La basilique Saint-Nicolas-du-Port

saint nicolas 34

La basilique Saint-Nicolas-du-Port est un haut lieu de pèlerinage à Saint-Nicolas, le saint patron de la Lorraine. L'origine de la relique vénérée en ce lieu n'est cependant pas très en accord avec les principes de la doctrine chrétienne, car elle fut volée par un chevalier lorrain. De nombreuses légendes furent ensuite mises en œuvre pour légitimer le pèlerinage.

saint nicolas 5

saint nicolas 6

Tous les enfants connaissent la légende de Saint-Nicolas qui aurait sauvé des enfants des griffes d'un horrible boucher. Avant de devenir un saint, Nicolas, né en 255 et mort en 334, fut évêque de Myre en Turquie. En 1087, 62 marins venues de Bari en Italie dérobèrent les restes du saint afin de les soustraire à la menace des mahométans qui s'étaient rendus maitres de la région. Ils les ramenèrent à Bari où une basilique fut construite pour abriter les reliques. C'est à cet endroit que, selon une tradition rapportée par un marin, le chevalier lorrain Aubert de Varangéville aurait volé, en 1098, une phalange de Saint-Nicolas et l'aurait rapporté en Lorraine. Il déposa cet os de l'index de la main droite, conservée depuis la fin du XIXe siècle dans un bras reliquaire en argent, or, émails et diamants, dans une chapelle du village de Port. Cette chapelle avait été construite par l'abbé Henri de Gorze et dédié à Saint-Nicolas en 1055. Elle avait été consacrée, en 1093, par Pibon, l'évêque de Toul. Un pèlerinage se mit rapidement en place. Il fut très fréquenté par les Bourguignons et les populations des états allemands au point qu'en 1195 une église vint remplacer la chapelle.

saint nicolas 27

saint nicolas 13

saint nicolas 8

saint nicolas 7

saint nicolas 18

Le chevalier lorrain Cunon de Linange, sire de Réchicourt, fut fait prisonnier en 1240 lors de la 6e croisade. La veille de son exécution, il fut miraculeusement libéré. Après une prière à Saint-Nicolas, il se serait endormi pour se réveiller sur le parvis de l'église Saint-Nicolas. Pénétrant dans l'église où avait lieu une messe les chaines qui enserraient sa taille et ses membres tombèrent d'elles-mêmes. Ces chaines sont conservées dans un reliquaire en cuivre doré du XIXe siècle. En remerciement, le sire de Réchicourt ordonna la tenue d'une procession annuelle. Celle-ci se déroula jusqu'à la Révolution.

Jean de Joinville, sénéchal de Saint-Louis (Louis IX), rapporte dans son livre "Livre des saintes paroles et des bons faiz de nostre saint Roy Looys", qu'au cours de la 7e croisade, face au danger d'un naufrage lors d'une tempête au large de Chypre, la reine Marguerite de Provence promit le don d'une nef de 5 marcs d'argent à l'église Saint-Nicolas si elle, le roi et leurs trois enfants, rentrent sain et sauf en France. Ce vœu ayant été exaucé, de retour à Paris, elle fit faire la nef (bateau) qui couta 100 livres et chargea, en 1254, le sire de Joinville de l'apporter à Saint-Nicolas.

nef
Une nef reliquaire (© Wikipédia)

bras
Le reliquaire de la phalange
de Saint-Nicolas (© Wikipédia)

fers
Le reliquaire avec les fers du sire de Réchicourt (© Wikipédia)

L'empereur du Saint-Empire Romain Germanique, Charles IV visita le sanctuaire en 1355. Jeanne d'Arc s'y recueillit avant d'aller porter son message au Dauphin de France, Charles VII. Devenu roi de France, Charles VII fait de même en 1444. Il était accompagné du Dauphin, le futur roi Louis XI. Après sa visite, il accorda au prieuré des lettres de sauvegarde et de protection. René 1er, roi de Sicile et de Jérusalem, et sa fille Marguerite, épouse du roi d'Angleterre Henri VI, accomplirent le pèlerinage à Saint-Nicolas en 1459. En 1471, le roi René 1er d'Anjou offrit un bras reliquaire en or et pierres précieuses pour protéger la relique de Saint-Nicolas. Lors de la guerre qui opposa le duc René II de Lorraine et de Bar au duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, René II vint prier dans l'église de Saint-Nicolas, la veille de la bataille de Nancy. Lors de cette bataille, le 5 janvier 1477, René II remporta une éclatante victoire scellant l'indépendance de la Lorraine. En remerciement, René II déclara Saint-Nicolas saint patron de la Lorraine et s'engagea à faire édifier un édifice plus important pour célébrer le retour à l'indépendance. La ville de Port, centre économique du duché de Lorraine, fut renommée Saint-Nicolas-du-Port. En 1480, à la demande de la duchesse Yolande d'Anjou, le pape Sixte IV autorisa la célébration d'un jubilé pour récolter des fonds pour la construction de la nouvelle église. Cette construction, confiée à l'architecte Michel Robin associé au maitre verrier Valentin Bousch, débuta en 1481. Le curé de la paroisse Simon Moycet (14 ??-1520) fut le maitre d'ouvrage. La célébration d'un autre jubilé fut autorisée par le pape en 1488 puis à nouveau en 1502. Entre 1500 et 1508, les travaux furent consacrés aux cinq dernières travées de la nef et à la façade. Entre 1508 et 1530 furent construites les chapelles encadrant le chœur. L'église fut inaugurée en 1544 et la façade fut achevée en 1545. En 1549, Marie d'Autriche, de passage à Saint-Nicolas-du-Port, autorisa la captation des deniers lui revenant pour financer l'achèvement des tours. Le roi de France, Henri II, assista, le 25 avril 1552, à une messe au sein de l'église qui fut consacrée en 1560 après la pose des coupoles en plomb sur les deux tours clochers de la façade.

