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Dominant le littoral boulonnais depuis plus de deux siècles, la colonne de la Grande Armée constitue l'un des monuments napoléoniens les plus emblématiques de France. Élevée sur le plateau de Terlincthun, à Wimille, près de Boulogne-sur-Mer, elle commémore un épisode majeur de l'histoire du Premier Empire : le rassemblement du Camp de Boulogne et la première grande remise de la Légion d'honneur par Napoléon Bonaparte le 16 août 1804. Haute de 54 m, visible à plusieurs dizaines de kilomètres, elle demeure aujourd'hui le plus important monument consacré à la Grande Armée et l'un des rares témoignages monumentaux directement liés au projet d'invasion de l'Angleterre.

La colonne est implantée sur le territoire de la commune de Wimille, dans le département du Pas-de-Calais, à environ trois kilomètres au nord de Boulogne-sur-Mer. Elle occupe le sommet du plateau de Terlincthun, un promontoire naturel dominant l'embouchure de la Liane et l'ensemble du littoral de la Côte d'Opale. Cette position n'a rien d'un hasard : elle correspond au cœur du vaste Camp de Boulogne où Napoléon concentra ses forces entre 1803 et 1805. À une altitude d'une centaine de mètres au-dessus du niveau de la mer, le monument bénéficie d'une visibilité exceptionnelle. Depuis sa plateforme, accessible par 263 marches, le regard embrasse un panorama circulaire sur Boulogne-sur-Mer et son port, la vallée de la Liane, Wimereux, le cap Gris-Nez, les campagnes du Boulonnais, le détroit du Pas-de-Calais et les falaises anglaises lorsque les conditions météorologiques sont favorables. Cette implantation traduit parfaitement les ambitions stratégiques de Napoléon. Depuis ce plateau, le regard porte naturellement vers l'Angleterre, distante d'à peine une trentaine de kilomètres.


La paix d'Amiens, conclue en 1802 entre la France et le Royaume-Uni, ne dura qu'une année. Dès sa rupture, Napoléon prépara une vaste opération destinée à envahir l'Angleterre. À partir de 1803, plusieurs dizaines de milliers de soldats furent progressivement regroupés autour de Boulogne-sur-Mer. Ce gigantesque ensemble militaire, appelé Camp de Boulogne, rassembla finalement près de 150 000 à 180 000 hommes selon les périodes. Simultanément, les arsenaux français construisirent une importante flottille destinée à franchir la Manche. Le camp n'était pas un simple rassemblement militaire. Il constituait une véritable ville organisée avec casernes et baraquements, hôpitaux, magasins militaires, ateliers, batteries côtières et ports spécialement aménagés. C'est dans ce camp que prit véritablement naissance la future Grande Armée, appelée quelques mois plus tard à remporter les victoires d'Ulm puis d'Austerlitz.
Le 28 Thermidor an XII (16 août 1804), au lendemain de son anniversaire, Napoléon organisa sur le plateau de Terlincthun une immense cérémonie militaire durant laquelle plus de deux mille soldats reçurent la toute nouvelle Légion d'honneur, créée seulement deux ans auparavant. Il s'agissait de la première grande remise collective de cette distinction destinée à récompenser le mérite militaire. Les gravures de l'époque montrent des milliers de soldats rangés en ordre parfait tandis que Napoléon, installé sur un trône élevé, remet personnellement les décorations. L'impression produite sur les contemporains fut immense. Dès le lendemain, le maréchal Soult transmit à Napoléon le souhait des soldats d'élever à leurs frais un monument commémoratif rappelant cette journée exceptionnelle. L'empereur accepta le projet. Le projet fut confié à l'architecte Éloi Labarre, qui conçut une monumentale colonne inspirée des colonnes triomphales romaines, notamment celle de Trajan. La première pierre fut posée le 9 novembre 1804 (18 brumaire an XIII). Le financement fut original, les soldats participaient eux-mêmes à sa construction en abandonnant volontairement une partie de leur solde. Les soldats firent le sacrifice d'une demi-journée de solde par mois et les officiers d'une journée entière. Les travaux avancèrent rapidement jusqu'en 1805 où la troisième coalition entre l’Angleterre, la Russie et l’Autriche changea complètement les priorités de Napoléon. La Grande Armée quitta Boulogne pour marcher vers le Rhin, puis remporter la victoire d'Austerlitz. Le chantier fut pratiquement abandonné. À la chute de l'Empire en 1814, la colonne n'atteignit qu'une vingtaine de mètres de hauteur.


