Le sentier karstique de Besain 

Le sentier karstique de Besain

L'histoire du Jura débute à la fin du trias vers 230 millions d'années (MA). À cette époque, la région se trouvait quelque part sous les tropiques au fond de la mer Téthys. À la fin du trias, la mer, qui se trouvait à la place du Jura, était chaude et peu profonde. L'érosion qui décape les massifs hercyniens dépose dans les deltas des fleuves des sables qui deviendront des grès et des argiles qui donneront des marnes. Dans cette mer se développent également des lagunes soumises à de fortes évaporations. Elles seront responsables des énormes couches de gypse ou de sel gemme exploité entre autres à Salins-les-Bains et à Arc-et-Senans.

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Le lapiaz de Besain

Au jurassique inférieur (199 à 175 MA), la mer devient plus profonde. La sédimentation accumule d'abord une forte strate calcaire recouverte par une couche marneuse qui constitue aujourd'hui la terre à vignes des coteaux jurassiens. Au jurassique moyen, la mer remonte et forme une sédimentation calcaire constituée par les débris des coquilles des animaux marins. Ces strates forment les falaises visibles dans les reculées du Jura externes. Durant le jurassique supérieur (161 à 145 MA), la sédimentation est d'abord identique à celle du jurassique inférieur puis est remplacée par une prédominance de dépôt calcaire dans de vastes lagunes périodiquement asséchées. Ces dépôts constituent les importantes falaises de la haute chaîne du Jura.

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Une diaclase

Au crétacé inférieur (145 à 99 MA), la région du Jura est de nouveau recouverte par une mer peu profonde. Il s'y dépose des calcaires jaunes constitués de débris de coquilles alternant avec des marnes et du calcaire argileux. Durant le crétacé supérieur (99 à 65 MA), le Jura est envahi du nord-ouest vers le sud-est par la "mer de la craie" occupant le bassin parisien. Elle va déposer une strate constituée de coccolites, algues unicellulaires enveloppées de calcaire. À la fin du crétacé, la mer se retire du Jura. L'ère secondaire se termine par la catastrophe qui conduisit à la fin des dinosaures.

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Une autre diaclase visible sur le sentier

Les ères géologiques du paléocène (65 à 55 MA) et de l'éocène (55 à 33 MA), marquant le début du tertiaire, sont absentes du Jura. Suite à la surrection du Jura au début du tertiaire, ces deux périodes ont été effacées par l'érosion. À l'oligocène (33 à 23 MA) après un bref épisode froid (34 MA), le climat devient chaud et subtropical. La surrection des Alpes au sud et l'effondrement du fossé rhénan au nord vont profondément bouleverser les paysages jurassiens. Le Jura est soumis à une forte sédimentation d'origine marine et fluviale nommée la Molasse.

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La grande diaclase

Cette sédimentation se poursuit au miocène (23 à 5 MA). À l'époque, la mer périalpine a envahi le plateau suisse et la dépression bressane. Le Jura formait un cap s'enfonçant dans la mer. La mer quittera définitivement le Jura au miocène moyen vers 16 MA. Elle sera remplacée par le grand lac oeningien qui durera jusqu'au tortonien, il y a 10 MA. La forte poussée de la surrection des Alpes va plisser les strates du Jura entre 10 et 4 MA.

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Le lapiaz de Besain

Vers 2 MA, le climat se refroidit de manière cyclique. Au cours du quaternaire (notre période), les périodes froides et tempérées s'alternent avec un refroidissement progressif. Ce refroidissement provoque l'apparition de glaciers dans les Alpes et le Jura vers un million d'années. Les seules périodes glacières qui soient reconnues avec précision sont les deux dernières, la glaciation de Riss (650000 à 120000 ans) et la glaciation de Würm (60000 à 18000 ans). Durant la glaciation de Riss, le glacier recouvrant le Jura s'avancera jusqu'à Ornans et Lons-le-Saunier en recouvrant le plateau de Lons-le-Saunier. Il creusera les reculées externes telles que celle de Lons-le-Saunier, de Baume-les-Messieurs, de Poligny, d'Arbois et Salins-les-Bains. Le glacier de la glaciation de Würm s'avancera jusqu'à Pontarlier, Champagnole et Clairvaux. Il creusera les reculées internes telles que celle de Champagnole, de Doucier ou de Clairvaux.

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La grotte de la Loge Maillet

Le bois de Malrocher au nord de Besain situé sur le plateau de Lons-le-Saunier entre la reculée de Poligny et Champagnole abrite un lapiaz. Sur ce plateau, l'érosion a décapé les strates jusqu'au calcaire du bathonien du jurassique moyen (164 MA). Nous y trouvons un paysage caractéristique du karst. L'eau de pluie et surtout celle de fonte de la neige et des glaciers riche en CO2 dissolvent lentement le calcaire. L'eau s'infiltre dans les fissures et les cassures provoquées par les plissements pour les agrandir peu à peu. Cette érosion chimique va former en surface des lapiaz. L'eau en s'engouffrant dans le sous-sol y creuse des galeries. Ces galeries vont former les grottes. Dans le Jura, les vides karstiques représentent environ 3 % de la masse des roches calcaires. L'érosion par l'eau chargée de CO2 représente dans le Jura environ 0,1 mm par an.

