La Vénus de Quinipily

Comme nombre d'objets païen, la "Vénus de Quinipily" connut des déboires avec les représentants de l'église. Peut-être vieille de 2000 ans, elle s'attira, au XVIIe siècle, les foudres de l'évêque de Vannes et faillit alors disparaître à jamais.

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Cette statue, haute de 2,20 m, se dressait, jusqu'en 1661, au sommet de la colline de Castennec, situé à une douzaine de kilomètres au nord de Baud. Sur la colline de Castennec se trouvait l'oppidum de Coarda ou Gwarda, la cité celte de Sulim. Le nom de cette cité proviendrait de la déesse Sul en l'honneur de laquelle les Bretons faisaient bruler un feu perpétuel. La statue que l'on nommait "Ar qwreg houarn", la femme de fer ou "Groah hoart", la vieille gardienne, ou la "Vierge" ou la "Sorcière de la Garde" faisait alors l'objet d'un culte par les paysans locaux. Cette pratique finit par irriter l'évêque de Vannes, Charles de Rosmadec. Celui-ci demanda au seigneur de Quinipily, Claude de Lannion, d'enlever la statue. En 1661, le seigneur de Quinipily la fit jeter dans la rivière le Blavet.

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En 1664, les paysans la retirent et reprennent le culte ancestral. L'évêque ayant eu connaissance des faits envoya, en 1670, des ouvriers charger de détruire la statue. Après avoir entamé un bras et un sein de la statue, ceux-ci prirent peur et jetèrent la statue dans la rivière. En 1696, Pierre, fils de Claude de Lannion et gouverneur de Vannes, fit rechercher la statue. Il la fit retailler et l'installa dans son château de Quinipily à l'endroit qu'elle occupe depuis. Les paysans protestèrent tellement contre cet accaparement que le duc de Rohan, qui se prétendait propriétaire du site de Castennec, intenta un procès pour récupérer la statue. À l'insu de ce procès, qui dura d'avril 1700 à janvier 1701, les juges confirmèrent les droits du seigneur de Quinipily.

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La statue trône sur un piédestal installé au-dessus d'une fontaine constituée d'une auge d'une contenance de 3600 l. Cette auge serait également issue du site de Castennec. La fontaine est constituée de deux piliers soutenant une voute appuyée en arrière contre un mur de soutènement de la colline. Entre les deux piliers prend place la cuve monolithe en granit. La fontaine est alimentée par une source jaillissant un peu plus haut. L'eau passant dans une canalisation débouche sous le socle de la statue pour chuter d'une hauteur de 2 m dans la cuve. Le socle de la statue porte des inscriptions en relief difficilement déchiffrables et qui semblent dater de l'époque romaine, mais l'une d'entre elles indique la date de 1696. L'étude du style des inscriptions montre qu’elles sont toutes identiques, ce qui corrobore une mystification du XVIIe siècle. La statue ne porte aucun habillement, mais une bandelette lui ceint la tête et une étole lui pend du cou jusqu’à mi-cuisse. La bandelette est croisée derrière la tête de la statue.

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Cette statue généra, au XIXe et au début du XXe siècle, un débat passionné sur son origine dans le cercle fermé des archéologues. Salomon Reinach la croyait antérieure au Xe siècle alors que pour d'autres l'ancienne statue aurait succombé au retaillage de 1696 et aurait alors été remplacé par une nouvelle. Dans ce cas, nous pouvons nous interroger sur la motivation du duc de Rohan d'intenter un long procès pour récupérer une statue neuve. La statue serait donc une représentation de la déesse égyptienne Isis ou d'une Cybèle ou d'une déesse celte. Le culte de la déesse Isis était très répandu parmi les légionnaires romains qui se trouvaient entre autres en garnison à Sulim, mais aucune analogie de forme avec d'autres statues d'Isis connue ne permet de soutenir cette hypothèse. Le style de la statue se rapproche par contre énormément de celles des statues des divinités nues ayant cours dans les Cyclades au VIIIe siècle av. J.-C. et connues sous le nom de Cybèle. Elle se trouve cependant bien loin de ces iles grecques. Le mystère des origines de cette statue reste, pour l'heure, entier.

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Au-dessus de la fontaine ce trouve un petit cromlech

Ces photographies ont été réalisées en juin 2021.

 

Y ACCÉDER:

De Baud, prendre la direction de Le Faouët-Baudry / Languidic par la D724. Après la sortie de la ville, prendre à gauche le chemin vers Quinipily.

Le site privé est ouvert de 11 h à 17 h (novembre à avril) ou de 10 h à 19 h (mai à octobre). Une légère obole destinée à l'entretien du site vous sera demandée à l'entrée.

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

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Cette page a été mise en ligne le 11 novembre 2021

Cette page a été mise à jour le 11 novembre 2021