L'arrivée au pouvoir des Bourbons modifia profondément le projet. Plutôt que de détruire l'ouvrage, le gouvernement décida de l'achever, mais en le consacrant à la monarchie restaurée. Entre 1819 et 1823, la colonne fut terminée, un globe royal fut installé à son sommet et le programme décoratif impérial fut profondément modifié. Les premières sculptures dédiées à Napoléon furent détruites. Le bronze prévu pour la statue impériale fut récupéré afin de réaliser d'autres monuments royaux, notamment les statues de Louis XIV et d'Henri IV à Paris. Seuls les deux lions monumentaux furent conservés, car ils ne présentent pas de caractère politique. Avec la Monarchie de Juillet, l'image de Napoléon fut progressivement réhabilitée. Le gouvernement décida alors de restituer au monument sa vocation initiale. Le sculpteur François-Joseph Bosio reçut la commande d'une monumentale statue en bronze représentant Napoléon en costume de sacre. Cette statue fut installée le 15 août 1841, date officielle de l'inauguration définitive de la colonne. Lors de la libération de Boulogne-sur-Mer, en septembre 1944, la colonne et la statue de Napoléon furent fortement endommagées par les obus et les combats. En 1962, le général de Gaulle décida son remplacement. Le nouveau bronze, réalisé par le sculpteur boulonnais Pierre Stenne, représente cette fois Napoléon sous les traits du "petit caporal", en uniforme de colonel des chasseurs de la Garde impériale. L'ancienne statue de Bosio, restaurée en 1984, est aujourd'hui exposée dans le musée installé dans l'un des pavillons du monument.
La colonne constitue un remarquable exemple d'architecture néoclassique. Elle mesure environ 54 m de hauteur, auxquels s'ajoute la statue de Napoléon. Le monument comprend un vaste piédestal carré, un fût cylindrique cannelé d'ordre corinthien, une plateforme panoramique et une statue monumentale. À l'intérieur, un escalier hélicoïdal de 263 marches permet d'accéder au sommet. Deux pavillons encadrent l'entrée du parc monumental. L'ensemble est prolongé par une majestueuse allée rectiligne d'environ 560 m, renforçant l'effet de perspective voulu par les concepteurs. Le décor constitue un véritable manifeste impérial. Le piédestal présente plusieurs bas-reliefs en bronze. Le premier représente la remise de la Légion d'honneur au Camp de Boulogne. Le second montre le maréchal Soult présentant à Napoléon les plans de la future colonne. Autour de ces reliefs apparaissent de nombreux symboles napoléoniens comme les aigles impériales, les abeilles napoléoniennes, des trophées militaires, des navires, des canons, des sabres et des sphinx et obélisques rappelant la campagne d'Égypte. Chaque élément participe à l'exaltation de la puissance militaire et du pouvoir impérial. En contrebas de la colonne se trouve la Pierre Napoléon. Elle marque l'emplacement exact du trône depuis lequel Napoléon remit les croix de la Légion d'honneur le 16 août 1804. Cette pierre est reliée à la colonne par une vaste allée monumentale créée au XIXe siècle, constituant un véritable axe mémoriel entre le lieu de la cérémonie et le monument commémoratif.

Classée au titre des monuments historiques depuis 1905, la colonne appartient à l'État et est gérée par le Centre des monuments nationaux. Elle demeure l'un des principaux sites patrimoniaux de la Côte d'Opale. La visite permet de découvrir le musée installé dans les pavillons, d'admirer la statue originale de Bosio, d'observer les bas-reliefs impériaux et de gravir les 263 marches jusqu'à la plateforme panoramique. Par sa hauteur, son histoire mouvementée et son lien direct avec la naissance de la Grande Armée, la colonne de Wimille constitue bien davantage qu'un simple monument commémoratif. Elle est un véritable témoin de l'épopée napoléonienne, des bouleversements politiques du XIXe siècle et de la mémoire nationale française, dominant toujours le détroit qui fut autrefois l'objectif de la plus ambitieuse entreprise militaire de Napoléon Ier.
Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.
Y ACCÉDER:
La Colonne de la Grande Armée se trouve rue Napoléon à Wimille. Son accès est fléché. La visite extérieure est gratuite, mais la montée à la plateforme panoramique est payante.
Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.
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Cette page a été mise en ligne le 20 septembre 2026
Cette page a été mise à jour le 20 septembre 2026