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Charmante petite sculpture parsemant le sentier

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Tête de cheval

Le bois de Malrocher cache en son sein toutes les formes d'érosions liées au karst. Nous y trouvons des lapiaz, des grottes, des gouffres, des vallées sèches, des dolines et des résurgences. Un sentier pédagogique y a été aménagé.

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Le gouffre du Chat

En partant du parking, le sentier passe au gouffre du chat, profond de 17 m. Nous passons ensuite près de dolines. Une doline est formée par l'effondrement d'une cavité souterraine. Elle est très souvent circulaire et peut présenter un dénivelé de plusieurs mètres par rapport au paysage environnant. Elles sont souvent larges de quelques mètres, mais peuvent également être gigantesques.

La visite se poursuit par la Fontaine à Coupot. C'est un gouffre qui renferme une résurgence. Cette source est exploitée depuis des temps immémoriaux. Le gouffre a été aménagé au cours du XIXe siècle par la taille d'un escalier d'accès à la source.

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La Fontaine à Coupot

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Vue sur le gouffre

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La source de la Fontaine à Coupot (sur la droite)

Le sentier longe un autre gouffre puis la grande diaclase. C'est une fissure souvent due à un plissement qui est petit à petit érodée par l'eau. Nous arrivons ensuite au gouffre pédagogique utilisé par les clubs de spéléologie locaux pour l'initiation à ce sport dangereux.

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La grande diaclase

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La grande diaclase

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Topographie du gouffre pédagogique

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Le gouffre pédagogique

Le gouffre des Arcades est peut-être le plus beau site du sentier. Nous avons ici une galerie souterraine dont une partie de la voûte s'est effondrée. Durant l'effondrement, deux arcades se sont maintenues. L'accès aux arcades est relativement aisé contrairement à la partie profonde de la galerie qui s'enfonce à une profondeur de 6 m. Tout autour, nous pouvons observer la flore typique des sols calcaires possédant peu de ressources en eau au niveau de la surface. Nous y trouvons des arbustes tels que la viorne lanthane, les troènes ou le fusain et quelques arbres de taille limitée comme le frêne ou l'alisier. Dans les années 1950 et 1960, des essais de reboisements avec des sapins ont été réalisés. Le manque d'eau en surface n'a pas permis au sapin, qui possède des racines superficielles, de se développer correctement. À côté du gouffre des Arcades, jetez un œil sur l'arbre surnommé Roméo et Juliette. Les deux troncs de cet arbre se sont rejoints.

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Le gouffre des Arcades

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Topographie du gouffre des Arcades

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Les arcades

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Roméo et Juliette

La Loge à Maillet est une galerie horizontale d'une dizaine de mètres de longueur et larges de deux mètres. Elle est éclairée par deux trous dans la voûte. La grotte a servi d'abri à un ermite au début du XXe siècle qui lui a peut-être légué son nom.

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L'entrée de la grotte de la Loge Maillet

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Le début de la galerie

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Nous progressons vers le fond

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De plus en plus loin

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L'entrée vue depuis l'intérieur

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Topographie de la Loge Maillet

Nous rejoignons la deuxième partie du sentier après avoir traversé la route départementale. Nous nous enfonçons dans le lapiaz de Besain. C'est un grand labyrinthe de fissures découpant les roches calcaires. Certaines de ces fissures sont suffisamment profondes pour qu'un homme puisse disparaitre à la vue. Il n'y est pas toujours aisé d'y retrouver le sentier surtout en fin de journée ou lorsque les nuages diminuent la visibilité.

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Le labyrinthe du lapiaz

La grotte de St Bilbao ne peut se visiter qu'à l'aide d'un éclairage portatif. La descente se fait par un gouffre d'environ 5 m de profondeur. Il donne accès à une salle, à l'arrière de la descente, longue d'environ 20 m et à une salle à l'avant. Celle-ci se termine au bout de 25 m par une chatière. La traversée de la chatière à quatre pattes donne accès à une autre salle longue d'environ 20 m. Dans cette salle se trouvent une cheminée débouchant en surface et une autre qui est envahie par les racines d'un arbre. Au bout de cette salle, nous sommes à 9 m de profondeur. Attention cependant, car dans la partie terminale existe un puits d'environ 5 m de profondeur. L'origine du nom de cette grotte n'a pas encore été expliquée.

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Topographie de la grotte de St Bilbao

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L'entrée de la grotte

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La salle à l'avant de l'entrée

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Dans la 2e salle

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Dans la 2e salle

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La chatière

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La grande stalagmite (à droite de la chatière)

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La cheminée au fond de la 2e salle

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La salle à l'arrière de l'entrée

Le sentier se poursuit en direction du parking en passant par la table de lapiaz où l'érosion a creusé la roche tendre en laissant en place une dalle de roche plus dure. De nombreuses diaclases, des gouffres et des dolines sont encore visibles jusqu'à l'arrivée au parking.

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La table de lapiaz

Ces photographies ont été réalisées en juillet 2010.

 

Y ACCÉDER:

De Champagnole, prendre la N5 vers Montrod puis la D45 pour Besain. De là, prendre la D4 vers Molain (fléchage sentier karstique). Le sentier débute au parking situé sur la droite de la route au centre de la forêt. Compter environ deux heures pour la visite. Attention, ne vous aventurez pas hors du sentier qu'avec beaucoup de prudence. De nombreux gouffres non protégés existent dans la forêt.

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 19 septembre 2010

Cette page a été mise à jour le 16 février 2015