties historiques et rendre accessibles les différents espaces au public. Les travaux révélèrent peu à peu l'organisation originelle du château du XIIIe siècle. Certaines salles retrouvèrent leurs volumes médiévaux, tandis que plusieurs éléments architecturaux jusque-là dissimulés réapparurent : baies gothiques, voûtes, cheminées, escaliers et passages aménagés dans l'épaisseur des murs. Cette restauration s'inscrit dans une démarche désormais classique de conservation du patrimoine : il ne s'agit pas de reconstituer un château "neuf", mais de préserver toutes les traces de son évolution, depuis le Moyen-âge jusqu'à l'époque contemporaine. Parallèlement aux restaurations, plusieurs campagnes de fouilles furent entreprises. Les archéologues s’intéressèrent autant au château médiéval qu'aux vestiges antiques conservés sous ses fondations. Leurs recherches permirent de mieux comprendre la succession des occupations du site. Les découvertes les plus importantes concernent les fondations du castrum romain, des portions de murailles antiques, des niveaux d'occupation du Haut-Empire, les premiers bâtiments du château de Philippe Hurepel, les transformations des XIVe, XVe et XVIe siècles et les aménagements liés à la prison. Ces fouilles démontrèrent que les constructeurs du XIIIe siècle n'ont pas détruit les ouvrages romains, mais les avaient intégrés à leur propre système défensif. Dans certains secteurs, les murs médiévaux reposent directement sur les puissantes fondations du Bas-Empire. Cette continuité constitue l'une des grandes originalités du monument. Les restaurations permirent également de redécouvrir plusieurs espaces remarquablement conservés. La salle de la Barbière retrouva ses proportions d'origine et révéla la qualité de son architecture gothique. Les grandes salles voûtées du logis comtal témoignent encore du niveau de confort dont bénéficiaient les princes au XIIIe siècle. Dans certaines pièces subsistent des cheminées monumentales, des niches murales, des coussièges aménagés dans les fenêtres, des escaliers en vis et des plafonds voûtés. Ces éléments permettent d'imaginer la vie quotidienne des occupants de la forteresse.



La Ville de Boulogne-sur-Mer choisit le château pour y abriter son musée municipal et offrir ainsi un cadre prestigieux à ses collections constituées depuis le début du XIXe siècle grâce aux dons de collectionneurs, de voyageurs, d'érudits et d'archéologues. Le musée ouvrit progressivement ses salles au public à partir des années 1980. Aujourd'hui, il compte parmi les établissements patrimoniaux les plus importants des Hauts-de-France. La première vocation du musée est naturellement de présenter l'histoire ancienne du Boulonnais. Les collections archéologiques rassemblent plusieurs milliers d'objets provenant des fouilles réalisées dans la région. Ces collections permettent de replacer le château dans l'histoire beaucoup plus vaste de l'occupation humaine du littoral. Le château-musée possède également l'une des plus importantes collections d'antiquités égyptiennes conservées en région. Constituée principalement au XIXe siècle grâce aux dons du savant boulonnais Auguste Mariette et de plusieurs collectionneurs, elle comprend des sarcophages, des momies humaines et animales, des statues, des stèles, des amulettes, des papyrus et des objets funéraires. Le département consacré à la Grèce antique présente une remarquable série de céramiques provenant essentiellement des VIe au IVe siècle avant notre ère. La qualité de cet ensemble en fait l'une des plus belles collections grecques conservées dans un musée municipal français. Le château-musée conserve également d'importantes collections ethnographiques. Elles proviennent des nombreux marins, explorateurs et voyageurs boulonnais qui rapportèrent des objets de leurs expéditions au cours du XIXe siècle. Les collections océaniennes présentent quant à elles des sculptures, des parures, des objets cérémoniels et plusieurs pièces provenant de Mélanésie et de Polynésie. Le musée possède enfin une importante collection de peintures européennes. Les œuvres couvrent une période allant de la Renaissance au XXe siècle. Plusieurs artistes français, flamands et hollandais y sont représentés.

Dans la tour Nord

Dans la tour Nord

Dans la tour Nord
Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.
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Le château se trouve boulevard Eurvin à Boulogne-sur-Mer.
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Cette page a été mise en ligne le 20 septembre 2026
Cette page a été mise à jour le 20 septembre 2026