saint nicolas 2
Saint-Nicolas (au porche d'entrée)

saint nicolas 20
Saint-Nicolas (dans la nef)

saint nicolas 16

saint nicolas 11

saint nicolas 12

En 1602, la bienheureuse Barbe Acarie eut, au sein de cette église, une vision de Thérèse d'Ávila lui demandant de rétablir l'ordre du Carmel en France. Le pape Urbain VIII y célébra un jubilé en 1626. Au cours de la guerre de Trente Ans, le malheur s'abattit sur l'édifice. Le 5 novembre 1635, Saint-Nicolas-du-Port fut saccagé et incendié par les troupes de la reine Christine de Suède. L'incendie détruisit le toit, le mobilier et le plomb des vitraux. Cet épisode créa une nouvelle légende. Un des prieurs bénédictins, dom Moye, qui célébrait la messe lors de l'assaut des Suédois, en tentant d'échapper à une épée suédoise sentie s'entrouvrit le pilier contre lequel il se tenait. Il disparut à l'intérieur du pilier qui se referma sur lui. En collant son oreille contre le pilier, le plus proche de la tour Saint-Pierre (tour sud), on peut entendre le moine psalmodier. Lorsqu'un péril menace la Lorraine, il est également possible de voir des gouttes suinter et couler le long de ce pilier que la légende nomme le "pilier qui pleure". Suite à ce saccage, Louis XIII donna 10 000 livres et 300 pieds d'arbres pour la reconstruction du sanctuaire. La nouvelle charpente en chêne fut posée en 1664. Lors de la réfection de la nef, les fresques noircies par la fumée furent recouvertes par un badigeon. Elles seront redécouvertes au XXe siècle.

fresque 1
(© Wikipédia)

fresque 2
(© Wikipédia)

fresque 3
(© Wikipédia)

En 1725, de nouveaux dômes en ardoise en forme de bulbe furent posés sur les tours de la façade. Au cours de la Révolution française, en 1790, le prieuré fut supprimé et l'église fut déclarée "Temple de la Raison". Redevenu église, le bâtiment fut classé Monument historique en 1840. Celui-ci fut fortement endommagé, le 19 juin 1940, par des obus français lors d'un duel d'artillerie avec les troupes nazies pour la possession d'un pont sur la Meurthe. L'église reconstruite fut consacrée basilique par le pape Pie XII en 1950. Un petit miracle eut lieu en 1980. Camille Croué Friedmann, né à Saint-Nicolas-du-Port et marié à un riche américain, légua à son décès à New York la somme de cinq millions de dollars pour la restauration de la basilique. Au cours d'une croisière à Chypre, elle échappa à un naufrage et attribua son salut à Saint-Nicolas. La restauration débuta en 1983 et dura 15 ans.

saint nicolas 17

saint nicolas 19

saint nicolas 22

saint nicolas 24
La sépulture de Simon Moycet

La basilique se compose d'une nef de sept travées flanquée de deux collatéraux, d'un transept de deux travées et d'un chœur sans déambulatoire (fréquent en Lorraine). Le chœur qui se termine en abside pentagonale est similaire à celui de la cathédrale de Toul. Une crypte est aménagée sous le chœur. La nef est haute de 30 m et les voutes du transept reposent sur deux piliers hauts de 21,50 m, les plus hauts de France. En entrant dans la nef apparaît tout de suite une singularité. L'axe de la nef présente une déviation de 6° vers la droite. Selon Dom Calmet, cette déviation aurait été imposée aux bâtisseurs par les contraintes parcellaires liées à la construction en pleine ville. La basilique a une longueur de 96 m (78,50 m intérieur) et une largeur de 36 m (31 m intérieur). La façade possède deux tours hautes de 85 m et 87 m. La basilique est illuminée par de grandes baies habillées de vitraux. Les vitraux originaux furent créés par Nicolas Droguet de Lyon (avant 1510), par Valentin Bousch de Strasbourg (entre 1524 et 1539), par Jacot de Toul, par Napoléon Rives, par Désiré Laurent et par Georges Millerau.

crypte
La crypte (© Wikipédia)

saint nicolas 29
Les niches dans le mur de la basilique acceuillaient des artisans

saint nicolas 4

saint nicolas 3

Ces photographies ont été réalisées en décembre 2021.

 

Y ACCÉDER:

La basilique se trouve au centre-ville de Saint-Nicolas-de-Port.

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 12 mars 2022

Cette page a été mise à jour le 12 mars 2022